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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 23:00

 

 

La-poursuite-infernale---Affiche.jpg

 

Réalisé par John Ford


Avec Henry Fonda, Linda Darnell, Victor Mature,

Cathy Downs, Walter Brennan, Tim Holt, Ward Bond

Alan Mowbray, John Ireland, Roy Roberts, Jane Darwell,

Grant Withers, J. Farrell MacDonald, Russell Simpson, Don Garner


Genre Western


Titre original My Darling Clementine


Production Américaine - 1946

 

La Poursuite infernale marque un approfondissement conséquent du langage de John Ford, qui entre certainement dans sa pleine maturité stylistique avec ce film.  John Ford filme mieux que quiconque la beauté de la nature, de cette Amérique encore vierge et sauvage, sauvage comme Monument Valley, sauvage comme ces hommes qui ne respectent aucune autorité, et surtout pas celle des quelques shérifs qui ont juré de faire respecter la loi dans ces contrées désolées de l’Ouest.

 

Le film est inspiré d'une histoire vraie. Ces événements mythiques et réels de l'Ouest américain firent l'objet de nombreux films. Le film de John Ford n'est pas une transcription rigoureuse de l'histoire. Mais la réalité historique importe peu au réalisateur, ce qui l'intéresse c'est le passage de la nature à la civilisation, du Far-West à l'Amérique en mutation. Le vieux Clanton et Doc Holliday symbolisent le vieux monde, tandis que Wyatt Earp incarne l'Amérique moderne, celle de la loi et de l'ordre.

 

La Poursuite infernale  a été inscrit au National Film Registry en 1991

 

La-Poursuite-infernale---Henry-Fonda--Linda-Darnell-et-Vict.jpg

 

Henry Fonda, Linda Darnell et Victor Mature

 

Synopsis

 

En 1882, les quatre frères Wyatt (Henry Fonda) anciennement shérif de Dodge City, Virgil (Tim Holt), Morgan (Ward Bond) et James Earp (Don Garner) convoient un troupeau de bétail vers l'Ouest et passent la nuit près de Tombstone dans l'Arizona.  

 

Un vieil homme du nom de Clanton (Walter Brennan) leur fait une proposition de rachat. Wyatt Earp la refuse.  

 

Pendant que James Earp garde le campement, ses trois frères aînés vont prendre du bon temps à Tombstone, pleine de bruit et de fureur.

 

Quand ils reviennent, le troupeau a disparu et James gît, assassiné. 

 

La-poursuite-infernale---Henry-Fonda.jpeg.jpeg Henry Fonda


Wyatt Earp accepte alors de devenir shérif  et enquête pour venger la mort de James. Ses deux autres frères seront ses adjoints.

 

Il fait également la connaissance du Dr. John 'Doc' Holliday (Victor Mature), ancien médecin devenu alcoolique, et propriétaire du saloon, dont est amoureuse la chanteuse Chihuahua (Linda Darnell). Un matin, débarque de l'Est Clementine Carter (Cathy Downs), ancienne infirmière du médecin et également amoureuse de lui, mais celui-ci l'éconduit rapidement.

 

Victor Mature et Linda Darnell La Poursuite infernale - Victor Mature et Linda Darnell


Wyatt Earp s'oppose au renvoi de la jeune femme, et alors que la situation se tend entre les deux hommes, Chihuahua est blessée par Billy Clanton (John Ireland), qui l'avait dénoncé comme l'assassin de James Earp. Doc Holliday opère la jeune femme, alors que Virgil Earp, à la poursuite du fugitif qu'il blesse mortellement, est à son tour tué par Ike Clanton (Grant Withers).  

 
Un dernier combat oppose alors Wyatt et Morgan Earp (Ward Bond), aidés par Doc Holliday, au vieux Clanton et à ses fils. "Doc" Holliday et tous les Clanton trouvent la mort au cours de la fusillade. Wyatt quitte Tombstone avec Morgan.

 

La-Poursuite-infernale---Henry-Fonda-et-Cathy-Downs.jpg Henry Fonda et Cathy Downs

 

Il y reviendra peut-être un jour pour Clementine Carter...

