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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 00:00

 

Parfum-de-femme---Affiche.jpg

 

Réalisé par Dino Risi


Avec Vittorio Gassman, Agostina Belli, Alessandro Momo,

Moira Orfei, Franco Ricci, Elena Veronese, Lorenzo Piani,

Stefania Spugnini, Torindo Bernardi, Marisa Volonnino


Titre original Profumo di donna

 
Genre Comédie  Dramatique


Production Italienne


Date de sortie 24 septembre 1975



Profumo di donna est l'un des joyaux de la filmographie de Dino Risi. Ce film est un parfait exemple de ce qui caractérisait la comédie à l'italienne dans toute sa dimension acerbe, ironique et pathétique quant à l'observation de la société transalpine. Dino Risi est l'un des grands représentants de ce genre qui dépassait très souvent les limites du bon goût. 

 

Entre récompenses  Profumo di donna a reçu :

 

Festival de Cannes 1975

- Prix d'interprétation masculine Vittorio Gassman

 

"Ce n’est pas une histoire de cécité, mais de solitude", a déclaré Vittorio Gassman en recevant son prix au Festival de Cannes.

 

Parfum-de-femme---Vittorio-Gassman.jpg

 

César 1976 (Première édition)

- César du Meilleur film étranger pour Dino Risi

 

"Profumo di Donna est certainement un film plus grave que d’habitude pour moi, et plutôt que de comédie à l’italienne il faudrait peut-être parler ici de tragédie à l’italienne." Ces propos de Dino Risi rendent bien compte de cette instabilité générique qui est l’un des aspects les plus réussis du film. Le dénouement même ne tranche pas, et à l’hypothèse de la rédemption par l’amour, qui tirerait le film du côté du mélodrame, peut répondre celle de la résignation à la dépendance, franchement tragique.

 

Mais, si le comique domine dans la première partie, et la mélancolie dans la seconde, mélancolie notamment appuyée par la musique d’Armando Trovajoli, l’enchevêtrement est constant et rend peut-être compte d’un tournant plus général dans l’histoire du cinéma italien. Les années 1970 sont riches en œuvres mi-légères, mi-graves, loin de la franche "comédie à l’italienne" des années 1950. La même année que Parfum de femme, Ettore Scola réalise Nous nous sommes tant aimés, chef-d’œuvre de nostalgie feutrée et de sourires tristes.

 

Synopsis

 

L'irascible capitaine en retraite Fausto Consolo (Vittorio Gassman), est un bel homme, dans la force de l'âge et vit seul avec sa vieille tante à Turin.  Sept ans auparavant, alors capitaine de cavalerie, il a perdu la vue en manipulant une bombe lors des grandes manoeuvres. Il refuse son infirmité et dissimule son amertume sous une agressivité permanente.

 

Parfum-de-femme---Vittorio-Gassman-et-Alessandro-Momo.jpg


Vittorio Gassman et Alessandro Momo

 

Il décide d'aller à Naples retrouver son ami Vincenzo (Torindo Bernardi), lui-même aveugle; il se fera accompagner dans ce voyage par le jeune soldat en permission, âgé de dix-huit ans, Giovanni Bertazzi, alias Ciccio, (Alessandro Momo), mais il ne veut d'aucune pitié, ne supporte aucun désagrément, se montre en permanence agressif pour cacher son amertume et s'amuse à mal se conduire en public ; on remarque qu'il est capable de déceler la présence des femmes grâce à leur parfum.

 

Ils partent en train de Turin et la première étape est Gênes où Fausto décide de passer quelques heures avec une prostituée (Moira Orfei).

 

Parfum-de-femme---Vittorio-Gassman-et-Moira-Orfei.jpg


Vittorio Gassman et Moira Orfei

 

Le voyage confronte la naïveté du jeune premier au violent cynisme de l’aveugle vieillissant. "Le sexe, les cuisses, deux belles fesses : voilà la seule religion, la seule idée politique, la vraie patrie de l’homme" : telle est la profession de foi du capitaine, qui dissimule son amertume derrière une agressivité et un appétit sexuel imperturbables.

 

La seconde étape du voyage est Rome où Fausto parle avec son cousin prêtre de sa condition physique.

 

Finalement, à Naples, on découvre que Fausto est courtisé par la jeune Sara (Agostina Belli) qui voudrait à tout prix s'occuper de lui mais ces attentions semblent ennuyer Fausto.

 

Parfum-de-femme---Alessandro-Momo--Vittorio-Gassman-et-Agos.jpg

 

Alessandro Momo, Vittorio Gassman et Agostina Belli

 

C'est seulement vers la fin du film que l'on comprend les vraies intentions de Fausto et de Vincenzo : ils essaient maladroitement de se suicider mais la peur les empêchera d'y arriver.

 

À ce moment seulement Fausto comprend qu'il ne peut pas refuser l'aide et l'affection de Sara.

 

Bien entendu, il n'est nullement question ici de la fidélité au sein du couple, ce serait suicidaire d'aborder ce thème à propos du cinéma italien. Dino Risi était fidèle à ses acteurs et également à ses techniciens. Pour Parfum de femme, le cinéaste a fait appel à son monteur historique, Alberto Gallitti. Ce dernier a collaboré à presque toutes les oeuvres du célèbre réalisateur italien. Le drecteur de la photographie Claudio Cirillo a validé avec Parfum de femme sa seconde collaboration avec le réalisateur. Enfin, le célèbre compositeur italien Armando Trovajoli a lui aussi une longue histoire commune avec le cinéaste puisqu'il a mis en musique pas moins de dix sept films du cinéaste.
 
