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14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 15:30

 

Date de sortie 12 novembre 2014

 

Respire---Affiche.gif


Réalisé par Mélanie Laurent


Avec Joséphine Japy, Lou de Laâge,

 

Isabelle Carré, Claire Keim, Carole Franck,

Roxane Duran, Rasha Bukvic


Genre  Drame


Production Française

 

Synopsis

 

Charlie (Joséphine Japy) est une jeune fille discrète de 17 ans. Elle se lie d’amitié avec la nouvelle venue de l’école. La belle, extravertie et charismatique Sarah (Lou de Laâge).

 

Charlie délaisse sa confidente Victoire (Roxane Duran) pour vouer un culte sans limite à Sarah, dont elle admire la liberté et  l’indépendance d’esprit.

 

Entre elles, s’installe une complicité particulière et parfois même ambigüe, qui perturbe Charlie, qui évolue dans une situation familiale déjà compliquée.

 

La tante de Charlie (Claire Keim) se méfie de cette intruse. Sa mère (Isabelle Carré) devient très vite proche de Sarah, au point de susciter la jalousie de Charlie

 

Sarah exerce très vite un ascendant sur Charlie qui lui fait partager son univers familial.

 

 

Respire---Josephine-Japy---Lou-de-Laage-copie-1.gif

 

 

Entretien avec Mélanie Laurent

 

Pourquoi avoir eu envie d'adapter le roman d'Anne-Sophie Brasme ?

 

Parce qu'il est toujours resté dans ma tête. Je l'ai lu quand j'avais 17 ans et j'ai toujours eu l'envie de l'adapter au cinéma. Il m'avait tellement choquée. Tellement bouleversée. Quand il a fallu se décider pour un deuxième film, je déjeunais avec mon producteur, Bruno Lévy, et il me demandait ce que je comptais faire. Je lui ai parlé d'un film très compliqué qui se passait sur 80 ans. J'ai vu à son visage qu'il n'était pas très emballé. "Sinon, lui-ai-je dis, il y a cette histoire d'amitié vénéneuse qui se passe l'année du bac et que j'ai toujours eu en tête. ". Il m'a regardée : "C'est ça ! "

 

D'où la question. Que s'était-il passé dans votre vie ?

 

J'ai ce souvenir d'effacer des insultes qui m'étaient destinées sur les tables de la classe.

 

De la part de collégiennes ?

 

Une bande de filles qui m'impressionnaient. J'avais pourtant envie d'en faire partie. Mais elles me faisaient du mal. J'avais mal au ventre quand je partais en classe. J'avais 17 ans et j'ai commencé à démarcher les boîtes de production pour réaliser ce film ! Heureusement qu'on n'a pas eu confiance en moi à ce moment parce que je n'avais pas la maturité pour prendre le recul vis à vis de ce que j'avais vécu mais aussi parce que pendant les dix ans qui ont suivi j'ai rencontré de vrais pervers narcissiques : des hommes cette fois. Résultat, j'ai mis deux mois à écrire ce scénario, tellement j'ai utilisé et pu construire le personnage de Sarah avec toutes ces expériences. Avec mon vécu, j'avais la possibilité de tout condenser. Elle est tellement diabolique que ça marche.

 

Comment avez-vous choisi vos actrices ?

 

Respire---josephine-Japy.gif

J'ai eu un coup de foudre pour Joséphine en la voyant dans Cloclo. Où elle est blonde, en plus ! Quand j'ai su que cette jeune fille avait dix-sept ans et qu'elle jouait comme ça, j'ai été scotchée.

C'est tout ce que j'aime au cinéma. Un regard et on plonge. J'ai écrit avec sa photo sous les yeux.

 

 

Quand nous nous sommes rencontrés, elle m'a rappelé celle que j'étais quand j'ai rencontré Philippe Lioret pour Je vais bien ne t'en fais pas. Elle avait tout compris au scénario. Ça ne pouvait pas être quelqu'un d'autre.

 

Et Lou de Laâge ?

 

Je l'avais vue dans J'aime regarder les filles.
Je la trouvais sublime avec cette espèce de beauté un peu renversante. Je trouvais intéressant de prendre les habits d'un ange pour jouer un diable. Elle n'est pas du tout perverse. Pas du tout manipulatrice. Et moi, en tant que metteur en scène, je déteste la manipulation sur un plateau. Je ne comprends pas comment on peut travailler dans un univers tyrannique et tyrannisant. Je suis au contraire persuadée qu'il faut s'aimer profondément pour jouer le désamour. C'était tellement important d’avoir deux choupettes qui allaient hyper bien s'entendre et allaient prendre goût à jouer l'enfer. Au début elles craignaient de ne pas y arriver. Elles ont bossé comme des acharnées. Au final, elles ont transcendé le film en atteignant un niveau de jeu tel que je n'osais même pas l'espérer. Respire---Lou-de-Laage.gif 

 

Lou, par exemple, a intégré une chose que je lui avais dite. Les pervers narcissiques ne s'excusent jamais. J'ai rencontré des gens comme ça qui ne disent jamais pardon ni merci. À partir du moment où le personnage s'excuse, c'est qu'il est faible.

