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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 23:00

Les-3-jours-du-Condor---Affiche.jpg

 

Réalisé par Sydney Pollack


Avec Robert Redford, Faye Dunaway, Max von Sydow,

Cliff Robertson, John Houseman, Addison Powell,

Walter McGinn, Tina Chen, Michael Kane


Titre original Three Days of the Condor


Genre Thriller, Espionnage


Production Américaine

 

Date de sortie 24 septembre 1975

 

En 1974 paraît un roman, écrit par James Grady, qui va rapidement devenir un best-seller : Six Days of the Condor. James Grady est un journaliste free-lance, un spécialiste de l’investigation, qui travaille occasionnellement pour le Washington Post ou le New Republic. Il enquêtera plus tard sur l’affaire du Watergate pour rédiger l’un de ses romans les plus célèbres : La ville des ombres en 2002. Il collabore aussi au Sénat américain et écrit des romans humoristiques et des thrillers politiques tout en poursuivant sa carrière de journaliste, avant de choisir définitivement la voie de l’écriture. Sa profession de foi est éloquente :  

 

"Les gens de ma génération se sont battus pour des idéaux

auxquels ils croyaient dur comme fer.


Quand John Kennedy a été élu, nous étions sûrs que le monde allait changer.

Et nous nous sommes retrouvés à devoir digérer nos désillusions."

 

Les-3-jours-du-Condor---Robert-Redford-3.jpgLe succès du livre de James Grady ne tarde pas à intéresser les producteurs. Dino De Laurentiis envoie à Robert Redford une adaptation du roman écrite par Lorenzo Semple Jr. L’acteur contacte alors son fidèle ami et cinéaste Sydney Pollack pour lui demander de réaliser ce qu’ils pensent être tous les deux un pur film de divertissement à partir d’un script prometteur. Voilà donc comment l’un des réalisateurs les plus en vue du cinéma américain de cette période se trouve chargé de mettre en scène ce qui deviendra une œuvre phare dans son domaine : le thriller politique des années 70.
Les scénaristes David Rayfiel et Lorenzo Semple Jr. et  James Grady lui-même remanièrent le script pour conférer à l'intrigue un aspect plus politique.

 

En pur produit de son époque, Les Trois Jours du Condor sont à ranger dans la série des films paranoïaques, et va permettre l’émergence d’un cinéma en prise directe avec les soubresauts de la société et les interrogations légitimes des citoyens.

 

Avec Marathon Man réalisé par John Schlesinger en 1976, ou Les Hommes du président d'Alan Pakula, en 1976, il est à noter que tous ces films profondément imprégnés du scandale du Watergate, un homme seul se trouve au centre d’une conspiration dont il ne cerne ni les enjeux, ni l’ampleur


Rajoutons aussi, À cause d'un assassinat d'Alan Pakula en 1974, dont le scénariste est également Lorenzo Semple Jr., et la Palme d'Or Conversation secrète, réalisé par Francis Ford Coppola en 1974 un thriller politique dans  lequel Gene Hackman interprète un spécialiste de la filature.

 

Au début des années 1970, le cinéma hollywoodien, gagné à son tour par les idées contestataires, produit un certain nombre de films qui traduisent le malaise ressenti par les citoyens américains, en proie aux interrogations et aux doutes quant au fonctionnement de leurs institutions. Assassinat du président John Kennedy, de son frère Bobby puis de Martin Luther King, lutte pour les droits civiques, enlisement au Vietnam, contestation universitaire, manifestations hippies, mensonges du président Nixon qui trouveront leur point d’orgue au moment de l’affaire du Watergate. Durant près de quinze ans, le peuple américain voit son univers vaciller sur ses bases démocratiques en constatant la perte progressive des valeurs fondatrices inculquées dès le plus jeune âge, telles que la confiance en l’avenir et surtout l’innocence.

 

L’époque est dorénavant aux remises en cause politiques et à la méfiance tout azimut. La paranoïa devient pour un temps le sentiment général.

 

Les-3-jours-du-Condor---Robert-Redford-2.jpg


Robert Redford

 

Dans Les trois jours du Condor, ce qui ressort du combat entre l’homme et la puissance étatique secrète est paradoxalement la foi dans l’individu.


Les Trois jours du Condor reçut le prix Edgar-Allan-Poe du meilleur scénario

 

Synopsis

 

Le début du film nous présente de simples fonctionnaires, des bureaucrates vaquant simplement à leurs occupations dans une atmosphère bon enfant. On a même du mal à croire que derrière cette "Société d’Histoire Littéraire Américaine" se cache une antenne new-yorkaise clandestine de la CIA.


