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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 23:00

 

  Crime-Passionnel---Affiche.jpg

 

Réalisé par Otto Preminger


Avec Alice Faye, Dana Andrews, Linda Darnell,

Charles Bickford, Anne Revere, Bruce Cabot,

John Carradine, Percy Kilbride


Genre Policier


Titre original Fallen Angel


Production Américaine

 

Date de sortie en France  5 janvier 1949 

 

 

Crime Passionnel est souvent mis en parallèle avec le précédent film d’Otto Preminger, Laura, et pour cause : il a le même acteur principal, Dana Andrews, le même chef opérateur,  Joseph LaShelle, et le même compositeur, David Raksin. En plus de ces points communs, Jacques Lourcelles, dans le dictionnaire de cinéma Laffont, leur accorde "la même élégance formelle, ce même mélange stylisé de fascination et de recul qui enferme le spectateur dans un prisme parfait. "

 

Un vagabond revenu de tout; une séductrice avide d’échapper à sa condition ; une proie naïve toute désignée pour prêter le flanc à l’accomplissement des sombres desseins de ce couple de fortune : tous les ingrédients sont réunis pour qu’Hollywood nous mitonne à sa façon le plat très prisé du parfait petit film noir, toujours goûteux.

 

Fallen Angel est l'adaptation du roman de l'Américain Marty Holland.

 

Crime-Passionnel---Dana-Andrews-et-Linda-Darnel.jpg


Dana Andrews et Linda Darnell

 

C'est Dana Andrews, déjà présent dans Laura et qui deviendra par la suite un acteur fétiche de réalisateur, qui incarne l'ange déchu du titre, et dont la rédemption constitue le centre de l'intrigue. Il "excelle comme toujours dans un rôle brutal". Et c'est une Linda Darnell parfaite elle aussi, "séduisante et aguichante au possible", qui lui donne la réplique, savoure Le Soir dans sa critique du 7 février 1947.


Synopsis

 

Walton, une bourgade endormie, entre Los Angeles et San Francisco.

 

Crime-Passionnel---Dana-Andrews.jpg Dana Andrews

 

C’est là qu’Eric Stanton (Dana Andrews), bonimenteur fauché de trente ans, doit se résoudre à débarquer du bus. Un dollar, voilà bien tout ce qu’il lui reste en poche. Il décide d’aller l’y dépenser au coffee-shop local, le Pop’s Eats situé sur sur la plage. Là il rencontre quelques habitués. Pop (Percy Kilbride), le propriétaire, Mark Judd (Charles Bickford), un ancien policier new-yorkais, et Dave Atkins (Bruce Cabot), qui tous s’interrogent ou se lamentent sur la disparition de la serveuse des lieux. 

 

Mais Stella (Linda Darnell), fugueuse patentée, à la beauté obsédante, finit toujours par revenir au bercail, sans que personne ne songe à l’accabler de reproches. Incidemment, c’est ce moment précis qu’elle choisit pour réapparaître. Eric Stanton, immédiatement attiré, courtise en vain Stella qui lasse des aventures sans lendemain n’aspire qu’à se marier.Eric met alors le pied dans l’engrenage qui conduit droit au drame.

 

Crime-Passionnel---Dana-Andrews--Percy-Kilbride-et-Linda-Da.jpg

 

Dana Andrews, Percy Kilbride et Linda Darnel

 

Pour se faire de l’argent, Stanton s’acoquine avec un charlatan se faisiant appeler du titre de professeur Madley (John Carradine) qui fait un numéro de spiritisme. Il doit faire de la publicité pour attirer du monde à une séance publique et décide de persuader les deux filles de l’ancien maire de la ville, June (Alice Faye) et Clara Mills (Anne Revere), d’assister à la représentation espérant, grâce à leur réputation, drainer d’autres personnes. C’est un succès et le professeur Madley lui propose de le suivre dans ses tournées, Stanton refuse espérant conquérir Stella. Mais la serveuse repousse toujours ses avances, Stanton lui propose alors de patienter en promettant de se procurer l’argent nécessaire pour la sortir de sa condition.

