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19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 20:30


Date de sortie 18 mars 2015

 

Un Homme idéal


Réalisé par Yann Gozlan


Avec Pierre Niney, Ana Girardot, André Marcon,

Valeria Cavalli, Thibault Vinçon, Laurent Grévill, Marc Barbé


Genre Thriller


Production Française

 

Synopsis

 

Mathieu (Pierre Niney), 25 ans, aspire depuis toujours à devenir un auteur reconnu. Un rêve qui lui semble inaccessible car malgré tous ses efforts, il n’a jamais réussi à être édité.

 

En attendant, il gagne sa vie en travaillant dans une société de déménagement…


Son destin bascule le jour où il tombe par hasard sur le manuscrit d’un vieil homme solitaire qui vient de décéder. Mathieu hésite avant finalement de s’en emparer, et de signer le texte de son nom…

 

Devenu le nouvel espoir le plus en vue de la littérature française, et alors que l’attente autour de son second roman devient chaque jour plus pressante, Mathieu va plonger dans une spirale mensongère et criminelle pour préserver à tout prix son secret…

 

 

Pierre Niney

Entretien avec Yann Gozlan


D’où est née l’idée du film ?


Après Captifs, mon premier long métrage, j’avais envie de réaliser un thriller ; un film de genre stylisé qui mette en scène un personnage prêt à passer un pacte avec le diable pour réaliser son rêve ; brosser le portrait d’un jeune homme en quête d’identité et qui va finir par la perdre.
L’identité est un thème qui me passionne depuis toujours, il est universel et particulièrement romanesque. Quel abîme y-a-t-il entre ce que l’on est et ce qu’on aspire à être ? Qu’est-on prêt à accomplir pour se réaliser ? Quel en est le prix à payer ? En volant le manuscrit d’un mort, Mathieu Vasseur, le héros, commet un mensonge originel qui l’entraîne dans une spirale dont il ne peut plus sortir. On peut se perdre dans le mensonge, on peut devenir fou. Le sujet me semblait en rapport avec notre époque actuelle : les affaires de plagiats qui se sont multipliées, la notoriété fulgurante…

 

Contrairement à beaucoup d’imposteurs pour lesquels seule compte la réussite sociale, Mathieu, qu’interprète Pierre Niney, est littéralement habité par l’amour de l’écriture.


Je ne voulais pas en faire un Christophe Rocancourt. Mathieu ne veut pas bêtement réussir, il a sincèrement l’ambition de devenir romancier et est enragé de ne pas y parvenir. Il fallait que, dès le début, on puisse ressentir de l’empathie pour lui, qu’on le comprenne, pour ne pas le rejeter ensuite lorsqu’il se met à commettre des actes répréhensibles. Son problème, c’est le manque de don mais il va en avoir pour mentir.


Un Homme idéal - Ana Girardot et Pierre NineyMathieu est animé par un autre mobile : Alice, la femme qu’il aime, une intellectuelle qui appartient à une famille de la grande bourgeoisie, est avant tout attirée par son talent de romancier.


En se faisant publier grâce au texte d’un autre, il est non seulement devenu ce qu’il avait toujours souhaité être mais a aussi conquis celle dont il était amoureux et qui lui semblait inaccessible. Même s’il rêverait qu’elle l’aime tel qu’il est, sans talent et sans inspiration, leur relation est basée sur ce mensonge initial et c’est une véritable torture psychologique pour lui. Alice finit par devenir le moteur de chacun de ses actes. Il est prêt à tous les sacrifices pour qu’elle conserve intacte l’image de l’homme auprès duquel elle croit vivre. Jusqu’à cet ultime stratagème mis en place à la fin qui le conduit à devenir un fantôme. Ce mécanisme me passionnait.

 


Le film parle avec beaucoup d’acuité de l’art et de la création. À force de déployer des trésors d’imagination pour préserver son secret, Mathieu finit par trouver l’inspiration et écrire un vrai roman.


Au début, c’est une coquille vide. Plus il déploie d’énergie pour se sortir de la situation inextricable qu’il a lui-même créée et dans laquelle il est tombé, plus il est réactif, et plus il se nourrit. Il devient inspiré. On ne sait pas s’il a acquis le style mais il a des choses à raconter. J’aime assez l’idée qu’il y ait un prix à payer lorsqu’on se lance dans un processus artistique. Pour autant, même si j’aborde ces questions, elles ne sont pas le sujet central du film. Je n’ai pas de message à faire passer autour de la création. Mon objectif était d’abord de développer un suspense aussi haletant que possible. Que l’on s’immerge littéralement dans la peau du personnage.