 

 

À propos de Wyatt Earp, John Ford déclarait à Peter Bogdanovich : "J'ai connu Wyatt Earp dans les premières années du cinéma muet. Il venait quelquefois au cours de l'année rendre visite à ses camarades et cow-boys qu'ils avaient connus à Tombstone. Une partie d'entre eux appartenaient à notre compagnie. À l'époque, je crois que j'étais assistant accessoiriste. J'avais l'habitude de lui donner une chaise et une tasse de café. Il me parlait de la bataille d'OK Corral. Ainsi, lorsque j'ai tourné La Poursuite infernale, je l'ai reconstitué telle qu'elle avait eu lieu. Les adversaires ne se sont pas contentés de marcher dans la rue et de se tirer dessus, ce fut une véritable manœuvre militaire."

 

Le choix d'Henry Fonda pour le personnage de Wyatt Earp est particulièrement judicieux tant il est habitué à incarner pour le réalisateur des figures emblématiques de la civilisation américaine comme dans Young Mr. Lincoln ou encrore dans Les Raisins de la colère. Au cours d'un entretien daté de 1984 et repris dans le numéro spécial Ford des Cahiers du cinéma, Winston Miller, l'un des deux scénaristes du film déclare à propos de la relation de John Ford avec Henry Fonda : "Ford aimait sa démarche. Il adorait suivre un homme. Il aurait pu regarder Fonda marcher tout au long d'une rue. C'était une démarche unique. En d'autres termes, le style de Fonda s'accordait totalement au style de Ford".

 

La composition de Henry Fonda est restée inoubliable.

 

Henry Fonda trouve dans son interprétation toute la sereine distance nécessaire à caractériser la hauteur de vue du shérif par rapport aux divers événements auquel il assiste. Il se montre maladroit dans les actes élémentaires de la vie sociale, en l’occurrence lorsqu’il doit faire danser une jeune femme lors de quelque solennité. La communauté "fordienne" est composée comme à l’accoutumée de personnages hauts en couleur se complétant plus ou moins harmonieusement. La description de ces caractères demeure à l’état d’esquisse ne nuisant en rien à la cohérence interne de l’œuvre.

La poursuite infernale - Henry FondaL’humour n’est apposé que par touches : le cri que pousse la femme lorsque Wyatt Earp entre dans sa chambre d’hôtel afin de déloger l’indien saoul, l’hystérie collective des mêmes femmes lors de la représentation théâtrale tant attendue… Les personnages féminins principaux sont d’ailleurs d’une densité moindre que celle de leurs partenaires masculins. Tant l’effacée Clementine que la plus affirmée Chihuahua ne constituent au premier chef que des prétextes pour valoriser les hommes qu’elles côtoient.

 

Cette sobriété bienvenue se retrouve dans l’usage fait de la musique dont l’emploi abusif constitue l’autre grand péché mignon de John Ford, qui n’hésite que rarement à plaquer une pure musique de compositeur de studio sur des images qui seraient tout à fait capables de mener une existence individuelle sans cet ajout.


La direction musicale est signée par Alfred Newman et les arragments par  Edward B. Powell.

 

Dans La Poursuite infernale, John Ford privilégie au contraire les sons naturels comme moteur de l’action. Lors de la séquence d’introduction, Walter Brennan propose vainement de racheter son troupeau à Henry Fonda. Excédé il donne un coup de fouet aux chevaux menant sa carriole et c’est à cet instant précis qu’une coupe franche mène au plan suivant montrant Henry Fonda de dos s’éloignant rejoindre ses frères. De la même manière au moment où l’affrontement final est sur le point de se déclencher,  Henry Fonda s’avance lentement vers les Clanton qui sont présentés de face, une diligence traverse la scène à toute allure au moment où le héros émet sa laconique sentence "And I’m gonna kill you". C’est précisément lors de ces propos que la scène est présentée d’un point de vue opposé, un des frères Clanton étant présenté de dos tandis que Henry Fonda apparaît à l’arrière plan par l’entremise de la profondeur de champ. Le procédé peut paraître élémentaire mais il demeure très efficace dans l’optique du mythe dans laquelle se place le réalisateur. Ce sont les actions les plus simples, faire avancer sa carriole, énoncer une phrase, qui dictent la grammaire cinématographique. Dans les deux exemples cités, Henry Fonda sort grandi puisqu’il se trouve cadré par un plan d’ensemble et apparaît au fond du décor comme la figure légendaire qu’il est.