 

Crime-Passionnel---Alice-Faye-et-Dana-Andrews.jpg Alice Faye et Dana Andrews

 

Il a en effet le projet de séduire la riche June Mills pour extorquer sa fortune. Sans grande expérience, June se laisse séduire et en moins d’une semaine, ils se marient. Le soir même, s’échappant du lit conjugal, il ne peut s’empêcher de retrouver Stella pour lui annoncer la réussite de son plan. Mais apprenant son mariage, Stella l’éconduit sans ménagement. Le lendemain matin, la jeune femme est retrouvée assassinée. Mark Judd, fort de son expérience, aide la police locale à enquêter. Il procède à un interrogatoire musclé sur Dave Atkins soupçonné d’être l’amant de Stella, puis il interroge Stanton. Celui-ci décide de s’enfuir à San Francisco avec June. Ils se retrouvent dans un hôtel pitoyable et Stanton raconte à sa femme la vie minable qu’il a menée dans la plus grande franchise.

 

Le lendemain June est arrêtée et Stanton décide de retourner à Walton, pour enquêter. Il démasque Mark Judd, amoureux de Stella depuis deux ans, elle l’avait repoussé le sachant marié et incapable d’obtenir son divorce.

 

Eric Stanton reste avec June sincèrement amoureuse de lui.

 

Crime-passionnel---Dana-Andrew-et-Alice-Faye-.jpg

 

Dana Andrews et Alice Faye

 

Le scénario pourra légitimement décontenancer ceux qui, alléchés par le synopsis, en attendraient une plongée crapuleuse dans les arcanes du crime. Harry Kleiner, et Otto Preminger accordent moins d'intérêt à la genèse et à l'exposition du fait divers, presque réduit à un acte manqué. Ou encore aux rouages de l'investigation policière, pratiquement circonscrite à deux séquences d'interrogatoires écrins pour la réviviscence névrotique de l'enquêteur, qu'à l'étude de la valse-hésitation morale et sentimentale des principaux protagonistes. Exploration en sous-main et relayée par un dispositif de mise en scène d'une suprême transparence dont les vertus transcendantales n'en sont pas moins presque inégalées dans l'histoire du cinéma.

 

Crime Passionnel - Linda Darnel 1

 

 

La fascination des habitués du café de Pop pour Stella semble introniser une mante religieuse. Le galbe parfait d'un mollet révélé dans une pose impudique pourrait invoquer les plus fulgurantes matérialisations du fantasme érotique à l'écran. Mais ici, pas de caméra vertige détaillant la créature des chevilles au visage dans une ascension voluptueuse; un plan fugace l'a cadrée en pied, dans une pose qui plus que tout laisse sourdre une lassitude des plus profondes. Et la même distance est soigneusement conservée par l'objectif alors qu'assise elle se déchausse.

 


 

Crime Passionnel - Lidna Darnel

Plus que la pose en soi, qui dénote le détachement affectif plus que la lascivité, c'est l'agencement du cadre, la perspective offerte sur la jeune femme par les amorces du dos d'Eric au premier plan et des jambes de Judd au second, comme pour l'emprisonner dans un lacis de regards, qui confère au plan sa charge d'ostensible concupiscence. Singulièrement mis à mal dans cette séquence d'exposition, il ne faudra pas longtemps aux faux-semblants de femme fatale pour se disloquer. Par son inconstance Stella s'avèrera toujours insaisissable.

 

Au-delà de l’attente que ménage le cinéaste avant de faire entrer en scène la vedette Linda Darnell, cette disparition agit comme une sorte de prémonition de ce qui arrivera plus tard dans l’intrigue. C’est également une façon de caractériser déjà le personnage féminin, qui, en se dérobant sans cesse, dévoile à quel point sa beauté vénéneuse est bien trop éclatante pour le rade où elle travaille, comme pour la petite bourgade sans histoires qu’elle habite. Toutes les aventures qui peuvent arriver dans cette ville provinciale, ne peuvent graviter qu’autour d’elle.