Les 3 jours du Condor - Robert Redford 1Joseph Turner (Robert Redford) est l'un agent de ses agents. Son emploi consiste à lire toute la littérature d’espionnage en effectuant une veille permanente de tous les écrits édités à travers le monde afin d’y découvrir d’hypothétiques messages codés qui impliqueraient de possibles menaces extérieures à l’encontre des États-Unis. Il mène une vie plutôt tranquille, en bonne intelligence avec ses collègues, et affiche une décontraction étonnante, alors qu’il attend la réponse de son chef de service quant à l’existence possible d’un réseau clandestin au sein de l’agence.  Innocent complètement détaché de sa profession dont il ne tire aucune fierté particulière, Joseph Turner est un individu libre d’esprit qui ne soupçonne pas un instant être un rouage insignifiant d’une machine froide et inhumaine.

 

Un jour, après être allé faire des courses pour la pause déjeuner, Joseph Turner retrouve tous ses collègues,  de sa minuscule et confidentielle antenne des services secrets, assassinés.

 

Il parvient à joindre l’agence et demande son rapatriement. Mais son chef de section, J.Higgins (Cliff Robertson), tente alors de le tuer lors du rendez-vous organisé à cet effet. À partir de ce moment débute une course poursuite entre Joseph Turner, alias Condor, et ses supérieurs.

 

Dans sa fuite, il prend en otage une jeune femme et se réfugie chez elle. Sa seule issue : démêler le faux du vrai et enquêter sur les agissements mystérieux de la CIA.  

 

Les 3 jours du Condor - Robert Redford et Faye DunawayAux antipodes de la potiche traditionnelle qui sert de repos du guerrier au héros, Kathy Hale (Faye Dunaway) vit seule malgré une relation qui bat de l’aile. Photographe de natures mortes dépeuplées et dépouillées de vie, Kathy incarne également cet éloignement au monde qui l’entoure. Les deux personnages vont se nourrir l’un l’autre et c’est tout naturellement qu’elle finira par lui venir en aide avant de reprendre son indépendance.

 

Sous le pseudonyme de Condor, Joseph Turner va, dès lors, se lancer dans une course contre-la-montre pour savoir qui a commis ces meurtres et comment lui échapper. Mais petit à petit, plusieurs indices le poussent à penser que des agents de la CIA sont à l'origine du drame.


Dans son aventure, Joseph Turner apprend progressivement qu’il ne sait rien sur personne, qu’il aurait bien tort de faire confiance à quiconque, et que le Bien et le Mal sont somme toute des notions bien galvaudées. La paranoïa devient alors la seule attitude apte à assurer sa survie. Tout ce qui l’entoure se mue en objet de méfiance, jusqu’à une femme qui pousse un landau.

 

Grace à sa perspicacité et toutes ses connaissances accumulées à travers ses lectures, il va tenter de survivre, et de comprendre.

 

Lorsque l’on mène une vie de mensonge et de dissimulation, comment savoir à qui confier la vérité le jour où cela devient vital ?

 

 

Three-Days-of-the-Condor---Robert-Redford-et-Cliff-Robertso.jpg

 

Robert Redford et Cliff Robertson

 
Craignant le danger partout, Condor s’engage dans une fuite permanente dans la ville de New York, filmée comme un espace abstrait, peuplé de décors aux contours géométriques, comme le musée Guggenheim ou le grand hall de la CIA. La plupart des toiles de fond sur lesquelles évoluent les personnages évoquent des ramifications : les branches d’arbres sans feuilles, une grande carte du monde clignotante, les lignes téléphoniques, les grands réseaux autoroutiers. Dans cet univers, tout est prévu pour la communication, mais il est paradoxalement difficile pour l’Homme de trouver des repères.

 

Sydney Pollack, d’abord homme de théâtre et acteur, puis réalisateur à la télévision et au cinéma, se révèle ainsi un cinéaste classique mais également témoin de son temps dans la pure tradition romanesque et sociale de Hollywood. Sydney Pollack a investi tous les genres, du film policier au western, du thriller au drame social, de la romance au film historique et de la comédie au film de guerre, en leur insufflant une nouvelle vitalité. Grâce à sa petite musique intérieure, où mélancolie et remise en cause des valeurs établies font bon ménage, ainsi qu’à la priorité toujours accordée aux personnages et à leurs difficultés à vivre en couple, il est un de ces doux lyriques en constante quête d’innocence au sein d’une Amérique ravagée par ses paradoxes.

