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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 23:00

 

 

Date de sortie 22 août 2012

 

A-perdre-la-raison---Affiche.jpg

 
Réalisé par Joachim Lafosse


Avec Niels Arestrup, Tahar Rahim, Emilie Dequenne,

Baya Belal, Stéphane Bissot, Mounia Raoui,

Redouane Behache, Yannick Renier, Nathalie Boutefeu

 
Genre Drame


Coproduction Belge, Luxembourgeoise, Française, Suisse

 

À perdre la raison a été présenté dans la sélection Un Certain Regard du Festival de Cannes 2012.  

 

Emilie Dequenne y a d'ailleurs été récompensée du Prix d'interprétation féminine pour sa composition de mère, que de malheureux événements ont poussée à commettre un acte tragique.

 

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Tahar Rahim et Emilie Dequenne

 

Synopsis

 

Murielle (Emilie Dequenne) et Mounir (Tahar Rahim) s’aiment passionnément. Depuis son enfance, le jeune homme vit chez le Docteur André Pinget (Niels Arestrup), qui lui assure une vie matérielle aisée.

 

Quand Mounir et Murielle décident de se marier et d’avoir des enfants, la dépendance du couple envers le médecin devient excessive. Murielle se retrouve alors enfermée dans un climat affectif irrespirable, ce qui mène insidieusement la famille vers une issue tragique.

 

Le film s'inspire librement d'un tragique fait divers survenu en Belgique : le quintuple infanticide commis par Geneviève Lhermitte le 28 février 2007. Cependant, les lieux et les noms ont été changés et il ne s'agit pas d'une reconstitution minutieuse, mais d'une reconstruction portée par le regard artistique et la subjectivité du réalisateur Joachim Lafosse.
 
Quand il a entendu parler de ce fait divers, le cinéaste Joachim Lafosse a rapidement imaginé une adaptation cinématographique du drame. Il confie : "Je me suis librement inspiré d'un fait divers survenu en Belgique en 2007. J’étais dans ma voiture, quand j’ai entendu parler de ce drame à la radio, l’histoire d’une femme qui avait assassiné ses cinq enfants. J’ai pensé tout de suite que cela renvoyait à la tragédie antique, et que ce fait divers m’offrait la possibilité d’approfondir ce dont je parlais dans mes films précédents : le trop plein d’amour, ses conséquences, la dette, le lien pervers, les dysfonctionnements familiaux, la question des limites…A perdre la raison - Joachim Lafosse D’emblée, des choix se sont imposés : ne pas illustrer ou documenter le fait divers, mais m'en emparer avec ma subjectivité, mon point de vue d’artiste. Intégrer l’idée que dans toute histoire familiale, la vérité de l’un n’est pas la vérité de l’autre. Mon travail n'est pas de rechercher la vérité judiciaire, de m’y conformer, ni de la raconter avec une objectivité journalistique. Ces démarches ont déjà été entreprises, et elles illustrent leurs propres vérités, parmi d'autres. Mon rôle de cinéaste est différent. Il s’agit d’offrir un regard intérieur et interrogateur sur ce qui, quelles que soient les responsabilités, reste un drame humain. Mon rôle, c'est de faire partager au spectateur la vie des personnages que j'ai mis en scène et de leur permettre d'appréhender le drame à travers un autre prisme. Je voulais montrer qu’un tel acte, dépeint comme "monstrueux", ne peut pas être le fruit du hasard. On dit que le crime infanticide est "impensable" : mon objectif est d'amener le spectateur à réfléchir sur ce qu'on qualifie trop souvent d'inexplicable, à poser un autre regard en me servant de l’outil fictionnel pour susciter un questionnement sur la perception de la réalité, tant par mon propre regard que par celui des spectateurs qui voient le film."

 

Pour le réalisateur Joachim Lafosse, la famille est le lieu d’apprentissage de la démocratie, et aussi le meilleur endroit pour observer la dictature. Il ajoute que pour lui, c’est un lieu de violence. Ce qui l’intéresse dans la famille, ce sont les dysfonctionnements. Toutes ces choses qu’on n’arrive pas à déceler, mais auxquelles on participe. Les raisons pour lesquelles on est mal à l’aise, sans trop savoir d’où vient le problème. Pourquoi on n’arrive pas à se détacher d’une forme de lien. Cinématographiquement, le lien pervers est un sujet fascinant car c’est un sujet qui se cache, attisé par des personnages complexes.

