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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 20:50

 

Date de sortie 30 septembre 2015

 

L'Odeur de la mandarine


Réalisé par Gilles Legrand


Avec Olivier Gourmet, Georgia Scalliet,

Dimitri Storoge, Hélène Vincent, Fred Ulysse, Michel Robin


Genre Drame


Production Française

 

Synopsis

 

Eté 1918.

 

La guerre fait rage pour quelques mois encore, mais pour Charles (Olivier Gourmet) et Angèle (Georgia Scalliet), elle est déjà finie. Lui, officier de cavalerie y a laissé une jambe. Elle, son infirmière à domicile, vient de perdre au front son grand amour, le père de sa petite fille.

 

Unis par le besoin de se reconstruire, ils nouent une complicité joyeuse qui les ramène à la vie. Sur l'insistance de Charles, Angèle accepte un mariage de raison. Il leur faudra entrer en guerre, contre eux-mêmes et contre l'autre avant d'accepter l'évidence de la passion qui les lie malgré eux…

 

L'Odeur de la mandarine - Olivier Gourmet.L'Odeur de la mandarine - Georgia Scalliet

 

Olivier Gourmet                                  Georgia Scalliet

Entretien réalisé en mai 2015 avec le réalisateur, Gilles Legrand.

Propos relevés dans le dossier de presse.


Gilles Legrand, à l’origine de L’Odeur de la mandarine, êtes-vous parti du contexte historique, des personnages ou du thème de la sexualité ?


Depuis longtemps, il y avait cette envie de m’approcher de la thématique de l’intimité du couple et du désir charnel, de m’interroger sur la chimie des corps, de parler frontalement de sexualité : vaste programme où il est très facile de se noyer… Par ailleurs les envies de film viennent chez moi souvent d’assemblage d’éléments ou d’univers très hétéroclites !

 

L'Odeur de la mandarrine

 

Et donc, dans un tout autre domaine, je nourris une véritable passion pour le "meilleur ami de l’homme", le cheval ! Pas vraiment le côté hippique, course, équitation, mais l’animal en lui-même, son esthétique, son élégance et la sensualité qu’il dégage. J’aime l’observer, le toucher, le sentir, l’écouter … tout sauf le manger ! Bref, les chevaux font partie de ma vie, d’ailleurs je vis avec eux. Et depuis un certain temps, je cherchais avec la complicité de mon ami Jean Louis Gouraud, hippiatre de renom, (éditeur, romancier, journaliste, aventurier…) à mettre un cheval au centre d’une histoire.

 

 

Il me faisait remarquer comment l’homme ou la femme abordent de manière très différente ces créatures cent fois plus puissantes que nous. Animal qu’on dirige en le chevauchant et dont le contact s’établit principalement entre les jambes, ce qui est loin d’être anodin ! La femme le fait généralement avec douceur, confiance, intelligence, tandis qu’à travers les siècles, l’homme a plutôt cherché à le dominer pour en faire un outil de travail ou partir guerroyer. Moins en douceur, quoi… Je simplifie mais il y a de ça !

 

Mais un film c’est comme toujours une histoire de personnages, alors j’ai voulu raconter une singulière histoire d’amour avec du cheval tout autour …

 

En le transposant en 1918…


La mission du cinéaste, c’est d’éteindre la lumière et de vous raconter une histoire. Pour cela, j’ai besoin de m’extraire de mon univers quotidien, besoin de me déplacer –dans le temps et/ou dans l’espace. Dans Tu seras mon fils, c’était l’univers viticole; dans Malabar Princess, une nature assez hostile; dans La Jeune fille et les loups, une autre époque. Et là, encore, on est projeté un siècle en arrière, à la fin de la première guerre dans un contexte mortifère très particulier, avec ce besoin de renaitre et de survivre. Revenir à la nature dans un lieu clos, entouré de forêt. Ça m’a paru plus simple et plus efficace de mettre cette distance par rapport à notre quotidien pour faire vivre et observer ce couple…

Comment êtes-vous passé de ces idées générales à ces personnages très construits ?


Comme j’ai beaucoup de mal à écrire seul – le matin j’écris des pages que je mets le soir à la poubelle – je suis allé chercher Guillaume Laurant, dont j’apprécie le travail, et je lui ai fait part de mes réflexions hétéroclites et en vrac, sur la sensualité de l’animal, l’envie de huis clos et cette histoire d’amour un peu tordue de désir contrarié.

 

L'Odeur de la mndarine

 

Et ça a résonné chez lui. En discutant, on s’est donc vite fixé sur 1918 et ces deux personnages principaux : un officier de cavalerie unijambiste et une infirmière fille-mère, deux personnages que la guerre a rendus bancals, lui ayant perdu une partie de sa virilité, sa raison de vivre, et elle son grand amour. Comment ces deux-là vont-ils parvenir à se reconstruire ?

 

Très vite, Guillaume Laurant a écrit une première mouture du script, qui n’est pas si éloignée du film tel qu’il est aujourd’hui, et nous avons ensemble affiné le scénario final.

 

À travers la figure du cheval, il s’agissait donc bel et bien de parler plus généralement de la sexualité des hommes et des femmes.


Hou là… le terrain est glissant. Un étalon, c’est un étalon : un animal qui n’a pas beaucoup d’autres objectifs que de se reproduire, un animal aux désirs instinctifs extrêmement puissants. Il est très séduisant mais lourdement chargé de symboles. Chacun y voit ce qu’il veut, une métaphore, un catalyseur, un miroir ou juste un moyen de s’évader et retrouver des sensations. Tout n’a pas besoin d’être justifié, surtout là, il faut faire gaffe...

 

Pourquoi faire gaffe ?


On en vient à l’un des thèmes essentiels du film, l’opposition entre notre propre part d’animalité et d’humanité. Bien sûr, les personnages sont sensibles ou perméables à l’univers qui les entoure mais ils ne se comportent évidemment pas comme des animaux ! Les pulsions masculines peuvent être très fortes... les féminines aussi d’ailleurs. Mais si elles sont déséquilibrées, ce qui est le cas dans notre histoire, alors le couple peut très vite se détruire. L’orgueil de chacun des protagonistes va creuser le fossé… A qui la faute ? Mais je me méfie de mon discours, parce que le regard que le film porte sur le désir est un regard masculin, qui plus est à travers un personnage diminué, handicapé, qui a donc à reconquérir une part de sa virilité. J’espère que le public féminin sera sensible à cette dimension. De plus il n’y a pas de généralité à en tirer, cette histoire et ces personnages ont leur singularité. L’important est seulement de comprendre leurs motivations et leurs trajectoires. En fait pour moi c’est une démarche très intime d’aborder ces thématiques, j’espère avoir réussi à les montrer, mais je ne sais pas vraiment en parler …

 

L'Odeur de la mandarine - Olvier Gourmet et Georgia Scalliet.

