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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 23:00

 

Comme-un-torrent---Affiche.jpg

 

Réalisé par Vincente Minnelli


Avec  Frank Sinatra, Dean Martin, Shirley MacLaine,

Martha Hyer, Arthur Kennedy, Nancy Gates, Leora Dana,

Betty Lou Keim, Larry Gates, Steve Peck,

Connie Gilchrist, Ned Wever

 

Totre original Some Came Running

 
Genre Drame


Production Américaine -  1958

 

Shirley MacLaine se souvient encore avec émotion que Frank Sinatra, en élégant professionnel, demanda à Vincente Minnelli que "Ginnie soit abattue à sa place" à la fin du film, en avançant que Shirley MacLaine pourrait ainsi gagner un Oscar. Sans que cela lui rapporte la récompense suprême, Ginnie devint l'un des rôles marquants du film et propulsa Shirley MacLaine au rang des grandes stars d'Hollywood en 1959.


C'est grâce à
Some Came Running que Shirley MacLaine fut l'une des rares filles à être admise comme mascotte dans le clan très masculin du Rat Pack, constitué de Frank Sinatra, Dean Martin, Sammy Davis Jr., Peter Lawford et Joey Bishop.

 

Comme un Torrent est un puissant mélodrame psychologique et familial, charriant son lot de situations tragiques, brassant de multiples personnages et abordant de riches et complexes thématiques.

 

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Frank Sinatra, Dean Martin et Shirley MacLaine

 

On savait à l’époque que Vincente Minnelli n’était pas qu’un génie de la comédie musicale puisqu’il avait aussi signé des merveilles dans l’intimisme pur avec The Clock réalisé en 1945 et dans le drame, que ce soient une adaptation littéraire comme Madame Bovary, en 1949 ou la description sans concession du milieu du cinéma avec The Bad and the Beautiful en 1952 ou encore un biopic lyrique tel La Vie passionnée de Vincent Van Gogh réalisé en 1956.

 

Mais jamais auparavant il n’avait plongé un film dans d’aussi sombres recoins, comme avec le présent Some Came Running.

 

L’un des éléments les plus spécifiques du cinéma de Vincente Minelli, reste ce souffle romantique exacerbé avec un suprême raffinement par ailleurs qui rend son cinéma aussi reconnaissable qu'inoubliable.

 

"La flamboyance de la forme tire ces films vers l’opéra (ce qui nous rappelle le sens orignal de mélodrame), et on ne juge pas un opéra sur le réalisme et la vraisemblance de son livret. Pourquoi ne pas apprécier les envolées lyriques de Minnelli comme les amateurs d’opéra apprécient leurs arias favoris, sans se croire obligé de s’excuser pour l’artifice de leur contexte ?"

(50 ans de cinéma américain - Jean Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier)

 

Fabuleux poème en couleurs, Comme un torrent est aussi l'un des portraits les plus justes et les plus troublants de la vie quotidienne américaine.

 

Synopsis

 

Au cours de l'été 1948, Dave Hirsh (Frank Sinatra) quitte l'armée tout auréolé d'un glorieux passé guerrier. Il déboule un beau matin en autocar à Parkman, sa ville natale de l'Indiana qui prépare activement la célébration de son centenaire.


Comme-un-torrent---Frank-Sinatra-et-Shirley-MacLai-copie-1.jpg


Frank Sinatra et Shirley MacLaine

 

Il n’a plus remis les pieds à Parkman depuis qu’orphelin à 12 ans, il fut placé dans une pension par son frère Frank (Arthur Kennedy) qui ne tenait pas à l’avoir en charge. Il est accompagné de Ginnie Moorehead (Shirley McLaine), une prostituée en fanfreluches dont il se souvient à peine, relique de sa soirée bien imbibée de la veille  dans un bar de Chicago et avec dans ses malles, un roman inachevé.  

Ginnie est tombée follement amoureuse de Dave Hirsh .

