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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 14:00

 

Page théâtrale au milieu de mon cinéma !

 

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Quelle personne endeuillée n'a pas connu cette vaine et silencieuse frénésie à chercher le réconfort dans des lectures sur la mort ? Journaliste et romancière new-yorkaise réputée depuis les années 70 pour ses écrits mordants sur son pays, Joan Didion n'a pas échappé à la règle lorsque son mari, l'écrivain John G. Dunne, s'est écroulé sur la table du dîner, terrassé par une crise cardiaque, dans les derniers jours de 2003. Nourri de citations bibliques, poétiques, psychanalytiques, médicales, sociologiques liées au deuil, son livre, L'Année de la pensée magique, est un reportage sur le terrain dévasté d'un psychisme qui se croyait infaillible. Cette honnêteté dans la description de l'égarement intellectuel (techniquement appelé « déficit cognitif ») d'une femme connue pour sa solidité fait la force de ce texte et trace ses limites.

Humble devant son chagrin, Joan Didion accepte cette paralysie des sens qu'engendre son veuvage, et ne prétend pas donner de leçon de renaissance. Couvée par un milieu enivré par « le pouvoir de gérer n'importe quelle situation », elle découvre soudain la perdition, le désordre intérieur, le sol qui se dérobe sous les pieds. Elle expérimente ce fantasme de disparition qui pousse le survivant à s'arrêter de vivre, pour ne pas trahir le défunt (« Ces gens qui ont perdu un proche ont l'air nu parce qu'ils se croient invisibles. »). Elle ressasse dates, diagnostics, lieux et paroles pour combattre l'hébétude, puis se range à une insurmontable résolution : « Nous devons nous défaire des morts, les laisser partir, les laisser devenir la photo sur la table de chevet. » Ce parcours vers l'apaisement, sinon la guérison, ne se décide pas. Son dessin est labyrinthique et noueux, à l'image de ce livre lancinant, illogique, pleurant l'impossibilité de prendre du recul, chantant le déni du temps.

 

http://www.telerama.fr

 

 

 

 

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Une soirée rare et forte en émotions. Inoubliable.

 

Le texte de Joan Didion est d’une pure beauté.


Thierry Klifa signe une mise en scène sobre qui laisse toute liberté aux mots.

Les éclairages sont discrets et réussis. La musique d’Alex Beaupain accompagne quelques déplacements de la comédienne ou vient ponctuer certains passages du texte, comme pour en souligner l'importance.

Le décor se résume à une balustrade en bois brut qui protège du vide balcons ou terrasses.

Une chaise blanche.


Voilà pour le cadre de la pièce.

 

Mais le plus c'est Fanny Ardant.

 

Vêtue simplement. Une robe boutonnée sur le devant retenue par une ceinture marron. Des hauts escarpins et un chemisier classique. À son poignet gauche un bracelet qui fait parti intégrante de l'histoire.

 

Seule en scène. Peu ou pas d’accessoires. Un sac à main et un pull qu'elle enfilera au cours de la représentation.

Rien de trop. Tout est juste, simple et vraisemblable.

Fanny Ardant est tout simplement magnifique.

Tour à tour fragile et forte, calme ou colérique, résignée et combattante, mais remarquable de bout en bout.

Elle parle face au public, de profil aussi et de temps à autre en tournant le dos à la salle.


Cette même salle, pleine à craquer, reste plongée dans un profond silence.

Pas un fauteuil ne crisse, aucun bruit de papier froissé.

De rares éternuements ou quelques raclements de gorge sont vite ravalés. L’émotion est palpable et monte en intensité.

Fanny Ardant semble s’adresser à chacun. Chaque mot résonne plus fort, chaque phrase bouleverse davantage. Une heure trente de vérités. De tout ce que l'on sait mais qu'il est plus facile d'ignorer. C'est lourd, douloureux, et vrai.

 

Projection d'une photo souvenir en fond de décor.

 

Fanny Ardant sort de scène. Comme pris par surprise, la réaction du public semble se faire attendre. Assommé, bouleversé, épuisé peut-être aussi. Les premiers applaudissements précèdent les bravos qui montent de l'orchestre et descendent des balcons. Les ovations permettent d'évacuer l'émotion retenue et saluent avec reconnaissance cette grande Dame qui a su pendant une heure trente nous tenir en haleine, nous asséner des vérités tout en nous séduisant complètement.

