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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 19:01

 

Date de sortie 16 novembre 2016

 

Iris

 


Réalisé par Jalil Lespert


Avec Romain Duris, Charlotte Le Bon, Jalil Lespert,

Camille Cottin, Adel Bencherif, Sophie Verbeeck


Genres Thriller

 

Production Française

 

Synopsis

 

Iris (Charlotte Le Bon), la femme d’Antoine Doriot (Jalil Lespert), un riche banquier, disparaît en plein Paris.

Max Lopez (Romain Duris), un jeune mécanicien endetté, pourrait bien être lié à son enlèvement.

Mais les enquêteurs, Nathalie Vasseur (Camille Cottin) et Malek Ziani (Adel Bencherif) sont encore loin d’imaginer la vérité sur l’affaire qui se déroule sous leurs yeux.

 

Iris - Jalil Lespert & Romain Duris

 

Jalil Lespert et Romain Duris

 

Entretien avec Jalil Lespert relevé dans le dossier de presse.

Du trio de personnages principaux, Max, incarné par Romain Duris, est celui dont le parcours est le plus imprévisible.


Max s’exprime peu et de façon plutôt âpre ; il est brut de décoffrage... On comprend ce qui ne fonctionne pas dans sa vie, ce qu’il a perdu avec sa famille, mais on ne sait pas quel virage il va prendre.

C’est un personnage qui est dans l’action et le temps présent !

 

Romain Duris est justement de ces comédiens qui cultivent l’humanité derrière l’ambiguïté ou la noirceur…


J’étais flatté que Romain accepte et j’ai pris un plaisir fou à travailler avec lui. On ne l’avait pas tellement vu jouer ce type de rôle. Max traîne un passif chargé. Il est à la fois rustre et animal, fortement ancré dans sa masculinité. J’ai toujours été motivé par l’approche physique d’un personnage et c’est l’angle d’attaque de Romain. C’est une qualité, un engagement puissant que j’apprécie particulièrement.


Romain Duris - IrisRomain a ce plaisir ludique de s’investir pour un rôle, de le construire. Il est de ces acteurs qui savent utiliser leur corps pour trouver le tempo du personnage.

 

Pour jouer Max, il a tenu à faire de la boxe, ce qui lui a donné peut-être une façon d’embrasser l’espace.

 

 

De dessiner un homme ramassé et à l’affût. Comme un vieux boxeur usé, sur ses gardes, mais prêt à répliquer.

À quoi ressemble un plateau de tournage comme celui d’Iris ?


Depuis quelques films, j’ai dû tourner rapidement en utilisant plusieurs caméras. Sans trop me couvrir. C’est intéressant parce que ça crée du défi. Ça nous oblige tous à être très réactifs sur le plateau !

Aussi, j’aime créer un plateau où l’espace de jeu est le moins figé possible et où je peux tout changer à tout moment. Je m’explique, j’adore les acteurs et je pense être assez précis. Dès que je vois qu’ils ont du mal ou qu’ils sont un peu tendus, je casse tout pour qu’ils se sentent plus à l’aise et puissent renouer avec la fluidité.


Si les acteurs n’y arrivent pas, c’est généralement qu’il y a un problème soit avec les dialogues qui sont mal écrits, soit avec des déplacements dans les décors qui sont inappropriés. Les acteurs sont pour moi le diapason. Je me cale sur leur instinct pour essayer de gommer ce qui ne va pas. C’est pourquoi je mets tout en place pour que la technique se cale sur eux, jamais l’inverse. Quitte à devoir tout changer !

 

Est-ce que Iris a été l’occasion de goûter au plaisir de l’exercice de style à la Hitchcock ou De Palma ?


Bien sûr ! Étant nourri de thrillers, l’occasion de se frotter à ce genre était très tentante ! Et bien entendu, des films comme Vertigo ou Body double ont été des références pour moi. Ce que j’adore avec les thrillers c’est qu’il y a la distance de la convention. Il s’agit vraiment de fiction, c’est comme un tour de train fantôme, il ne faut pas prendre trop au sérieux les choses. Et il faut avoir envie d’y croire pour que ça marche, ce n’est en aucun cas une prise d’otage.

Iris est un thriller de manipulation qui joue avec les codes du film noir sensuel. Un film où il est autant question de désir que de trahison et dans lequel j’espère que le spectateur pourra se laisser happer sans s’en rendre compte....

À l’inverse de thrillers en vogue des années 90 comme Jade ou Body l’aspect sulfureux – le bondage – est abordé frontalement et non pas comme un objet de décoration…


J’ai tenté d’être le plus honnête possible sur le sujet. L’esthétique liée au bondage est extrêmement raffinée. Au Japon par exemple c’est un art. Je me suis intéressé au sens et à l’esprit de cette pratique pour la filmer dignement. J’ai aussi travaillé sur la figure du martyr dans l’art chrétien : du strict point de vue de la direction artistique, les correspondances sont surprenantes. Sur le plateau, les lumières étaient très travaillées. J’avais en tête l’appartement de Rainer Fassbinder, seventies avec une moquette épaisse et des murs sombres, des miroirs à hauteur des sexes. Les reflets étaient à la fois chauds et bleus, enveloppants et flamboyants.

 

Au-delà du bondage, il y a une forme d’amour qui irrigue le tandem que vous incarnez avec Charlotte Le Bon.


Cet amour nous échappe, mais il existe : c’est lui qui les fait déraper dangereusement. Au-delà de l’intrigue, rendre leur amour palpable était crucial : je voulais donner du corps à ces personnages, quelque part les sauver. Je voulais qu’on les aime malgré tout ! J’ai essayé de trouver le juste équilibre entre l’efficacité d’un film de genre et l’émotion que peut susciter un film d’amour.

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à jouer pour la première fois dans l’un de vos films ?

 

Longtemps, j’ai pensé que jouer dans mes films serait trop difficile. Je ne m’en sentais pas capable et, à vrai dire, je n’en avais pas envie. Il y avait une pudeur mal placée, de l’orgueil aussi, la peur d’être confronté à ses propres limites…
Romain Duris a eu une influence déterminante : c’est lui qui m’a suggéré de jouer Antoine. On avait failli jouer ensemble il y a quelques années, mais le film ne s’était pas fait. Iris, c’était l’occasion de le faire.

 

Jalil Lespert - IrisSurtout, j’adore ce personnage. Antoine véhicule une charge émotionnelle incroyable ; il est ambigu, pervers et en même temps rongé par toutes ses fêlures.
J’ai demandé à Jean-Édouard Bodziak, un ami comédien et coach – notamment de Charlotte Le Bon sur Yves Saint Laurent - d’être présent sur le plateau pour avoir un deuxième regard lorsque je jouais mes scènes.

 


Avec un peu de méthode, j’ai trouvé la bonne distance pour juger mon travail, comme si c’était celui de quelqu’un d’autre. Avec Charlotte et Romain, on a aussi un rapport amical qui a facilité les choses.

Être comédien ou réalisateur relève-t-il de la même nécessité, du même niveau d’intensité ?

 

Oui, mais c’est juste la fonction qui est différente. Fabriquer et finaliser un film, c’est revendiquer son bébé. M’impliquer dans l’univers d’un autre en revanche me nourrit : je viens de tourner dans Orpheline d’Arnaud des Pallières qui travaille d’une manière très différente et dont j’admire les partis pris, les audaces. Quand tu tournes avec des réalisateurs comme Laurent Cantet, Xavier Beauvois, Alain Resnais... tu retrouves la même foi, la même énergie, la même candeur aussi. Et c’est une nourriture formidable pour moi !
Je n’aurai pas supporté d’être uniquement acteur. Ou alors, il aurait fallu que je fasse en parallèle du théâtre, ce qui plus jeune ne m’attirait pas. Passer par la mise en scène dès 2000 avec mon premier court-métrage a été une soupape, un moyen d’échapper à l’obsession de faire carrière, à l’angoisse de ne plus être désiré. Je profite des bons côtés de ces deux métiers sans trop souffrir des mauvais : c’est l’équation parfaite !


Charlotte le Bon a explosé grâce à Yves Saint Laurent. Dans Iris, elle est la figure de la femme fatale, sublimée et effrayante.


Elle est encore montée d’un cran ! C’est une actrice qui travaille beaucoup et qui est très exigeante envers elle-même. Iris, c’est une femme pour laquelle Max et Antoine vont se damner : peu d’actrices ont ce pouvoir de fascination. Charlotte a cela. Elle possède aussi une profondeur, un mystère assez déstabilisant.


Dans Iris, elle m’a une nouvelle fois bluffé : elle a réussi à être aussi énigmatique que magnétique. Et puis Charlotte a su parfaitement jouer ce personnage multiple : maîtresse femme, oiseau de nuit, amoureuse… Elle est impressionnante !