 

 

C'est en salle de montage que je me suis rendue compte qu'elle avait fait un truc incroyable. Il y a une scène où elle met une part de pizza dans sa bouche au lieu de dire merci à la mère de Charlie. Elle fait juste un petit hochement de tête. Et je suis certaine que j'avais écrit "merci" dans le dialogue. C'était grandiose.

 

La famille est un élément du film. Elle provoque les fragilités.

Est-ce autobiographique ?

 

Pas du tout ! Je n'ai jamais vu mes parents s'engueuler. Jamais vu ma mère pleurer à cause de mon père. Mon père c'est mon héros.

 

Sur un plateau, comment s'y prend la réalisatrice pour arriver à ses fins ? Vos actrices parlent de douceur...

 

Je ne m'énerve jamais ! Ni avec mes acteurs ni avec mon équipe. Si l'équipe se sent heureuse, si tout le monde a envie de travailler sans craindre de faire une erreur, alors c'est essentiel. Etre metteur en scène, c'est un truc de maman. Tout le monde se tourne vers vous. Il faut être présente.

 

Vous filmez la nature dans Respire

 

C'est l'idée d'être organique. C'est pour cela, que quand Charlie et Sarah sont en vacances, je voulais absolument un endroit assez merveilleux. Pour que, lorsque ça commence à basculer entre elles, on se dise... "Quel gâchis". 

 

Respire---Josephine-Japy---Lou-de-Laage.gif

 

À quelques reprises, vous filmez Joséphine Japy de dos.

 

J'aime beaucoup filmer quelqu'un de dos. On ressent beaucoup de choses de quelqu'un quand on le regarde de dos. Ici, l'oppression de Charlie passe par son dos.

 

Quelles scènes ont demandé le plus de difficulté ?

 

La seule scène qui m'angoissait, y compris quand je l'ai écrite, c'est celle dans la caravane où l'on passe par trois sentiments en moins d'une minute. Le côté "bourré", puis une baffe puis un malaise. Le tout dans trois mètres carrés. Elle était tellement balaise cette scène... C'était la plus importante à choper. On la faite le deuxième jour de tournage. Je savais avec précision ce que je voulais. J'ai dit à mes actrices : "il n'y aura qu'une prise, alors allez-y à fond." Juste avant, on s'est fait un shot de vodka toutes les trois. Et elles ont réussi. On avait quatre heures d'avance !

 

 

Et la scène de la crise de nerfs et de pleurs de Joséphine ?

 

Joséphine est comme moi, c'est tellement un bloc d'émotion... Je ne voulais pas l'épuiser. Je suis allée voir l'ingénieur du son et je lui ai demandé s'il pouvait lui mettre une oreillette pour que je la dirige d'une autre salle. On a fait sortir tout le monde. C'était magique. Je l'engueulais et juste  après je lui disais : "maintenant tu craques et je craque avec toi". Et je pleurais aussi. "Colles-toi sur ma respiration".
À la fin je lui ai dit : "je t'aime, tout va bien. Dans trois secondes tu vas regarder la caméra." J'avais remarqué une larme au coin d'un de ses yeux. Et elle est tombée pile à ce moment-là. Rien que d'en parler, je suis très très émue.


Pourquoi avez-vous besoin de faire des films ?

 

Parce que je ne suis moi que quand je réalise. Je ressens toujours un vide intersidéral quand un tournage se termine tant j'ai eu l'impression de servir à quelque chose. Bien-sûr, j'ai travaillé avec des metteurs en scène qui m'ont emmenée loin...

 

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Extrait d'entretien avec Joséphine Japy

 

Qu'est-ce-qui vous a fait dire oui à ce rôle difficile ?

 

Je m'en souviens très très bien. Mélanie m'avait envoyé le scénario juste avant qu'on ne se rencontre. C'était un dimanche après-midi. J'ai lu et j'ai été complètement sonnée, happée par cette histoire. Si bien que tout l'après-midi, je n'avais pas trop envie de parler. J'avais envie de ce rôle juste en le lisant. La rencontre avec Mélanie a renforcé mon envie.


Pourquoi ce personnage vous parlait-il à ce point ?

 

J'avais dix-huit ans. C'était une période très proche pour moi. Ce qu'on peut ressentir. Ces amitiés entre filles qui peuvent vraiment tourner à la fascination. Ce sont des choses que le cinéma raconte peu, en plus.

 

Qu'est-ce-qui vous touche le plus dans le personnage de Charlie ?

 

C'est qu'elle voit sa mère souffrir avec son père et qu'elle reproduit le même système. Il y a ce moment, dans le film, où elle lui demande : "mais pourquoi lui pardonnes-tu à chaque fois ?" Sous-entendu, j'ai besoin de comprendre pourquoi je fais la même chose. Plus globalement, cette période de l'adolescence est un âge qui est tellement violent... Où l'on vit des choses tellement contradictoires et compliquées. Avec le manque de confiance en soi. Les difficultés à la maison... Ces deux personnages sont représentatifs de plein de jeunes, en fait.