 

Les Trois jours du condor - Robert Redford, Cliff RobertsonSydney Pollack vient de connaître plusieurs succès au box-office avec Jeremiah Johnson en 1972 et surtout Nos plus belles années réalisé en 1973. L’offre de travailler sur l’adaptation du roman de James Grady tombe à pic pour un réalisateur qui a besoin de souffler un peu en exécutant un simple mais distrayant travail de commande. Mais Sydney Pollack, avec l’aide de son ami scénariste David Rayfiel et l’implication personnelle de Robert Redford, va complètement investir le sujet et en redessiner les contours, pour transformer la première copie rédigée par Lorenzo Semple Jr. en un thriller politique de premier plan qui suit froidement sa ligne directrice du début à la fin sans défaillir. Alors qu’ils modifient l’intrigue de base en remplaçant le trafic de drogue par les agissements secrets de la CIA, ou du moins d’une partie de la CIA au Moyen-Orient en matière de pétrole, et qu’ils s’ingénient à rendre les personnages à la fois plus complexes et plus vraisemblables, le scandale du Watergate éclate et la réalité dépasse rapidement la fiction.

 

Le fonctionnement interne de la CIA, avec sa chaîne de commande et ses moyens technologiques, est réduit à sa plus simple expression, même si traité avec minutie, car ce qui intéresse Sydney Pollack sont avant tout les rapports de force entre les différents personnages et le parcours de  Joseph Turner pour échapper à son destin funeste et mettre à jour la machination. Le réalisateur insiste plus sur la tension permanente que l’action, et parvient à immerger le spectateur dans ce fantasme de paranoïa et de claustrophobie, également retranscrit par la photographie nocturne composée par le chef opérateur Owen Roizman, avec ses clairs-obscurs soutenus.


Les-Trois-jours-du-condor---Robert-Redford-.jpgL’utilisation des fonds flous ou en aplats unis tendent à rendre plastiquement l’impossibilité pour les personnages à s’inscrire dans un monde habitable, un monde à taille humaine, un monde qui redeviendrait, comme avant, compréhensible. À mesure que le personnage s’enfonce dans un mystère de plus en plus insondable, le spectateur plonge lui aussi dans les méandres d’une fiction qui emmêle ses fils sans jamais les débrouiller tout à fait. Pour suivre le Condor, il faut prendre plaisir à se laisser bringuebaler avec lui, quitte à ce que l’aventure se termine en forme de point d’interrogation.


Si Sydney Pollack livre un film d’espionnage, celui-ci ne s’inscrit pas du tout dans la lignée des films d’action opposant héros charismatiques à des méchants "bigger than life". L’angle adopté d’entrée par le réalisateur est celui de l’homme ordinaire, du citoyen modèle et simple travailleur journalier, confronté à l’effondrement de son univers de référence et à la remise en cause de ses convictions les plus profondes.

 

Comme le publicitaire casanier interprété par Cary Grant dans La Mort aux trousses réalisé par Alfred Hitchcock en 1959, Joseph Turner apparaît au premier abord comme un "John Doe" insignifiant, risible sur sa mobylette, faisant preuve d’un humour potache pas toujours apprécié de ses collègues. Bref, comme le Roger Thornhill imaginé par Alfred Hitchcock, Joseph Turner voudrait simplement manger les sandwichs qu’il a achetés pour le déjeuner, et non pas démanteler toute une machination qui implique les plus hauts représentants des institutions américaines. Comme Cary Grant, il ne veut pas croire à ce qui lui arrive et reste persuadé pendant une bonne partie du film que tout ce malentendu prendra fin bien vite quand il aura trouvé la bonne oreille pour l’écouter.

 

Les 3 jours du Condor - Robert Redford Robert Redford


La décontraction et la blondeur solaire de Robert Redford rendent justement compte de cet aspect décontracté et innocent et, par extension, de ces valeurs américaines que portent en eux les spectateurs qui, comme Joseph Turner, vont se heurter au mur de l’incompréhension et du mensonge d’état. Dès que Joseph Turner, se retrouve seul, le film se concentre sur son thème principal : la méfiance. Dorénavant, tout est sujet à caution. Pour montrer que le sentiment d’insécurité et de paranoïa se niche partout, du plus haut sommet de l’état jusqu’au plus banal quotidien de ses administrés, Sydney Pollack et David Rayfiel recréent un personnage féminin, joué par la mystérieuse et fragile Faye Dunaway, déjà enfermé dans cette problématique.


