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10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 22:01

l-Armee-du-Salut---Affiche.gif


Réalisé par Abdellah Taïa


Avec Saïd Mrini, Karim Ait M'Hand,

Amine Ennaji, Frédéric Landenberg, Hhamza Slaoui,

Malika El Hamaoui, Abdellahk Swilah


Genre  Drame


Production Française, Suisse, Marocaine


Date de sortie 7 mai 2014

 

L'Armée du salut est l'adaptation du roman éponyme, écrit par celui qui est également le réalisateur du film : Abdellah Taïa. Celui-ci confie que c'est une adaptation qui trahirait presque le livre car il n'a pas cherché à en faire une adaptation fidèle. Il confie avoir réécrit le scénario à partir des souvenirs qu'il avait du livre sans toutefois le relire.

 

Abdellah Taïa signe avec L'Armée du Salut son premier film. Cependant, le réalisateur est un écrivain reconnu puisqu'il a déjà publié cinq ouvrages, mélange de nouvelles et de romans. Il reconnait : "C'est vrai qu’il s’agit de mon histoire. elle vient de ma vie. mais, pour réaliser ce film, il a fallu que je trouve le moyen de l’objectiver. sortir de moi-même. Que cette histoire ne soit pas uniquement la mienne. regarder donc ce héros, et son monde, à partir d’une distance s’est imposé à moi assez rapidement. Je ne voulais ni être dans le pathos ni dans la séduction à tout prix. cela vient probablement de mon rapport intime à la vie, au monde. Pour moi, tout se passe dans la solitude extrême. Le film d’ailleurs, dans ses deux parties, donne à voir ce sentiment, cette progression : la construction d’une solitude."

 

L'Armée du salut a reçu :

 

En janvier 2014 au 26ème Festival Premiers Plans d'Angers, 

- Le Grand Prix du Jury pour un Long Métrage Français

(ex-aequo avec Des étoiles)


Au Festival Tous Ecrans de Genève en décembre 2013

- Le Prix Spécial du Jury au Festival

 

L-Armee-du-salut.gif


Synopsis

 

Quartier populaire de Casablanca.

 

Abdellah (Saïd Mrini), adolescent homosexuel, essaie de se débrouiller comme il peut avec la réalité très opaque de son monde, dans un quartier populaire. Il n’a pas d’autre choix que de résister seul pour sauver sa peau.

 

Il essaie de se construire au sein d’une famille nombreuse, entre une mère autoritaire (Malika El Hamaoui) et un frère aîné, Slimane (Amine Ennaji) qu’il aime passionnément.


Abdellah devenu adulte (Karim Ait M'Hand) est par nécessité dans les stratégies et la malignité. Il fait du mal. Et il ne semble pas éprouver de sentiments de culpabilité. Il deviendra dur et, paradoxalement, très attaché à ce monde où il a grandi et qui, à maintes reprises, a essayé de l’étouffer, de le tuer, de faire de lui un objet sexuel à la disposition des hommes sexuellement frustrés de son quartier.

 

Portrait d'un jeune homme torturé et malin. 
Portrait subjectif d'un pays, le Maroc, qui ne sait pas encore où aller.


 

Entretien avec Abdellah Taïa


Le film est une adaptation de votre roman paru aux éditions du seuil en 2006, mais c’est une adaptation particulière...

 
L-Armee-du-Salut.gifSi l’Armée du salut est effectivement une adaptation de mon roman éponyme, je n’ai absolument pas cherché à être fidèle au livre et à sa structure narrative. mieux que cela, je ne l’ai même pas relu. j’ai écrit un scénario à partir de ce qui restait dans ma tête de cette histoire. et, surtout, j’ai cherché des images à filmer, à fabriquer, pour dire le héros de ce film et le monde où il vit. j’ai même l’impression d’avoir commis une trahison par rapport au livre original.

 

Ce n’est pas un film sur l’homosexualité, mais c’est quand même un des thèmes du film...