 

Charlotte Le Bon - Iris

 

À l’image du personnage de Charlotte le Bon, Paris est transfiguré en un univers parfois méconnaissable, glacial et oppressant…


C’est le fruit d’un travail en collaboration étroite avec Pierre-Yves Bastard, le chef opérateur, et Michel Barthélémy, le chef décorateur. Je voulais des clairs-obscurs, du mystère et du secret ; on a aussi beaucoup évoqué Gone girl pour les nuances de vert et les tonalités froides. Leïla Smara, la directrice artistique, a joué un rôle fondamental dans le choix des costumes et accessoires. Notamment en ce qui concerne le milieu de la nuit. L’esthétique du cinéma de genre coréen, de Memories of Murder à The Chaser revenait souvent dans les discussions. Pierre-Yves est également très nourri de BD : il m’a fait découvrir des planches sublimes jouant sur le chaud et le froid, la saturation de couleurs affranchies de tout naturalisme. Il prend des risques et trouve souvent à l’instinct : on s’est accordé sur la volonté de ne pas installer Iris dans une lumière trop linéaire, mais au contraire de multiplier les ruptures.

Que pensez-vous avoir gagné ou perdu depuis vos débuts dans la mise en scène ?


J’ai préservé l’envie, l’énergie qui me rend heureux sur un plateau. J’ai le sentiment d’y être vraiment à ma place. Je m‘y suis retrouvé à 18 ans en tant qu’acteur ; j’ai appris le rôle et l’importance de chacun ; aujourd’hui encore, je me régale. Être réalisateur, c’est accepter aussi la solitude du leader.
L’envie de réaliser est venue de la nécessité de trouver un vecteur d’expression. La grammaire cinématographique était à portée et je m’en suis emparée pour m’exprimer. Réalisateur, c’est convaincre jusqu’à 400 personnes de figurer au générique sur la base d’une idée : c’est magique et vital pour moi.
Au fil des tournages, je me suis libéré d’une grande partie de mon stress, d’une euphorie à double tranchant. Tu peux être à la fois porté et assommé par la puissance d’un doute ! J’essaye d’être plus serein. J’ai apprivoisé la technique de ce métier et retenu quelques leçons. Comme celle d’accepter qu’on apprend aussi de ses échecs, de ses erreurs.

 

S’il y a un fil conducteur entre tous vos films, ce pourrait être le portrait d’hommes se battant pour leur intégrité, qu’elle soit familiale (Des vents contraires), artistique (Yves Saint Laurent.) ou morale (24 mesures)…


Peut-être. Ça m’échappe encore un peu. Je me suis souvent posé cette question des thèmes qui me tiennent à coeur, de mes obsessions. S’il y avait une récurrence, un sens à tout ça. Je n’ai pas de réponse précise. Alors, ça me plaît de croire que l’instinct me guide et qu’il suffit de lui faire confiance.

Pour lire la suite, cliquez ici.

Iris - Romain Duris et Charlotte Le Bon

 

Mon opinion

À la fois coscénariste, adaptateur et dialoguiste, Jalil Lespert signe également une mise en scène soignée.

 

Ses références vont de Vertigo à Body double en passant par Gone Girl ou le cinéma coréen et Memories of Murder.

 

Les éclairages de Pierre-Yves Bastard accentuent le côté très sombre du scénario. Un thriller démoniaque dans lequel la manipulation tient la première place, avec aussi une cascade de rebondissements astucieux, même si quelque peu prévisibles.

 

Le scénario ne s'attarde pas sur le caractère des principaux protagonistes et l'ensemble aurait mérité un rythme plus soutenu pour faire de ce polar une parfaite réussite. Un bémol qui n'entrave en rien un réel intérêt.

 

Le réalisateur définit son film dans lequel "il est autant question de désir que de trahison et dans lequel j’espère que le spectateur pourra se laisser happer sans s’en rendre compte...."

Pari réussi.

 

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2016
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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 21:14

 

Date de sortie 1er novembre 2016

 

Réparer les vivants

 


Réalisé par Katell Quillévéré


Avec Tahar Rahim, Emmanuelle Seigner, Anne Dorval,

Kool Shen, Bouli Lanners, Alice Taglioni, Monia Chokri, Karim Leklou


Genre Drame


Production Française

 

Synopsis

 

Tout commence au petit jour dans une mer déchaînée avec trois jeunes surfeurs.


Quelques heures plus tard, sur le chemin du retour, c’est l’accident.


Désormais suspendue aux machines dans un hôpital du Havre, la vie de Simon n’est plus qu’un leurre.


Au même moment, à Paris, une femme attend la greffe providentielle qui pourra prolonger sa vie…

 

Réparer les vivants

Entretien avec la réalisatrice relevé dans le dossier de presse.

 

D’où est venu le désir d’adapter le roman de Maylis de Kerangal ?


C’est David Thion, co-producteur du film, qui m’a offert Réparer les vivants, quelques jours après sa sortie. Il avait adoré ce livre et pensait qu’il pourrait me plaire. J’avais déjà lu deux autres romans de Maylis de KerangalCorniche Kennedy et Naissance d’un pont – et j’ai dévoré celui-ci en cinq heures, avec une évidence très forte : je devais essayer d’en faire un film.
J’ai fait confiance à la puissance de mon désir, qui était au départ très instinctif, mais dont j’ai mieux compris les raisons profondes pendant l’écriture du scénario. Il entrait une part de catharsis dans ce projet, l’envie de transformer mon propre vécu de l’hôpital. Finalement, cette adaptation m’est tout aussi personnelle que mes films précédents. Et puis ce livre était la promesse d’une aventure cinématographique très forte. À travers le voyage de cet organe, il y avait la possibilité de filmer le corps de manière à la fois anatomique, poétique, métaphysique…
Comment filme-t-on l’intérieur du vivant, que transgresse-t-on en explorant cet endroit-là ?
Ce défi de cinéma, mélangeant trivial et sacré me renvoyait à mon premier long métrage, Un poison violent. Par ailleurs, je venais de découvrir avec fascination The Knick, la série de Soderbergh sur les débuts de la chirurgie. Je trouvais passionnant d’avoir la possibilité de représenter des scènes d’opération.

 

Comment s’est passée la rencontre avec Maylis de Kerangal et le travail d’adaptation avec Gilles Taurand ?


Obtenir les droits du roman a pris du temps. Nous étions nombreux à être tombés amoureux de ce livre. Finalement, Maylis de Kerangal nous a choisis, Gilles Taurand et moi, et nous a fait confiance. Dès le début, elle ne souhaitait pas écrire avec nous mais elle avait un droit de regard sur l’écriture. À chaque étape importante du scénario, on se retrouvait et on discutait. J’avais à cœur de respecter le roman dans son essence si particulière qui mêle exigence documentaire et puissance émotionnelle, lyrique. Je me sentais aussi très responsable devant l’ambition humaniste de cette histoire. Nous avons avancé très simplement dans l’écriture en nous posant des questions concrètes page après page : qu’est-ce qui est du cinéma ? Qu’est-ce qui ne peut pas en être ? Qu’est-ce qu’on garde, qu’est-ce qu’on enlève ou ajoute ?
Nous savions que c’était dans le travail que le film allait se trouver, présager de ce que serait le scénario était impossible.

Le livre avait été un énorme succès, cela vous intimidait-il ?


J’ai ressenti une pression au moment où Maylis m’a dit oui. J’étais la plus heureuse du monde et en même temps, j’avais un poids sur mes épaules. Heureusement, quand on est rentré dans le travail avec Gilles, cette sensation a commencé à disparaître. J’avais absolument besoin de raconter cette histoire. C’est la nécessité face à cette œuvre qui m’a tenue et m’a permis de ne pas trop avoir peur. Il entrait aussi sans doute beaucoup d’inconscience. Et tant mieux, sinon tu n’avances pas. Et puis je fabrique mes films avec des gens très proches de moi. Quand je les retrouve, j’ai l’impression d’être en famille et d’inventer avec eux, en liberté totale.

 

Réparer les vivants

 

Suzanne était centré sur peu de personnages et se déroulait sur 20 ans. Réparer les vivants met en scène une multiplicité de rôles sur 24 heures…


C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles j’ai eu envie de faire cette adaptation : pour me lancer un nouveau défi de narration, de temporalité. J’ai le désir de faire des films ouverts sur le public qui ne cèdent rien à mon exigence vis à vis du cinéma, en tant que langage.
Pendant l’écriture du scénario, j’étais habitée par l’idée de construire une "chanson de gestes" – terme employé aussi par Maylis au sujet de son livre. Je voulais construire un récit qui ne soit ni une chronique, ni un film choral, un film de relais, sans personnage principal.
Tout l’enjeu de l’écriture (au scénario puis montage) était de parvenir au juste équilibre, pour que chacun trouve sa place et existe dans son espace et son élan de vie. Il fallait que par les moyens du cinéma, on soit suffisamment pris au niveau sensoriel pour se laisser emporter dans un pur mouvement.
Chaque personnage, tout en ayant une identité très forte, est le maillon d’une chaîne suspendue entre une mort et une vie. Le
cœur du film est la question du lien entre ces individus et comment s’organise cette chaîne pour prolonger une vie, pour transformer la mort.

