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23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 21:20

   
Date de sortie 18 juin 2014

 

Xenia---Affiche.gif


Réalisé par Pános H. Koútras


Avec  Kostas Nikouli, Nikos Gelia, Yannis Stankoglou,

Marissa Triandafyllidou, Romanna Lobach, Aggelos Papadimitriou

 

et la participation de Patty Pravo


Genre Comédie dramatique


Prodection Grecque, Française, Belge

 

Xenia est a été présenté au Festival de Cannes 2014,

dans le cadre de la sélection Un Certain Regard.

 

Né à Athènes,  Pános H. Koútras fait ses études à la London Film School à Londres et à la Sorbonne à Paris. Entre 1985 et 1995, il multiplie les allers-retours entre les deux capitales et réalise plusieurs courts métrages qui voyagent à travers les festivals du monde. En 1995, il fonde à Athènes sa propre société de production, 100% Synthetic Films, et se lance dans l’écriture de son premier long métrage, L’attaque de la moussaka géante, qui sort 4 ans plus tard et devient vite un film culte. Il opère un changement radical avec son deuxième film, Alithini Zoi, présenté au festival de Toronto et salué par le prix de la Critique 2004 en Grèce. Son troisième film, Strella, est sélectionné au Panorama au festival de Berlin en 2009 puis dans de nombreux festivals internationaux.

 

Xenia est son quatrième long métrage.

 

Le titre du film n'est pas anodin, et s'il n'est pas prononcé par les protagonistes, son sens n'en prend pas moins d'importance. Rien à voir avec Xena, la guerrière : "On pourrait traduire "Xenia" par "hospitalité" mais le sens de ce concept ancien est beaucoup plus complexe. C’est une loi respectée par les dieux grecs, qui nous intime d’honorer et d’accueillir les étrangers d’où qu’ils viennent. Zeus, le père de tous les dieux, est également parfois appelé Xenios Zeus, " Zeus l’Hospitalier". L’hospitalité était un principe et un fondement majeur de la Grèce antique. La xénophobie est un concept relativement moderne. Aujourd’hui, non seulement la Grèce a oublié ses devoirs envers les étrangers, mais elle berne et abuse son peuple. Xenia est également le nom d’une chaîne d’hôtels de luxe construits à la fin des années 50 par de grands architectes à travers tout le pays. On découvrait alors le tourisme, c’était une période d’une grande prospérité économique pour la Grèce. Aujourd’hui plus de 90% de ces palaces ont été abandonnés.", raconte Pános H. Koútras.

 

Xenia---Kostas-Nikouli-et-Nikos-Gelia.gif

 

Kostas Nikouli et Nikos Gelia

 

Synopsis

 

À la mort de leur mère, Dany (Kostas Nikouli) âgé de 16 ans et son frère Odysseas (Nikos Gelia), âgé de 18 ans, prennent la route d’Athènes à Thessalonique pour retrouver leur père, un Grec qu’ils n’ont jamais connu.

 

Albanais par leur mère, ils sont étrangers dans leur propre pays et veulent que ce père les reconnaisse pour obtenir la nationalité grecque.

 

Dany et Ody se sont aussi promis de participer à un populaire concours de chant qui pourrait rendre leur vie meilleure.

 

Ce voyage mettra à l’épreuve la force de leurs liens, leur part d’enfance et leur amour des chansons italiennes.

 

 

Xenia, sans être une oeuvre autobiographique, se construit selon l'idée que se faisait le réalisateur Pános H. Koútras de son adolescence passée : "Ce film est un adieu à ma jeunesse. J’ai ressenti la nécessité de parler de l’adolescence avant qu’il ne soit trop tard. Les années d’adolescence sont les plus intenses que j’ai vécues. Xenia---Nikos-Gelia.gifEn rébellion contre le système, j’avais pour seule trinité le sexe, la drogue et le rock’n’roll. Je me sentais différent, singulier. Mon homosexualité n’y était sans doute pas pour rien. Entre 14 et 18 ans, j’ai vécu les années les plus cruciales de ma vie. Sans le savoir, tous mes choix et toutes mes décisions de l’époque, que ce soit sur le plan du comportement, de l’amour, des valeurs, de la politique ou des arts, ont eu des incidences, plus ou moins grandes, sur la suite de mon existence. Je trouve que la jeunesse est très belle à filmer et en même temps, je pense qu’en ce moment les jeunes sont ceux qui souffrent le plus. Ils naissent dans un monde hostile et se retrouvent perdus. Je trouve ça émouvant. Par ailleurs, je voulais raconter l’amour qui unit deux frères. La fraternité de sang tout autant que la fraternité spirituelle ont été très importantes dans mon histoire personnelle, particulièrement en tant qu’homosexuel. Enfin, je voulais aborder le sujet des enfants apatrides, dans mon pays où le droit du sang prime sur le droit du sol. Avec l’émergence de l’extrême droite en Grèce et plus largement en Europe, le problème prend des proportions dramatiques. Je suis persuadé que l’immigration est la grande tragédie de notre ère."