 

Comme-un-torrent---Frank-Sinatra-et-Dean-Martin.jpg Frank Sinatra et Dean Martin

 

Dave retrouve sa famille et notamment son frère et son contraire, Frank, très conventionnel, bien rangé et prospère. Dave, malgré sa sensibilité à fleur de peau, se venge des aléas néfastes de sa vie passée en ayant des réactions un peu minables et, par manque de confiance en lui, se montre parfois très désagréable et grossier même envers les gens qui lui prodiguent amitié, aide, tendresse et amour. Son manque d’estime de soi lui fait avoir des paroles et gestes déplacés mais qu’il regrette assez vite.

 

Dave se lie d’amitié avec un homme de son milieu, Bama Dillert (Dean Martin), joueur professionnel désabusé, sympathique mais en même temps foncièrement égoïste, cynique et machiste.

 

Son frère lui présente Gwen French (Martha Hyer), une institutrice aussi séduisante que stricte. Celle-ci éveille en Dave les velléités d'un établissement respectable à l'image de son frère.  

 

Frank Sinatra et Martha Hyer Comme-un-torrent---Frank-Sinatra-et-Martha-Hyer.jpg

 

Tout sépare Ginnie de  Gwen sauf leur amour pour le même homme. Dave Hirsh  est tiraillé entre les deux. Tout autant lassé par la naïveté et l’inculture de Ginnie ainsi que par la trop grande pudibonderie de Gwen, un peu hautaine, et qui met en avant l’intellect au détriment des simples sentiments. Gwen, refoulée sexuellement, encourage Dave à poursuivre ses écrits mais refuse catégoriquement de se donner à lui malgré une réelle attirance. Elle reste murée dans ses préjugés rigides face à la façon de vivre de Dave et sa trop grande liberté de penser. De plus, Dave est trop éloigné de la classe sociale à laquelle  Gwen est fière d'appartenir.

 

Dépité, Dave part faire la foire avec Ginny et Bama. Dans une ville voisine, il retrouve Dawn (Betty Lou Keim), la fille de son frère qui s'est enfuie de chez elle quand elle a découvert la liaison de son père avec sa secrétaire, Edith (Nancy Gates).

 

Dave va  découvrir que Ginnie a été pistée par  Raymond Lanchak (Steven Peck), son soupirant fou de jalousie et de rage…

 

Comme-un-torrent---Shirley-MacLaine.jpg

 

"Il arrive que le vernis de l’élégance et le raffinement de la narration ne puissent pas toujours dissimuler l’angoisse existentielle du visionnaire qu’est Vincente Minnelli. C’est comme si un excès d’émotivité et de désir frustré, désormais impossible à contenir, se déchaînaient sous la forme de délirants mouvements de caméra, d’explosions de lumière et de couleurs, de musiques fracassantes et de montage frénétique" lit-on à la page 1020 de l’Encyclopédie Atlas du cinéma. C’est tout à fait ce qui caractérise la séquence comme le final lors de la fête foraine de Comme un torrent.

 

Comme-un-torrent---Affiche-2.jpgIl est évident que Comme un torrent est d’un abord bien plus difficile que quelques-unes des précédentes réalisations de Vincente Minelli. Par le fait que son scénario, coécrit par  James Jones, John Patrick, Arthur Sheekman, prenne son temps et délivre ses éléments dramatiques avec parcimonie, il est légitime que si l'on s'attendait à un film constamment lyrique et passionné, il puisse ennuyer, ne pas convaincre et ne pas nous dévoiler toutes ses richesses de prime abord; bref, il prend le risque de laisser le spectateur sur le bord de la route, décontenancé de ne pas être plongé plus abruptement dans l’histoire et ne pas ressentir avec facilité de la sympathie pour les personnages. Par cette écriture remarquable, les nombreux personnages principaux et secondaires acquièrent une profondeur étonnante et Vincente Minelli démontre à plein son talent de peintre de caractère, parfois cru et cruel mais jamais méchant, trouvant toujours des circonstances atténuantes ou des traits de caractères positifs aux  pires  de ses protagonistes.

 

Plusieurs visions peuvent être nécessaires pour arriver à apprécier pleinement ce magnifique et attachant mélodrame. La persévérance est payante !