Le film exprime également une réflexion très subtile sur le rapport féminin au désir.


Je l’espère. Ça passe peut être par l’écriture mais aussi beaucoup par l’interprétation de la comédienne et forcément par le point de vue. Très peu de gens ont pu le voir pour l’instant, mais j’ai pu observer la gêne de certains hommes devant certaines séquences, parce que la caméra y adopte le point de vue de la femme dans des scènes dites d’amour. C’est pour cela aussi qu’il était très important pour moi d’avoir le regard féminin de ma monteuse, Andréa Sedlackova. Elle m’a souvent rassuré, en me disant "Insistons sur cette séquence, c’est exactement ce que la femme peut percevoir face au désir ou au plaisir d’un homme."
Le motif clef du film, cette dialectique homme/femme, animalité/humanité, s’exprime à travers Angèle, le personnage joué par Georgia Scalliet. De sa générosité à soigner l’autre va naître, dans un premier temps, une belle amitié. Mais une fois que le désir survient chez Charles (Olivier Gourmet), comment fait-on pour transformer cela en histoire d’amour ? On peut comprendre que cette fille-mère, en rupture avec sa propre famille, se laisse séduire par l’intelligence, l’hospitalité et la sensibilité de ce type, jusqu’à être prête à faire don de son corps. Mais le jour où elle passe dans son lit, ça coince… Le thème de la jouissance féminine, ce n’est pas que ça m’obsède, mais ça m’interpelle, oui.

 

Que représente la figure du cerf, l’autre animal au coeur du film ?


Faut-il tout justifier ? Le cerf, c’est l’animal le plus sexué de la faune sauvage. Il est libre, puissant, dominant. À la fin de l’été, dans toutes les forêts de France, plein de gens restent des nuits entières simplement pour écouter le brame, qui est l’appel des biches. C’est très émouvant et angoissant ! Si, au sein des animaux domestiques, l’étalon rime avec puissance et élégance, le cerf est son pendant dans la vie sauvage. Angèle est peut être fascinée par cet animal parce qu’elle entend dans son cri la complainte de son propre mari, une sorte d’appel. C’est un peu laborieux à expliquer… c’est en fait une poésie toute personnelle ! J’ai conscience de pouvoir égarer certains, j’espère que d’autres y seront sensibles !

 

L'Odeur de la mandarine

Situer le film en 1918, c’est aussi se poser la question de la place de la femme au sein de la société française ?


C’est un moment de bascule, où a sans doute commencé un lent processus d’émancipation, qui se poursuit encore aujourd’hui. D’abord, parce qu’il y a eu des millions de morts parmi les hommes : les femmes ont été amenées à prendre la maîtrise des familles, de l’industrie, à s’intéresser aux affaires, à diriger les fermes. Elles sont sorties de leurs carcans, les corsets sont tombés, les jupes se sont raccourcies… Le personnage d’Angèle est éminemment moderne. Je ne suis pas historien, mais c’était effectivement intéressant d’envisager la question de la sexualité dans un tel contexte. Je pense d’ailleurs qu’on n’a pas inventé grand-chose depuis des siècles sur cette question-là …

 

Vous mettez en scène un monde clos, tout en parvenant à faire ressentir la guerre et l’environnement de l’époque.


La guerre, on l’entrevoit grâce à quelques plans lointains du front, et on s’est efforcé de la faire vivre au son, avec le bruit constant des canons à l’arrière-plan. On a aussi ceux qui viennent du front, mais on n’y va pas. Le lieu fermé est un choix affirmé qui répond à plusieurs considérations.

 

L'Odeur de la mandarineOn aurait pu partir sur l’idée d’un film d’époque épique. Mais outre les questions économiques, on avait envie de se concentrer sur le sujet, davantage que sur le contexte. Par ailleurs, tourner dans un décor unique, c’est très pratique pour lui donner de la consistance, pour le faire vivre à l’écran.

 

 

Ce lieu fait partie de l’histoire et il est prépondérant pour créer l’atmosphère. Le repérage de ce château a été fait très minutieusement (toutes les différentes pièces, la cour et les points de vue pour s’observer, les écuries mais aussi ce cheval qu’on cache à l’intérieur du château…), et il y a eu ensuite de très importantes interventions du décorateur Jean Rabasse et de son équipe pour répondre aux exigences du scénario. Ce lieu devait être impressionnant sans être trop étouffant.

Et puis, il y a quelques échappées belles dans les forêts qui ponctuent le récit et qui correspondent au besoin de cette jeune femme de partir s’échapper, respirer, revivre.

 

Une des particularités du film est le point de vue partagé entre les deux personnages principaux.


Si une femme avait mis le film en scène, peut-être aurait-elle encore davantage insisté sur le personnage féminin… C’est toujours une question qui se pose quand on réfléchit au découpage de chaque séquence. Soit on prend le parti d’épouser un point de vue unique, soit on se laisse un peu plus de liberté. Ici, comme il s’agit d’une histoire d’amour à deux, aucun ne devait être exclu. Il fallait pouvoir aller de l’un à l’autre, choisir selon les moments. Ils ont tour à tour des comportements intéressants qu’il faut savoir saisir. Il y a l’actif, le passif, le dit, le non-dit, celui qui prononce le petit mot de trop, celle qui fait le petit geste qui blesse – je pense à ce moment où Angèle se précipite vers sa bassine pour se rincer juste après s’être donnée. Là, on ressent clairement la souffrance de Charles, qui la regarde tellement pressée de se laver de lui… Après, forcément, chez le spectateur masculin ou féminin, ça va jouer. Il y a même un troisième point de vue, celui du metteur en scène, la caméra se fait extérieure et les regarde se dépatouiller : on voit alors deux orgueils qui s’affrontent et immanquablement se détruisent… Ensuite, dans le calme de la salle de montage, on alterne assez naturellement, il s’agit de chercher le bon point de vue au bon moment.

 

Et comment abordez-vous les scènes d’amour ?