Le film est toujours en mouvement mais ne joue pas la course contre la montre. S’il y a urgence, elle est davantage d’ordre émotionnel.


L’écueil aurait été d’être du côté de l’enjeu narratif : qui va mourir ? Les parents vont-ils accepter le don ? Qui va recevoir le cœur ? Est-ce que la receveuse va vivre ? Les véritables enjeux sont à côté : raconter cette histoire dans une temporalité affective plus profonde.
Mais comment raconter une histoire qui se passe en 24 heures en jouant tout sauf la montre ? Le roman offre des digressions temporelles permanentes en plongeant dans l’intériorité des personnages, leurs souvenirs.

 

Réparer les vivants.

J’ai choisi d’être davantage dans le pur présent, faire exister les personnages à travers leurs gestes, leur travail, les mots qu’ils emploient…

 

 

 

 

Tout en s’autorisant aussi des digressions, mais propres au langage cinématographique, notamment en prenant son temps à des moments où on ne devrait pas, comme lorsqu’on s’attache à la receveuse au début de la deuxième partie sans qu’on sache encore qui elle est.
Je voulais m’autoriser à observer des êtres avant qu’ils ne jouent leur rôle dans le récit. Quand je tournais ces moments-là, je me disais que mon film faisait l’école buissonnière, et je misais sur le plaisir que le spectateur pourrait ressentir lui aussi dans ces moments de parenthèse dramaturgique. Le film est alors dans une temporalité presque abstraite, avant de replonger dans les enjeux vitaux et médicaux.
Pasolini disait que pour qu’un film soit réussi et vivant, il devait contenir de l’hétérogénéité, voir de la collision. Je crois beaucoup à cette idée.

Je voulais faire un film qui n’ait de cesse de serpenter et de muer, sur le plan narratif et esthétique, toujours guidé par la nécessité.

 

Réparer les vivants - Anne DorvalSon début peut nous évoquer à travers son énergie adolescente le "teenage movie" qui, fauché par cette vague se heurte à la réalité d’une esthétique plus brute une fois la mort survenue dans l’hôpital, mais lorsque l’on s’ouvre au personnage d’Anne Dorval, et qu’avec elle, la vie reprend ses droits, c’est l’esthétique du mélodrame qui surgit, et l’influence de Douglas Sirk.

La première fois où l’on voit Steve, l’homme qui répartit les organes, il est dans la foule, dont vous l’extrayez peu à peu. Ce désir d’inscrire la vie intime dans le mouvement collectif est emblématique du film…


Comment amener des éléments qui vont nous permettre de sentir un personnage et le faire exister sans pour autant qu’on quitte les enjeux principaux et qu’on s’ennuie ? Sur ce personnage-là par exemple, ça tient à très peu de choses : une silhouette plus grande que les autres, une cigarette électronique, une marche à contre-courant. Alors que les autres vont voir un match de foot, lui travaille la nuit. Et puis il y a ce qui se dégage de cet acteur : quelque chose de très beau, très digne. Tout cela suffit à le construire et le faire exister, ne serait-ce qu’une minute. Et à nous faire percevoir la puissance de ces métiers-là aussi, de leur rôle dans la chaîne.

 

Malgré la mort qui fauche la jeunesse au début du film, vous êtes constamment du côté de la vie…


Cette histoire prend en charge tout ce que la vie peut avoir de chaotique, de violent : comment une vie peut être fauchée et en même temps, comment la pulsion de vie peut être plus forte et transformer la mort. Et comment on peut se guérir du scandale de ce qu’est une perte. Cette question de la résilience et de la luminosité d’un trajet était déjà présente dans mes précédents films, notamment Suzanne, hanté par la perte d’une mère. J’avais envie de raconter cette histoire du coté des vivants et de ceux qui restent.

 

Dans le roman, le personnage de la receveuse n’est d’ailleurs pas aussi développé…


Quand on lit un livre, on peut faire une pause quand on veut, on s’attarde ou non sur des choses pour y déployer son imaginaire… Le cinéma se vit de manière beaucoup plus matricielle : tu es dans le noir, on te donne à voir, on t’enferme dans une durée. J’ai donc très vite pensé que le film aurait besoin de davantage de résilience pour que cette histoire reste supportable. D’où le choix d’être davantage du côté de la receveuse.
Qui va recevoir ce cœur
? Derrière cette interrogation s’en cache une autre : qui potentiellement le mérite ? Cette question est archaïque et irrationnelle mais on se la pose forcément. Je trouvais fort que Maylis n’ait pas choisi un enfant ou un adolescent mais une femme de cinquante ans qui est à un moment de sa vie où elle peut se demander ce qui lui reste à vivre. Et si elle a envie de le vivre. C’est très beau de questionner le désir d’une femme à cet âge-là.
Dans le roman, on sait juste que cette femme a deux fils, il est question d’un ancien amant aussi qui lui rend visite… Avec Gilles nous étions convaincus qu’il fallait qu’elle ait un trajet sentimental qui la renvoie à son envie de vivre, quasiment de renaître avec ce nouveau cœur.
Et aussi à l’histoire d’amour naissante de Simon. Quelque chose se transmet aussi à cet endroit. C’est le cœur d’un amoureux qu’elle reçoit.

Il n’y a justement qu’un seul flash-back dans le film : la rencontre entre Simon et son amoureuse...


Cette scène du funiculaire m’avait beaucoup marquée dans le roman : Simon et Juliette sortent du lycée ensemble, elle prend le funiculaire, lui son vélo. Et ils se retrouvent en haut. Cette ascension est une métaphore de l’élan amoureux et j’avais envie que ce soit notre manière de connaître Simon : en rencontrant celle qu’il aime. On avait très peu de temps pour s’attacher à ce garçon et qu’il pèse de tout son poids dans cette histoire. Ce flash-back renvoie aussi à la question de Thomas, l’infirmier coordonnateur : qui était Simon, quel rapport avait-il aux autres, à son corps? Simon était extrêmement physique, on ne peut pas ne pas penser à son cœur quand il monte cette côte à vélo.
Ce flash-back est introduit par le point de vue de la mère qui vient d’apprendre la mort de Simon. Il a donc aussi la fonction de quasiment
remplacer la discussion avec son mari au sujet du don des organes de leur fils et nous amène à comprendre qu’ils vont accepter. Ce flash-back nous met sur le chemin du don. Du don d’amour, du don de vie, de soi.

 

C’est après avoir vu ce couple qui a perdu son enfant s’éloigner ensemble, que l’infirmière se décide à envoyer un texto à son amant...


Je voulais montrer comment les petites histoires sont prises dans la grande, comment les événements interagissent à différentes échelles dans l’existence, faire sentir ces ondes et leurs répercussions. L’image de ce couple confronté à un drame renvoie ainsi l’infirmière à ce qu’elle a de plus nécessaire à faire, de plus urgent à dire. La mort génère de la rencontre, la vie circule en permanence et partout, à l’image du cœur qui alimente le corps avec le sang. Le travelling est vraiment la figure du film, qui créé le lien entre les différentes influences esthétiques, temporalités, personnages... Nous l’avons exploré sous toutes ses formes : steadycam, dolly, épaule, grue, drone... pour transmettre cette sensation métaphysique de circulation du vivant, rendre compte de la continuité d’un flux organique, à l’image du sang qui irrigue en permanence le corps humain.
Et quand le film arrête sa course, c’est toujours en relation avec la mort : l’accident de voiture, les moments de diagnostic à l’hôpital... Et puis il repart.

 

Pour lire la suite, cliquez ici.

Réparer les vivants

 

Mon opinion

 

Katell Quillévéré réalise avec ce sujet difficile, délicat et douloureux son troisième long-métrage. Elle a déclaré :   "Je voulais construire un récit qui ne soit ni une chronique, ni un film choral, un film de relais, sans personnage principal"… "Chaque personnage, tout en ayant une identité très forte, est le maillon d’une chaîne suspendue entre une mort et une vie. Le cœur du film est la question du lien entre ces individus et comment s’organise cette chaîne pour prolonger une vie, pour transformer la mort."

 

Le scénario ne s'attarde pas sur la psychologie des personnages. Les moments forts, ceux de l'acceptation des parents donneurs, ou celui de cette mère qui sera la réceptrice, sont à peine effleurés. Trop d'images stylisées entravent l'émotion. Les passages concernant les opérations n'apportent pas grand chose, à l'exception de cet éclair de joie dans les yeux des chirurgiens à la toute fin de l'intervention.

 

Ces petits bémols ne réduisent en rien l'intérêt de ce film courageux, voire indispensable.

 

Un long-métrage qui ne laisse pas indifférent et qui laisse à chacun son libre choix.

L'ensemble du casting et la direction artistique sont remarquables.