Fanny Ardant remercie, visiblement heureuse et émue. Ses mains sont croisés sur sa poitrine. Elle reviendra plusieurs fois saluer le public qui ne veut pas la quitter.


Porté par une émotion que je n’ai pas essayé de contenir, je suis sorti du théâtre emporté par le texte servi de la plus belle des façons par la voix et le talent de cette grande actrice.

 

Merci à vous Fanny Ardant. Il y a des moments qui restent dans le  cœur , cette soirée là restera inoubliable.

 

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La comédienne revient au théâtre avec L’Année de la pensée magique de Joan Didion, une réflexion sur la mort qui mène à un hymne à la vie.
Propos recueillis par M-C. Nivière

pour http://spectacles.premiere.fr


Madame Ardant arrive dans le bureau, sublime et simple à la fois. J’ose la question : « Vous n’avez pas encore choisi du léger ! Mais que c’est beau… » Elle éclate de rire et enchaîne avec passion : « C’est vrai que Didion raconte l’impensable… Aujourd’hui, on ne parle plus de la mort. on emploie des métaphores, « il est parti »… »
Joan Didion a enchaîné les malheurs avec la mort de son mari, puis celle de sa fille. « Elle a une vision très acérée, du coup elle ne tombe jamais dans le psychodrame… Cette grande observatrice a beaucoup d’humour. Elle a écrit un chant d’amour. Ces trois êtres vivaient en autarcie… Mais ils se disputaient aussi, ce n’était pas « La petite maison dans la prairie ». Cette femme a une vision d’elle d’une honnêteté incroyable. »
 Son seul salut passe par l’écriture, pour comprendre et se relever. « Après tout ça, qu’est-ce qui rend la vie intéressante ? Qu’est-ce qu’on fait ? Ecrire, c’est partager une histoire, une émotion. Et Joan Didion a su transformer des situations archi-concrètes, en quelque chose d’universel, de transmissible. L’expérience de chacun, le détail des autres sont une nourriture. C’est ça qui m’excite quand je lis un roman, quand je vois une pièce, un film… On peut dire ou penser que toute histoire a déjà été racontée. Mais non. »
 La pièce n’est pas une adaptation du roman. « Dans le livre, elle n’évoquait que la mort de son mari. » Sa fille était alors dans le coma. Fanny Ardant explique que ce texte, l’auteure l’a écrit spécialement pour le théâtre parce que sa fille était décédée. « Pour l’entendre ! Le théâtre est le lieu où l’on vient dire des choses. »
 J’en arrive à la question banale, mais qui se doit d’être posée. Comment le projet est-il arrivé jusqu’à elle ? « J’aime faire une série au théâtre, j’aime arriver et partir… On m’a proposé ce texte. J’ai tout de suite dit « Banco ! » Ensuite, il ne me restait plus qu’à foncer ! Vous l’avez lu, il est dense. » Nous rions en évoquant la fameuse question : « Mais comment vous faites pour apprendre tout ça ? »
 « Ce qui me plaît c’est qu’il y a eu autant de jours de répétitions qu’il y aura de représentations. Il y a un équilibre entre la face cachée et la face révélée du miroir… » Elle précise que cela n’est pas une lecture.

 

« Une lecture, c’est pudique.

Jouer, c’est montrer une sorte d’impudeur.

Et puis, il y a de grandes variations dans le texte.

Ce n’est ni une comédie ni une tragédie. C’est la vie… »

 

 

 

 

 

 


commentaires

Jean Sarbrot 01/12/2011 20:26

ça donne envie mais en province aucune chance d'avoir la chance de l'applaudir

Sylvie 01/12/2011 19:18

Bonjour, je tombe par hasard sur votre site et sur cette page concernant la pièce de théâtre je l'ai vue et suis totalement en accord avec vous. C'est rare, fort et d'une qualité émotionnelle rare.

 

Welcome

 

"Le bonheur est la chose la plus simple,

mais beaucoup s'échinent à la transformer

en travaux forcés !"

 
François Truffaut

 

 

 

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