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23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 20:00

 

Date de sortie 2 avril 2014

 

Eastern-Boys---Affiche.gif


Réalisé par Robin Campillo


Avec Olivier Rabourdin, Kirill Emelyanov, Daniil Vorobjev,

Edea Darcque, Camila Chanirova, Beka Markozashvili

 
Genre Drame


Production Française

 

Eastern Boys a été primé lors de la dernière Mostra de Venise.

Il a reçu le prix du Meilleur Film dans la catégorie Horizons.

 

Eastern Boys est également un film au parti pris engagé que le réalisateur Robin Campillo défend :  

 

"Je suis stupéfait depuis les débats sur le Pacs et plus récemment sur le mariage gay qu’il y ait des législateurs qui pensent que les homosexuels n’auront pas d’enfant si on ne leur en donne pas le droit. Qu’il suffirait de ne pas le reconnaître pour faire que cela n’existe pas. L’Etat ne peut pas décider de ce que les gens ressentent, de ce qui fait profondément les liens entre les personnes. La loi ne fait qu’encadrer des situations, elle ne décide pas de notre réalité, de nos fictions. Les personnages de mon film sont tous des illégaux. Ils sont sur la frontière, c’est à dire à cet endroit où les choses sont plus floues, plus incertaines, mais aussi plus riches. Sans doute Daniel et Marek ont-ils besoin d’une reconnaissance juridique de leur lien mais, pour moi, lorsqu’ils quittent le tribunal, tout reste à réinventer entre eux."

 

Eastern-Boys---Olivier-Rabourdin-copie-1.gif


Olivier Rabourdin

 

L'équipe du film s'était posée en août 2012 à Pau et à Idron, pendant deux semaines, pour tourner plusieurs scènes . Régisseurs, assistants palois et comédiens locaux avaient été mobilisés ainsi que des figurants.


- À Pau, des scènes ont été tournées un dimanche au centre Leclerc-Université.

- À Idron, des scènes ont été filmées à l'hôtel Appart City.

 

La Production du film a reçu le soutien de la Région Aquitaine et du département des Pyrénées Atlantiques.

 

 

Synopsis

 

Daniel (Olivier Rabourdin) aborde Marek (Kirill Emelyanov) dans une gare parisienne où ce dernier traine avec en bande sous la coupe de Boss (Daniil Vorobjev).

 

Boss est égocentrique et considère les autres un peu comme des faire-valoir. Sa façon de fuir, d’échapper à la mort, c’est d’être tout le temps en mouvement, de traverser les frontières. Il entraine avec lui son groupe qu’il protège sans doute mais qu’il manipule : tous les jeunes du groupe sont prisonniers de son rêve à lui. Et de sa violence évidemment, car son paternalisme l’amène à penser qu’il a tous les droits sur les autres.

 

Marek lui propose de le retrouver chez lui le jour suivant.

 

Mais lorsque Daniel ouvre la porte de son appartement le lendemain, il est loin d’imaginer le piège dans lequel il s’apprête à tomber et qui va bouleverser sa vie.

 

Eastern-Boys---Kirill-Emelyanov-et-Olivier-Rabourdin.gif


Robin Campillo est né au Maroc en 1962. Au milieu des années quatre-vingt-dix, il devient scénariste et monteur des films de Laurent Cantet. Entre autres,  L’Emploi du temps, Vers le Sud, Entre les murs, Foxfire, Confessions d’un gang de filles.éé

Il réalise en 2004 son premier long-métrage Les Revenants.

 

 

Selon les extraits de l'interview du dossier de presse.

Le réalisateur reconnait au sujet du projet de Eastern Boys :


"Tout d’abord tiré d’une histoire réelle. L’histoire d’un homme qui avait adopté un jeune homme qui avait été son amant quelques années plus tôt. Cette histoire m’avait rappelé le projet de Foucault qui bien avant les débats sur le Pacs et le mariage proposait d’adopter son amant pour pouvoir pallier à l’absence de droits et régler les questions d’héritage. Je me suis demandé si derrière cette stratégie, il n’y avait pas une forme de désir de paternité, surtout qu’il y avait souvent à cette époque une différence d’âge, voire de classe sociale dans les couples gays. Et donc j’ai eu très envie d’illustrer ce trouble, de filmer une relation où le désir se métamorphose. Le couple est une aventure complexe, que je voulais saisir à l’aune de cette histoire parti- culière.
Je voulais parler aussi des sans papiers. J’ai eu l’impression au moment de la tragédie de Lampedusa, que les migrants illégaux passaient tout à coup dans les médias, du statut de quasi délinquants à celui de martyrs. J’ai eu envie de raconter une histoire différente, celle de ces Eastern boys qui surgissent dans la vie de Daniel à la fois comme une menace et une promesse."


Le film commence par une scène incroyable, très chorégraphiée, et assez développée, à mi chemin entre fiction et documentaire, tournée à la gare du Nord. Comment avez-vous pensé cette scène ?