Impossible, en découvrant Un Homme idéal, de ne pas évoquer Plein Soleil, de René Clément, et Monsieur Ripley, de Patricia Highsmith, dont il était tiré.


Le film y fait référence bien sûr. Plein Soleil fait à mes yeux partie des grands chefs-d’oeuvre du cinéma. Et j’ai une passion pour Patricia Highsmith. Elle possède une incroyable science du récit et de la mécanique du suspense tout en réussissant à dessiner des personnages d’une complexité extraordinaire.

Un homme idéal

On retrouve également chez Mathieu, le côté déclassé de Tom Ripley. Vous en faites un prolétaire propulsé dans un milieu qui n’est pas le sien…


Son côté working class, m’intéressait. On ne peut pas faire comme si les classes sociales n’existaient pas ! J’avais envie de le voir arriver en tenue de déménageur dans l’amphithéâtre où il voit Alice pour la première fois. Elle est belle, elle parle de littérature, elle représente tout ce qu’il voudrait avoir. Plus jeune, j’ai le souvenir de réalisateurs venant me demander des DVD alors que je travaillais comme vendeur à la Fnac en rêvant de monter mes premiers courts métrages. Ils se montraient tout à fait sympathiques mais c’était violent pour moi. J’aurais voulu être de leur côté, or j’étais derrière mon comptoir avec mon gilet Fnac. C’est dur d’être animé par une passion et d’avoir le sentiment d’être dans un cul de sac. Je me sens très proche de cette scène.


J’avais une autre raison de vouloir faire de Mathieu un déménageur occasionnel : les situations dans lesquelles il se retrouve dans la deuxième partie du film nécessitaient qu’il soit en très bonne forme physique ; qu’il ait une apparence un peu athlétique.


Le contraste entre le milieu dont vient Mathieu et celui auquel son nouveau statut social lui fait accéder est d’autant plus fort qu’il est lui-même sans famille…


C’est un vrai solitaire. La dimension sociale est là malgré la bienveillance de la famille d’Alice à son encontre. Quoi qu’il fasse, il ne se sent pas à sa place. Mais le fossé est d’autant plus violent qu’il est d’abord un imposteur, pris dans sa spirale de mensonges et bientôt de crimes. Mathieu est constamment derrière la vitre, comme dans cette scène où il observe la famille d’Alice, insouciante et heureuse en plein cocktail ; il est presque déconnecté de la réalité.


 

On est dans un enfermement permanent, à la fois physique et mental.


Je voulais qu’on reste collé à lui tout le temps, créer une sorte d’expérience immersive. On passe avec lui de l’emprisonnement des tours, sans point d’horizon, à la cage dorée de la villa, sans jamais quitter l’angoisse sourde qui l’étreint et entraîne progressivement le film dans une dimension d’étrangeté et de bizarrerie. À part une courte scène où l’on quitte son point de vue pour créer une sorte de montage parallèle, la mise en scène devait être au service de la subjectivité du personnage. D’où ces travellings où la caméra suit Mathieu de dos nous faisant
découvrir ce qu’il voit. Je souhaitais que le filmage fasse ressentir au spectateur le stress et la paranoïa du protagoniste.

 

Certaines scènes du film basculent presque dans le fantastique, comme lorsque Mathieu saigne du nez à table ou qu’il rêve une situation qui va effectivement se dérouler un peu plus tard.


Je tenais beaucoup à ces séquences, la subjectivité y est poussée à son paroxysme. On pénètre dans la tête du personnage, dans sa psychose. À ce moment-là, pour moi, on est dans le cinéma pur.


Y a-t-il une raison particulière au fait de faire voler au héros un manuscrit dont l’histoire se déroule durant la guerre d’Algérie ?


Oui, parce que c’est une partie de l’histoire de France qui reste encore taboue. Que le véritable auteur du texte y ait participé et, pire, qu’il soit mort, aggrave encore le délit commis par Mathieu. Cela confère une dimension presque faustienne à son geste. Il brûle le roman et détruit la photo de cet homme : quelque part, il se damne.