 

Pour représenter Parkman, la ville imaginée par le romancier, on a choisi celle de Madison dans l’Indiana. Elle avait été désignée en 1941 par le Bureau de l'Information de la Guerre comme la commune la plus typique des États-Unis et avait à ce sujet fait l’objet d’un documentaire de Joseph Von Sternberg en 1944, The Town. Comme un torrentVincente Minnelli a lui même raconté comment il avait choisi les teintes de son film. Pour donner à Parkman l'aspect factice et clinquant qu'il voulait, il a pris les couleurs de ces machines à disques que l'on trouve dans les cafés. À ses yeux Parkman a l'allure d'un gigantesque juke-box, avec ses néons, son bruit incessant mais aussi ses zones d'ombre et sa part de rêve. Aux rues baignées de lumière s'opposent le bungalow de Gwen, symbole de la virginité de la jeune professeure et le petit bois qui sert de refuge aux amoureux. Tout sert à bien montrer les contrastes et l’antagonisme entre deux mondes, celui des notables repliés sur eux-mêmes en opposition avec celui des marginaux déambulant la nuit dans les cabarets ou squattant les bars louches dans les arrières salles desquelles sont organisées des parties de cartes prohibées.

 

Ces deux mondes sont présents en tant que tels mais aussi symbolisés par les deux personnages féminins principaux, Gwen, la prude institutrice, la bourgeoise établie, et Ginny, la fille facile, marginale. La séquence d’une extrême délicatesse au cours de laquelle elle succombe quand même à ses avances est très certainement la plus mémorable du film grâce à un poignant thème d’amour d’Elmer Bernstein, la beauté et le calme du décor de la cabane et l’idée géniale de Vincente Minelli de laisser tomber artificiellement la pénombre à l’instant même du baiser qui se voit ainsi être filmé en ombre chinoise.

 

Comme un torrent - Shirley MacLaine et Martha HyerDécrit comme ceci, ça n’a l’air de rien, mais le résultat n’a rien à envier aux plus belles scènes romantiques du cinéma. Une autre séquence remarquable est celle de la rencontre entre les deux femmes, Ginny venant dans la salle de classe demander à l’institutrice de lui laisser aimer Dave seule. Shirley McLaine pouvait enfin prouver à cette occasion quelle grande actrice elle est, actrice sur qui il allait falloir désormais compter ! Elle arrive à provoquer un tel sentiment d’empathie et à nous rendre son personnage si touchant que les spectateurs que nous sommes auraient presque envie de la prendre dans leurs bras pour lui dire que tout irait désormais bien pour elle, que sa vie de bohème et de déboires allait certainement pouvoir maintenant prendre fin. Ginny, personnage qui, s’il était mal interprété, pouvait donc facilement devenir agaçant à force de candeur, caricatural à force d’exagération, nous paraît grâce à Shriley McLaine au contraire fortement attachant, sorte de petit oiseau du nid, sans défense, fille de joie au grand cœur à la fois pathétique et frémissante de vie. L'émotion, faut dire, ça n'a que peu de choses à voir avec la mise en scène.

 

Entre ces deux univers, celui de la bourgeoisie établie de Parkman et celui des marginaux de la société américaine, qu'ils soient joueurs ou entraineuses, Dave incarne une forme de conscience, celle de l'artiste.  Ses livres de chevet indiquent clairement ses goûts : Faulkner, Hemingway, Fitzgerald, Steinbeck, Thomas Wolfe.

 

Lui aussi est un étranger dans cette ville qui l'a vu naître.