 
Eastern Boys - Olivier Rabourdin"Elle est inspirée d’un film de Robert Siodmak, Edgar G Ulmer et Billy Wilder: Les hommes le dimanche, tourné dans Berlin avant la Seconde Guerre mondiale. Ils filment la rue et les gens qui trainent, ce qui pour moi est une forme d’activité. De la même façon j’ai filmé ce groupe comme un personnage, un grand corps à l’activité floue. Comme les morts dans mon premier film, ces jeunes ont une activité qui n’est pas l’activité habituelle de la société. Ils sont dans un lieu que les gens traversent avec des trajectoires très codifiées. Ils parasitent cet espace, ces habitudes, et Daniel à son tour s’insinue dans leur jeu. Il sait décrypter les mouvements de ces corps et c’est son regard qui va progressivement isoler Marek, de sorte que lorsqu’il l’aborde il y a déjà une forme de familiarité entre eux."

 

Le Paris que vous filmez est peu montré dans le cinéma français : ses portes, sa périphérie. Pouvez vous en parler ?


"J’avais envie de filmer Paris "vu de ses portes", de ses lieux d’entrée, de sortie, aussi bien avec la gare, le périphérique ou l’hôtel à la fin, des lieux de passage. Je trouve ce Paris aussi beau que le Paris haussmannien ou plus ancien que l’on voit habituellement au cinéma. On n’est pas non plus dans les cités, le film se situe vraiment sur la frontière, un lieu entre les lieux."


Retour à l'interview


Le piège consiste à se servir du désir de Daniel d’acheter des services sexuels pour s’introduire chez lui et vider son appartement de tous ses biens.


"Le piège repose surtout sur la menace de pédophilie en fait. De jeunes hommes aux alentours de la Gare du Nord tendaient en effet des pièges de ce type à des hommes qui venaient les voir pour des prestations sexuelles. Ils se rendaient avec eux dans un sex shop et au dernier moment réclamaient leur carte bleue, en faisant remarquer qu’ils étaient mineurs.Eastern-Boys.gif La force de Boss (Danil Vorobyev), c’est, en agitant le spectre de la pédophilie, de donner une autre envergure à cette menace, de retourner la domination et de neutraliser Daniel, afin de le cambrioler en douceur. Je pense qu’il y a chez le personnage de Boss, le chef de bande, cette intelligence du monde et du pays dans lequel il vit, cette compréhension de l’homme qu’il a en face de lui. C’est un personnage malin dans les deux sens du terme, à la fois mauvais et brillant, qui est aussi dans une certaine empathie vis-à-vis de Daniel. Il y a un véritable échange entre eux. Boss a raison quand il dit à Daniel : "C’est toi qui est venu nous chercher à la gare." Et en effet Daniel y est allé à ses risques et périls, "at your own risks" comme on peut parfois lire dans les guides de voyage gays. Boss joue très fort sur cette idée. Il exerce sur Daniel non pas une violence mais un retour de violence qui passe par la douceur : une invitation à la fête qu’il organise dans l’appartement de sa victime. Il sait que chez Daniel, derrière la peur d’être envahi, il y a aussi un désir de l’être."

 

Cette deuxième séquence est particulièrement longue et se transforme de manière totalement inattendue, en fête.

 
"J’avais envie que la scène prenne son temps, que l’on s’y perde avec Daniel, de voyager avec lui entre la mélancolie et le plaisir. C’est cette mélancolie et ce plaisir que je ressens aussi dans la house music. Je voulais d’ailleurs rendre hommage à cette musique qui a accompagné pour moi l’épidémie de sida. J’avais envie qu’elle prenne toute sa place, de ne pas couper ce plaisir."


La réaction de Daniel est étonnante : il est tout d’abord sonné, puis se met à danser avec les autres. Peut-on également la lire comme une libération : dépouillé de tous ses objets, est-il prêt à être investi d’autre chose ?


Eastern Boys - Olivier Rabourdin-copie-2"Oui, c’est une libération inquiète, fébrile. Je pense que dans nos vies, deux aspirations contradictoires sont en lutte: le besoin de paix et la poursuite du bonheur. Or on réalise que ce qu’on désire pour la paix, c’est à dire en gros la sécurité et la propriété, ne produit pas de bonheur. C’est pour cela que la notion de risque est fondamentale, ce désir d’aller au contact de l’inconnu. En improvisant cette fête, Boss fait de Daniel son otage mais il réalise aussi en quelque sorte un fantasme de son hôte : il y a des types torses nus qui dansent dans son salon. Boss lui dit, "sois une victime consentante et prends du plaisir". Boss remet littéralement Daniel en mouvement et Daniel devient un étranger à ses propres yeux."


Qui est Daniel ?

 
"J’ai choisi de très peu le caractériser. On ne sait pas quelle profession il exerce. J’avais envie que l’on voie sa vie, sa "vraie" vie, par l’entrebâillement d’une porte. On aperçoit ses amis. On pense que c’est un petit bourgeois, qui a acheté un appartement avec un ancien compagnon. Sa vie réelle est celle qu’il va s’inventer dans le film. Je ne pense pas que ce soit un personnage qui se sente seul mais à l’occasion de cet intrusion dans sa vie, il va se découvrir seul."