C’est définitivement ce qu’il y a de plus difficile à tourner. On a tous une forte dose de pudeur à surmonter. Il faut d’abord des comédiens généreux et là j’ai vraiment été très soutenu. On en parle un peu avant avec eux pour ne pas se mentir mais pas trop, pour éviter la pression. On leur fait confiance …Mais heureusement les séquences étaient justifiées et les personnages avaient de vraies choses à faire passer et pas seulement simuler le plaisir … Ensuite créer une ambiance la plus confortable possible, ne pas trop montrer tout en cherchant le détail et laisser l’imagination travailler, rester très près des corps et des visages, tourner en plan séquence et être mobile. Ce fut la méthode adoptée et elle a plutôt bien fonctionné. Mais honnêtement je préfère demander à une comédienne de traverser un étang en nageant avec son cheval à la poursuite d’un cerf …

 

Un mot sur le titre, L’Odeur de la mandarine ?


Ah ah ah ! Au départ, il s’est imposé parce qu’il était justifié par une scène. Mais le film aurait tout aussi bien pu s’appeler "le Bruit des sabots" ou "le Goût du sel". Il y avait l’envie d’évoquer les sens, d’être dans le registre de la sensualité. Et puis la scène a disparu au montage, mais comme le titre plaisait, il a survécu.

 

L'Odeur de la mandarine

Mon opinion

 

Au cœur de la première guère mondiale, deux êtres se trouvent et s'affrontent.

 

Un cadre unique et magnifique, à la limite du front, servira de décor à cette rencontre. Les seuls rappels, du conflit qui fait rage, seront ponctués par le bruit lointain des canons.

 

Lui, meurtri à jamais dans ses chairs. Elle, le cœur brisé par un amour trop tôt disparu, ne se départira jamais d'une incontestable liberté. Un couple improbable avec un premier point commun l'amour des chevaux.

 

L'excellent Olivier Gourmet face à une belle révélation au cinéma, Georgia Scaillet. Tous deux portent le film de bout en bout.

 

Les dialogues entre les deux principaux protagonistes sont souvent joyeux, parfois ironiques, un rien libertins, toujours parfaitement écrits. La complicité du début virera vers une relation quelque peu attendue. "Le thème de la jouissance féminine, ce n’est pas que ça m’obsède, mais ça m’interpelle, oui." a déclaré Gilles Legrand.

 

Il sera également question d'absence, de reconstruction et d'acceptation. La réalisation reste sage et fait la part belle à la nature, aux animaux. Aux chevaux en particulier. De très belles images, et des passages trop oniriques, desservent quelque peu la véritable histoire des personnages.

 

À noter de grands comédiens dans de simples participations, Dimitri Storoge, Hélène Vincent, et Michel Robin

L'Odeur de la mandarine
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Published by Ciné Alain - dans Des films en 2015
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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 20:30

 

Date de sortie 30 septembre 2015

 

Je suis à vous tout de suite

 

Réalisé par Baya Kasmi


Avec Vimala Pons, Mehdi Djaadi, Agnès Jaoui,

Laurent Capelluto, Ramzy Bedia, Claudia Tagbo, Camélia Jordana, Anémone


Genre Comédie dramatique


Production Française

 

Synopsis

 

Hanna (Vimala Pons) a 30 ans, beaucoup de charme et ne sait pas dire non : elle est atteinte de la névrose de la gentillesse.

 

Ce drôle de syndrome familial touche aussi son père, Omar (Ramzy Bedia), "épicier social" et sa mère, Simone (Agnès Jaoui), "psy à domicile".

 

Avec son frère Hakim (Mehdi Djaadi), focalisé sur ses racines algériennes et sa religion, le courant ne passe plus vraiment. Mais un événement imprévu oblige Hanna et Hakim à se retrouver...

 

Je suis à vous tout de suite

 

Camélia Jordana, Mehdi Djaadi, Vimala Pons, Ramzy Bedia, Agnès Jaoui, Anémone

Le film est à la fois la trajectoire d’une jeune femme et celle de sa famille, notamment de son frère Hakim.


À la base, c’était vraiment l’histoire d’Hanna et de son frère. L’impulsion m’est venue quand j’ai lu La Contrevie, de Philip Roth, l’histoire de deux frères juifs new-yorkais. L’un est le bon juif dentiste resté dans les traditions. L’autre a écrit des livres très durs sur la communauté juive, il n’est pas croyant, il est un peu le traître et ils ne se parlent plus parce que l’un de ses romans a fait beaucoup de mal à la famille. J’ai été fascinée par le rapport entre ces deux frères, leurs oppositions, leurs choix de vies différents, leur rapport à l’origine, à l’identité, à la religion...Roth est d’une autre génération, d’une autre origine, d’un autre pays, mais j’avais l’impression qu’il parlait de moi, de nous. De la génération des enfants d’immigrés maghrébins, qui, quels que soient leurs choix, sont obligés de se positionner par rapport à leur origine, leur religion, leur communauté supposée. Dans toutes les familles issues de l’immigration, ces tiraillements existent et c’est un sujet qui me passionne.

 

Comment est né Je suis à vous tout de suite ?


Je suis la fille d’un Algérien musulman, mais aussi d’une Française, de parents communistes, convertie à la chrétienté, puis au bouddhisme et à l’hindouisme. J’ai grandi comme beaucoup d’enfants de l’immigration avec un pied en France et un pied en Algérie (du moins dans le fantasme). Aujourd’hui le lien à l’identité passe énormément par la religion. Moi je suis une femme, née en France, qui ne croit plus en dieu et qui se revendique athée (quelque chose qui m’est tout à fait naturel mais qu’on ne peut pas vraiment faire en Algérie), et évidemment je me questionne beaucoup sur ma génération et tous ceux qui ont eu ce besoin d’aller vers la religion alors que j’essayais de m’en libérer.

Je suis à vous tout de suiteMon rapport à ces mouvements identitaires et religieux et à la foi critique et empathique. Ces questions sont obsessionnelles chez moi, chez les gens d’origine maghrébine, mais pas seulement. Au sein de beaucoup de familles issues de l’immigration, des courants contraires existent.

 

 

Il y a ceux qui perpétuent une tradition, ceux qui la quittent, ceux qui la tordent. Après il y a aussi cette omniprésence de l’Islam chez les immigrés de première génération. On débarque dans un nouveau pays, on ne veut surtout pas gêner, on veut être aimé, on pense à ceux qui restent et à qui on doit envoyer de l’argent, à l’avenir meilleur qu’on doit donner à ses enfants, et on s’oublie. Après, il y a la seconde génération, la mienne, qui a compris que la névrose de la gentillesse, c’est aussi ne pas exister. Cette génération est tentée de placer le curseur à l’opposé : dans une revendication identitaire et religieuse extrême parce que leurs parents ont trop "fermé leur gueule". Pour moi, le personnage du père, très gentil, toujours prêt à s’adapter, est très important pour comprendre le parcours d’Hakim.

