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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 23:00

 

Qu-est--il-arrive-a-Baby-Jane----Affiche.jpg

 

Réalisé par Robert Aldrich


Avec Bette Davis, Joan Crawford,

Victor Buono, Wesley Addy, Anne Barton, Barbara Merrill

Marjorie Bennett, Bert Freed, Anna Lee, Maidie Norman


Julie Allred et Gina Gillespie


Titre original What Ever Happened to Baby Jane ?


Genre Drame


Production Américaine - 1962

 

"Je ne donnerai pas un centime pour l’une de ces vieilles biques"... voici ce que répondit Jack Warner à Robert Aldrich quand celui-ci lui présenta son projet de film : mettre en scène une confrontation entre deux stars de l’âge d’or, Bette Davis l’insoumise, et Joan Crawford la terrible.

 

Robert Aldrich ne voulait pas filmer deux stars, mais deux haines, deux corps vieillissants dans la vie, torturés, humiliés à l’écran. Mêlant classicisme technique et modernité de ton, le réalisateur réussit à donner deux derniers grands rôles à Bette Davis et Joan Crawford, et à réaliser un film terrifiant, sur une vieillesse dont la cruauté n’est pas seulement naturelle, mais également construite par une société du spectacle désœuvrée.

 

Qu-est-il-arrive-a-Baby-Jane---Bette-Davis.jpg Bette Davis

 

Stars du cinéma dans les années 1930-1940, les carrières respectives des deux actrices étaient alors nettement sur le déclin. Seul le studio Warner accepta de produire le film. Bien lui en a pris, puisque Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? fut un véritable triomphe critique et public. Pour un budget d'environ 980.000 dollars, le film en rapporta plus de 9 millions.

 

Célèbres pour leurs caprices, les deux actrices en fin de carrière ont pourtant accepté de s’enlaidir physiquement et moralement pour ce thriller époustouflant. Avec Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?, Robert Aldrich se livrait à une curieuse et passionnante réflexion sur un divertissement funèbre, et nous livrait son meilleur film.

 

Joan Crawford What-Ever-Happened-to-Baby-Jane----Joanne-Crawford.jpg

 

Hué à Cannes en 1962, Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? avait choqué par sa violence extrême et l’utilisation, pour le développement de cette violence, de deux symboles d’Hollywood, Bette Davis et Joan Crawford. Lorsqu’il prépare son film, Robert Aldrich connaît les caractères tremblants de ses vedettes ainsi que leur haine mutuelle, et va les utiliser à outrance pour organiser son huis-clos effrayant. Hollywood avait peu filmé la vieillesse jusqu’ici, et encore moins la déchéance : en opposition avec Sunset Boulevard de Billy Wilder, magnifique hymne à Gloria Swanson, le film Robert Aldrich ne montre ni le sublime de la star, ni l’émotion de la vieille dame, ni la sagesse des ans. La vieillesse est, chez lui, le résultat d’une folie que la vie a créée, et que le monde du divertissement a catalysée. Robert Aldrich a réalisé à l’époque un modèle du film d’angoisse, et prouvé, notamment aux vues du succès public du film, que le cinéma pouvait aussi fasciner dans ce qu’il dévoile de plus dérangeant dans l’humanité, et de plus désespérant.

Synopsis

 

Avant d’entrer dans le vif du sujet, un court prélude campe le décor de la vie des sœurs Hudson.

 

En 1917, au temps du cinéma muet, la jolie Baby Jane (Julie Allred) remporte, un vif succès dans les cabarets avec son numéro de claquettes et de chansons niaises qui conviennent parfaitement à un public apeuré par l’entrée en guerre des États-Unis. C'est même une grande star, une des premières enfants prodiges. Favorisée par un père qui lui passe tout, Baby Jane "gagne l’argent", comme elle le dit elle-même. Lorsque on regarde Baby Jane chanter, son public est plongé, lors de plans larges curieusement funèbres, dans une obscurité qui n’a rien d’excitant. Jane, dans sa lumière blanche et éblouissante stricto sensu, apparaît déjà comme l’ange de la mort. Mais passée l’adolescence, le public l’aura complètement oubliée.

 

 

 

Elle ne prête guère attention à sa sœur Blanche (Gina Gillespie), timide, réservée, jalouse et surtout mal aimée. Blanche reste dans l'ombre.

 

Sur scène, on découvre un espèce de petit singe appliqué, anônnant la mélodie crispante d'I've Written a Letter to Daddy.

 

En coulisses, la soeur lésée, forcément brune, ne peut contempler que sa mise à l'écart.

 

Dans les années 30, les rôles sont inversés, Blanche est devenue une star des studios sur la côte est, une actrice de cinéma renommée et appréciée du public, tandis que Jane, envieuse et hystérique, peine à démontrer aux producteurs un talent qu’elle n’a pas.

 

Alors que les deux femmes rentrent d’une soirée, un terrible accident de voiture met cependant fin à la carrière de Blanche. Paralysée, son état physique la rend complètement dépendante de sa sœur déchue.

 

Cette situation sera l'occasion pour Jane de faire payer sa sœur, dévoilant au fil du temps toute son aigreur, sa jalousie, et son effrayante folie...