 

Eastern-Boys----Olivier-Rabourdin.gif

 


Le choix
d' Olivier Rabourdin a été très évident confie le réalisateur. Il l’avait vu dans Des Hommes et des Dieux, et dans La Face cachée de Bernard Campan. Olivier Rabourdin peut paraître à la fois viril et fragile. "Il dégageait aussi un bon capital de sympathie, qui semblait nécessaire pour incarner un personnage si dur, si ambigu", confie Robin Campillo.


C’est un personnage pour lequel on ressent, au début du film au moins, peu d’empathie.


"J’aime cette distance. Je ne suis pas obsédé par la notion d’identification au cinéma. La question de l’éthique m’intéresse davantage : à quel moment entre-t-on en phase ou pas avec un personnage ? Par moments, pendant le tournage, j’avais honte de Daniel, de sa cruauté, de sa lâcheté. Il ne faut pas se cacher derrière le statut du héros. On comprend Daniel, on est obligé de reconnaître sa part d’humanité. L’humanité ce n’est pas quelque chose de linéaire. Il y a des ruptures. C’est aussi pour cela que j’ai tenu à chapitrer
mon film, à redistribuer les rapports entre les personnages : ainsi Daniel que l’on pouvait percevoir comme un prédateur à la gare, devient une victime impuissante dans la scène de la partie qui suit. Chaque partie redéfinit le film, son rythme, son territoire."

 

Au sujet du casting, Robin Campillo déclare :

 
"J’ai mis neuf mois à les trouver. J’ai fait des recherches sur internet, j’ai vu énormément de films et de téléfilms russes. Je suis d’abord tombé sur Daniil Vorobjev (Boss). Daniil-Vorobjev.gifC’est un acteur extraordinaire même dans de très mauvais films. J’ai au départ pensé à lui pour Marek. Mais il était plus âgé que ce que je ne pensais, ça ne collait plus. J’ai trouvé Kirill Emelyanov qui était parfait pour le rôle. C’est un comédien très instinctif, qui comprend très profondément les scènes. J’aimais son côté enfantin. Mais comme je tenais énormément à Daniil, je lui ai demandé de faire un essai pour le personnage de Boss qui pourtant me paraissait assez éloigné de lui. Il s’est filmé tout seul en Russie et m’a envoyé des scènes où il était stupéfiant. C’est lui qui par exemple s’est mis à faire des pompes. J’ai réécrit le personnage de Boss après avoir vu ces images. Puis j’ai fait pas mal d’improvisations quelques mois avant le tournage avec les deux acteurs russes et Olivier Rabourdin. Et là encore j’ai beaucoup réécrit."

 

Eastern-Boys-copie-1.gif

 

 

Mon opinion :

 

 

Ce deuxième long-métrage de Robin Campillo est une très belle découverte.

 

Il y a tout d'abord le discret et talentueux Olivier Rabourdin. Un vrai premier rôle, enfin, dans lequel il excelle et démontre toutes les facettes de son talent.

 

Un quasi silence pour démarrer le film et le va-et-vient incessant des passagers de la Gare du Nord, et celui de la foule qui tourne autour, comme décor. La scène est inspirée d’un film de Robert Siodmak, Edgar G Ulmer et Billy Wilder, "Les Hommes du Dimanche", tourné dans Berlin avant la Seconde Guerre mondiale, selon les déclarations du réalisateur.

 

Les principaux protagonistes du film se mélangent au milieu d'un grand nombre de figurants. Certains, se jouent des services de sécurité ou de la police, et se démarqueront peu à peu pour nous entraîner dans leur univers.

 

Rien de très reluisant et pourtant, de ces premières images se dégage une certaine magie.

 

L'histoire est toute autre. Une rencontre entre deux hommes que tout sépare, souhaitée par l'un, quinqua bien établi, attendue par l'autre, beaucoup plus jeune et sans papiers.

 

Pour mieux nous perdre dans le dédale des chemins divers et variés que s'autorise le scénario, le film se décompose en quatre parties dont les titres s'affichent sur l'écran. Autant de lieus et univers différents. De la rencontre va naître, une suite inattendue, longue et oppressante pour la deuxième partie, plus douce et moins silencieuse pour la troisième. Le dénouement de l'histoire aura comme décor les alentours de Pau, et prendra alors un tout autre chemin, sous la baguette de l'excellente Edea Darcque, qui fera trébucher le caïd de la bande interprété par Daniil Vorobjev, par une gifle retentissante.

 

On peut regretter quelques invraisemblances, des longueurs aussi, vite effacées par l'intérêt qui ne cesse de croître du début à la fin.

 

Il y a aussi les plus de la photographie de Jeanne Lapoirie, (Huit Femmes, Michael Kohlhaas, Un Château en Italie, entre autres) qui est absolument remarquable.

 

La musique originale composée, interprétée et produite par Arnaud Rebotini participe grandement à la réussite du film. À ce côté anxiogène, qui se développe très vite, et qui nous reverra sans cesse d'un chemin à l'autre.

 

Un deuxième film troublant, dérangeant mais qui ne laisse pas indifférent.

 

Une très belle réussite.

 

Sources :

http://www.unifrance.org


Published by Ciné Alain - dans Des films en 2014
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