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16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 21:00

 

Date de sortie 12 août 2015

 

Coup d chaud


Réalisé par Raphaël Jacoulot


Avec Karim Leklou, Jean-Pierre Darroussin, Grégory Gadebois, Carole Franck,

Isabelle Sadoyan, Camille Figuereo, Serra Yilmaz


Genre Policier


Production Française

 

Synopsis

 

Au cœur d’un été caniculaire, dans un petit village d'agriculteurs, inquiets car les récoltes sont menacées, le quotidien des habitants est perturbé par Josef Bousou (Karim Leklou), un jeune homme un peu simplet et violent. Fils de ferrailleurs, semeur de troubles, il est désigné par les villageois comme étant la source principale de tous leurs maux.

 

Diane (Carole Franck) est la première à s'inquiéter de sa présence. Elle l'accuse de vol et veut qu'il quitte le village. Une jeune fille se plaint également de son comportement avec elle. Son père finit par porter plainte.

 

Un autre voisin, Rodolphe Blin (Grégory Gadebois), éconduit le jeune homme quand celui-ci lui propose son aide. Le maire, Daniel Huot-Marchand (Jean-Pierre Darroussin), tente de calmer le jeu mais les passions se déchaînent sur Josef jusqu'au jour où on le retrouve sans vie dans la cour de la maison familiale.

 

Coup de chaud - Karim Leklou

 

Karim Leklou

Entretien avec le réalisateur.

Propos recueillis par Claire Vassé pour www.unifrance.org

 

A l’origine de Coup de chaud, il y a un fait divers…


C’est la première fois que je pars d’une matière aussi documentaire. Ce fait divers qui s’est passé dans ma région d’origine m’a interpellé. J’étais troublé que des villageois, ni pires ni meilleurs que d’autres, aient pu être, à un moment donné, soulagés par la disparition violente de l’un des leurs, qu’ils tenaient pour responsable de leurs maux. J’y voyais quelque chose qui parlait de notre monde, de notre société. Une société malade qui se cherche en permanence des coupables. Les premières étapes d’écriture du scénario ont été nourries par un travail sur le terrain. On a assisté notamment à deux procès d’assises avec Lise Macheboeuf, ma co-scénariste.

 

Josef est un bouc émissaire…


Oui, j’avais envie d’ausculter et de comprendre ce phénomène. Voir comment, dans un climat d’insécurité, les peurs apparaissent et se cristallisent progressivement sur une personne. Ce mécanisme victimaire était déjà à l’oeuvre dans Avant l’aube, avec le personnage de Vincent Rottiers, auquel on fait porter le chapeau. Mais l’histoire se déroulait alors à l’intérieur d’un cercle de personnages plus réduit.


Ici, c’est tout un village qui est concerné…


J’ai pensé l’architecture du récit comme une ronde de personnages qui inclut le personnage de Josef Bousou puisqu’il fait partie du village. Tout le monde s’accommode plus ou moins de sa présence mais progressivement, cette ronde va se dérégler et Josef en être expulsé. Le film a une structure qui s’apparente au film noir et c’est pour moi le meilleur vecteur pour traiter de la dimension politique et sociale qui m’intéressait avant tout.

La canicule exacerbe le climat de crise…


Le fait divers s’étalait sur plusieurs années mais nous avons décidé de le circonscrire à un été où les villageois sont confrontés à une vague de chaleur qui renforce leur sentiment de traverser une période de crise. Tous ont des difficultés propres – sociales, économiques, intimes, de voisinage, de rivalités – qui vont se tisser, s’agripper les unes aux autres pour se cristalliser sur la figure de Josef.


Chacun reporte sa frustration sur lui…


Oui, il est chargé des problèmes des autres, c’est un réceptacle. Et plus on fait pression sur lui, plus il devient agressif et renvoie des choses violentes. Que ce soit le deuil de sa femme pour le maire ou le fait que Diane n’ait pas d’enfant, il arrive à débusquer la souffrance des autres. Josef confronte les villageois à leur problématique, exacerbe leurs failles.

 

Vous recourez beaucoup à l’ellipse pour laisser planer le doute sur qui est coupable de quoi…


Le film est parsemé d’ellipses. C’est quelque chose qui dans l’absolu m’intéresse au cinéma et qui était d’autant plus passionnant sur ce projet, car l’une des thématiques importantes est la rumeur, comment elle se propage de villageois en villageois, se répand telle une pieuvre. L’épisode avec Manon ou celui du vol de la pompe sont des trous noirs dans lesquels les villageois vont se précipiter pour les remplir de leur peur fantasmatique de Josef.


Ces ellipses placent le spectateur lui-même dans l’interrogation vis-à-vis de Josef et le confrontent lui aussi à la tentation de reporter la faute sur "l’autre".


Dès le début, on voulait se situer dans le regard et le ressenti des villageois, y compris lorsqu’ils dérapent, afin de comprendre comment le mécanisme se met progressivement en place. Et comment cette ronde d’individus finit par former un collectif. On voulait passer par le vécu des personnages et se mettre à leur hauteur, non les juger. Diane s’énervant sur Josef, je la comprends, il peut être totalement insupportable !