 

On imagine que dans le climat de crise, la production de Xenia n’a pas dû être facile...

 

"Je n’ai jamais connu de film facile à produire et j’ai toujours tourné avec des angoisses financières dans le cœur. Monter aujourd’hui en Grèce un film aussi cher que Xenia paraissait une folie. Alors nous avons cherché avec notre coproducteur grec Wrong Men des fonds à l’étranger pour une coproduction. MPM Film en France et Entre Chien et Loup en Belgique nous sont venus en aide. Avec leur soutien et celui du Centre du Cinéma Grec, nous avons pu faire le film. La France a joué un rôle décisif et j’en suis très heureux... Néanmoins, la production de Xenia a connu par la suite un épisode tragique qui a failli lui être fatal. L’un de nos principaux financiers, l’antenne publique ERT, chaîne de télévision nationale, a été démantelée du jour au lendemain, au milieu du tournage, ce qui a eu pour conséquence de geler tous les financements. Grâce à la décision courageuse et risquée de tous les coproducteurs de continuer et de ne pas arrêter le tournage, le film a pu être terminé. Aujourd’hui encore, la production accuse un énorme déficit...


Vous travaillez souvent avec des acteurs non professionnels.

Pourquoi ce choix ?

 
Xenia---Nikos-Gelia-et-Kostas-Nikouli.gif

 

 

"J’aime mélanger les acteurs professionnels et non-professionnels. Le père, la mère et Tassos sont des acteurs professionnels connus en Grèce. Mais pour Ody et Dany, je ne l’ai jamais envisagé. Lorsque je mets en scène des personnages issus d’une minorité qui a sa propre revendication (comme les sourds de Real Life, mon deuxième film, ou bien le transsexuel de Strella, ou encore les deux jeunes immigrés albanais de la deuxième génération de Xenia), c’est pour moi une obligation morale de faire appel à des personnes qui affrontent déjà ce problème et qui peuvent représenter leur communauté. C’est une question de cohérence et de justesse. Je ne fais pas un film à sujet, ni un film militant, mais pour moi le casting est un véritable choix politique.

 

 

 

Xenia raconte l’histoire de deux frères albanais, deux jeunes garçons mineurs, qui se découvrent étrangers dans le pays où ils sont nés. En Grèce, 200 000 jeunes correspondent à ce profil ! J’avais la certitude de pouvoir dénicher deux jeunes bourrés de talents pour interpréter les rôles et je les ai trouvés, mais le casting a pris plus d’un an... J’ai commencé à rechercher les acteurs avant que la production du film ne commence. Puis nous avons répété avec Kostas Nikouli et Nikos Gelia dans mon appartement et sur les lieux de tournage pendant 7 mois, 4 fois par semaine, avant le début du tournage."

 

Strella mettait en scène un père qui recherche son fils et Xenia suit le destin de deux garçons en quête de leur père. La question de la famille dans le film ne cesse de télescoper celle de la grande Histoire, de la question de la nationalité, de l’identité.

 

La Grèce est-elle aujourd’hui, selon vous, un mauvais père pour ses enfants ?

 

"Nous vivons dans un monde patriarcal depuis plus de 2000 ans. "Les pères" portent une responsabilité de la situation du monde d’aujourd’hui. La Grèce mais également l’Europe et aussi la Syrie, la Russie et tant de pays encore... Depuis toujours, le monde dévore ses enfants, les plus faibles sont écrasés, les groupes minoritaires écartés. Cela s’est amplifié ces dernières années.

 

Xenia---Nikos-Gelia-et-Kostas-Nikouli-copie-1.gif

 

Les immigrés sont les nouvelles victimes du monde contemporain. Nous devrions être à leurs côtés, les aider, les écouter. Car après tout, nos pays privilégiés sont en partie responsables de leur situation dramatique. Je plaide en faveur du droit du sol de tout mon cœur. Je suis contre l’idée de nation.

 

L’être humain doit être libre de choisir sa nationalité, surtout dans le cas où il est né et a grandi dans un pays qu’il considère comme son pays d’adoption, être privé de ce droit me semble scandaleux.