 

Josephine-Japy-et-Lou-de-Laage---Respire.gif.Josephine-Japy----Lou-de-Laage---Respire.gif

 

Extrait d'entretien avec Lou de Laâge. 


Qu'avez-vous ressenti à la lecture du scénario ?

 

J'ai d'abord pensé qu'elle me faisait un cadeau énorme.
Je me suis dit : c'est pour moi, vraiment. Même si Sarah est à l'opposé total de ce que je suis. Je n'avais jamais été appelée à incarner ce genre de personnalité. Mélanie était venue me voir jouer au théâtre et du théâtre j'en faisais beaucoup. Je me disais que j'attendrais au cinéma un rôle qui vaille la peine. J'avais envie d'aller explorer autre chose et voilà qu'on me le proposait de jouer avec une perversité que je n'utilise jamais dans la vie...


En quoi peut-on jubiler à être une pareille diablesse ?

 

D'abord aller chercher des émotions, des états qui nous sont étrangers, c'est du bonheur. Ensuite, il va de soi qu'on ne jubile pas à jouer un personnage aussi atroce mais parce qu'on se dit que cela fait partie de l'être humain. Que cette part un peu sombre fait partie de nous. Et il n'y a que le domaine de l'art, en l'occurrence du cinéma où l'on va pouvoir étaler tout ça

 

Comment définissez Sarah ? Qu'est-ce-qui la motive à vos yeux ?

 

Je me suis renseignée sur les pervers narcissiques quand je préparais le personnage. C'est compliqué de savoir ce qui conduit à ce type de comportement. Mais ce que j'imagine, c'est qu'à un moment elle a eu le choix de s'écrouler ou de devenir cette sorte de monstre froid, glacial, qui s'est coupée d'elle-même. Coupée de son essence pure pour continuer à vivre, à se nourrir, à se faire croire qu'elle est heureuse. Elle ne vit qu'à travers l'autre. Elle vole à l'autre ce qu'il a pour exister.

 

Respire---Lou-de-Laage---Josephine-Japy-copie-1.gif

 

Lou de Laâge et Joséphine Japy

 

Mon opinion


Pour son deuxième long-métrage, Mélanie Laurent choisit un sujet sensible et douloureux. La réussite est totale.

 

La photographie d'Arnaud Potier est très belle. Parfois trop. Elle seule invite au rêve, à la douceur, à la sérénité. La réalisatrice accorde ainsi aux spectateurs quelques fugaces instants de beauté pure pour mieux nous étouffer ensuite au travers de ce récit, qui, comme elle l'a expliqué, lui tenait à cœur depuis longtemps.

 

Le scénario ambitieux s'appuie sur le roman éponyme  d'Anne Sophie Brasme. Il est à la fois solide et parfaitement construit.

 

Mélanie Laurent prouve également son talent de directrice d'actrices. Un casting impeccable dans lequel Carole Franck et Isabelle Carré sont bien entendu parfaites. Un autre choc, le choix de la réalisatrice pour incarner ses deux principaux personnages.

 

Dans le rôle de l'adolescente insoumise et manipulatrice, à la fois envoûtante et perverse, la jeune et belle Lou De Laâge excelle derrière un visage d'ange.

 

À ses côtés,  remarquable de douceur, d'innocence et de beauté, Joséphine Japy m'a ébloui de bout en bout. L'expression de son visage suffit à lui seul à traduire toutes les émotions.

 

Un film dont le seul titre peut vous égarer, mais qui devrait vous obliger à respirer profondément à la fin de la projection.


Sources :

http://medias.unifrance.org

http://www.canalplus.fr

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2014
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commentaires

armelle 15/12/2014 10:44


Je suis allée le voir samedi et je n'ai pas été déçue. C'était un sujet casse-gueule que Mélanie Laurent a parfaitement maîtrisé. Et les deux jeunes actrices sont époustouflantes.

armelle 26/11/2014 20:23


Vous me donnez très envie d'aller le voir, d'autant que j'avais aimé le premier "Les adoptés" auquel je reconnaissais une inventivité et une sensibilité vraiment intéressantes. Sur celui-ci j'ai
lu des critiques très opposées, tantôt enthousiastes, tantôt dévastatrices. Mais je vous fais confiance, cher Alain, et j'ai hâte qu'il passe près de chez moi.

Johanne 14/11/2014 21:18


Bonsoir Alain. Je suis tout à fait d'accord avec toi, ce film est une merveille. 

roijoyeux 14/11/2014 16:38


Bravo à Mélanie Laurent réalisatrice !!

Edmée De Xhavée 14/11/2014 16:11


Tu as raison... je ne peux manquer ce film! Merci beaucoup de l'avoir vu, aimé et commenté!

 

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