Parfum-de-femme---Vittorio-Gassman-copie-1.jpgPour ce film, Dino Risi a fait appel à l'immense Vittorio Gassman. Un nouveau rôle d’homme de plaisir, d’une arrogance frisant l’insupportable, mais dont on sent d’emblée qu’elle ne fait que masquer une angoisse profonde. Plus agressif que vantard, Fausto se lance toutefois dans le plaisir avec une démesure plus désespérée que celle, nettement frivole, du fanfaron. La frivolité n’est pas le propos de Parfum de femme; il ne s’agit pas de séduction, ni même d’amusements, mais bien d’animalité.

 

L’abandon à la jouissance est symptomatique d’un renoncement plus fondamental, choix du corps, et renoncement, simplement apparent peut-être, à une âme dont Fausto s’inquiète pourtant par éclairs; renoncement quasi satanique, notons que le nom du personnage n’est pas innocent de celui qui, parce qu’il n’est plus comme les autres hommes, fait le choix illusoire et intenable de la bestialité.

 

La marginalité s’en trouve reconvertie en anormalité; exclu de la communauté des hommes qui voient, Fausto semble s’exclure de celle des êtres humains, dans sa défense en actes de l’animalité, son refus du sentiment, et peut-être plus largement, son refus de l’autre.

 

Une fois de plus, Dino Risi s’intéresse à des êtres hors normes, démesurés, des Monstres au même titre que ceux qu’il avait filmés en 1963. "Le spectacle trouve volontiers son inspiration dans la difformité car la normalité n’est pas spectaculaire", déclarait le cinéaste au moment de la sortie du film. Spectaculaire, Fausto l’est, tout comme l’est la prestation de Vittorio Gassman, qui parvient à être subtil dans son outrance même, et à faire constamment planer sur le joyeux histrion qu’est Fausto le soupçon du désespoir.

 

Parfum-de-femme---Vittorio-Gassman-et-Agostina-Belli.jpgChaque acte, chaque parole de Fausto semblent avoir pour unique but d’éloigner la pitié. Or, en construisant son propre personnage, en jouant constamment la cruauté et le rire pour mieux masquer l’angoisse et écarter tout sentiment d’empathie, Fausto dessine toute une démarche de mise en scène inscrite en creux. Parfum de femme est précisément un film qui refuse de jouer sur la pitié, ficelle tire-larmes qui aurait été très facile à mobiliser avec un tel sujet, et dont le film se passe brillamment. À l’image de son personnage, le film construit une fiction de rire, une fiction de comédie, qui dissimule à chaque instant une mélancolie dont on devine toujours la présence, mais qui refuse de se donner en spectacle comme telle. En nous interdisant de prendre Fausto en pitié, il s’interdit tout choix générique, refusant, en l’occurrence, celui du mélodrame. De plus, la pitié aurait supposé, pour le spectateur, de tenir le personnage à distance, avec, sinon une forme de mépris, du moins un sentiment de supériorité tranquille; cette démarche nous est ici interdite. À aucun moment le spectateur ne peut se contenter de considérer Fausto comme un pauvre aveugle, et de se sentir à l’abri de ce qui affecte le personnage. Si le film est une histoire de solitude plus que de cécité, il n’est pas anodin qu’il soit impossible de réduire la souffrance de Fausto à son handicap, et, par conséquent, de s’en sentir protégé.

 

Le titre du film, qui peut faire songer à l’air "Odor di femmina" du Don Giovanni de Mozart, devenu emblématique du donjuanisme, fait référence au fait que Fausto identifie à l’odorat non seulement la présence des femmes, mais aussi leur couleur de cheveux et leur allure générale. Titre fabuleux, qui dit bien ce rapport à l’évanescent et à l’insaisissable, cette labilité des choses et des êtres qui nous entourent; le rapport mélancolique et brumeux à un monde auquel celui qui ne voit plus ne peut plus vraiment croire.

 

Parfum-de-femme---Agostina-Belli.jpg

 

Mort des images, mort des illusions. Parfum de femme est aussi et surtout un grand film du désenchantement. Et du désir inavoué, et sans cesse dissimulé à soi-même et aux autres, de se raccrocher à des certitudes et des sentiments dont on connaît pourtant la fragilité.

 

Parfum de femme a été l'objet d'un remake par les américains en 1992. Réalisé par Martin Brest le projet verra le jour avec, devant la caméra, Al Pacino, Chris O'Donnell et Philip Seymour Hoffman sous le titre Le temps d'un week-end.

 

Sources :

http://www.imdb.com

http://www.critikat.com - Alissa Wenz

http://www.allocine.fr

commentaires

Michel Zorba 28/11/2014 15:38


Je ne vais pas le manquer au Ciné Club de France 2. Merci de le rappeler. À voir et à revoir sans modération !

armelle 27/11/2012 11:35


Magnifique méditation sur le désenchantement en effet. Un Gassman au sommet de son art, crevant littéralement l'écran, comme d'habitude me direz-vous. Une justesse de ton remarquable. Se revoit
avec le même intérêt. Un grand cru italien.

 

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