 

L’homme qui provoque autant de passions chez ces deux femmes si différentes, c’est Dave Hirsch. Remarquable Frank Sinatra qui trouve là son plus beau rôle. Il sera également le catalyseur provoquant le drame en bouleversant cet univers d’apparence si calme et sclérosé.Comme-un-torrent---Frank-Sinatra-et-Shirley-MaclLaine.jpg Car dès les premières secondes, on pressent inéluctablement que Comme un torrent aboutira au drame; le thème musical menaçant d’Elmer Bernstein ne fait aucun doute. Mais avant d’en arriver à ce climax tragique et opératique, le film aura conté l’errance de trois marginaux au milieu d’un univers étouffant, celui de la grisaille bourgeoise égratignée par Vincente Minnelli. Ici, on ne fait pas de cadeaux aux artistes, joueurs ou prostituées qui n’ont point leur place au sein de cette société codifiée; ils souffrent de la solitude et de l’incompréhension de part et d’autre. Le torrent coule et charrie ces trois individualistes forcenés qui ne souhaitent pas se fondre dans le moule mais au contraire brûlent d’un désir d’ailleurs, souhaitent remodeler leur monde selon un nouvel idéal impossible car tous les autres  sont là qui les regardent et les jugent. Ils sont donc obligés de maintenir un semblant de sociabilité; sauf Ginny qui, tellement ingénue, un comble pour une prostituée, est seule capable d’ignorer les sarcasmes et de crier haut et fort son amour absolu et non conformiste  pour l’homme qu’elle aime.  Quand Shirley McLaine se jette sur Frank Sinatra, faisant de son corps désarticulé un bouclier d'amour, qui ne pleurerait pas toutes les larmes de son corps? Oui, qui?

 

Dean Martin, le prince des crooners, illumine ce  films de sa poisse virile et de ses faux airs de loser qui a biberonné toute sa vie au bourbon. C’est lui qui sera du dernier plan du film, beau à pleurer, dans lequel pour la première fois il quitte son chapeau jusque là vissé sur sa tête même au lit, idée admirable et qui aura inspiré le personnage de Michel Piccoli dans Le Mépris de Jean-Luc Godard. Arthur Kennedy, Martha Hyer, Nancy Gates et tous les autres ne sont pas en reste. Comme un Torrent, un drame riche thématiquement parlant mais aussi dans sa forme, comme il se doit avec ce grand réalisateur qui impose à nouveau son utilisation extraordinaire des couleurs, costumes et décors, ainsi que son sens si particulier de l’espace. Dans cet imposant cinémascope, la largeur du cadre est exploitée à son maximum et tout est quasiment filmé en plans américains et en plan larges. 

 

Comme-un-torrent---Dean-Martin.jpg


Le final qui se déroule lors d’une séquence de carnaval provincial et dont Vincente Minnelli s’est servi pour la réaliser de ses souvenirs d’enfance à Delaware, est le clou du film qui fait entrer de plein pied Comme un torrent dans le pur mélodrame après qu’il ait été deux heures durant plutôt sobre même si sans concession dans la description de ce microcosme qu’il a fait vivre sous nos yeux avant d’en arriver à cette apothéose de lumière et de mouvement. Une peinture d’une très grande richesse dans laquelle est absent le manichéisme puisque les scénaristes n’ont pas fait  plus de cadeaux à leurs trois héros  qu’à ceux qui les entourent.

 

Comme un torrent est le premier film qui réunit Dean Martin et Frank Sinatra. Ils joueront encore ensemble à six reprises.

 

 

 

 

 

Sources :

http://www.cineclubdecaen.com

http://www.telerama.fr

http://www.liberation.fr

http://www.dvdclassik.com - Erick Maurel

http://www.imdb.com

Shirley MacLaine, biographie : Les Stars de ma vie, Éditions Presses de la Cité, 1996

http://fr.wikipedia.org

http://www.allocine.fr

commentaires

Michel Zorba 23/10/2012 19:53


je partage complètement les commentaires précédents. très beau film

Eeguab 21/10/2012 09:36


Bonjour Alain.Qu'est-ce que je l'aime celui-là,passionnément.A bientôt.

Jacques 20/10/2012 20:52


Merci mon cher Alain pour cette page. Sans savoir si tu t'en souviens, ce film a fait parti de l'une de mes études de thèse. Je retrouve avec un plaisir que je ne cache pas ces années d'études
toutes entières vouées au cinéma. Et pour en revenir au film, c 'est une pure merveille. Encore merci. Je t'embrasse

 

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