Quant à la famille, c’est un thème récurrent dans mes films parce que c’est le sujet qui me préoccupe le plus dans la vie. La famille est le berceau du monde dans toutes ses formes. Je ne peux imaginer ma vie sans mes parents, mes frères ou mes sœurs de sang, mais aussi ceux et celles que je me suis choisis..."

 

Strella pouvait se voir comme un hommage à Stella de Michael Cacoyannis avec Melina Mercouri.

Dans Xenia plane la présence d’une autre diva, Patty Pravo.

 

"La musique était présente dès le scénario. Patty Pravo est une grande chanteuse, une diva italienne des années 70. Enfant, j’étais accro au show de variété italien "Canzonissima" où elle apparaissait régulièrement. Elle me fascinait. Des années plus tard, à Naples, en 2006, je l’ai réécoutée et ce fut comme la madeleine de Proust. J’ai acheté tous ses albums, je voulais reprendre le fil là où je l’avais laissé et retrouver le temps perdu.


Dany adore Patty Pravo parce que c’était l’idole de sa mère. Il la voit, l’idéalise à travers les yeux de sa mère; Patty Pravo ne passe plus pour une star mais pour une sainte aux pouvoirs bénéfiques.

 

La musique, les rêves de gloire, la présence fantomatique de la chanteuse semblent se rattacher à une figure maternelle : est-elle le pendant réconfortant à l’absence du père ?

 

"Bien que la mère soit absente, son ombre omniprésente, fantasmatique, hante et aiguille tout le cours du film. À la fin, une maman, une vraie, apparait, et cette autre mère va profondément troubler Dany. D’une certaine manière, les adultes ont tous abandonné les enfants à leur propre sort. Ce sont des orphelins condamnés à affronter un monde cruel pour grandir."


La quête de deux frères, le conflit familial, un personnage qui s’appelle Odysseas... La mythologie et la tragédie grecques hantent Xenia et occupent dans tous vos films une place importante...

 

"Je suis Grec et en Grèce, dès l’école primaire, on enseigne la mythologie grecque. Difficile d’y échapper. Néanmoins j’ai toujours le sentiment que la mythologie relève pour moi de la culture populaire plutôt que d’un art noble réservé à un petit groupe."


Une séquence de Xenia est un clin d’œil direct à La Nuit du Chasseur de Charles Laughton. Pourquoi cette référence ?

 

"Quand j’écrivais la scène où les deux frères se perdent dans la forêt, je ne pouvais m’empêcher de penser à La nuit du chasseur. C’est un film qui me touche parce qu’il met en scène des enfants blessés. Tous mes films parlent de ça. Mais j’aurais du mal à expliquer plus profondément pourquoi ce film, que j’aime tant, s’est ainsi imposé de lui-même. Le cinéma m’a accompagné tout au long de ma vie et parfois il m’a sauvé. Si bien qu’aujourd’hui j’ai le sentiment d’avoir une dette envers certains films ou certains réalisateurs."

 

Xenia---Kostas-Nikouli-et-Nikos-Gelia-copie-1.gif

 

Kostas Nikouli et Nikos Gelia

 

La musique du film est composée par un musicien français d’origine grecque, Delaney Blue, le guitariste et compositeur de Daniel Darc. Sa musique évoque une enfance perdue ; elle est mélancolique et élogieuse. Pour composer cette bande originale, Delaney Blue s’est servi uniquement d’instruments acoustiques.

 

 

Le fantastique frappe régulièrement à la porte de vos films. Votre manière de mêler le réalisme le plus actuel (l’immigration, la crise…) au fantastique a quelque chose d’unique.
 

"Le fantastique m’est indispensable, c’est un besoin, pas un choix esthétique. Dans mon quotidien, la réalité et le rêve se mélangent souvent. Je ne vois pas pourquoi cela ne pourrait pas se faire au cinéma. Cela me semble être le meilleur moyen d’approcher de la vérité. Pour Xenia, c’était naturel de jouer sur la dimension fantastique pour construire le personnage de Dany. Beaucoup de garçons traumatisés trouvent refuge dans l’imaginaire."


Pouvez-vous nous parler du choix de mêler la téléréalité aux références les plus nobles de la culture grecque. Est-ce dans cette tension que vous placez l’essence du cinéma ?