Votre histoire pourrait être dramatique. Vous saviez d’emblée que vous vouliez la traiter sur un ton plutôt comique ?


Il y avait dès le départ le désir de dédramatiser une situation politique angoissante : le racisme, l’augmentation de la méfiance, la montée du religieux et l’utilisation politique qui en est fait de tous les côtés. J’avais envie d’exprimer librement un point de vue en dehors de l’actualité sur l’Islam, le voile, le hallal. Je voulais en rire de l’intérieur, dans la complexité d’une famille. En tant qu’enfant de l’immigration, on a un regard particulier qui manque dans le débat français sur tous ces sujets obsessionnels : immigration, identité, religion. Cette deuxième génération a une place étrange, inconfortable et d’autant plus intéressante. Au début du XXème siècle, les gens qui se sont battus pour la séparation de l’Église et de l’État, ils se battaient contre leurs pères, contre ceux qui dominaient la société, religieusement, politiquement, socialement, économiquement.

 

Je suis à vous tout de suite.

Nous on réprime ce désir de se révolter contre une religion ou des idées répressives, parce que ceux qui les "représentent", nos parents, ont souffert toute leur vie du racisme et de la précarité. On aurait l’impression d’achever un blessé, qu’on aime de surcroit et qu’on comprend.

 

 

J’ai toujours eu l’impression que c’est ce phénomène qui pousse parfois les enfants d’immigrés à se faire l’étendard d’une culture qui n’est plus vraiment la leur. C’est à nous de parler de notre héritage, de nos souffrances et de notre connerie. Mais quand on écrit dans une France angoissée, inégalitaire et souvent xénophobe, on a la sensation de marcher au milieu d’un champ de mine, on a peur de donner du grain à moudre aux fachos et aux racistes. Pour moi, le seul remède à cette situation, c’est l’humour. Dans l’humour il y a la violence et la tendresse qui coexistent, il y a la dimension comique des personnages, des situations poussées dans leurs paradoxes, une tragi-comédie qui donne de la complexité au gens et à leur choix. Et puis avec Michel, quand on écrit ensemble, on a toujours le rire en ligne de mire. Ça nous rend plus légers et on a un truc de sales gosses provocateurs, tout excités à imaginer la tête des gens quand ils verront les vilains tours qu’on leur a préparés.


Le récit fait beaucoup d’allers et retours dans le temps ?


J’aime quand il y a plusieurs époques, des choses qui se répondent, que des fils qui ne semblaient pas liés peu à peu se rejoignent, que le spectateur soit emmené dans un labyrinthe dans lequel il avance, un peu à l’aveuglette. Les livres ou les films qui me bouleversent jouent avec les ellipses, la remontée des émotions, la profusion. J’essaie d’être claire avec le personnage, son émotion, mais j’aime que l’objet global reste touffu. Il doit perdurer un mystère, même pour le réalisateur, dans le scénario qu’il tourne.


Vous aviez des idées de mise en scène précises ?


Certaines scènes étaient déjà dans ma tête. La scène de l’accouchement par exemple où on a conçu un lit à trucage artisanal pour donner l’impression qu’Agnès accouchait vraiment. C’était très ludique. Avec ma fille, qui jouait Hanna à 3 ans, on n’avait pas le choix, on était suspendu à ce qu’elle voulait bien faire, j’imaginais une situation, on cachait la caméra, on a essayé avec la complicité des acteurs de l’amener à ce qu’on voulait. Mais j’avais dessiné aussi la scène où la fillette de 10 ans va chez le docteur. J’ai aussibeaucoup travaillé les passages d’une époque à l’autre, par exemple les silhouettes dans le tunnel, car le récit était complexe et il fallait provoquer des sensations sans perdre le spectateur trop longtemps. Après, tout était un travail passionnant avec au centre le choix des acteurs et des décors. Pour l’image, j’avais envie de peaux très chaleureuses, de couleurs chaudes, d’éviter la sensation d’image plate qu’a parfois le numérique. J’ai travaillé avec Guillaume Deffontaines, qui avait déjà fait mon court-métrage J’aurais pu être une pute. On s’entend très bien, on aime tous les deux chercher, changer d’avis, laisser entrer la vie dans ce qu’on avait décidé précédemment. Le travail sur le rythme et le récit, avec la monteuse du film, Monica Coleman, a aussi été très important au montage. Et à la musique, j’ai collaboré avec Jérôme Bensoussan un ami de quinze ans. Ses compos me surprennent toujours
et m’émeuvent en même temps.


La scène d’amour entre Hanna et Paul est très belle.


Hanna prend du plaisir avec les autres hommes avec lesquels elle couche, elle ne se punit pas. Mais avec Paul, il y a quelque chose de plus. Quelque chose bascule et se libère avec lui. C’est d’autant plus intéressant qu’un malentendu fait qu’il pense qu’elle est une pute, ce qui fait de lui un client. Pourtant c’est une scène d’amour. Dans cette scène, je voulais être très proche d’eux, qu’on soit dans le détail de leurs visages et de leurs peaux, intégrés au désir, jamais voyeurs. On a lancé une prise, Guillaume Deffontaines était agenouillé, très près du lit, il n’y avait presque personne sur le plateau et là, Vimala et Laurent sont partis pour vingt minutes d’amour de cinéma. Elle l’a embarqué et lui, il s’est laissé faire. L’idée était que ce soit joyeux, tendre. Guillaume a tenu le plus possible avec la lourde caméra. À la fin, il y avait leurs soupirs de plaisir à eux et ceux de Guillaume épuisé, au coeur de la scène !


La femme d’Hakim n’est pas la caricature de la femme voilée soumise.


Kenza a du caractère, un point de vue, elle ne s’écrase pas. Et c’est elle qui amène Hakim à se réconcilier avec sa soeur. Elle conduit, elle fume. C’est une Française qui a envie de rester française, elle n’est pas du tout dans cette guerre contre la France, son rapport à la religion est moins névrotique que celui d’Hakim qui, à un moment s’est senti rejeté et exprime ainsi son hostilité. Camélia Jordana a un visage très régulier, sensuel et apaisant, je voulais qu’elle soit belle avec ce voile, que ça ne coupe pas sa féminité. Je voulais filmer ce couple dans la passion aussi, car ce n’est pas parce qu’ils sont croyants qu’ils n’ont pas de corps, de désir.