Cette damnation est presque déjà écrite à partir du moment où il pénètre dans la maison des parents d’Alice : le père – André Marcon – lui détaille sa collection de pistolets anciens et, lorsqu’il travaille, Mathieu s’abîme dans la contemplation de la scène du duel du tableau qui trône dans son bureau…


En amenant une forme d’étrangeté un peu morbide, ces pistolets et ce tableau, qui représente la scène du duel d’Alexandre Pouchkine avec un jeune officier français, font planer une menace dans le décor policé et glamour de la villa. Ils sont annonciateurs du drame qui va suivre : la violence, la mort et la plongée dans le néant.


La maison constitue presque un personnage à part entière.


C’est un personnage à part entière ! Il fallait qu’elle donne de plain-pied sur la mer, qu’elle ait un côté majestueux et glamour. Avec le repéreur, nous avons mis des mois à la dénicher et avons fini par la trouver à Hyères.


Pierre Niney - Un Homme idéal

 

 

Parlez-nous du choix de Pierre Niney, réellement époustouflant dans le rôle de Mathieu Vasseur…


Pierre est bien plus qu’un acteur. Il a l’étoffe d’un vrai metteur en scène. Il sent les choses, il ne les intellectualise pas. Il a beaucoup apporté au film, en termes d’idées et de préparation. C’est un énorme bosseur. Il s’est musclé et est arrivé physiquement hyper affuté sur le tournage. J’aime son aspect juvénile qui participe à l’empathie qu’on éprouve pour son personnage : un gosse pris dans un piège qui le dépasse ; et j’adore ce côté presque félin qu’il dégage.

Face à lui, Ana Girardot et Thibault Vinçon sont formidables d’ambiguïté…


Tout se joue sur les regards. Pour le personnage d’Alice, je souhaitais une comédienne qui soit suffisamment jeune pour se laisser manipuler par Mathieu - une femme plus âgée l’aurait sans doute démasqué plus facilement. Thibault Vinçon qui incarne Stanislas, l’ami de la famille, grand bourgeois lui aussi, amène une dimension qui me plaisait particulièrement : on ne sait jamais où le situer. Il dégage une menace trouble. On le sent intelligent donc potentiellement dangereux. J’ai une affection toute spéciale pour la scène où il évoque avec Pierre/Mathieu ses souvenirs en Algérie au bord de la piscine.


Le scénario fait paradoxalement la part belle aux ellipses. C’est assez inhabituel dans le cinéma français.


Il fallait que l’histoire avance. Lorsqu’on retrouve Mathieu, trois ans après son succès littéraire dont on mesure que la jouissance a été de très courte durée, il est au pied du mur, son éditeur le harcèle, l’angoisse a repris le dessus. Avec Guillaume Lemans, mon coscénariste, nous avions un vrai souci d’efficacité narrative. Lorsqu’on s’attaque à l’écriture d’un thriller psychologique, la mécanique doit être réglée au millimètre. Quelques mois avant le tournage, nous avons encorere travaillé les dialogues avec Grégoire Vigneron. Travail payant : au montage, même si j’ai raccourci certaines scènes pour des questions de rythme, toutes sont restées.


Parlez-nous de la mise en scène, élégante, très solaire.


Même si j’adore l’effet de la caméra épaule, j’avais envie d’une mise en scène posée et cadrée. En outre, il fallait créer un contraste entre l’enfer que vit le personnage, la tension qui l’anime, et la splendeur de ce qui l’entoure.

 

Un Homme idéal - Ana GiraedotLe physique de Pierre Niney contribue d’ailleurs à rendre cet aspect lumineux. Formellement, je fantasmais un film qui allierait la lumière solaire et glamour de La piscine, de Jacques Deray, et le filmage rigoureux, au cordeau du Couteau dans l'eau, de Roman Polanski. Le cinéma de Claude Chabrol m’a également inspiré (Le boucher est un de mes films préférés), et Hitchcock, évidemment, le maître absolu du suspense.

 

Comment ne pas penser à lui lorsqu’on vous vous attaquez à un thriller. Mais ce sont des références écrasantes…

 

Quel genre de réalisateur êtes-vous ?


