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16 août 2013 5 16 /08 /août /2013 13:52

 

Il en irait de même du livre "Le Jardin d'incertitude" signé par Armelle Barguillet Hauteloire.

 

Pour celui-ci, j'ai pris mes précautions et l'ai commandé.


Armelle anime deux blogs, La plume et l'image, destiné d'une façon globale au  Septième Art et Interligne plus directement orienté vers ses propres ouvrages, poésies, romans, essais et livres pour enfants aussi. Mais également, voyages, ressenti, découvertes toujours enrichissantes au travers des mots.

 

C'est grâce à ses deux blogs que j'ai eu la chance de découvrir Armelle. Même si certaines idées peuvent diverger, côté cinéma, il y a un point devant lequel je m'incline, la qualité et la tournure de son écriture. Riche sans être pompeuse, elle donne un sens profond à chaque phrase pour mieux nous entraîner dans cette belle langue qui est la nôtre.

 

Après la lecture de deux de ses contes pour enfants, (Pourquoi pas ? J'y suis de plus très attaché par une belle dédicace.)

"Le petit chasseur de vent"

Un conte pour Laurence

 

Le-Petit-chasseur-de-vent.gif.Le-poisson-qui-volait-vers-

 

et "Le poisson qui volait vers le soleil"

Un conte pour Erwann

 

 

Pour la troisième fois je me laisse emporter par le dernier roman d'Armelle Barguillet Hauteloire

 

Le-Jardin-d-incertitude.gif

 

Le parcours de l'enfance à l'âge adulte d'Anne-Clémence. "Tandis qu'elle écrivait, son enfance veillait sur elle …" narre l'auteure. Dès les premières lignes, je me suis retrouvé dans les souvenirs de ma propre enfance. Celle qui m'a protégé, en tout cas. Dans une belle ferme en pleine campagne landaise. Immédiatement j'ai été attiré par l'histoire. Très différente de la mienne, mais pourtant ...

 

"Et cette couleur ne se contentait pas d'exalter, de magnifier la beauté de sa mère, elle brouillait les traits de sa grand-mère et fardait son visage d'un subtil éclat."

 

Une  phrase du roman qui me renvoie à mon passé. À ma propre histoire.

 

Tout est beau dans la première partie de ce roman. Peut-être trop. Les descriptions de la nature sont magnifiques. Quand Armelle parle de fleurs, leur parfum vous envahit. De page en page, tout sent bon comme les armoires de cette vieille ferme que j'ouvrais, pour le seul plaisir de l'odeur des bouquets de lavande séchée qui s'en dégageait. 


Une question s'est imposée. Autobiographie ou pas ?

 

 "Anne-Clémence revenait de ses vagabondages les genoux écorchés et que sa mère, trop occupée d'elle-même, ne lui accordait qu'une distraite attention."

 

Au quart du roman, les images de l'enfance s'envolent. Un premier mariage, aux couleurs d'hier et les mots deviennent plus violents. Pour tout avouer je n'imaginais pas la plume d'Armelle aussi sarcastique.

Concernant la mariée décrite par une phrase à peine assassine :

 

" … décidemment, cette toilette n'avait pour mérite que de souligner ses défauts"

 

Le marié n'est pas épargné :

 

"Le visage de Thomas trahissait son introversion, son âpreté : ses lèvres minces livraient à l'observateur la clé d'une d'une sensualité égocentrique, tandis que les narines dilatées laissaient supposer que cet homme avait le goût du pouvoir et de l'action."

 

Le ton change, devient plus acide. Presque impudent.

Le style reste cependant le même, vif et élégant. Le verbe précis et les descriptions soignées comme les décors des films de Visconti pouvaient l'être.

 

L'héroïne découvre Paris. Les premiers amours avec un certain Jean-Baptiste. Et Émilie, aussi. Une grand mère bien dans son époque qui s'impose comme par erreur pour effacer le souvenir d'une autre aïeule et les temps heureux de l'adolescence. 

 

"Bien qu'elle ait eu beaucoup d'amants, Émilie avait veillé à ne pas briser les cœurs. Ce n'était pas dans ses intentions. De plus, elle avait horreur des complications et son existence était trop bien remplie pour qu'elle perdît son temps en atermoiements."

 

Une femme qui ne se laisse pas ébranler par le malheur. En cela elle me plaît.

 

La jeune Anne-Clémence quitte Paris pour la Grande Bretagne chez un couple qui :

 

" ... appartenait à cette époque d'individus qui traversent la vie sans changer jamais, ni en bien, ni en mal, tant au départ tout a été joué à leurs dépens."

 

Elle y retrouvera ce premier amour et reviendra en France pour vivre un premier décès. Un de ceux qui font le plus mal. Injuste quand la mort vient vous enlever au cœur de la  jeunesse.

 

Le temps passe. Le mariage d'Anne-Clémence s'annonce avec celui qui fut son premier amour. À peine distillée par quelques mots bien sentis, on sent dès lors, une erreur de casting. Cette belle-famille ne rentre pas dans les cases de celle de l'héroïne très attachée aux traditions d'hier. À un certain paraître également.

 

Une belle-mère qui "arborait ce jour-là ... la panoplie dont s'affuble une femme sans goût lorsqu'elle cherche à en avoir."