 

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Emilie Dequenne et Tahar Rahim

 

Concernant le scénario des règles fondamentales sont apparues très vite. Il semblait à Joachim Lafosse, totalement inutile de filmer les meurtres. Il souhaitait faire un film qui ne soit que le fruit de sa subjectivité et de son imagination. Avec Mathieu Reynaert et Thomas Bidegain, ils ont décidé d'utiliser comme source d’inspiration tous les éléments journalistiques à disposition : leurs descriptions ont permis de rechercher l’universel au-delà du particulier, pour mieux imaginer un mythe détaché des faits qui ont provoqué le besoin de faire le film. Il ne s'agissait en rien d'écrire la vérité, qui reste inconnue, les articles de presse ne la relatent d’ailleurs que de façon parcellaire. Encore moins de proposer une révision du drame tel qu’il a été vécu et jugé dans la réalité. Personne n'a été dans cette maison et ne sait ce qui s'est passé, et l'objectif du réalisateur et des scénraistes, n’était pas d’en savoir plus ou de proposer un genre de reconstitution. Ils ont créé une fiction, sans avoir la prétention de tout expliquer, mais veulent faire réfléchir, trouver les fils d’une tragédie.

L’écriture a aussi été influencée par les choix esthétiques du film…

 
"Le film ne déresponsabilise pas, mais il ne juge pas non plus, aucun des personnages. Il pose des questions et cherche des réponses au travers du seul médium qui permet de le faire de cette façon : un récit fictionnel", déclare Joachim Lafosse à propos de son film.
 
Joachim Lafosse a voulu que sa mise en scène soit "capable de susciter à la fois l’émotion et la réflexion, sans tirer sur la corde du sensationnalisme." Il a donc utilisé de nombreux plans-séquences et a filmé à hauteur d’homme et d’enfant. Il a également soigné son cadre en faisant un lien entre le cadre familial et le cadre cinématographique : "Je vois chaque plan comme une maison, et je me demande qui y vit, qui va en être éjecté, qui y étouffe…", raconte-t-il.

 

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Niels Arestrup, Emilie Dequenne et Tahar Rahim 

 
À perdre la raison se concentre sur une famille nombreuse, et il y avait donc beaucoup d'enfants sur le plateau de tournage : "Avant le tournage, j’ai réalisé un court métrage Avant les mots dans une crèche, pour préparer le film, et j’ai découvert que quand on ne s’occupait pas des enfants, ils nous oubliaient au bout de trois quarts d’heure. C’est une stratégie que j’ai utilisée : seulement deux personnes de l’équipe parlaient aux enfants. Les autres, y compris moi, n’étions que des ouvriers qui travaillaient autour d’eux. C’est mon premier assistant qui les a dirigés", explique Joachim Lafosse.

 

Le réalisateur souhaitait travailler avec des acteurs connus, pour être sûr de s’ancrer dans la fiction. Tahar Rahim s'empare d'un personnage complexe qui subit tout le temps mais essaie de reprendre le dessus. Et il reste captivant. Il lui fallait transmettre cet éternel tiraillement entre sa femme et son protecteur. Niels Arestrup n’a pas joué que des personnages sympathiques, il arrive donc avec une gravité qui rendait intéressante l’idée de lui confier un rôle avenant, affectueux, un papa gâteau.

 

A-perdre-la-raison---Niels-Arestrup-et-Tahar-Rahim.jpg

 

Niels Arestrup et Tahar Rahim

 

Dans À perdre la raison, Niels Arestrup incarne un médecin, protecteur et père de substitution du personnage joué par Tahar Rahim. Le docteur Pinget se présente comme le père adoptif de Mounir, mais il ne l'est pas puisqu'il ne lui a pas donné son nom. C'est pour cela que que Mounir est davantage le protégé de Pinget avec toutes les ambiguïtés que cela porte. C’est l’une des choses qui a fasciné le réalisateur. On ne fait pas un film avec des idées, mais avec des personnages. Et là, ce sont d’abord les personnages qui importent. Comment peut-on s’émanciper de quelqu’un qui vous a tout donné, qui a été votre protecteur, votre professeur, votre éducateur ? Le don peut être dangereux. On peut imaginer qu’André Pinget a une difficulté à dire son amour, qu’il cache une fragilité. C’est ce que le réalisateur a dit à Niels Arestrup qui l’incarne : "votre personnage, c’est comme un petit garçon qui, pour avoir des amis dans la cour de récréation, est obligé tout le temps de leur donner des bonbons ! Et s’il n’a pas de bonbon, il se dit que personne ne l’aimera !". André Pinget n'imagine les liens que sous cette forme-là. C’est son drame, et c’est un cercle vicieux.

 

 

L’une des forces du film est de laisser des zones d’ombre. Parmi toutes les questions que l’on se pose, il y a celle du lien entre André et Mounir, sur lequel plane une ambiguïté…
"Cette question-là ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse c’est la dépendance et la dette. Mais oui, il y a une exclusion du féminin. Ces deux hommes ne laissent aucune place à Murielle. Ils ne la voient que comme épouse et mère. Qui sont les couples en effet ? C’est un peu la question que pose le film…" déclare le réalisateur.