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2016
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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 21:10

 

Date de sortie 9 novembre 2016

 

L'invitation


Réalisé par Michaël Cohen


Avec Nicolas Bedos, Michaël Cohen,

Camille Chamoux, Gustave Kervern, Anne Charrier, Nader Boussandel


Genre Comédie


Production Française

 

Synopsis

 

En plein milieu de la nuit, Léo (Nicolas Bedos) réveille son meilleur pote, Raphaël (Michaël Cohen). Sa voiture est en panne, à une heure de Paris.

Hors de question pour Raphaël d’y aller… jusqu’à ce que la femme de sa vie le pousse hors du lit.

Arrivé sur place, il découvre qu’il n’y a aucune panne mais du champagne, des amis et une fête improvisée… Léo a fait un test à l’amitié.


Et si une amitié, une existence entière ne dépendait que de cette seule question :
"Tu te serais levé, toi, pour aller dépanner un pote à 3h du matin ?"

 

L'invitation - Nicolas Bedos et Michaël Cohen

 

Entretien avec le réalisateur, Michaël Cohen, relevé dans le dossier de presse.

 

Jusqu'à maintenant, lorsque vous vous étiez lancé dans la mise en scène, que ce soit au théâtre ou au cinéma, c'était pour y montrer vos propres textes. Pourquoi cette fois-ci, pour votre nouveau film, avez-vous choisi d'adapter un BD ? Êtes-vous fan du "neuvième art" ?


Non, pas tant que ça. À dire vrai, je préfère les livres sans image. C’est le producteur de mon premier film, Ça commence par la fin, qui m’a donné à lire L’Invitation, signé Jim et Dominique Mermoux. Je l’ai accepté, un peu du bout des doigts, parce que, pour mon deuxième film, j’avais surtout dans l’idée d’écrire un scénario original. À ma grande surprise, je me suis aperçu que cette BD m’intéressait, m’amusait et me touchait parce qu’elle aborde un sujet qui me passionne depuis toujours : le couple. Le couple dans son acception la plus large, pas seulement, donc, le couple amoureux. L’Invitation racontant l’histoire de deux copains en mal de preuves d’attachement l’un à l’autre, j’ai eu l’impression que leur histoire me concernait, m’interrogeait sur mon propre rapport à l’amitié et que je ne serai pas le seul dans ce cas… J’ai eu immédiatement envie de l’adapter.

 

L'amitié entre copains est donc une problématique qui vous touche ...


Mais oui. Pour moi, l’amitié, ça peut se vivre comme de l’amour. On peut y connaître des histoires passionnées, avec des grands moments de bonheur, d’exaltation même, et puis, des fâcheries, des frustrations, des rancœurs, des éloignements, des réconciliations, des colères, de l’envie, de la jalousie, etc. On peut lui imputer nos échecs comme nos réussites. Exactement, en fait, les mêmes choses qu’en amour.

 

Dans votre transposition de L'Invitation, avez-vous mis beaucoup de souvenirs personnels ?


Bien sûr, oui, parce qu’effectivement, je crois connaître assez bien le sujet. J’ai des amis de très longue date et j’ai donc traversé pas mal de trucs avec eux. Mais le film est loin d’être un reportage sur ma vie ! Comme à chaque fois, c’est l’envie de raconter ce qui m’est propre et ce que j’observe autour de moi.

C'est la première fois que vous adaptez une BD. Avez-vous eu des difficultés particulières ?

 

J’avais l’impression que ça allait être facile parce que dans une BD, il y a des images et je pensais m’en servir comme story-board. C’était un leurre ! (rires). J’ai donc d’abord écrit une première version du scénario où, tout en en gardant ses personnages principaux et ses situations les plus fortes, je me suis beaucoup éloigné de la BD. Mais j’étais allé trop loin, et je me suis perdu. J’ai ensuite rencontré Dan et Léna Coen, mes co-scénaristes. Ce sont les cousins germains des frères Coen, (pas de lien de parenté avec moi !), qui avaient participé, entre autres à l’écriture de No Country for Old Men Ils m’ont incité à revenir à mon "fondamental", la BD. Chose qu’ils avaient faite sur No Country … : rester très fidèle au roman, en ne conservant que l’essentiel. J’ai donc gardé beaucoup de choses de la BD, et notamment, son point de départ, que j’adore : ton meilleur pote t’appelle en pleine nuit en te demandant de venir le dépanner puisqu’il est en panne de bagnole, à une heure de chez toi. Tu finis par y aller, et quand tu arrives, il t’annonce, en se marrant, que c’est une blague, que c’était juste pour voir ! Tu fais quoi ? Tu lui mets ton poing dans la figure, ou tu rigoles avec lui ? Est-ce que tu acceptes d’être testé, ou est-ce que tu rues dans les brancards ?

 

Michaël Cohen - L'invitationÇa m’a fait rire, et en même temps, ça m’a interpelé, parce que je me suis demandé comment, moi, j’aurais réagi, si j’aurais accepté, sans broncher, d’être "testé". J’ai tout de suite visualisé la scène. L’album est divisé en trois parties, j’en ai ajouté une quatrième qui montre le quotidien du personnage principal (que je joue), dans son travail et dans sa vie de famille. Je l’ai "lesté" pour l’incarner.

Quand vous avez écrit, avez-vous été influencé par le graphisme du dessin ? Ce dernier a-t-il suscité des images ?


Au stade de l’écriture, je n’y ai pas pensé. Après, dans la réalisation, oui, j’ai voulu rendre hommage à l’esthétique de certaines vignettes, que je trouve très belles, à leur lumière aussi.

 

Votre film est traversé par trois petits flash-back qui n'existent pas dans la BD. Pourquoi ces rajouts ?


Ils permettent, par petites touches, de faire comprendre la durée et l’intensité de cette relation entre deux copains. Je ne voulais pas de scènes où ces deux-là se seraient tapés dans le dos, en se déclarant bruyamment, leur attachement réciproque. Je voulais que leur amitié transpire, par exemple, à travers des regards, ou des intentions. Comme dans la vie, en fait, où on ne se fait pas des déclarations toute la journée, ou, au contraire, on accepte de subir de la part de celui qu’on aime, et parce qu’on l’aime justement, des choses un peu difficiles qu’on accepterait de personne d’autre…

 

En raison de son sujet même et de la personnalité des deux principaux protagonistes, L'invitation a un ton assez quotidien. Et pourtant, à certains moments, il parvient à âtre assez poétique, à nous emmener "ailleurs".


Ce que j’aime, en tant que réalisateur, c’est faire des films qui soient ancrés dans la réalité mais pas complètement ; qui le soient suffisamment, pour qu’on puisse s’identifier, mais pas trop, pour qu’on n’ait pas l’impression d’être dans un documentaire. Montrer la vie, mais la magnifier quand même un peu, qu’on se sente au cinéma…

 

L'invitation est votre deuxième film en tant que réalisateur. Mais, comme pour le premier, vous avez choisi d'en (ré-écrire le scénario et d'y jouer. Qu'est-ci qui vous pousse dans un projet, à porter plusieurs "chapeaux"


Quand j’ai commencé à prendre des cours de théâtre, à l’âge de quinze ans, je n’avais aucune confiance en moi. J’étais persuadé qu’à cause de la pléthore d’acteurs déjà existants, personne ne viendrait me proposer de rôles, et donc, qu’il fallait que je monte mes propres projets de A à Z, c’est-à- dire de l’écriture à la mise en scène (théâtre ou cinéma), en passant par le jeu et la recherche de production. J’ai commencé, assez jeune, à écrire et à monter mes propres textes. Et, peut-être parce que j’étais un peu inconscient, j’ai pris l’habitude de diriger et de jouer en même temps, sans que cet état schizophrénique ne me pose de problème particulier. En fait, j’ai tellement de choses à gérer comme réalisateur, que je lâche prise dans mon rôle. Et c’est un plaisir indicible pour un acteur que de se sentir libre, c’est une sorte de Graal ! Cela dit, j’avoue que je travaille beaucoup mon personnage en amont. Je suis de ceux qui pensent que la spontanéité est plus forte si on a beaucoup répété avant. Même si, intellectuellement, on oublie ce travail en arrivant sur le plateau, il est inscrit dans le corps. Ça donne de l’assurance. C’est le même principe qu’au théâtre : les répétitions ne sont pas faites seulement pour qu’on ait le temps de mémoriser un texte, mais pour qu’on ait une liberté de jeu.

 

Quel directeur d'acteurs êtes-vous ?