 

L'auteure laisse paraître dans ses mots un certain désenchantement. La scène du mariage est drôle et cruelle à la fois. Il n'y a déjà plus d'amour. Pour l'héroïne ...

 

"C'est sans excitation qu'elle envisageait une existence dont elle avait épuisé l'ivresse et une condition qui, dorénavant, excluait l'interdit."

 

À quelques exceptions près, les personnages nombreux semblent presque tous animés des mêmes volontés. Réussir et paraître. En cela l'évolution de la mère, une certaine Marie-Liesse est particulièrement intéressante et bien sentie. Une très belle femme plus occupée à paraître qu'à être véritablement. Dominée, par facilité par un mari pour commencer elle découvrira, sans le décider elle-même, et comme par erreur, le cinéma de Carl Dreyer, Kurosawa ou Alfred Hitchcock.

 

"Grâce à ce support de la chose écrite, le vécu prenait sens"

 

Il faudra l'écriture, dans laquelle se plongera Anne-Clémence, pour que des souvenirs douloureux enveloppent une mère au physique parfait, d'une ombre cruelle et défigurant à jamais une apparence trop travaillée. Plus question des " Sfumatos du Vinci". 

 

Au travers des mots se révèlera une de ces souffrances que les enfants qui ne sont pas le fruit de l'amour, porteront toute leur vie comme un fardeau.

 

"D'ailleurs, pour Monsieur et Madame, l'anniversaire d'Anne-Clémence était comme un jour de deuil ..."

 

Définitivement c'est la fin d'une époque. Même les couleurs qui ont baigné les presque cent cinquante premières pages du roman s'altèrent. Il est question de divorce, de trahison et surtout du plus horrible, d'intérêt financier. 

 

"Et il n'était pas impossible, s'il savait rassurer le père et s'éloigner de la famille sans faire de vague et avec autant de discrétion qu'il avait mis d'outrecuidance à s'en approcher, qu'il obtienne une gratification en espèces sonnantes et trébuchantes qui confirmerait, une fois de plus, son habileté à user des autres à son profit."

 

Une autre partie du roman, qui m'a touché au plus profond et sans en dévoiler une seule ligne. La lettre "testament" d'Émilie.

 

La fin se dessine mais promet encore de beaux rebondissements. Il est, une nouvelle fois, question d'un entretien "à l'ombre du catalpa". Les évènements se déchaînent mais la nature semble vouloir rester là, en dépit de tout,  bienveillante. 

 

Le roman plonge également l'une des principales protagonistes dans le saphisme. Sans aucun point commun entre ces deux femmes l''une des deux m'a immédiatement fait penser à Mrs. Danvers, dans le film d'Alfred Hitchcock "Rebecca".

 

Un autre personnage du roman est en véritable coureur de jupons, et choisit Julie, sa belle-sœur pour maîtresse. Reconnaissons lui quelques excuses.

 

"Il faut avouer que l'élève était douée. Julie était faite pour le plaisir autant que sa sœur pour la maternité".

 

"Il n'était clair qu'avec les chiffres : pour le reste, il préférait entretenir les paradoxes"

 

Une nouvelle ère s'annonce et déja pointent les regrets et l'amertume.

 

Un dîner avec un certain Bartholomeo m'a fait penser à Sophie Von Essenbeck dans "Les Damnés" de Visconti, au moment même de son union avec Frederick Bruckmann, lorsque celle-ci salue d'une façon distraite et habituelle, telle une hôte qui se veut respectable jusqu'à la fin, les seuls invités de la noce conviés par son fils.

 

"C'était la mémoire infinie de la chose écrite que le vie parcourt encore, au point que dans le mouvement des phrases se perçoit jusqu'au bruit du pas attendu, jusqu'au vacillement de l'ombre aimée"

 

Comme pour repousser l'échéance fatale,  le roman veut encore nous donner quelques espoirs. Arrêt à Florence et ses trésors avec " .... la conviction que l'éternité est déjà inscrite dans l'éphémère".

 

Nostalgie quand tu nous tiens, avec un petit tour rue de Rivoli et l'arrêt obligatoire chez Angelina. Il est également aisé de reconnaître les goûts d'Armelle dans sa façon de parler des nymphéas de Monet.

 

Et le temps qui continue de filer.

 

"Il semble que vous ne vous soyez pas aperçue que mai 1968 avait changé bien des choses. Vous vivez dans une tour d'ivoire et l'univers que vous décrivez, n'est plus tout à fait celui d'aujourd'hui"

 

Le roman nous entraîne des bords de Loire à un Paris récent. D'un séjour en Grande Bretagne à des souvenirs de voyages en Italie.  Quelques références à Pau. À Toulouse aussi.  Il a été question d'Erik Satie, de Gabriel Fauré de son  Requiem plus particulièrement. De La Tristesse de Duparc, à deux reprises, ou encore des études symphoniques de Schuman et de la toccata de Bach à Notre Dame.

 

"Quand je suis allé à Venise,

cela me paraissait incroyable et si simple que mon rêve fut devenu mon adresse"

 

Si Proust est bien mentionné, il est aisé de sentir son influence du début à la fin du roman.

 

Sa pensée accompagne la plume d'Armelle tout au long de son Jardin d'incertitude.

 

Un beau roman qui mériterait d'être lu par le plus grand nombre, en tous cas par tous les amateurs d'une belle écriture.

Published by Ciné Alain - dans Romans
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