 

Crime passionnel - Dana AndrewsDébarqué sans un sou, sans bagage, le jeune Eric Stanton est d’emblée intrigué par cette femme dont l’absence met en émoi toute la petite communauté masculine. C’est comme si le spectateur prenait en cours de route ce film qui commence en pleine nuit par un très beau plan dans lequel la caméra est placée derrière le chauffeur d’un bus qui roule de nuit sur une route de campagne. Le personnage qui sort du bus faute de pouvoir payer la fin de son trajet est sans attaches, prêt à s’engager dans la première aventure que la petite ville où il a par hasard atterri lui offrira. Crime-Passionnel---Linda-Darnel-et-Dana-Andrews.pngNous ne saurons pas plus quelles aventures passées l’ont mené à la ruine, que les détails de la prime disparition de la serveuse. Dana Andrews, s’intéresse ici à la beauté vénéneuse de Stella, jouée par Linda Darnell. La relation entre les deux électrons libres qui ne se voient aucun avenir dans un tel patelin se complique de la présence d’un deuxième personnage féminin, jeune héritière très prude dont Stanton convoite la fortune. June Mills est aussi blonde que Stella est brune, et leurs prénoms soulignent l’opposition stéréotypique des deux incarnations féminines, encore renforcée par la rivalité des deux actrices.  

 
Quand Alice Faye découvrit le film, elle s’aperçut que le montage d’Otto Preminger mettait plus en avant la nouvelle venue Linda Darnell qu’elle-même. Elle quitta la salle de projection, jeta les clés de sa loge au gardien de la sécurité et sortit en jurant de ne plus jamais travailler pour la 20th Century Fox. Laquelle, de la blonde ou de la brune, est l’ange déchu auquel le titre original fait allusion ? Finalement, elle y retourna en 1962 pour La Foire aux illusions réalisé par José Ferrer.


Au cœur de ces rivalités féminines, Dana Andrews, le mauvais garçon, vient conférer au film la touche hard boiled qui insinue l’ambiance du film noir dans un décor provincial qui ne s’y prête pas a priori. Comme un chien dans un jeu de quilles, le personnage d’Eric Stanton est là pour perturber l’équilibre social qui n’attendait qu’un petit déclic pour imploser, et pour révéler les faiblesses de chacun. Otto Preminger se sert de la petite ville comme d’un microcosme où chacun a sa place prédéfinie, son rôle déterminé. Stella/Linda Darnell est trop belle, trop grande, pour le milieu qu’elle occupe. De son désir d’une vie plus large au désir qu’elle fait naître chez les hommes qui l’entourent et l’aiment chacun à leur manière, il n’y a qu’un pas qui fait basculer le film du drame social au drame policier.

 

Crime-Passionnel---Linda-Darnel.jpg


Linda Darnell

 

L’écueil de ce type de scénario est que les personnages veulent tellement quitter la ville morne qu’ils occupent qu’elle perd aussi son charme aux yeux du spectateur. Ainsi, le décor, les rôles secondaires ne semblent pas toujours taillés à la mesure des deux protagonistes qui portent le film sur leurs épaules.


Pour se préparer à son rôle, Linda Darnell travailla une semaine comme serveuse. Une implication réelle contrastant avec les sentiments de l'actrice pour ce film qu'elle n'aimait pas et qui lui offre pourtant l'une de ses meilleures prestations.

 

 

Sources :

http://classicmoviesdigest.blogspot.fr

http://www.cinematheque.fr

http://www.critikat.com

http://www.dvdclassik.com - Otis B. Driftwood

http://www.imdb.com

http://www.allocine.fr

Published by Ciné Alain - dans Mon univers
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commentaires

Michel Zorba 06/10/2012 16:16


Quel cadeau que cette page ! Une vraie et belle pub pour ce film remarquable, dommage qu'il ne soit pas programmé en province. Restent les dvd tu me diras et je trouve que "votre" organisation
est parfaite concernant l'achat la revente des dvd. Belle organisation

Eeguab 06/10/2012 12:35


               Hello Alain.Je n'ai jamais eu l'occasion de voir Crime passionnel mais Dana Andrews
est un acteur dont j'aime beaucoup la présence,notamment dans le film de Lang L'invraisemblable vérité. Merci de ton conseil pour Peter May,je vais le suivre.Et bravo
encore pour le sérieux de tes publications quotidiennes,une véritable encyclopédie au jour le jour.A bientôt Alain.

 

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