 

Qu-est-il-arrive-a-Baby-Jane---Bette-Davis-et-Joan-Crawfo.jpg


Bette Davis et Joan Crawford

 

Il est alors clair que Jane était au volant : acquittée pour manque de preuves, tout le monde se doute qu’elle a voulu assassiner sa sœur pour la punir d’un succès qui ne l’a pas touchée.


Hollywood a provoqué la jalousie de Jane comme la déchéance physique de Blanche; et c’est ce rapport à l’image, à l’évanescent, qui a perdu les deux soeurs.

 

Le film commence réellement lors du dernier saut temporel : Jane (Bette Davis) et Blanche (Joan Crawford) sont vieilles. La première s’occupe avec cruauté de la deuxième, enfermée dans son fauteuil roulant depuis l’accident.

 

Tous les déclics du film, toutes les chevilles du drame étant liées au divertissement, c’est la rediffusion des grands succès de Blanche à la télévision qui provoque définitivement la folie de Jane qui, par culpabilité et par jalousie, entre dans un cercle infernal de violence et de torture.

 

 
Bette Davis et Joan Crawford ont été simultanément les deux égéries des Studios Warner pendant plusieurs années. Mais avant de tourner Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?, elles n'eurent pas l'occasion de travailler ensemble. Célèbres pour leurs tempéraments tout autant que leurs talents respectifs, certains au sein du studio craignaient, à juste titre, un éventuel accrochage entre les deux actrices.  

 

Robert Aldrich déclara : "à en juger par les premières réactions de la Presse à l'annonce du projet, je ne savais pas très bien si j'allais produire et réaliser un film, ou bien me contenter d'arbitrer un combat de boxe", avant de dire à ses deux actrices "la Presse ne sait pas à quoi s'en tenir avec toute l'électricité que vous générez".

 

Complication supplémentaire : chaque actrice avait son directeur de la photographie fétiche. Aussi lorsque Robert Aldrich leur annonça que ce serait Ernest Haller qui s'occuperait de la photo, les actrices se déclarèrent enchantées par ce choix. Ernest Haller avait en effet été le directeur de la photo de L'Intruse et L'Insoumise, deux films pour lesquels Bette Davis remporta l'Oscar de la Meilleure actrice.


Lorsque la MGM, remercie Joan Crawford, celle-ci tourne Le Roman de Mildred Pierce pour la Warner. Un scénario d'abord refusé par la reine de la maison, Bette Davis. Cette dernière n'est d'ailleurs pas dupe des entourloupes de  Joan Crawford qui tente de se la mettre dans la poche à coups de chocolats et de jolies roses. Mais  Joan Crawford gagne l'Oscar et la bisbille est née, renforcée par leur voisinage forcé dans le même studio : il ne peut y avoir qu'une souveraine.

 

Dans leurs disputes, Bette Davis cherchait toujours à avoir le dernier mot, y compris dans les scènes du film. Elle déclara d'ailleurs, avec beaucoup de mauvaise foi : "les querelles sont toujours entre un acteur et une actrice, rarement entre deux femmes. Les femmes sont trop intelligentes pour se quereller ensemble !"
 
Qu-est-il-arrive-a-Baby-Jane---Bette-Davis-copie-1.jpgLe film fut cité 5 fois aux Oscars en 1962 : Meilleur son, Meilleure photographie noir et blanc, Meilleure actrice, Meilleur second rôle masculin, et Meilleurs costumes. Ce sont ces derniers qui furent récompensés lorsqu'on attribua la précieuse statuette à Norma Koch pour saluer son travail. Avec ce film, Bette Davis totalisait sa neuvième nomination aux Oscars, déjà détentrice de deux statuettes. Pour la petite histoire, le mépris farouche que Joan Crawford vouait à sa rivale était tel qu'elle orchestra même une campagne de dénigrement la concernant, estimant qu'elle ne méritait pas de gagner l'Oscar de la Meilleure actrice !

 

Le 8 avril 1963, lors de la cérémonie des Oscars, Bette Davis attend fébrilement qu'on ouvre l'enveloppe désignant la meilleure actrice. Excitation renforcée par l'absence, parmi les actrices retenues, de Joan Crawford. Cette dernière s'est néanmoins proposée pour récupérer en son nom l'Oscar d'Anne Bancroft, absente, si celle-ci gagne. Lorsque Anne Bancroft est annoncée, Joan Crawford, triomphante, passe à côté de Bette Davis, dépitée, et lui dit :

- "excuse-moi, j'ai un Oscar à recevoir".


Mais le chef d'oeuvre de Robert Aldrich n'est pas qu'un joujou à ragots, et constitue également un sommet cinématographique dans les carrières respectives des deux comédiennes.


Les scènes des films que Baby Jane a tourné une fois adulte et qui se révèlent être des échecs cuisants en salle, proviennent de vrais films tournés par Bette Davis plus tôt dans sa carrière : Parachute Jumper en 1933, et Ex-Lady, réalisé la même année. Pour la petite histoire, lorsque Bette Davis apprit que la production cherchait des chutes de films des anciennes oeuvres que l'actrice avait tourné, elle leur déclara que n'importe quel film des années 1930 ferait l'affaire.