Je suis assez "cool", je crois ! Je fais toujours confiance à mes interprètes, parce que, étant comédien moi-même, je sais quoi et comment leur dire. Ce ne sont pas pour moi, des "animaux étranges", ils ne me font pas peur. Tous étant différents, il suffit donc de s’adapter à chacun d’entre eux. Quand on a compris ça, c’est gagné. Un comédien est toujours meilleur quand il se sent aimé et compris. Plus on lui donne d’attentions, plus il s’ouvre, plus il devient inventif. J’essaie de les "nourrir" en amont du tournage, mais, sur le plateau, je les laisse libres. Et comme j’ai, comme eux, un statut d’acteur, on est un peu à armes égales : ils n’ont pas le sentiment d’être jugés. Ça leur apporte de la décontraction ! Si on remonte aux débuts du cinéma, on s’aperçoit que pratiquement tous les comédiens qui ont réalisé des films, ont été de bons directeurs d’acteurs, de Max Linder, Buster Keaton, Orson Welles, Charles Laughton, John Cassavetes hier, à Woody Allen, Ben Affleck, Mel Gibson, Joddie Foster ou Guillaume Canet, Roschdy Zem, Jalil Lespert, aujourd’hui. Je ne me compare pas à eux, mais, en toute modestie, j’appartiens quand même à cette famille-là.

 

L'invitation.

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En poussant le bouchon plus loin, j’aurais aimé appartenir au cercle encore plus restreint des auteurs-réalisateurs-comédiens qui composent, en plus leurs musiques, comme Charlie Chaplin, Clint Eastwood…

Parlons de Nicolas Bedos ... Son nom apparaît deux fois au générique : pour le scénario et les dialogues , et comme acteur ...


J’ai connu Nicolas il y a une quinzaine d’années, avant que la notoriété ne lui tombe dessus, et, assez vite, nous sommes devenus intimes. Mais paradoxalement, je n’ai pas pensé à lui tout de suite. Et puis un jour, c’est devenu une évidence ! On s’est vus. Je lui ai donné le scénario. Quatre heures après, il me rappelait en me disant qu’il adorait ce Léo, qu’il était prêt à me suivre, et en me demandant s’il pouvait me faire quelques propositions sur le scénario. J’ai évidemment dit oui. Quand la vie simplifie les choses comme ça, on prend ! Et il a eu la gentillesse de retoucher tous les rôles, pas seulement le sien, avec sa patte à lui. Un vrai cadeau qui a fait monter la qualité du script de plusieurs crans. Son intervention a débloqué les choses. Il y avait deux ans que j’essayais de monter le film. Six mois après son intervention, on tournait ! L’invitation est donc un peu un mélange de nos deux univers, un film sur l’amitié, qui est la résultante du travail de deux copains…

 

Qu'aimez-vous chez l'acteur qu'il est ?


Il est toujours juste, a une vraie "gueule" de ciné et aussi, un emploi assez unique dans le cinéma, grâce à son côté prince "gainsbourien", à la fois grand  cœur et très revenu de tout. Il n’essaie jamais de faire le gentil, ni de plaire à tout le monde. Ce n’est pas quelqu’un de consensuel, ce qui lui donne une vraie personnalité, à la manière de certains comédiens américains, comme Peter Falk. Bien sûr, il est comme tout le monde : il veut être aimé, mais n’est pas prêt à tous les compromis pour ça ! Je trouve que toutes ces composantes sont perceptibles dans le film.

 

L'invitation - Michaël Cohen et Nicolas Bedos.

On peut croire qu’il se fiche de la gueule de son pote, mais en fait ce n’est pas ça.

 

C’est juste quelqu’un d’inquiet qui, pour se rassurer, veut mesurer le degré d’amitié de son copain et qui, en plus a envie de l’aider

Comment avez-vous choisi les autres membres de votre distribution ?


La BD met en scène une bande d’amis… j’ai donc demandé à certains de mes amis de jouer les amis du film ! Et, bien que ce soient des rôles secondaires, ils m’ont fait le plaisir d’accepter et d’être chacun, très généreux avec leur personnage. Du coup, je trouve que cela donne une vérité au film. On y croit à cette bande de potes ! Gustave Kervern l’a rejointe, et j’en ai été très heureux. Il a tout de suite compris l’univers du film et il y campe un irrésistible paumé qu’on a envie de prendre dans ses bras. Quant à Camille Chamoux, qui joue ma compagne, et dont j’ai étoffé le personnage par rapport à celui de la BD, elle a été comme je l’imaginais : juste, sincère et drôle.

 

Presque tous ces comédiens viennent, comme vous, du théâtre.


C’est assez marrant, parce que, dès l’âge de treize ans, j’ai voulu faire ce métier par amour pour le cinéma. Et pourtant, c’est sur les planches, que j’ai commencé. Je m’y suis fait ma première famille. Depuis, j’aime bien m’entourer d’acteurs de théâtre. Ils savent dire les textes les plus compliqués, et il se trouve que mes dialogues sont parfois très écrits ! En plus, je trouve dommage que certains comédiens ne soient pas plus présents au cinéma. Je pense par exemple, à Jean-Pierre Malo, qui a composé, pour le film, un commissaire de police, absolument génial. Je pense à Patrick Préjean, un acteur magnifique et curieux, qui m’a dit oui tout de suite pour être mon père dans le film et qui y est formidable d’humanité. Je pense aussi à Jérôme Kircher, qui est un vrai génie et a une liberté de jeu insensée. Il avait une scène de soulographie avec moi. Contrairement à ce qu’on fait d’habitude dans ces cas là, je lui ai proposé qu’on la tourne en buvant vraiment. Non seulement on s’est amusés comme des fous, mais la scène a une force et une vérité indéniables.

 

Quels sont les cinéastes qui vous inspirent ?


Ce sont surtout les cinéastes qui étaient (ou sont) des acteurs. Avec, en tête de tous, maître parmi les maîtres, John Cassavetes (je sais que je ne suis pas le seul réalisateur dans ce cas…). Tous ces films m’ont inspiré. À chaque tournage, d’ailleurs, je les revois de Husbands à Minnie et Moskowitz, en passant par Une femme sous influence. Ce sont souvent des films qui tournent autour de deux personnages principaux, avec autour, une bande de personnages secondaires. C’est tellement moderne, tellement libre, tellement bien écrit, tellement juste sur les rapports humains, où on s’aime, mais on ne sait pas s’aimer ! Les films de Maurice Pialat, François Truffaut, Woody Allen et Bertrand Blier, entre autres, ont été aussi pour moi des leçons de vie et de cinéma. Tous des cinéastes qui sont allés, ou vont chercher, une vérité humaine derrière les rôles…

La recherche de la vérité humaine, c'est ce qui inspire vos propres créations ?


Mais oui. J’ai toujours eu envie, besoin, de parler des humains. J’essaie, inlassablement, d’analyser les comportements et les liens, de comprendre pourquoi il est si difficile de s’entendre, de s’aimer, et de trouver sa place au sein d’un couple, ou d’une famille ou de la société. L’invitation parle de ça.

 

Un mot sur votre éclectisme ...


Je vais là où on m’appelle, mais uniquement où je suis heureux d’aller. En tant que comédien, j’aime beaucoup de choses, les comédies, comme les registres plus graves ou plus sérieux. Je ne me prends par la main que lorsqu’il s’agit de mes propres projets. Je les bâtis pendant mes pauses d’acteur… Comme je déteste les vacances et m’angoisse vite à l’idée de ne rien faire, j’en profite pour écrire.

 

Justement, quels sont vos projets ?


J’ai de jolis projets comme acteur… Mais je suis déjà en manque de diriger une équipe, lui insuffler de l’énergie. J’adore ça, on est dans une position de super-héros. Tous nos sens sont en éveil. On n’a plus faim, on n’a plus soif, on ne dort plus, et pourtant, on est en pleine forme. Il n’y a qu’en étant amoureux ou en faisant des films que j’ai ressenti ça.

 

Pour lire la suite, cliquez ici.

 

L'invitation

 

 

Mon opinion

 

L'intimité, qui unit dans la vie le réalisateur/comédien Michaël Cohen et Nicolas Bedos, se reflète parfaitement dans ce film.

 

Le questionnement permanent et la réserve de l'un, face à l'humour qui se veut grinçant de l'autre, donnent quantité de scènes assez répétitives.  

 

La présence de Gustave Kervern offre un joli moment.

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2016
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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 19:04

 

Date de sortie 9 novembre 2016

 

Le Client

 


Réalisé par Asghar Farhadi


Avec Shahab Hosseini, Taraneh Alidoosti,

Babak Karimi, Mina Sadati, Farid Sajjadihosseini

 

Titre original Forushande


Genre Drame


Production Iranienne, Française


Synopsis

 

Contraints de quitter leur appartement du centre de Téhéran en raison d’importants travaux menaçant l’immeuble, Emad (Shahab Hosseini) et Rana (Taraneh Alidoosti) emménagent dans un nouveau logement.


Le couple s'installe dans un dans un petit trois pièces loué par un ami, occupé jusqu'à lors par une "femme de mauvaise vie". À la suite d'un quiproquo dramatique, l'héroïne se fait agresser par un client de la prostituée.

 

Emad se lance alors sur la piste de l'agresseur de sa compagne, au risque de nuire à sa vie de couple.