Le film est construit sur un flash-back…


Comme dans toute structure tragique, je voulais annoncer la violence faite à Josef au début, puis essayer de comprendre comment tout ça est arrivé. Mes personnages sont pris dans un engrenage, une nasse qui va se refermer sur eux. Et j’ai le souci de placer le spectateur dans cette tension.


Le dernier tiers du film enclenche un nouveau mouvement de réflexion…


Le dernier tiers est consacré à l’enquête et chaque villageois est confronté au regard d’un gendarme, qui aurait tout aussi bien pu être un juge ou un psy. Avec Lise Macheboeuf, on était aussi passionnés par la façon dont la justice, les gendarmes, la société s’étaient emparés de cette histoire. Et comment, au tribunal, les villageois avaient été confrontés à la réalité de ce qui s’était passé : ils avaient franchi une ligne rouge, dans un total aveuglement.

 

Pour le personnage de Josef, vous êtes-vous inspiré de la vraie personne du fait divers ?


On s’est, en partie, appuyé sur le fait divers pour écrire ce personnage assez complexe. Josef est non seulement simple d’esprit mais fils d’une famille de gens du voyage qui se sont sédentarisés, cet élément était important pour moi, il donnait une résonance sociale à l’histoire. Quant à sa pathologie, le maire la résume assez bien au moment de l’interrogatoire à la gendarmerie : il souffrait de débilité débonnaire et affective – j’ai repris les termes du rapport d’expert établi au moment du procès.

 

Josef est attachant, mais met aussi mal à l’aise…


Il n’était pas question d’en faire un personnage sans ambiguïté, sa différence peut faire peur. Mais je tenais à ce qu’il soit émouvant, face à la violence qu’on lui fait subir. Josef a trente ans mais fonctionne comme un ado tourmenté de quinze ans. On lui refuse l’amitié, l’affection mais aussi la sexualité et cette frustration l’agite. Pour incarner ce personnage, nous avons veillé à ne pas imiter les codes de la maladie mentale, mais plutôt à trouver un état du personnage.


Comment s’est fait le choix de Karim Leklou ?


Brigitte Moidon, la directrice de casting a eu très vite l’intuition que c’était lui. Karim Leklou est un jeune comédien assez prodigieux. Il est extrêmement inventif et mobile, comme son personnage. Quelque chose passe vraiment par le corps chez lui. Karim a bousculé le rapport plutôt classique que j’avais aux acteurs jusqu’ici. Il est dans une perpétuelle remise en question de la scène et du texte. Cela représentait une richesse d’autant plus grande pour le travail qu’elle correspondait exactement au fonctionnement de Josef : ne jamais être là où on l’attend.

Et le reste de la distribution ?

 


Je crois que le travail avec les acteurs est ce que j’aime le plus au cinéma. C’est par eux que le
propos va être véhiculé et le moment de la distribution des rôles est crucial, encore plus dans ce film-là, où l’on avait beaucoup de personnages, une esthétique de la distribution à trouver. Le film se passe dans un village, et devait représenter tous les âges de la population. Il fallait réussir à faire co-exister des visages, des corps, des comédiens qui viennent d’horizons différents. Jean- Pierre Darroussin est un acteur identifié et apprécié, cette notoriété nourrit la figure du maire. Grégory Gadebois apporte une grande puissance intérieure à son personnage, et Carole Franck compose son rôle avec détermination, conviction, énergie.


Et pour la famille Bousou ?


Ça a été une recherche passionnante pour trouver les membres de la famille Bousou. Serra Yilmaz, qui joue Josiane, la mère est une actrice turque très reconnue à Istanbul. Coup de chaud brasse des couleurs d’acteurs différentes. C’était une grande richesse pour moi.

 

Vous partez toujours d’un lieu précis : un barrage pour votre premier film, un hôtel pour le deuxième et ici un village…


Le décor est un motif important pour moi. À chaque fois, il s’agit de lieux retirés, avec un élément géographique fort qui incarne quelque chose dans le récit. Ici, ce château d’eau qui pourrait presque remplacer l’église dans ce village fermé sur lui-même. Je conçois les lieux comme une scène de théâtre dans laquelle les personnages vont s’agiter, s’asphyxier au contact les uns des autres. Le seul moment où l’on sort du village dans Coup de chaud, c’est pour se rendre à la gendarmerie !


Comment avez-vous cherché à représenter ce village ?


Ce village n’est pas identifié, il n’a pas de nom, pas d’implantation géographique précise. C’est un village de France qui me permet d’observer la société mais à la hauteur d’un microcosme. Outre qu’il soit peu identifiable, je voulais que ce village rende compte des états des personnages par ses couleurs et sa pierre qui évoquent une forme de dénuement, une rudesse. Je raisonne beaucoup à partir des personnages. Quand j’entrais dans un village au moment des repérages, j’essayais d’imaginer si ceux-ci pourraient habiter là, notamment la famille Bousou. Que cette famille, historiquement nomade, ait décidé un jour de s’installer quelque part représente un vrai choix.

Quels étaient vos désirs de mise en scène ?