Le héros, Abdellah, est homosexuel. il est placé, à plusieurs reprises, dans des situations où l’homosexualité est en jeu. mais le film ne se contente pas de parler que de cette sexualité. il donne à voir un personnage et le monde qui l’entoure. plus on avance, plus on a des doutes et des questionnements sur la personnalité et les motivations d’Abdellah. il est insaisissable. Que veut-il exactement ? Je ne veux pas répondre ici à cette question. Je laisse le spectateur se faire sa propre opinion sur la destinée de ce héros torturé. Quand j’écrivais le scénario, ce qui m’importait le plus était de dire par les images le fonctionnement compliqué, complexe, du monde marocain et de placer, au cœur de la réalité de ce dernier, des signes assumés de l’homosexualité. je ne voulais ni faire un film de société à thèse, ni isoler un sujet et le traiter de manière évidente, attendue.

 

Pour certains, notamment au maroc, ce film peut toutefois donner le sentiment d’être délibérément scandaleux? Était-ce volontaire ?


Non, pas du tout. ce film me paraît même, par certains côtés, assez innocent. C’est le regard extérieur, dans le jugement systématique, qui voit et crée le scandale. Moi, j’ai essayé d’être dans le vrai. Et ce vrai est forcément compliqué à montrer, à saisir, à partager.

 

Quel sens donnez-vous à l’amour passionné d’Abdellah pour son grand frère ?


L-Armee-du-Salut-copie-1.gifDans ce film, le grand frère, Slimane, est traité comme un dieu. Il est dieu pour le héros. Abdellah est plus que passionnément amoureux de ce frère : il veut devenir exactement comme ce frère, entrer dans son corps, être lui, dormir sur son lit, lire ses livres, suivre ses directives. Jusqu’à la fin de ce film, l’influence de ce frère est immense. et, comme on le sait, aimer c’est aussi parfois trahir. Abdellah n’hésitera pas, par exemple, à appeler sa mère pour raconter des mensonges sur ce frère. L’homosexualité, le destin et la résistance d’Abdellah sont très liés aux signes qui émanent du corps de slimane.

 

Rien n’est définitivement fixé dans ce film, même le héros est trouble. ses parents, les autres personnages, les décors aussi...


Rien dans la vie n’est jamais totalement blanc ou noir. Les êtres sont toujours plus complexes qu’on ne le croit. J’ai simplement appliqué cette règle aux personnages de mon film et au monde dans lequel ils évoluent.L-Armee-du-Salut-copie-3.gif Il fallait toujours tout nuancer. Ne pas se contenter de montrer des cadres ou de donner une vision du maroc et des marocains rabâchée par tant d’autres. Montrer au contraire l’opacité qui imprègne tous les niveaux de la réalité de ce pays et qui oblige les individus à se comporter en permanence d’une manière très ambiguë. Que l’on soit à l’intérieur de la famille, dans les rues, ou ailleurs, ce sentiment et cette politique de duplicité assez sophistiquée sont inévitables. et pour arriver à saisir cela, il fallait trouver une façon particulière de filmer, de diriger les acteurs, afin que justement l’ambiguïté soit là tout le temps. J’ai aussi choisi de suivre mon intuition première: les mots étant très souvent inutiles, il fallait que cette réalité complexe soit dans l’image. S’éloigner donc de toute explication psychologisante. Tout est dans le sous-entendu, le non-dit.

 

Juste avant la fin de la partie marocaine, il y a cette scène sur une barque qu’on pourrait interpréter comme une métaphore assez violente des rapports entre le monde oriental et le monde occidental...


Cette séquence se déroule sur le fleuve Oum Rabiî le plus important au Maroc. J’ai moi-même grandi à côté d’un autre fleuve, le Bou Regreg, qui sépare ma ville Salé de la capitale Rabat. Le fleuve évoque pour moi l’idée du danger, de la mort. Plusieurs de mes copains d’enfance sont morts noyés dans le
Bou Regreg. Et, depuis mon adolescence, j’ai une vénération absolue pour  Rivière sans retour d’Otto Preminger. Mon film étant basé sur une histoire autobiographique, il était nécessaire que le fleuve serve comme support dramatique à une rupture fondamentale. Sur une barque, au milieu du fleuve Oum Rabiî, le héros Abdellah subira une violence extrême, un chantage direct, et il prendra une décision irrévocable : quitter le maroc. Chacun des trois personnages de cette séquence restera à sa place tout en essayant de faire tomber l’autre. Abdellah profite de Jean, le suisse. mais ce dernier fait pareil. Et entre les deux, l’homme à la barque ne pense qu’à leur extirper le maximum d’argent. D’une manière générale, cette partie du film synthétise assez justement le rapport compliqué à l’autre qui circule dans tout le film, que l’on soit au Maroc ou à Genève. Comment, sans scrupules, utiliser l’autre pour arriver à ses fins.