 

Je suis à vous totu de suite

 

Camélia Jordana et Claudia Tagbo

 

Cette hostilité ne va néanmoins pas jusqu’au terrorisme...


Même après les évènements de janvier 2015, je suis heureuse d’avoir totalement exclue la question du Djihadisme, car il me semble qu’il y a plus à dire et de manière plus ample sur les milliers de jeunes de cette génération qui n’ont jamais pensé au terrorisme, mais qui ne sont entrés en religion, mettent des djellabas, se revendiquent musulmane dans un temps où il est difficile de l’être. Qu’est-ce que cette attitude dit du rapport à la France et aux origines ? Quelque chose me déplaît dans cette démarche, mais c’est aussi l’expression d’une revendication citoyenne, une manière de dire : je suis Français et tu dois m’accepter tel que je suis. La barbe musulmane ou le voile sont aussi le costume d’une identité sociale et culturelle, pas seulement religieuse. Comme le hallal, qui est à la fois une mode, un filon commercial et un fait de société que j’avais envie d’utiliser pour voir ce qu’il y a derrière. Il y a plein de façons différentes d’être musulman, de se voiler, de faire le ramadan et je voulais que cela se dégage du film. Et puis la religion est un choix, pas une origine. À un moment, c’est important de dissocier les deux. Hanna est aussi arabe qu’Hakim, même si personne ne la voit comme telle.

Le dîner au restaurant avec la famille de Paul est à la fois drôle et émouvant...


La scène du dîner est bâtie sur une situation de comédie. On commence donc par rire, on est très ouvert, on ne se méfie pas. Alors quand tout un coup, Hanna est rattrapée par son passé, on le prend de plein fouet, comme une claque. En annonçant à sa famille qu’Hanna est une pute, Paul lui fait ce cadeau de l’accepter telle qu’elle est. Ce que son frère et les hommes en général n’ont pas forcément fait avec elle. C’est en disant quelque chose de faux qu’il dit vrai. Paul est un homme qui n’a aucun jugement. Quoi qu’Hanna fasse, même si elle baise avec la terre entière, jamais il ne projettera sur elle quelque chose de sale. En ça, il est un homme idéal. Un homme qui n’a aucun rapport au puritanisme, qui regarde les autres avec curiosité et amour. Tout le monde a envie d’être regardé comme ça. Paul n’est pas pour autant un type faible, il a sa vision des choses. À un moment il est cruel avec elle, en lui disant ses quatre vérités à l’hôpital, mais il le fait par amour.

 

Et le choix de Vimala Pons ?


Entre elle et moi, c’est une vraie histoire d’amitié, et de travail depuis mon premier court-métrage. Elle a lu le film très en amont. J’aime écrire en pensant à elle, sa beauté, son mystère. J’ai toujours envie de la filmer. Une fois qu’elle fait confiance, elle donne énormément, elle a une liberté extraordinaire, elle n’a peur de rien. Sauf parfois de sa propre émotion. Vimala a quelque chose de profondément triste aussi, comme tous les grands acteurs de comédie, elle sait transformer cela en rire, elle a un rythme unique et tout son corps est au service du jeu. Comme Laurent Capelluto d’ailleurs. La façon dont il place les répliques génère toujours un effet comique surprenant. Il est pince-sans-rire et sexy. Paul est un médecin gentil, limite banal, Laurent lui apporte cette intelligence pétillante, il est à la fois rassurant et naïf, à la fois l’homme et la femme, à la fois Tony Curtis et Marylin.

 

Je suis à vous de suite

 

Vimala Pons et Laurent Capelluto

 

Et Mehdi Djaadi pour jouer le frère ?


Je recherchais quelqu’un qui n’ait pas besoin de crier pour avoir l’air violent et faire un peu peur. Quand j’ai rencontré Mehdi par l’intermédiaire d’Aurélie Guichard, la directrice de casting, j’ai été impressionnée par son charisme. J’aime son côté physique, allié à une grande douceur dans le visage. Il a une palette de jeu très large et quand on les a mis ensemble, avec Vimala, leurs points communs physiques étaient évidents, on voyait se dessiner une famille.

 

Et Agnès Jaoui ?


C’est une grande actrice. Elle est libre, généreuse, d’une grande finesse. Elle m’a beaucoup aidée pendant le tournage. Dans chaque scène, il y avait potentiellement une phrase gênante à dire pour l’un des comédiens, car on aborde des sujets polémiques... Ça générait de la discussion mais Agnès donnait confiance à tout le monde. Elle était là pour le film.


Et Ramzy ?


Il avait ce que je cherchais dans le rôle, une générosité non feinte derrière laquelle on peut sentir les blessures et l’angoisse. Il est très drôle mais c’est aussi un acteur dramatique qui prend aux tripes. Le casting est fondamental pour moi, c’est là où le film se "joue". J’aime bien que les acteurs de ce film viennent d’horizons très différents, qu’il n’y ait pas de "chapelles".

 

Même les plus petits rôles ont une existence...


Quand tu as la chance d’avoir des comédiens tellement bons et avides de jouer, c’est très exaltant. Ça donne de la réalité au film. J’ai eu la chance de pouvoir compter sur des amis, des camarades, qui ont accepté des petits rôles, ce que j’ai pris comme des cadeaux. C’était toujours des petits défis. Ces comédiens ont apporté leur expérience et leur personnalité. On essayait de s’éclater, de faire de ces quelques jours de tournage un moment fort. Par exemple, Lyes Salem m’a "emmenée" en Algérie où il a tourné tous ses films en me mettant en contact avec son équipe là-bas. C’était comme un parrainage alors c’était le pied de démarrer avec lui qui joue le douanier, à l’aéroport d’Alger. Idem avec Bruno Podalydès qui avait joué dans mon court avec Vimala que j’ai eu un immense plaisir à retrouver. Christophe Le Masne a accepté de reprendre son rôle "d’emmerdeur en chef" de ses propres films, et j’ai réécrit la scène où Paul croit qu’Hanna est pute, pour que Christophe Paou puisse y trouver un terrain de jeu à sa mesure. Carole Franck et Zinedine Soualem, ont accepté de venir aussi, j'ai une passion pour ces deux acteurs, ils me font tellement rire, j'aimerai qu'ils soient dans tous les films !

 

Je suis à vous tout de suite

Mon opinion

 

Excellente scénariste, Baya Kasmi signe ici son premier long-métrage en tant que réalisatrice et scénariste.