 

Le coupable qui n'est peut-être pas celui qu'il croit…

Le Client - Taraneh Alidoosti et Shahab Hosseini

 

Taraneh Alidoosti et Shahab Hosseini

Après a réalisation de son film, Le Passé, Asghar Farhadi  décide ensuite de se lancer dans un film tourné en Espagne, produit par Alexandre Mallet-Guy et Pedro Almodóvar.


Ce projet étant reporté d’un an, il choisit de mettre ce temps à profit pour réaliser Le Client en Iran. Quelques mois plus tard, Le Client est sélectionné en compétition au Festival de Cannes 2016.

C’est la deuxième fois qu’Asghar Farhadi concourt pour la Palme d’Or.

 

Le film est récompensé par :

 

- Le prix du scénario.

 

- Le Prix d'interprétation masculine pour Shahab Hosseini.

 

Shahab Hosseini et Asghar Farhadi ont dédié leurs récompenses à l'Iran et à leurs compatriotes.

 

"Ce prix, je le dois à mon peuple, donc de tout mon cœur et avec tout mon amour, c'est à lui que je le rends", a déclaré Shahab Hosseini après avoir rendu un hommage à son père décédé. "Ce que je ressens fortement ce soir, c’est la joie que doit éprouver mon peuple, le fait que parmi les prix décernés, deux aient été remportés par notre pays", a-t-il rajouté plus tard lors de la conférence de presse des lauréats.

 

"Je reçois ce prix comme un hommage au cinéma iranien", a confié pour sa part Asghar Farhadi à Géopolis. "D’ailleurs dans mon film, il est fait allusion à un vieux film iranien, La Vache. Un film culte tourné en Iran il y a plusieurs décennies et qui n’a peut-être pas encore eu la reconnaissance méritée à l’étranger. C’est pourtant un chef d’œuvre du cinéma mondial. Ce film-là est le signe de la vivacité du cinéma depuis des décennies dans notre pays".

 

"Avant la révolution,  de grands réalisateurs ont fait de grands films. Malheureusement certains d’entre eux n’ont pas pu travailler par la suite", a poursuivi Asghar Farhadi. "D’autres ont ensuite apporté leur pierre à l’édifice de cette forme artistique, tellement puissante en Iran. Aujourd’hui, la reconnaissance et la distinction qui nous sont adressés rendent hommage à cet art et à cette expression artistique, et notamment à ces cinéastes qui ont su suscité en moi, petit, l’amour du cinéma".

Sources : Falila Gbadamassi pour  geopolis.francetvinfo.fr/cannes-2016

 

 

Le Client est aussi le deuxième film d’Asghar Farhadi qu’Alexandre Mallet-Guy produit et le cinquième qu’il distribue en France. Leur première rencontre a eu lieu à Berlin en février 2009 au moment où le producteur découvrait À propos d’Elly...

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Entretien avec Asghar Farhadi relevé dans le dossier de presse.

 

Après Le Passé tourné en France et en français, pourquoi avez-vous choisi de revenir à Téhéran pour Le Client ?


Après avoir tourné Le Passé en France, j’ai commencé à travailler sur une histoire qui se déroule en Espagne. Nous avons fait les repérages et j’ai écrit un scénario complet, non-dialogué. Nous avons discuté du projet avec les producteurs et les acteurs principaux. Mais pour réunir toute l’équipe, il fallait attendre presque un an. C’était l’occasion pour moi de faire un film en Iran, pour mon plus grand bonheur. Je n’étais pas à l’aise avec l’idée de tourner deux films successifs à l’étranger et de m’éloigner de l’exercice d’un tournage dans mon pays. Mais à présent, si tout se passe bien, je vais reprendre le projet espagnol.


Comment est né ce nouveau projet ?


Depuis longtemps, j’avais une histoire simple qui me trottait dans la tête, sur laquelle je prenais des notes. Lorsqu’il a été question de tourner un film en Iran, je me suis replongé dans ces notes éparpillées, prises depuis des années. Par ailleurs, j’ai toujours eu le désir de faire un film qui se passe dans le milieu du théâtre. J’en ai fait moi-même quand j’étais plus jeune et le théâtre a beaucoup compté dans ma vie. Cette histoire avait le bon potentiel pour s’inscrire dans ce milieu. J’ai donc commencé à développer ce scénario autour de personnages qui jouent une pièce.

 

Comment définiriez-vous Le client ? Est-ce le récit d’une vengeance ou une histoire d’honneur perdu ?


J’aurais beaucoup de mal à définir ou à résumer Le client, ou même à exprimer ce que cette histoire m’inspire personnellement. Tout dépend des préoccupations et du regard du spectateur. Celui qui le verra comme un film social retiendra les éléments relatifs à cet aspect. Un autre pourrait n’adopter qu’un point de vue moral, ou un angle encore différent. Ce que je peux dire, c’est qu’une nouvelle fois, ce film traite de la complexité des relations humaines, surtout au sein d’une famille ou d’un couple.

Au début du film, Emad et Rana forment un couple sans histoire. Ces deux personnages sont-ils des figures-types de la classe moyenne iranienne ?


Emad et Rana sont un couple de la classe moyenne en Iran. Nous ne pouvons pas dire qu’ils soient représentatifs de la plupart des couples de cette classe, dans leurs relations ou en tant qu’individus.


Le Client - Le Client - Taraneh Alidoosti et Shahab Hosseini

Simplement, les personnages ont été créés de telle façon que le spectateur n’ait pas le sentiment d’avoir affaire à un couple à part. Il s’agit d’un couple normal, mais qui a ses particularités. Ils sont tous les deux dans le domaine de la culture et jouent au théâtre. Mais ils se trouvent placés dans une situation qui révèle des dimensions inattendues de leurs personnalités.

 

 

 

Le titre original du film fait écho à celui de la pièce d’Arthur Miller qu’Emad et Rana interprètent sur scène avec leurs amis. Pourquoi avez-vous choisi d’utiliser cette  œuvre ?


J’ai lu Mort d’un commis voyageur lorsque j’étais étudiant. J’ai été très marqué par cette pièce, sans doute en raison de ce qu’elle dit des relations humaines. C’est une pièce très riche, qui offre des niveaux de lecture multiples. Sa dimension la plus importante est celle d’une critique sociale d’un épisode de l’histoire américaine où la transformation soudaine de la ville a causé la ruine d’une certaine classe sociale. Une catégorie de personnes n’a pas pu s’adapter à cette modernisation rapide et s’est trouvée broyée. À ce titre, la pièce a une très forte résonance avec la situation actuelle de mon pays. Les choses évoluent très vite et ceux qui ne peuvent pas s’adapter à cette course effrénée sont sacrifiés. La critique sociale au cœur de la pièce reste valable en Iran aujourd’hui.


Une autre dimension de la pièce est celle de la complexité des relations humaines au sein de la famille, notamment dans le couple que forme le commis voyageur avec Linda. La pièce a une forte prégnance affective qui, tout en étant très émouvante, fait réfléchir le spectateur à des questions très subtiles. Lorsque j’ai décidé que les personnages principaux du film feraient partie d’une troupe de théâtre et seraient en train de jouer une pièce, l’ œuvre de Miller m’a paru très intéressante, dans la mesure où elle me permettait d’établir un parallèle avec la vie personnelle du couple autour duquel se construit le film.


Le Client - Le Client - Shahab Hosseini et Taraneh Alidoosti

 

 

Sur scène, Emad et Rana jouent les rôles du vendeur et de son épouse.

 

Et dans leur propre vie, sans s’en rendre compte, ils vont être confrontés à un vendeur et à sa famille et devront décider du sort de cet homme.

Vous évoquez le développement anarchique de Téhéran à travers la vue que les personnages en ont depuis la terrasse du nouvel appartement. Est-ce votre regard personnel sur la ville dans laquelle vous vivez et travaillez ?


Le Téhéran d’aujourd’hui est très proche de New York, tel qu’Arthur Miller le décrit au début de la pièce. Une ville qui change de visage à une allure délirante, qui détruit tout ce qui est ancien, les vergers et les jardins, pour le remplacer par des tours. C’est précisément dans cet environnement que vit le commis voyageur. Et c’est un nouveau parallèle entre le film et la pièce. Téhéran change de façon frénétique, anarchique, irrationnelle. Quand un film raconte l’histoire d’une famille, la maison y a forcément un rôle central. Cela avait déjà été remarqué dans mes films précédents.
La maison et la ville occupent cette fois encore un rôle primordial.

+

 

Né en 1974 à Téhéran, Shahab Hosseini a collaboré plusieurs fois avec Asghar Farhadi. En 2008, il joue dans À propos d'Elly… ce qui lui valut plusieurs nominations et récompenses iraniennes notamment celle du meilleur acteur dans un second rôle.