La scène où Joan Crawford, coinçée dans son fauteuil roulant, regarde à la TV un de ses films vieux de 25 ans, est en fait Sadie McKee, qu'elle tourna en 1934 avec son partenaire Gene Raymond.

Bette Davis elle-même, suggéra le port d'une perruque. Robert Aldrich fut enchanté de cette idée, d'autant plus qu'il eut lui-même idée mais n'osa pas la proposer à l'actrice. Petite ironie quand on sait que les deux actrices se détestaient, cette perruque avait déjà été utilisée par Joan Crawford dans un précédent film de la MGM. Mais ayant été retaillée afin qu'elle s'ajuste sur la tête de Bette Davis, Joan Crawford ne l'a pas reconnue.  

 

Qu-est-il-arrive-a-Baby-Jane---Bette-Davis-et-Jo-copie-1.jpg

 
Joan Crawford et Bette Davis

 

Bette Davis a également suggéré qu’on l’affuble d'un masque blanc tout au long du film, clownesque, pathétique : durant les solos de Jane, la voix chevrotante et le ridicule de la reconstitution des numéros de petite fille font éclater l’aspect dérisoire de ce divertissement.

 

Les deux femmes sont des pantins : manipulées par leurs désirs passés ou présents. Si l’enfermement est avant tout psychologique, ce dernier est doublé d’une oppression très minutieusement développée par un décor visuel et sonore foisonnant. Les espaces-clés de la maison interviennent sans cesse sous forme de rappel : les escaliers, les portes que l’on claque, les sonneries angoissantes du téléphone reviennent comme un glas, la fatalité du cycle morbide de l’existence.


Hors plateaux de tournage, Bette Davis et Joan Crawford se détestaient. Leur collaboration sur le tournage de Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? fut donc particulièrement tendue.

 

Qu'est-il arrivé à Baby Jane - Joan Crawford et Bette DavDans le film, les sœurs Hudson sont entourées d’objets; elles-mêmes se transforment peu à peu en marionnettes. Comme dans toute geôle, la peur de la mort, peur de ne plus être vue, aimée et admirée, se matérialise par une extrême violence, une extrême cruauté. Il faut avouer la saveur effrayante que l’on éprouve à voir Bette Davis rouer de coups une Joan Crawford handicapée et donc incapable de se défendre.  Ainsi, durant cette scène d'une violence inouïe où Bette Davis frappe à coups de pieds Joan Crawford, Bette Davis mit tant de coeur à l'ouvrage dans sa besogne qu'elle la frappa à la tête et la blessa; si bien qu'il a fallu faire des points de suture à l'actrice.

 

 

Au jeu de la plus maline, Joan Crawford n'a pas dit son dernier mot, glissant des briques dans ses poches pour les scènes où Bette Davis doit, courbée, la porter et la trainer.

Résultat : une hernie et ...  la balle au centre !

 
La guerre que se livraient Bette Davis et Joan Crawford pris parfois une tournure amusante. Ainsi, Bette Davis fit livrer sur le plateau de tournage une machine distributrice de bouteilles de Coca-Cola pour se désaltérer, mais davantage pour contrarier le plus possible sa partenaire et  rivale.  

 

Joan Crawford était à ce moment là la veuve de l'un des dirigeants de la marque, Pepsi-Cola ! L'actrice faisait d'ailleurs parti du conseil d'administration et tentait de placer son produit gazeux dès qu'elle le pouvait, et si possible à l'image!


L'adolescente jouant dans le jardin, à côté de la maison des soeurs Hudson, est incarnée par Barbara Merrill. C'est en réalité la propre fille de Bette Davis.


Adell Aldrich, la propre fille de Robert Aldrich, a participé au tournage du film en tant que script.

 


 

 


 

Sources :

http://www.moonbattery.com

http://www.filmdeculte.com -  Nicolas Bardot 

http://www.critikat.com - Ariane Beauvillard

http://www.imdb.com

http://www.allocine.fr

commentaires

movie in the kitchen 19/11/2013 22:32


Un film culte et tellement en avance pour son époque! J'adore

Agnès et Claude 01/10/2012 18:15


Nous ne l'avions jamais vu et quel pied nous avons pris. Elles sont ABSOLUMENT FABULEUSES toutes les deux et j'aime bien ce que tu racontes dans ton article  concernant leurs bisbilles !
Claude le passera à Michel demain au cours. Bises

jacques 01/10/2012 17:58


Mon cher Alain, tes derniers articles sur ces anciens films m'enchantent. Je ne t'encombre pas de messages mais sache que je suis un fidèle de tes pages quotidiennes avec mon premier café du
matin. Fin d'après-midi d'un Lundi triste et gris, mais je rpends mon temps pour te laisser ce petit mot avant d'aller rendre "mon travail" .. Je compte sur tes pensées pour m'encourager. Je
t'embrasse. P.S. Je suis heureux de ta critique sur le dernier Resnais. J'étais certain de ton enthousiasme.

 

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