 

Les invraisemblances et les grosses ficelles alourdissent un scénario qui traite un sujet d'actualité sur un ton qui se veut frivole. Cette parodie légère, souvent trop appuyée et alambiquée, rend le film quelque peu rébarbatif.  

 

Ceci étant dit les spectateurs présents dans la salle s'amusaient beaucoup, preuve que le pari de Baya Kasmi semble réussi, pour certains.

 

La bande-annonce semblait alléchante, le film ne m'a pas convaincu. Compte tenu de son histoire, de son talent en tant que scénariste, je m'attendais à un film drôle et profond à la fois. À trop appuyer sur certains points comiques, l'histoire des personnages devient secondaire. C'est dommage.  

 

Seul le talent des acteurs a retenu mon attention. Est-ce suffisant pour parler d'un premier long-métrage ?

 

Je suis à vous tout de suite

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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 15:15


Date de sortie 30 septembre 2015 

 

Lamb


Réalisé par Yared Zeleke


Avec Rediat Amare,

Kidist Siyum, Welela Assefa, Surafel Teka, Rahel Teshome 


Genre Drame

 

Festival de Cannes 2015 - Lamb

 

Premier long métrage pour Yared Zeleke, réalisateur de 36 ans, qui est aussi le premier cinéaste éthiopien sélectionné au Festival de Cannes. Lamb est présenté dans la catégorie Un Certain regard

 

"Lamb est à l'image de mon propre parcours, profondément personnel et inévitablement politique. Il s'agit d'un roman d'apprentissage, semi-autobiographique, imprégné par le chagrin, le courage et l'humour qui caractérisent la vie dans mon pays." déclare Yared Zeleke.

 

"C'est incroyable ! Je me pince encore pour y croire", dit-il. "Je me sens vraiment reconnaissant, chanceux, et fier de représenter cette partie du monde", a confié le cinéaste à l'AFP à Paris, à quelques jours de l'ouverture du festival. Il a appris la nouvelle de sa sélection alors qu'il était en train de faire le montage son de son film. "Ca a vraiment illuminé ma journée, ma semaine, mon année, ma vie!", lance en riant le jeune réalisateur.

 

Yared Zeleke est déjà venu à Cannes en 2013 avec le projet de son film, dans le cadre de l'Atelier de la Cinéfondation, qui permet à de jeunes cinéastes de rencontrer des partenaires potentiels. Après avoir monté une société à Addis Abeba avec sa productrice ghanéenne, il a bénéficié du soutien de coproducteurs et distributeurs français. Même si, dit-il, "comme pour beaucoup de premiers films, il a fallu se battre pour essayer de boucler le financement". D'autant plus quand il s'agit d'une histoire "avec des enfants et des animaux qui se passe en Afrique, en Ethiopie". - "Paradis perdu" -

 

Le cinéma africain est "très fragile", reconnaît Yared Zeleke, qui vit aujourd'hui en Éthiopie après une vingtaine d'années passées loin de son pays. Financer des films de ce continent, "c'est un défi, jusqu'à ce que les gens commencent à s'ouvrir à l'idée que quelque chose puisse venir de cette partie du monde", ajoute-t-il. Mais "alors que l'économie se développe, que de plus en plus de gens sont éduqués, il est temps pour nous, Africains, de raconter nos propres histoires, nourries de nos vies, de nos expériences".

 

Né à Addis Abeba, où il a été élevé par sa grand-mère, Yared Zeleke a quitté l'Éthiopie pour les Etats-Unis en 1987, pour retrouver son père qui avait fui la dictature communiste. Il n'était pas au départ destiné à une carrière dans le 7ème Art. Il a d'abord étudié l'agroéconomie "parce qu'il voulait travailler avec les fermiers éthiopiens", avant de réaliser que "son truc, c'était vraiment de raconter des histoires".

 

"J'ai été envoyé aux Etats-Unis, le pays de tous les rêves pour un Ethiopien à cette époque, et peut-être encore maintenant. Mais pour moi, c'était comme un cauchemar parce que je ne voulais pas quitter ma famille et mon pays", explique le jeune homme, auquel "cela fait du bien d'être de retour".

 

À travers notamment la société de production qu'il a cofondée, Yared Zeleke veut aussi "aider le secteur du cinéma" en Éthiopie. Car, explique-t-il, dans son pays, "il n'y a pas encore d'institutions ou de financements pour soutenir la croissance du cinéma. Il y a encore beaucoup à faire"."J'ai beaucoup de rêves", ajoute-t-il.

 

"J'aimerais ouvrir des vidéo-clubs pour que les gens aient accès à des films du monde entier, j'aimerais enseigner le cinéma à l'université ou monter des ateliers pour les acteurs et les professionnels du cinéma".

Sources : culturebox.francetvinfo.fr

 

Kidist Siyum, Amare et  Yared Zeleke - Festival de Cannes 2015

 

Kidist Siyum, Amare et Yared Zeleke

20 mai 2015 - Festival de Cannes.

 

Synopsis

 

Ephraïm (Radiat Amare), un garçon de neuf ans, vit avec sa brebis Chuni dans les terres volcaniques d’Éthiopie.

 

Lorsque sa mère meurt lors d’une famine, son père l‘envoie, accompagné de sa brebis, chez des parents éloignés dans une région plus verte du pays, loin de leur terre natale dévastée par la sécheresse.

 

Dans ce nouvel environnement, Ephraïm a le mal du pays.

 

Son oncle lui ordonne d’abattre sa brebis pour une fête à venir. Il élabore alors un stratagème pour sauver Chuni et retourner chez lui.

 

Lamb


Racontez-nous la genèse de votre film.


En 2010, j’avais déjà une version de 20 pages de mon script, qui s’appelait Lamb. Je comptais en faire une thèse mais mon professeur d’écriture de scénario à l’Université de New York, le réalisateur Todd Solondz (Happiness), m’a encouragé à le convertir en long métrage. Un an plus tard, j’ai rencontré mon actuel producteur, Ama Ampadu, et en juin 2011 je commençai à écrire mon premier scénario qui, exactement un an après, reçut un financement du Fonds d’aide au développement du scénario au Festival du Film d’Amiens. Nous avons commencé le casting à Addis Abeba en 2014. J’ai auditionné environ 6500 personnes de tous les styles et de tous les âges sachant que la priorité était donnée aux sept personnages principaux (trois enfants). Mon assistant principal, Terhas Berhe, et moi-même nous sommes rendus dans une dizaine d’écoles. Nous avons arpenté les rues, lancé un message radio pour trouver les perles rares…

 

L’atmosphère du tournage ? Une anecdote de plateau ?