Le Client - Shahab HosseiniDans Une Séparation, il incarne le personnage de Hodjat pour lequel il fût primé au Festival de Fajr avant de remporter, avec l’ensemble des comédiens du film, l’Ours d’Argent d’Interprétation masculine au Festival de Berlin 2011.


Le Client est sa troisième collaboration avec Asghar Farhadi.

+

 

Taraneh Alidoosti est née à Téhéran en 1984. Elle joue pour la première fois à 17 ans dans Man, Taraneh, panzdah sal daram de Rasoul Sadrameli, ce premier rôle lui a valu le Léopard d’Argent à Locarno en 2002 et le Cristal Simorgh au Festival de Fajr.

 

Le Client - Taraneh Alidoosti.

 

 

Elle a ensuite joué dans Les Enfants de Belle Ville, La Fête du feu puis quelques années plus tard dans À propos d’Elly...


Le Client est sa quatrième collaboration avec Asghar Farhadi.

 

 

Mon opinion

 

Le scénario, justement récompensé au dernier Festival de Cannes est minutieux.

 

Asghar Farhadi réalise son désir, celui "de faire un film qui se passe dans le milieu du théâtre." Une passion pour le réalisateur. Des passages de la pièce d'Arthur Miller, "Mort d'un commis voyageur", se mêlent, avec habileté à l'intrigue principale.

 

La mise en scène est précise et délicate.

 

Entre la vengeance ou le pardon, Asghar Farhadi donne le beau rôle à son héroïne, la talentueuse et convaincante Taraneh Alidoosti qui tourne pour la quatrième fois avec le réalisateur.

 

Shahab Hosseini, quant à lui, est tout aussi éblouissant. Son prix d'interprétation, à Cannes, largement mérité, vient compléter un grand nombre de distinctions. Le Client est sa troisième collaboration avec Asghar Farhadi.

 

Le réalisateur a déclaré : "Ce que je peux dire, c’est qu’une nouvelle fois, ce film traite de la complexité des relations humaines, surtout au sein d’une famille ou d’un couple."

 

C'est exact, parfaitement démontré et magnifiquement mis en images.

 

 

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2016
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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 19:46

 

Date de sortie 26 octobre 2016

 

Moi, Daniel Blake ( I, Daniel Blake)


Réalisé par Ken Loach


Avec Dave Johns, Hayley Squires, Dylan McKiernan,

Sharon Percy, Briana Shann, John Sumner, Mark Burns


Genre Drame


Production Britannique, Française, Belge

 

Synopsis

 

Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake (Dave Johns), un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques.

 

Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l'obligation d'une recherche d'emploi sous peine de sanction.

 

Au cours de ses rendez-vous réguliers au "job center", Daniel va croiser la route de Katie (Hayley Squires), mère célibataire de deux enfants qui a été contrainte d'accepter un logement à 450km de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d’accueil.

 

Pris tous deux dans les filets des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, Daniel et Katie vont tenter de s’entraider…

 

Moi, Daniel Blake (I, Daniel Blake)

Festival de Cannes 2016

- Palme d'or

 

 

César 2017

 

- Meilleur film étranger

Entretien avec le réalisateur relevé dans le dossier de presse.

 

On a entendu des rumeurs disant que Jimmy's Hall  serait votre dernier film. L’avez-vous envisagé sérieusement ? Et si oui, qu’est-ce qui vous a convaincu de vous atteler à Moi, Daniel Blake ?


C’est en effet ce que j’ai dit au moment de la préparation de Jimmy's HalI Avant le début du tournage, j’avais le sentiment d’avoir une montagne à gravir, et je me suis dit : "Je ne pourrai plus jamais revivre une telle expérience". Mais c’était une réflexion liée aux circonstances du tournage. Une fois le tournage terminé, bien entendu, tout est rentré dans l’ordre et je me suis demandé pourquoi j’en avais fait toute une affaire et ce qui m’avait tant inquiété ! Tandis qu’on achevait le montage de Jimmy's HalI, je me suis dit qu’il y avait encore énormément d’histoires à raconter. Du coup, j’en ai parlé à Paul [Laverty]. Ce film était beaucoup plus modeste de toute façon : le tournage a duré à peine plus de cinq semaines, ce qui était beaucoup plus simple que sept semaines dans la tourbière irlandaise avec une pléiade d’acteurs. Mais s’il s’agissait d’un tournage plus intime, le sujet n’en est pas moins captivant.

 

Quels sont les thèmes au cœur de l’intrigue ?


Le point de départ a été l’attitude délibérément cruelle consistant à maintenir les gens dans la pauvreté et l’instrumentalisation de l’administration – l’inefficacité volontaire de l’administration – comme arme politique. On sent bien que le gouvernement cherche à faire passer un message : "voilà ce qui arrive si vous ne travaillez pas. Si vous ne trouvez pas de travail, vous allez souffrir". Il n’y a pas d’autre explication à cette attitude. Et la colère que cette politique a provoquée chez moi m’a donné envie de faire ce film.

 

Comment avez-vous entamé vos recherches ?


J’ai toujours souhaité monter un projet dans ma ville natale de Nuneaton, dans les Midlands, et on s’est donc rendus sur place pour commencer à y rencontrer des gens. Je suis assez proche d’une association caritative qui s’appelle Doorway et qui est dirigée par une femme formidable, Carol Gallagher. Elle nous a présentés, Paul et moi, à tout un groupe de personnes qui n’arrivaient pas à trouver de travail pour diverses raisons – et principalement, parce qu’il n’y a pas assez d’emplois. Quand ils décrochaient un boulot, ils travaillaient en intérimaire, avec des revenus incertains et sans nulle part où loger. Un jeune homme adorable, soutenu par l’association, nous a montré sa chambre dans une maison occupée par d’autres personnes et c’était digne de Dickens. Il y avait un matelas à même le sol, un frigo et c’était presque tout. Paul lui a demandé si on pouvait se permettre de voir ce qu’il avait dans son frigo, il nous a dit "Aucun problème", et il a ouvert la porte : il n’y avait rien, ni lait, ni même un bout de gâteau – rien du tout. On lui a demandé à quand remontait la dernière fois où il avait dû se passer de nourriture, et il s’est contenté de dire : "Oh… " Il se trouve que la semaine précédente, il n’avait rien mangé pendant quatre jours. Il était véritablement affamé et il était aux abois. Il avait un ami qui travaillait en intérim. Un jour, l’agence avait demandé à cet ami à 5h du matin de se rendre à un entrepôt à 6h. Il n’avait aucun moyen de transport, mais il a réussi à y aller quand même. On lui a demandé d’attendre et à 5h45, on lui a annoncé qu’il n’y avait pas de boulot pour lui ce jour-là. On l’a renvoyé là d’où il venait, si bien qu’il n’a rien touché. On évoque cette humiliation permanente et ce sentiment constant de précarité.

Moi, Daniel Blake - Dave Johns

 

À partir de la documentation que vous avez réunie et des témoignages que vous avez recueillis, comment avez-vous construit le récit ?


C’était sans doute la décision la plus difficile à prendre tant il y avait d’intrigues. On s’est dit qu’on avait déjà beaucoup mis en scène de jeunes gens – Sweet Sixteen en est un exemple et j’avais réalisé d’autres films sur des jeunes avant – et on a été frappés par le calvaire enduré par les quinquagénaires et les sexagénaires qui passe souvent inaperçu. Il y a une génération de gens qui étaient qualifiés mais souvent travailleurs manuels vers la fin de leur vie professionnelle. Ils souffrent de problèmes de santé et ils sont incapables de reprendre le travail car ils ne sont plus assez vifs pour jongler entre deux intérims et passer d’un petit boulot à l’autre. Ils sont habitués à un cadre professionnel plus traditionnel et du coup, ils sont perdus. Ils sont déboussolés par les nouvelles technologies et de toutes façons ils ont des problèmes de santé, et puis ils se retrouvent pris en charge par l’" Employment Support" : ils peuvent être jugés aptes au travail alors qu’ils ne le sont pas. Le système impénétrable de l’administration écrase les individus. Il y avait tellement de témoignages qu’il nous a semblé qu’on allait dans la bonne direction, d’autant plus qu’il s’agissait d’une tranche d’âge qu’on n’avait pas encore explorée. Paul a imaginé le personnage de Daniel Blake et le projet a démarré.

 

Selon vous, l’administration est insaisissable par choix…


Oui. Elle a mis en place des agences Pôle Emploi, dont le but n’est pas d’aider les gens mais d’ériger des obstacles sur leur chemin. Il y a des conseillers, comme on les appelle, qui ne sont pas habilités à renseigner les gens sur les postes disponibles, alors qu’autrefois, ils les accompagnaient dans leur recherche d’emploi. On leur fixe des objectifs chiffrés de gens à pénaliser. S’ils ne sanctionnent pas suffisamment de monde, ils doivent suivre le "Programme d’amélioration personnelle". Toutes ces mesures ont été imaginées à la suite d’études menées par des gens qui ont travaillé au département des Affaires sociales et à Pôle Emploi, ou qui ont milité au sein du syndicat PCS [Public and Commercial Services, sixième centrale syndicale britannique regroupant essentiellement les agents du service public, NdT] – les exemples ne manquent pas. En raison du système de sanctions, les gens n’ont plus les moyens de vivre et c’est ce qui a donné naissance aux banques alimentaires.
Et le gouvernement semble se satisfaire de l’existence de celles-ci. Il envisage même d’affecter des conseillers emploi dans les banques alimentaires. Du coup, elles risquent d’être absorbées dans un vaste dispositif gouvernemental qui gère les problèmes liés à la pauvreté. Quel monde avons-nous donc créé ?