 

Comment est né votre désir de cinéma ?


J’ai découvert le cinéma à la télévision marocaine, dans les années quatre- vingt. Au milieu de ma famille. Ce que j’aimais passionnément à l’époque, c’était les films égyptiens. je leur dois énormément. Ils disaient, avec courage et souvent transgression, une réalité que je n’étais pas le seul à très bien connaître. et cela se passait dans la langue arabe : c’est très important, ce "détail". L-Armee-du-Salut-copie-4.gifCe cinéma n’est pas très bien connu en occident. mais pour moi ce sont d’abord ces images, que je ne cessais d’attendre et, après, de repasser dans ma tête, qui ont fait naître ce désir: devenir un jour réalisateur pour transformer la réalité autour de moi. J’ai alors programmé ma vie pour cela. il m’a fallu beaucoup de temps pour y arriver. D’autres cinémas ont fait évoluer mon regard mais jamais je n’ai oublié ni le cinéma égyptien ni le cadre où cette révélation a eu lieu. Le cinéma indien, très populaire au maroc, a aussi joué un rôle très important dans mon éducation cinématographique. c’était bien avant de découvrir les chefs-d’œuvre de Satyajit Ray, réalisateur que je considère comme un maître spirituel.

 

Les films égyptiens et indiens sont très “bavards”or l’Armée du salut est exactement à l’opposé...

 
C’est vrai qu’il y a beaucoup, beaucoup, de dialogues dans ces deux types de cinéma. même si l’Armée du salut est presque silencieux, on y trouve une violence assez forte, assez assourdissante. elle vient de la réalité que j’ai connue au Maroc et elle rejoint, aussi, celle découverte dans les films égyptiens et indiens. Je ne sais pas comment expliquer cela mais, malgré les différences entre ces films et le mien, le lien esthétique entre eux est évident pour moi: il est né dans mon enfance. L’idée du monde et l’idée du cinéma ont été fixées dans ma tête en même temps. J’ai essayé de rester fidèle à la pureté de cette naissance et de ce désir. cela donne, dans mon film, des lignes assez claires, simples, des rues vides, un monde en suspension.

 

Il y a dans votre film des partis pris esthétiques très affirmés. Est-ce pour cela que vous avez fait appel à la chef opératrice Agnès Godard ?

 
J’ai eu beaucoup de chance qu’Agnès Godard accepte de m’accompagner sur ce film. On a travaillé ensemble pendant un an et demi, avant le début du tournage. Elle m’a suivi dans un pays qu’elle ne connaissait pas vraiment, dans un Maroc intime, à moi. Elle m’a aidé à capter l’âme des lieux et des gens que je voulais filmer avec une certaine distance, dans un certain rythme, sans trop de découpage. Et à chaque fois elle trouvait des solutions de lumières merveilleuses. Depuis Nénette et Boni de Claire Denis, que j’ai découvert au centre culturel français de Rabat dans les années quatre-vingt-dix, j’ai une énorme admiration pour ses images et la poésie qui les caractérise.

 

L-Armee-du-Salut-copie-2.gif

 

 

 

Mon opinion

 

Tiré de l'un de ses romans qu'Abdellah Taïa qualifie d'autobiographique, le film se divise en deux parties.

 

La première se passe au Maroc.

 

Le silence est oppressant. Le jeune héros étouffé par une mère abusive cherche le réconfort auprès d'un frère adoré, sans véritablement y trouver une aide quelconque.

 

Son errance dans le village donne une douloureuse sensation de sa vie, face à l'indifférence d'un entourage qui préfère occulter la vérité.

 

La photographie est magnifique mais la mise en scène reste trop en retrait pour donner une véritable profondeur au personnage principal.

 

La deuxième partie a fini par me dérouter.

 

Du jeune adolescent  relativement perdu et laissé au Maroc, on retrouve un jeune homme parfaitement impudent dans un Genève triste et gris. Encore une ellipse qui nous prive du chemin parcouru, et qui aurait peut-être été le plus intéressant à découvrir.

 

 

 

Sources :

http://medias.unifrance.org

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2014
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