Faye Dunaway Les 3 jours du Condor - Faye Dunaway 1

 

Pour Sydney Pollack, c’est avant tout d’individualisme dont il s’agit : l’individu par rapport à la société et par rapport au couple, tous deux générateurs de conflit. On pourrait peut-être esquisser un reproche quant au personnage de  Joseph Turner, à savoir qu’il passe un peu rapidement du statut de rond-de-cuir au statut d’agent de terrain, expert en technologie de communication et plein de sang-froid quand l’action l’exige, et ce même si le scénario tente de le justifier. Mais cela ne gêne en rien la fluidité du récit et la crédibilité de l’histoire, d’autant que   Joseph Turner a été décrit à la base comme une personne espiègle et d’une intelligence rare.

 

Les-3-jours-du-condor---Max-von-Sydow.jpgLes autres personnages, constitutifs de ce puzzle grandeur nature, sont aussi traités avec complexité. Joubert, le tueur à gages qui se met au service de la CIA, est certes un assassin froid et méthodique mais il agit en toute logique, parfaitement conscient du fonctionnement des institutions et de la marche du monde, et il apparaît presque séduisant par son cynisme et son détachement, particulièrement lors de sa dernière intervention. Max Von Sydow, qui prête ses traits et sa stature à l’ineffable Joubert, est parfait dans la peau de ce personnage énigmatique et menaçant.

 

Three-Days-of-the-Condor---Cliff-Robertson-1.jpgHiggins, le responsable du bureau de New York joué par Cliff Robertson, est l’exemple type du haut fonctionnaire omnipotent dont on ne sait jamais de quel côté il se trouve, couvrant les pires comportements de son service tout en se portant au secours de   Joseph Turner.

Plus haut dans la hiérarchie, nous trouvons M.Wabash interprété par le tortueux John Houseman, célèbre producteur hollywoodien puis comédien par pur plaisir. Un échange de dialogues entre les deux hommes nous renseigne sur le changement de société et d’état psychologique vécu par les USA.

 

À la question "You miss that kind of action, Sir ?" posée par Higgins au sujet de ses exploits passés, Wabash répond fort à propos : "I miss that kind of clarity".

 

La narration, limpide, est portée par un rythme lent avec le soutien de la musique presque minimaliste et aux accents jazzy de Dave Grusin. Sydney Pollack ménage quelques moments de pause, particulièrement pour développer la relation entre Kathy et Joseph et, comme à son habitude, insiste sur les jeux de regard et les silences qui en disent long sur leur état psychologique et les liens invisibles qui se créent entre les deux êtres. Avec le recul, il est permis de penser que Les trois jours du Condor marque peut-être le sommet de la collaboration entre tous ces artistes qui forment une petite communauté autour de Sydney Pollack et que l’on retrouve de film en film : Robert Redford, David Rayfiel, Dave Grusin et Owen Roizman.

 

Les-3-jours-du-condor---Robert-Redford-copie-1.jpg

 

Robert Redford

 

Si le film s’achève sur une lourde incertitude bien que la machination a fini par être éventée et tuée dans l’œuf, et même si l’hydre souterraine conserve sa capacité de nuisance politique, économique et médiatique, Joseph Turner, bien qu’il soit condamné à une fuite éternelle, et donc par extension le spectateur, prend conscience du monde qui le gouverne, et sa lucidité devient alors une force.

 

Devant nos illusions perdues, il n’est point obligatoire de se coucher. La conquête de liberté face aux puissances obscures reste un moteur de l’existence. Malgré le pessimisme avoué du film, Sydney Pollack laisse donc une échappatoire, source d’espoir une fois que la vérité se fait jour, même si le principal intéressé en ignorait toute la portée et se voit dans l’obligation de disparaître parmi la foule des anonymes qui ne se doutent pas un seul instant de ce qui se trame à leur insu.

 

À la question "Pourquoi filmez-vous ?" posée par le quotidien Libération en mai 1987, le réalisateur répondit : "Je fais des films pour essayer d’explorer les deux côtés d’une question dont j’ignore la réponse. Et parce que je peux essayer de découvrir la vérité de ce qui devrait être. Et quand ça marche bien, les deux vérités sont là."

 


 

Sources :

http://www.imdb.com

http://www.dvdclassik.com - Ronny Chester

http://www.premiere.fr

http://www.critikat.com - Raphaëlle Pireyre

http://fr.wikipedia.org

http://www.allocine.fr

Published by Ciné Alain - dans Mon univers
commenter cet article

commentaires

Agnès et Michel 23/10/2012 19:42


nous ADORONS ce film, intelligent, brillamment interprété et parfaitement réalisé. Un grand film. à bientôt Alain

chris 03/10/2012 18:42


Salut Alain, je n'ai pas revu ce film depuis sa sortie en salles. C'est dire. Pour le coup en lisant ton article j'ai bien envie de me replonger dans "ces films américains post watergate". On se
voit bientôt si j'ai bien compris Johanne. On t'embrasse en attendant. Chris

 

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