Le désir majeur de la mise en scène était d’aller de la mobilité de Josef à l’immobilité, de suivre ce personnage en mouvement mais aussi de circuler d’un personnage à l’autre, passer de l’espace privé à l’espace public. Progressivement les villageois sont davantage dans la rue, jusqu’à cette grande scène du Quatorze Juillet devant le monument aux morts. Ce qu’on interdit à Josef au bout du compte, c’est de bouger et le film se fige progressivement sous ce soleil de plomb qui écrase le village et donne un rythme un peu lourd aux plans, aux déplacements des villageois. J’avais envie de quelque chose de terrien, ancré dans le sol, presque étouffant. On est assez proches des comédiens, des visages. Et on ne les lâche pas. Il y avait aussi le désir de travailler sur la mythologie du western : les rues vides, les ombres, la chaleur…


Comme pour vos deux premiers films, André Dziezuk a composé la musique…


Avec le compositeur André Dziezuk, on commence à travailler ensemble dès le début du montage. J’envisage la musique comme un élément du film, au même titre que les rushs et elle se mêle au récit, devient organique. Pour ce film, on a défini des thèmes liés notamment aux trajectoires de Rodolphe et Josef.


La confrontation des classes est aussi une thématique récurrente chez vous…


Oui, sans doute aussi parce que ça me ressemble. Dans mon parcours par exemple, j’ai l’impression d’avoir changé de milieu. Ça m’interroge beaucoup : quelle place cherche-t-on à occuper et pourquoi ?


Coup de chaud est sombre mais reste toujours humain…


J’avais envie que le film, même s’il est sombre et funèbre, soit très vivant, notamment grâce à
la figure de Josef et le traitement des scènes quotidiennes. Je ne voulais surtout pas céder à une
fatalité, inéluctable et sans issue. Et puis il y a la famille Bousou et les adolescents à la fin qui apportent une lueur. Ces adolescents ont grandi, ils ont accédé à une conscience un peu plus mature qui les amène à considérer Josef et sa famille. C’est par eux que passe une forme de salut.

Mon opinion

 

"Mes personnages sont pris dans un engrenage, une nasse qui va se refermer sur eux. Et j’ai le souci de placer le spectateur dans cette tension." a déclaré le réalisateur.

 

La musique d'André Dziezuk participe grandement à cette sensation et le pari du réalisateur amplement réussi.

 

Le scénario est inspiré d'un fait divers qui s'est déroulé dans la région d'origine de Raphaël Jacoulot. Il s'appuie avec habileté sur celui-ci pour nous plonger dans une intrigue dont les premières images nous livrent la fin tragique. 

 

Le spectateur se trouve entraîné dans un huit clos "champêtre" au beau milieu duquel les champs de maïs n'ont jamais paru aussi oppressants. Le village est le berceau de toutes les bassesses possibles et inimaginables.

 

La caméra pose sur chacun des protagonistes un regard indiscret, tout en dévoilant, avec parcimonie, les secrets et toutes les rancœurs et jalousies mêlées dans le but de conduire le spectateur dans une fausse direction.

 

Le film est porté par un formidable casting. À commencer par l'incroyable jeu de Karim Leklou, à la fois troublant, inquiétant, perdu, victime ou coupable.

 

Carole Franck, Grégory Gadebois, Jean-Pierre Darroussin, et Isabelle Sadoyan, dans un passage particulièrement douloureux, participent grandement à la réussite de ce long-métrage tout à fait intéressant. Tant au niveau du récit, de la noirceur de l'ambiance qui se dégage pendant toute la durée du film, ou davantage encore par ces portraits au vitriol de la plupart des personnages.

Coup de chaud
Coup de chaud
Coup de chaud
Published by Ciné Alain - dans Des films en 2015
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commentaires

Miichel Zorba 17/08/2015 17:10

Vu hier soir au Royal. Tout à fait enthousiaste aussi. Une belle balade sur le rocher pour un grand bol d'air a été salutaire après la vision pendant laquelle je me suis senti pris comme dans un étau.

armelle 17/08/2015 15:42

Premier écho de ce film grâce à vous, toujours bien informé et qui ne délaissez pas les salles obscures comme moi en ce moment. Intéressant. Je note, au cas où je le vois à l'affiche près de chez moi. Bonne journée, Alain.

armelle 17/08/2015 15:40

Premier écho de ce film grâce à vous, toujours bien informé et qui ne délaissez pas les salles obscures comme moi en ce moment. Intéressant. Je note, au cas où je le vois à l'affiche près de chez moi. Bonne journée, Alain.

Johanne 17/08/2015 10:31

Bonjour Alain, ce film m'a complètement emballée. Je suis sorti de la salle et j'ai respiré un bon coup. Ton article est super comme d'hab et je reconnais qu'en rentrant, j'ai longé des champs de maïs qui bordent la route avec une étrange sensation d'étouffement. Biz. et d'ores et déjà (ça ne se fait pas mais je sais que tu me pardonneras) très bel anniversaire. Je pars pour quelques jours en famille

Chris 17/08/2015 09:22

Salut Alain, ok avec toi. Un très bon film

 

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