 

Les deux comédiens s'étaient déjà donné la réplique en 2009 dans le multi-césarisé Un prophète de Jacques Audiard. Dans ce film, leurs personnages entretenaient une relation quelque peu similaire à celle que l'on peut voir dans le film de Joachim Lafosse. Tahar Rahim incarnant le protégé du parrain corse campé par Niels Arestrup. Tous deux avaient obtenu un César dont deux pour Tahar Rahim, pour leurs magistrales interprétations de ces deux prisonniers. Les voir à nouveau réunis à l'écran représente donc un véritable évènement.

 

Le réalisateur confie que d'autres films l'ont aidé à construire ses personnages : "Si on a pensé à L'Ombre d'un doute pour André Pinget, pour, Murielle, notre référence était Une femme sous influence de John Cassavetes, avec sa façon de courir tout le temps après sa vie de famille. Une femme dépassée, épuisée, maltraitée, en proie au doute, à la peur, et qui craque."

 

A-perdre-la-raison---Emilie-Dequenne.jpg Emilie Dequenne

 
Murielle, la mère infanticide qu’interprète Emilie Dequenne, est un personnage complexe. Une femme dépassée, épuisée, maltraitée, en proie au doute, à la peur, et qui craque. Au début, c’est une jeune femme élevée dans le renoncement. Une fille seule. Ses parents ne sont pas ceux dont elle avait rêvé, et avec André, elle rencontre le père qu’elle aurait aimé avoir. C’est un homme qui la protège, la sécurise. C’est d’ailleurs une situation qui correspond à notre époque. Ce médecin représente une assurance-vie. Aujourd’hui, tout le monde veut vivre sans danger. Ce couple pense qu’André est une garantie anti-risques. La tragédie se fabrique dans l’assurance, le confort. Et l’émancipation, c’est la prise de risques. Le plaisir et le désir meurent puisqu'il n'y a plus de risque. Dans le confort, la mort s'installe.

 

Joachim Lafosse a vu sa mère, sa belle-mère, vivre des grossesses multiples, ila grandi avec des femmes auprès desquelles il a compris combien cela avait été difficile. Dans le cas de Murielle, comme chez Médée, avoir des enfants devient un contre-pouvoir. C’est grâce à ses enfants qu’elle bénéficie de la générosité du médecin. Et ces enfants qu’elle considère avoir donnés, elle les reprend quand elle se considère trahie. C’est comme cela que son personnage fonctionne dans le film. Mais ce n’est pas pour autant une approche féministe : le film ne déresponsabilise pas, mais il ne juge pas non plus, aucun des personnages. Il pose des questions et cherche des réponses au travers du seul médium qui permet de le faire de cette façon : un récit fictionnel.

 

Concernant le choix d' Emilie Dequenne pour incarner Murielle Joachim Lafosse reconnnait : "Encore l’inconscient ! Je rentrais à l’Ecole de cinéma quand je l’ai vue pleurer en recevant son prix d’interprétation au Festival de Cannes pour Rosetta. Ce film m’a terriblement marqué. C’est une actrice inouïe, elle peut nourrir une histoire, elle se laisse imprégner. Elle m’a stupéfié pendant le tournage de la scène où elle écoute une chanson de Julien Clerc dans la voiture: on a fait six prises, elle y est sidérante dans toutes ! Mon père était photographe, et en voyant Emilie c’est la première fois que j’ai eu l’impression de m’offrir ce que s’était offert mon père : le droit d’être juste un regard."
 

La musique a une grande importance dans le film : "Pour la première fois je tenais absolument à utiliser la musique. C'est un art qui touche directement à l'inconscient du spectateur. Le langage musical est d'une grande utilité pour faire entendre la perversion qui s'immisce, se dissimule derrière les images et les gestes. Filmer le lien pervers, c'est filmer ce qui se cache. La musique peut servir à le faire voir sans le dire. J’utilise la musique chaque fois qu’il se produit une transgression. Domenico Scarlatti souligne ce lien. La musique baroque est parfaite car elle nous embarque au-delà de la psychologie"


Pour expliquer le titre de son film, qui s'intitulait au départ Aimer à perdre la raison, Joachim Lafosse déclare : "Je ne crois pas qu’il y en ait d’autre possible ! Murielle ne peut pas passer à l'acte sans avoir perdu la raison."

 


Sources :

http://www.cinemovies.fr

http://www.canalplus.fr

http://www.imdb.fr

http://www.allocine.fr

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2012
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commentaires

dasola 23/08/2012 15:44


Bonjour Alain, mon billet paraît demain: j'ai beaucoup aimé car le réalisateur a su rendre l'atmosphère qui se dégage du film assez irrespirable. Emilie Dequenne est sensationnelle. Bonne
après-midi.

Christophe Etchegarray 21/08/2012 19:01


Niels Arestrup un de mes acteurs favoris je pense que le film devrait sortir par ici d'ici une semaine, nous ne
le manquerons pas

 

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