LambEn dépit des conditions difficiles, l’atmosphère de tournage fut magique, à l’image du merveilleux décor de montagnes qui nous entourait. La première partie de Lamb fut tournée dans les plaines, la seconde dans les hautes terres glaciales (jusqu’à 3000 mètres d’altitude).

 

 

La plupart des paysans avec qui nous avons travaillé n’avaient pas l’électricité. Certains enfants n’avaient jamais vu d’européens, ce qui a causé des crises de larmes à répétition. Malgré tous les obstacles (un acteur quasiment encorné, un autre presque culbuté par un cheval…) nous avons réussi à terminer le film à temps, grâce à une équipe formidable. Le dernier jour, j’étais soulagé, je savais que j’avais réalisé mon premier long métrage.
 
Quelques mots sur vos interprètes ?


J’ai eu beaucoup de chance avec les acteurs. Avant de commencer le casting, j’avais fait une liste des caractéristiques de mon personnage principal. Le garçon qui deviendrait Ephraim devait être intelligent, ouvert, confiant, enjoué, à l’écoute, subtil ; avoir été blessé ou traumatisé dans l’enfance sans avoir perdu l’envie d’aimer et d’être aimé ; ne pas avoir peur des caméras; être capable de supporter les stress physique et psychologique que supposent un long métrage.

 

LambRadiat Amare remplissait tous ces critères, il était solide, généreux et drôle. Il a supporté le climat glacial, le mal des transports, et a réussi, en moins d’un mois, à apprendre suffisamment d’anglais, de français et d’allemand pour faire des blagues à l’équipe internationale.

Il respirait la joie !

 

 

De tous les acteurs je savais que Kidist Siyum était la fille que je recherchais pour jouer le rôle de l’adolescente rebelle. Welela Asefa, pourtant plus jeune que la personne recherchée, transmettait l’amour comme le personnage d’Emama. Surafel Teka respirait l’autorité comme Salomon, alors qu’il est un homme doux et assez comique ! Rahel Teshome était aussi beau et complexe qu’Azeb.

 

Sources : www.festival-cannes.com

 

Lamb.Lamb.Lamb

Mon opinion

 

Le réalisateur Éthiopien Yared Zeleke, était présent au Festival de Cannes 2015, dans la section Un certain regard. " Reconnaissant, chanceux, et fier de représenter cette partie du monde" a-t-il déclaré.

 

Une autre vue de son pays, après Difret, réalisé par Zeresenay Mehari, dont l'action se situait il y a presque vingt ans.

 

Le film de Yared Zeleke se situe sur les hauts plateaux Éthiopiens. Un monde dans lequel "les hommes ne sont pas faits pour la cuisine". Mais un lieu où les femmes, les aïeules en particulier, ne s'en laissent pas compter.

 

Après la mort de sa mère, un enfant de 9 ans, Ephraïm, n'a plus qu'une seule amie. Sa fidèle brebis, dénommée Chuni. Déraciné pour cause de sècheresse son père se voit contraint de le confier à un lointain parent.

 

Si le réalisateur ne prend aucun risque, il  démontre sa vision, existant entre une certaine modernité des villes et les campagnes reculées accrochées à des rites qui peuvent paraître d'un autre âge. Entre jeunes et aînés, la confrontation est souvent rude. En particulier avec l'attraction de la ville pour une jeune fille qui, en plus de lire le journal, refuse avec obstination de se plier à la tradition.

 

Filmé dans un cadre majestueux, la directrice de la photo, Josée Deshaies, offre au spectateur des panoramas d'une grande beauté. Une invitation au rêve.

 

Entre récit initiatique, rêve ou documentaire, Lamb est un film simple, beau et attachant. Le jeune Rediat Amare qui tient le rôle de l'enfant est particulièrement touchant.

Lamb
Lamb
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30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 18:25

 

Date de sortie 30 septembre 2015

 

Ni le ciel ni la terre


Réalisé par Clément Cogitore


Avec Jérémie Renier, Kévin Azaïs, Swann Arlaud,

Marc Robert, Finnegan Oldfield, Sâm Mirhosseini, Christophe Tek


Genre Guerre, Drame


Production Française, Belge

 

Après des études au Fresnoy Clément Cogitore, né en 1983, développe une pratique à mi-chemin entre cinéma et art contemporain. Mêlant films, vidéos, installations et photographies son travail questionne les modalités de cohabitations des hommes avec leurs images. Il y est le plus souvent question de rituels, de mémoire collective, de figuration du sacré ainsi que d'une certaine idée de la perméabilité des mondes. Ses films ont été sélectionnés dans de nombreux festivals internationaux (Quinzaine des réalisateurs Cannes, festivals de Locarno, Lisbonne, Montréal...) et ont été récompensés à plusieurs reprises. Son travail a également été projeté et exposé dans de nombreux musées et centre d'arts (Palais de Tokyo, Paris, Centre Georges Pompidou, Paris, Haus der Kultur der Welt, Berlin, Museum of fine arts, Boston...).

 

"J'appartiens à une génération et une "famille" d'artistes dont la principale caractéristique est de ne pas avoir d'atelier. Alternant entre résidences, studios de tournages, salles de montage et laboratoires photographiques, mon travail se développe au gré des lieux qui accueillent son processus de production. Pourtant cet atelier existe, il consiste en une valise de taille cabine et un ordinateur portable Apple dont les 2 cm d'épaisseur contiennent l'ensemble de mes pièces, images, archives et projets, et dont la sauvegarde automatique est hébergée sur un serveur Google du fin fond du Texas.


Atelier - Clément Cogitoire

 

Pour cette première publication monographique, je souhaitais un livre en forme de visite de cet atelier, qui donnerait à voir l'ensemble de mes pièces mais aussi les images qui les ont précédées, provoquées, accompagnées, consciemment ou non. À la manière des murs d'un atelier d'un peintre qui seraient recouverts de photographies, dessins, reproductions, esquisses, cet objet graphique est un assemblage des documents et images qui sous-tendent mon travail et mes préoccupations.

 

Atelier - Clément Cogitore paru en mars 2014 aux Presses du Réel.


Ces documents balaient un champ iconographique assez large : parfois simple outils de travail, croquis, recherches, ou images de repérages, le plus souvent reproductions d'œuvres d'art, captures d'écran de films, photographies d'objets ou amateures, tous sont partie prenante de l'élaboration de mes images.