Il y a des metteurs en scène qui préfèrent laisser libre cours à leur inspiration sur le plateau, je les admire mais je ne sais pas faire. Je crois que l’improvisation ne marche que si l’on a énormément travaillé en amont. J’essaie de répéter le plus possible avant le tournage. C’est une étape fondamentale, surtout lorsque, comme moi, on débute dans le cinéma. Les répétitions offrent l’opportunité de vérifier que les scènes et les dialogues fonctionnent. Pour moi, c’est à ce stade
que les choses se concrétisent véritablement. Une fois sur le plateau, le film est beaucoup plus clair dans ma tête. Antoine Roch, le chef opérateur, et moi nous étions, dès le départ, mis d’accord sur la répartition des tâches. Dans la mesure où je souhaitais qu’Un Homme idéal, soit stylisé, son rôle était central. Je lui ai indiqué des références et lui ai ensuite laissé une liberté totale pour la lumière. Avec Jean-Philippe Moreaux, le chef décorateur, il a accompli un travail formidable. En revanche, je voulais pouvoir choisir mon cadre avec lui : les angles de prises de vues, les focales, c’était mon job.


La musique, signée Cyrille Aufort, est très présente…


J’ai une passion pour la musique de films et, même si la mode est à l’électro, j’ai personnellement un penchant pour la musique orchestrale. La partition de Cyrille Aufort amène à la fois une forme de lyrisme et une étrangeté indispensable à l’atmosphère du film.


Un Homme idéal, est très différent de Captifs, votre premier long métrage, qui lorgnait davantage vers le cinéma d’épouvante.


Captifs est un exercice de style que je revendique à 200%. En dépit des codes très marqués du genre, il évoquait déjà l’enfermement physique et mental. On vous sent à part dans la nouvelle génération des cinéastes français. Mon parcours est peut-être un peu plus compliqué, c’est vrai, que celui des gens qui sortent de la Fémis et qui se retrouvent presque naturellement en famille plus tard. J’ai d’abord fait des études d’économie à Dauphine – à l’époque, je me destinais à travailler dans la finance – avant de me retrouver en fac de cinéma à Saint-Denis où je ne suis resté qu’un an. J’ai très vite tourné de petits films institutionnels pour vivre, puis des courts métrages. J’avais besoin de me jeter à l’eau, quitte à éprouver parfois, comme Mathieu, mon héros, le sentiment de ne pas être tout à fait à ma place. Quel jeune réalisateur ne l’a pas ? Il faut tout de même un sacré culot pour oser donner des ordres à des techniciens qui ont 2000 films au compteur quand on en a que deux à son actif ! Est-ce que, pour autant, je me sens différent des metteurs en scène de mon âge ? Je ne crois pas, je me sens proche de leur cinéma et travaille avec beaucoup d’anciens étudiants de la Fémis.


Avez-vous des projets ?


J’ai repris un scénario qui me tient à coeur – l’adaptation d’un roman que j’espère pouvoir tourner bientôt.

 

Pour la suite de l'entretien, cliquez ICI.

 

Un Homme idéal - Pierre Niney

 

Sources :

http://www.unifrance.org

Mon opinion

 

"On peut se perdre dans le mensonge, on peut devenir fou. Le sujet me semblait en rapport avec notre époque actuelle : les affaires de plagiats qui se sont multipliées, la notoriété fulgurante…"  a déclaré le réalisateur scénariste. Yann Gozlan, parle également de ses références cinématographiques, et non des moindres, allant de Jacques Deray à Roman Polanski ou encore Claude Chabrol.

 

Dommage que le scénario ne tienne pas la route et se noie dans quantités s'invraisemblances. En cela la réalisation est fidèle. Quelques rares, mais belles idées, maintiennent toutefois un certain suspense, pour arriver à une astucieuse et magnifique image de fin.

 

Le réalisateur s'attache essentiellement à son principal protagoniste au détriment de tous les autres acteurs. Pierre Niney est de toutes les scènes, "un gosse pris dans un piège qui le dépasse" dira le réalisateur. C'est essentiellement l'acteur qui évite le naufrage et tient le spectateur en haleine jusqu'à la dernière minute du film.

Un homme idéal
Published by Ciné Alain - dans Des films en 2015
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commentaires

roijoyeux 20/03/2015 19:04

pas très tenté, le film est moins fort que ses illustres références

 

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