 

La poursuite infernale - Cathy Downs et Henry FondaCes exemples tirés de l’usage fait de la musique doivent être étendus à ce qui constitue la qualité première de l’œuvre entière. Le réalisateur n’a en effet de cesse de marquer le film sous le sceau de la contemplation, qui touche au premier chef, et de manière apparemment paradoxale, les moments de pure action. Ainsi par exemple les deux scènes de course-poursuite les plus significatives du film.

La première montre Doc Holliday quitter précipitamment Tombstone, dans laquelle le shérif s’emploie de l’y ramener au plus vite. Nous voyons ce dernier quitter un relais avec de fraîches montures en un beau plan d’ensemble laissant se profiler au loin Monument Valley surplombé par un ciel serein rempli de nuages pommelés. La course à proprement parler est immédiatement représentée par deux plans plus rapprochés. Dans les deux cas,
Henry Fonda entre dans le champ de dos tandis que la caméra demeure fixe et imperturbable : l’acteur s’éloigne tel un bolide pour s’enfoncer dans le toujours superbe paysage.

 

John Ford refuse tout mouvement d’appareil et ne privilégie par conséquent pas la sensation physique procurée par la vitesse du cavalier. Il préfère annoncer son sujet ici, la course, par un plan de grand ensemble avant d’effectuer deux petites variations sur le paysage et le cavalier s’y trouvant. Seule l’idée du mouvement est figurée car la caméra ne fait que se placer à deux endroits successifs afin de cadrer le personnage alors que rien n’est vu du déplacement du dispositif filmique. La beauté intrinsèque du sujet est préférée à l’action immédiate qui n’est figurée que par la fuite du cheval de l’avant vers l’arrière plan grâce à la profondeur de champ. Le même paysage vu sous plusieurs angles afin d’en épuiser la riche variété, une figure dont l’échelle s’amenuise poétiquement au fil de sa course constituent autant d’idées aussi poétiques qu’efficaces sur un pur plan dramatique. La présentation du paysage en lui même crée des échos singuliers dans la conscience du spectateur : majesté dépouillée, loin de toutes préoccupations métaphysiques.

 

La-poursuite-infernale---Henry-Fonda-copie-1.jpg

 

Henry Fonda

 

La seconde scène comparable à la présente est celle de la poursuite de Billy Clanton par un des frères Earp après le meurtre de Chihuahua. Il n’y a cette fois pas d’effet d’annonce de variations par un plan général de la scène. Nous sommes directement en plein désert et un montage alterne entre plans large pris d’un point de vue opposé. En premier lieu, Earp, tout d’abord figure lointaine, galope en direction de la caméra pour prendre plus de consistance au fur et à mesure de son approche. Au moment où il sort du champ, John Ford effectue une coupe franche et use à nouveau du personnage comme amorce du plan : Earp fuit vers le lointain. Nouvelle coupe franche avec cette fois Billy  Clanton en amorce du plan.

 

La magnifique photo est signée par Joseph MacDonald.   

 

Nous conservons l’idée de variation sur un thème avec cette nuance que cette fois  John Ford use dès le départ de majestueux plans de grand ensemble comme base poétique. Le réalisateur conjugue beauté intrinsèque des lieux et intensité de l’action, cette dernière s’imposant comme d’elle même sans recours à force artifices de mise en scène. 

 

La poursuite infernale - Henry Fonda et Linda DarnellJohn Ford  cherche systématiquement non pas à transcender la réalité quotidienne mais au contraire à servir sa véritable nature qui n’est que noblesse. Il n’est dès lors pas étonnant que son langage prenne pour appui des petits riens de l’action pour construire sa mise en images.