"Quand je commence un scénario, je ne me mets pas de limites. J’ai grandi en regardant la télé. Mon enfance a été partagée entre la télévision et la salle du cinéma. J’ai découvert beaucoup de choses à la télé, des films, mais aussi la série Star Trek qui reste une de mes grandes références, et des émissions comme "Canzonissima" où j’ai découvert Patty Pravo. La culture pop et la culture gay constituent ma culture de base. De la téléréalité à Jean Genet, mes références, mon univers, mon langage viennent de là."

.

Une boîte gay baptisée Fantastiko, une avocate nommée Antigone, la Greek Star… L’humour, la parodie et l’ironie sont constamment à l’oeuvre dans Xenia, comme un pendant à la tragédie.

 

Est-ce que l’humour sauvera la Grèce ?


"L’humour sauvera-t-il la Grèce ou bien le monde ? L’humour contient en soi la réflexion. Il permet une distance et pouvoireprendre de la distance face à un problème est un luxe inouï. Je ne pense pas que le cinéma va changer le monde. Mais je suis persuadé qu’il ouvre des perspectives qui aident à voir et à comprendre. Je m’associe entièrement à la conception aujourd’hui devenue cliché mais qui reste juste et belle, émise par André Bazin : "le cinéma est une fenêtre ouverte sur le monde".

 

Tiré des Propos recueillis par Donald James, mars 2014 pour http://medias.unifrance.org

 

Xenia---Kostas-Nikouli.gif

 

Kostas Nikouli

 

Mon opinion

 

Le premier plaisir. Assister à une nouvelle émergence du cinéma grec avec Pános H. Koútras et saluer son courage d'avoir été jusqu'au bout de sa réalisation en dépit des difficultés financières rencontrées pendant le tournage.

 

Le réalisateur assume le côté politique de son scénario avec comme toile de fond, la xénophobie, l'homophobie croissante et l'émergence de l'extrême droite. Il déclare aussi "faire ses adieux à son adolescence" qu'il a vécu dans le sexe, la drogue et le rock’n’roll, en rébellion contre le système en place dans son pays.

 

Le côté légèrement nébuleux, les longueurs excessives de certaines scènes, n'empêchent en rien de s'attacher à cette histoire, belle et douloureuse à la fois.

 

Ce quatrième long-métrage de Pános H. Koútras est à la fois léger, fougueux, d'un réalisme souvent douloureux tout en étant bourré d'humour. Il ne manque pas de poésie non plus avec, entre autres, la belle idée de "Dido".

 

Il est question de solidarité, mais d'amour essentiellement. L'amour fraternel très important dans le parcours personnel du réalisateur/scénariste qu'il nous montre comme bien plus fort que les liens du sang. En cela la référence à La nuit du chasseur est d'une pure beauté.

 

Xénia est également violent, d'une profonde et triste réalité quand Pános H. Koútras confie : "Depuis toujours, le monde dévore ses enfants, les plus faibles sont écrasés, les groupes minoritaires écartés. Cela s’est amplifié ces dernières années."

 

Les nombreuses références et la présence de Patty Pravo au générique réjouiront les nostalgiques.

 

Les deux principaux protagonistes, non professionnels, Kostas Nikouli et Nikos Gelia sont tous deux excellents. De la première à la dernière image, ils savent se rendre attachants, vibrants de sincérité et d'énergie. Ils participent grandement à l'intérêt du film.

 

Un très beau moment de cinéma avec ce réalisateur qui ne manquera pas de frapper encore plus fort. J'en suis certain.

 

Un pincement au cœur, aussi, devant le délabrement bien visible ici de ce beau pays.

 

La Grèce.

 

 

 

Sources :

http://medias.unifrance.org

http://www.imdb.com

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2014
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commentaires

roijoyeux 04/10/2014 20:00


A voir malgré les défauts !

armelle 24/06/2014 14:06


Comme toujours une critique très approfondie de votre part, cher Alain. Mais qu'on le veuille ou non, nous sommes les enfants d'une famille et aussi d'une terre et d'un pays qui nous collent aux
semelles. D'où la douleur des exilés qui vivent si cruellement loin de leurs racines affectives et physiques. Je sais que je mourrais de chagrin loin de la France, tout en étant admirative et
intéressée par les autres pays de la planète que j'aimerais tous visiter.

Michel Zorba 24/06/2014 12:41


Ça confirme tout ce que je pense de ce beau film. Et comme tu dis, de cette nouvelle émergence du cinéma Grec. Et c'est bien ainsi, même si les images du pays font mal.@+

Andréa 23/06/2014 23:14


J'attendais ton avis. Ton article une fois encore très complet augmente mon envie de voir ce film. Merci Alain. À demain

 

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