 

Avez-vous le sentiment que ce film soit particulièrement propre à notre époque ?


Je pense que ses racines plongent plus loin dans le temps. Ce phénomène remonte aux Poor Laws [les "lois sur les indigents", nées au XVIème siècle, étaient destinées à attribuer une aide financière aux plus démunis, NdT] et à l’idée selon laquelle il y aurait des pauvres qui méritent leur situation, et d’autres pas. Paul a déniché une citation brillante du révérend Joseph Townsend : "Seule la faim est à même de pousser les pauvres à travailler". Cela date du XVIIIème siècle. Duncan Smith, ses successeurs et le gouvernement qui l’a soutenu ont délibérément utilisé la faim et la pauvreté comme moyens de pression pour obliger les gens à accepter des salaires très faibles et des emplois extrêmement précaires, tellement ils étaient désespérés. Les pauvres doivent accepter qu’on les tienne responsables de leur pauvreté.

 

Comment s’est déroulé le tournage dans les banques alimentaires ?


On s’est rendus dans plusieurs banques alimentaires à deux, et Paul en a visité davantage tout seul. Ce qui se déroule dans la banque alimentaire du film s’inspire d’un incident qu’on a raconté à Paul, si bien que tous les détails sont authentiques. C’est un phénomène épouvantable car on y croise des gens désespérés ! On était dans l’une de ces banques alimentaires, à Glasgow, et un homme s’est présenté à la porte. Il a jeté un œil à l’intérieur, il est resté là un moment, et puis il est reparti. Une des femmes qui travaillent là lui a couru après, parce qu’il était visiblement démuni, mais il n’a pas pu se résoudre à venir demander de la nourriture : l’humiliation était trop forte. Je pense que ce genre de choses se produit en permanence.

 

Pourquoi avez-vous décidé de situer le film à Newcastle ?


On est allés dans pas mal d’endroits : on s’est rendus à Nuneaton, à Nottingham, à Stoke et à Newcastle. On connaissait très bien le nord-ouest – on a beaucoup tourné à Liverpool et Manchester et on s’est donc dit qu’on devrait sans doute essayer de découvrir une autre région. On ne voulait pas tourner à Londres qui souffre aussi de difficultés monumentales, mais qui sont d’un tout autre ordre. Et puis, Newcastle est d’une grande richesse culturelle. Comme Liverpool, Glasgow et ces autres grandes villes de bord de mer. C’est formidable d’y tourner, elles rendent magnifiquement bien à l’image, le patrimoine culturel y est très riche, et les particularismes linguistiques y sont très marqués. C’est une région qui affirme sa différence. Newcastle et le nord-est en général ont beaucoup à offrir, et on s’en rend compte rien qu’en marchant dans les rues avec une caméra.

Moi, Daniel Blake - Dave Johns & Hayley Squires

Dave Johns et Hayley Squires

Comment pourriez-vous décrire Daniel ? Quelles épreuves doit-il affronter ?


Dan, artisan qualifié, a longtemps été menuisier. Il a travaillé sur des chantiers, il a travaillé pour de petits entrepreneurs, il a été menuisier journaliser et il continue à fabriquer des objets en bois pour le plaisir. Mais sa femme est décédée, il a fait une crise cardiaque très grave et a failli tomber d’un échafaudage. On lui a interdit de reprendre le travail et comme il est toujours en convalescence, il touche l’allocation "Employment and Support". Le film raconte sa volonté de s’en sortir, malgré ses difficultés, dès lors qu’il est jugé "apte au travail".


Et Katie ?


Katie élève seule ses deux enfants en bas âge. Elle vivait dans un foyer à Londres jusqu’à ce que la municipalité lui trouve un appartement en dehors de la capitale dont le loyer est couvert par son allocation logement. Autrement dit, la municipalité n’a plus à payer la différence. Du coup, elle doit emménager dans un appartement de Newcastle. Le logement est plutôt correct, même s’il nécessite des travaux, mais elle commence alors à avoir des ennuis avec l’administration. Elle a l’obligation de se rendre à Pôle Emploi – or elle doit aussi essayer de se repérer dans une ville qu’elle ne connaît pas, avec ses deux enfants, si bien qu’elle rate le rendez-vous. Elle est sanctionnée et les problèmes commencent … Elle n’a personne de sa famille dans la région, ni soutien, ni argent. Et puis, elle rencontre Dan. Ils essaient de s’épauler l’un l’autre.

 

Le film évoque très souvent le poids d’une administration étouffante. Comment avez-vous cherché à transposer cette idée dans le film ?


Tout d’abord, je pense que c’est un phénomène que la plupart d’entre nous connaissons bien : c’est ce qui permet au récit de fonctionner. Quand on a affaire à une administration aussi consternante de bêtise, aussi ouvertement déterminée à vous rendre fou, on éprouve une terrible frustration qui peut donner lieu à de vraies scènes d’humour noir. À mon avis, si on arrive à raconter cela de manière réaliste, et si on réussit à percevoir les sous-entendus d’une relation entre un citoyen lambda et un fonctionnaire, au guichet ou au téléphone, on devrait en comprendre l’humour, la cruauté et, au final, le tragique. "Les pauvres sont responsables de leur pauvreté". Voilà qui protège le pouvoir de la classe dominante.

 

Quelles qualités recherchiez-vous pour les interprètes de Dan (Dave Johns) et de Katie (Hayley Squires) ?


S’agissant de Dan, on voulait que le comédien exprime le bon sens du citoyen lambda. Chaque jour, il s’est levé le matin pour aller au travail, il a travaillé aux côtés de ses collègues et copains, il a partagé les blagues et la complicité. Ça, c’était son quotidien jusqu’à ce qu’il tombe malade et que sa femme ait besoin d’être aidée. Au départ, il a perdu son travail parce qu’il devait s’occuper d’elle, et du coup, il s’est retrouvé un peu à la dérive. Outre le sens de l’humour, je voulais quelqu’un de sensible et de nuancé, et non pas une caricature de prolétaire que pas mal de films attribuent aux rôles d’ouvriers. Quant à Katie, elle est victime des circonstances, mais elle est réaliste et elle a des capacités. Elle a tenté de faire des études : elle a échoué à l’école, mais elle prend des cours par correspondance. Elle essaie de s’en sortir entre ses deux enfants et la vie dans un foyer, si bien que ses études en ont fait les frais. Quand on lui offre la possibilité de loger dans un appartement avec jardin, elle se dit qu’elle va peut-être pouvoir refaire sa vie.

 

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Moi, Daniel Blake

Mon opinion

 

Le grand mérite de ce film est de mettre en lumière, et au premier rang, les laissés pour compte de notre société. Pour se faire le réalisateur a choisi deux formidables acteurs Hayley Squires et Dave Johns, que je découvre, tous deux, dans ce film. Impossible de rester indifférents. Ils sont justes, touchants, aimants, généreux, magnifiques.

 

Les seconds rôles sont également bien vus. En particulier les conseiller(e)s chargés de recevoir les demandeurs d'emploi, ou d'autres, devenus inaptes du fait même de la maladie, mais obligés malgré tout de chercher un travail, aussi précaire soit-il. On peut avoir envie de hurler en attendant certains propos tenus par les prétendus conseillers, ou devant l'absurdité de ce système qui enfonce, plus qu'il n'aide.

 

Ken Loach a déclaré au sujet du fonctionnement de cette administration, "Elle a mis en place des agences Pôle Emploi, dont le but n’est pas d’aider les gens mais d’ériger des obstacles sur leur chemin. Il y a des conseillers, comme on les appelle, qui ne sont pas habilités à renseigner les gens sur les postes disponibles, alors qu’autrefois, ils les accompagnaient dans leur recherche d’emploi. On leur fixe des objectifs chiffrés de gens à pénaliser."

 

Paul Laverty livre un scénario, parfaitement écrit, fouillé, incroyablement documenté, douloureux, aussi. Démonstration parfaite de l'obligation d'avoir un minimum de connaissances en informatique, internet en particulier pour vivre aujourd'hui.

 

La réalisation s'appuie avec efficacité et discrétion sur le combat quotidien de ces personnes. La recherche de Paul Laverty sur les banques alimentaires permet au réalisateur de mettre en images certaines scènes particulièrement douloureuses.

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2016
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