 

L’aboutissement de ces recherches plastiques est peut-être constitué par ce plan de Walter Brennan à OK Corral au lever du soleil. En quelques secondes nous voyons un gros plan de visage encore dans la pénombre s’animer doucement. Le père Clanton émerge du sommeil et redresse lentement la tête. Cette action, qui en est à peine une par sa banalité, est accompagnée par le lever du soleil. En quelques secondes John Ford nous montre un lever du jour en soulignant la symbiose unissant l’homme et la nature. Utiliser un tel plan pour annoncer le duel relève d’une grande audace tout en participant pleinement du monde "fordien" caractérisé par un refus de l’effet au bénéfice du dépouillement formel. L’impact d’une telle image est d’autant plus fort que sa teneur dramatique est quasiment nulle.

 

John Ford abolit l’espace/temps de l’action au profit d’un espace/temps de la contemplation.

 

Le dépouillement de cette image se retrouve par ailleurs dans d’autres moments où un seul objet, relégué au rang de signe quasiment abstrait, se pare néanmoins d’une pointe de mélancolie. Ainsi de ce mouchoir abandonné par Doc Holliday sur la barricade avant de joncher le sol, mortellement blessé, la caméra s’attardant quelques instants sur le tissu virevoltant au gré du vent. Tels moments possèdent une double signification esthétique et morale.

 

La-poursuite-infernale---Victor-Mature.jpg

 

Ce mouchoir blanc, c’est la pureté qui demeurera à jamais hors de portée de Doc. Médecin capable de réciter Hamlet, il n’en est pas moins un assassin ayant revêtu l’habit de la civilisation, lui dont la trace peut être suivie de cimetière en cimetière, Tombstone, sa dernière ville de séjour, contenant d’ailleurs le plus vaste de tout l’ouest. De la même manière au début du film la curieuse insistance de la caméra sur James Earp, au moment du départ de ses frères pour la ville, revêt d’autant plus d’importance qu’il ne sera plus jamais visible, les Clanton étant sur le point de le supprimer. Dans les deux cas de figure, ces longues images apparaissent comme de délicats et touchants adieux à la vie.

La-poursuite-infernale---Henry-Fonda-et-Cathy-Downs.jpgAutre type de manifestation formelle contribuant à instaurer l’atmosphère solennelle du film, la gestion des cadrages. Il y a bien entendu la contre-plongée grandissant le héros : Wyatt Earp lors du duel de Tombstone, venant de loin pour emplir finalement tout le champ de la caméra. Mais Ford sait également user de l’angle plat pour figurer les duels purement psychologiques entre les personnages antagonistes du film. Après avoir accepté la place de shérif, Wyatt Earp pénètre dans le saloon où se trouvent les Clanton. S’ensuit une série de gros plans alternant entre les différents membres du clan et le shérif, tout seul mais dont l’invulnérabilité ne fait pas de doute lorsqu’il décline son identité en voix off à un Clanton quelque peu décomposé. La plongée enfin sert à décrire comme souvent l’écrasement par les forces du destin mais également la résolution implacable naissante : plan des trois frères Earp sous la pluie battante autour de leur frère cadet assassiné. Leurs visages demeurent dans l’obscurité, seuls leurs chapeaux coiffant des têtes immobiles sont visibles.

 

Initialement  La Poursuite infernale durait plus de deux heures, mais Darryl F. Zanuck,  a pratiqué de nombreuses coupes.


John Ford sait conférer la dimension "bigger than life" à son récit et atteint pleinement ce qui était de toute évidence le premier but recherché.

 

 

 

Sources :

http://www.agoravox.fr

Damien Ziegler - http://www.dvdclassik.com

http://www.gonemovies.com

http://fr.wikipedia.org

http://www.allocine.fr

Published by Ciné Alain - dans Mon univers
commenter cet article

commentaires

armelle 22/10/2012 12:37


Un western qui fait date avec un Henry Fonda dans l'un de ses meilleurs rôles.

chris 06/09/2012 19:10


je ne m'en lasse pas !

Agnès et Guy Mertiens 31/08/2012 18:33


nous sommes avec Michel qui nous fait découvrir votre site. Et tous ces films qui nous rappellent de si beaux souvenirs même si nous n'étions pas nés au moment de la sortie initiale nous avons pu
nous rattraper par la suite. La chance en un mot.

Jacques 27/08/2012 20:54


Nous revoilà dans ces films que nous avons découvert ensemble. Le temps a passé et nous pouvons encore en profiter. C'est de la chance, non ? Je t'embrasse. jacques

 

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