Ce montage propose une reflexion plastique sur le processus de création, sur ces "images fantômes" qui hantent chaque nouvelle image produite, toutes ces images enfouies derrière d'autres images. Cette articulation presque archéologique est aussi l'occasion d'une réflexion sur le lien étroit que je fais entre l'histoire de l'art, et plus précisément la peinture religieuse byzantine et italienne, et toutes les images en mouvement qui m'intéressent, de Robert Bresson à Batman. "


Clément Cogitore

 


Ni le ciel ni la terre est son premier long métrage.

 

Filmographie :

Parmi Nous - Fiction réalisée en 2011
- Grand Prix Européen Des Premiers Films – Fondation Vevey

- Prix De La Meilleure Photographie / Lucania International Film Festival


Les Bielutine - Documentaire réalisé en 2011
Quinzaine Des Réalisateurs, Cannes 2011

- Prix Du FIDLAB – Festival International Du Film De Marseille


Un archipel réalisé en 2011
Sélection Officielle – Festival International De Locarno


Visités - Fiction réalisée en  2007
Sélection Officielle – Festival International De Locarno

- Prix Du Jury - Festival International Du Film De Vendôme
- Prix De La Meilleure Photographie – Festival International Du Film de Belgrade


Chroniques - Fiction réalisée en 2006
- Grand Prix (Mention Spéciale) – "Entrevues" Festival International Film De Belfort
- Prix SACD De La Fondation Beaumarchais Paris
- Prix Centre Des Ecritures Cinématographiques – Festival "Ecrans Documentaires"

 

Dans le cadre de son partenariat avec la Semaine de la Critique, la Fondation Gan pour le Cinéma a créé en 2014 une Aide à la Diffusion, pour accompagner, au-delà du Festival, un des sept films (1er ou 2nd longs métrages) de la compétition.
Dotée de 20 000€, l’Aide de la Fondation Gan a été remise le 21 mai à Diaphana, le distributeur français de Ni le ciel ni la terre de Clément Cogitore.

 

Ni le ciel ni la terre

 

Synopsis

 

Afghanistan 2014.


A l’approche du retrait des troupes, le capitaine Antarès Bonassieu (Jérémie Renier) et sa section sont affectés à une mission de contrôle et de surveillance dans une vallée reculée du Wakhan, frontalière du Pakistan.


Malgré la détermination d’Antarès et de ses hommes, le contrôle de ce secteur supposé calme va progressivement leur échapper.


Une nuit, des soldats se mettent à disparaître mystérieusement dans la vallée.

 

Jérémie Rénier - Ni le ciel ni la terre

 

Jérémie Renier

Entretien avec le réalisateur relevé dans le dossier de presse.

 

“Ni le ciel ni la terre ne les pleurèrent et ils n’eurent aucun délai”
Le Coran, Ad-Doukhan, verset 29.

 

Ni le ciel ni la terre est au croisement de plusieurs genres. Comment est né le désir premier de ce film ?


L’idée première m’est venue un jour dans une gare, devant une affiche de personnes disparues. Je me suis dit que ces personnes n’avaient pas disparu, qu’elles avaient été assassinées ou qu’elles avaient refait leurs vies très loin, mais que dans ce bas monde personne ne disparaissait jamais vraiment. Ces personnes manquaient simplement à la communauté humaine. Je me suis demandé ce qu’il se passerait si ces personnes avaient vraiment, purement et simplement, disparu de la surface de la terre. Et j’ai eu envie de faire une sorte de polar métaphysique pour parler de la disparition, traiter du deuil par l’irrationnel.

 

Pourquoi le contexte de la guerre ?


Parce que la guerre, c’est des hommes directement confrontés à la mort. Et je voulais raconter l’art de la guerre aujourd’hui, qui utilise les nouvelles technologies pour être dans un contrôle absolu des corps et du paysage qui passe souvent par l’image. Comment le principe de la disparition, de ce manque, peut-il survenir dans un tel dispositif ? Quels enjeux cela soulève-t-il ? La manière dont nous faisons la guerre raconte aussi qui nous sommes.

 

D’autant plus qu’il ne s’agit pas de n’importe quelle guerre…


Oui, en parlant de la guerre d’Afghanistan je voulais qu’il y ait confrontation de croyances. Ni le ciel ni la terre est un film sur la croyance. Au sens très large. Ça commence avec la croyance de ce qui est vu ou n’est pas vu. Ce qu’on croit s’être passé, est-il vraiment ce qui s’est passé ? Puis avec la croyance de l’identité : est-ce qu’on est bien face au bon ennemi, au bon intermédiaire qui va négocier ? Petit à petit, les soldats voient qu’on peut détourner ces sommets de la technologie que sont leurs dispositifs de surveillance, que toujours quelque chose leur échappe. Leur système de croyance est dévié, on bascule dans une autre forme de perception et d’intuition. Ces soldats vont, peu à peu, cesser de réagir à des faits pour réagir à ce qu’ils considèrent comme des signes, glissant ainsi du domaine du protocole à celui de la foi. En résumé, c’est comme si l’on partait d’un film de guerre pour aller vers le genre policier, avec une bascule dans le fantastique…

… pour finir sur un ton métaphysique.


Dans le dernier tiers du film, je voulais emmener le spectateur vers ce qui est vraiment ce que je voulais raconter : comment se construit la croyance, quel sens elle a pour chacun et comment elle fonde une communauté. Ici, les soldats aussi bien que les talibans, qu’ils soient tatoués, barbus ou surarmés sont chacun à leur manière des enfants perdus. C’est-à-dire des gens comme vous et moi : des êtres qui ont besoin d’amour et peur de la mort.
Leur chemin consiste à mettre des mots sur quelque chose qui ne s’explique pas et les met en danger, de construire un système de croyance et de fiction – au sens nécessaire et beau du terme – pour parvenir à combler ce manque d’amour et combattre cette peur de la mort. Les communautés, que ce soit une famille, un peuple ou une civilisation, se constituent autour de mythes ou de récits partagés qui permettent de cohabiter avec ce qui nous dépasse.

 

Ni le ciel ni la terre

 

Votre film bouscule le rapport à la perception.


J’ai envie qu’on en sorte sans pouvoir se dire si c’est un film de guerre, un film fantastique, un film d’auteur, un film métaphysique, plastique… J’avais envie de traverser les genres, notamment dans le jeu avec le spectateur. J’avais envie de lui faire ressentir tant de la peur, qu’une émotion spirituelle.

 

Votre expérience de plasticien vous a-t-elle guidé ?


Oui, elle m’a nourri. Dans ce film, il y a tout mon univers de plasticien. Mais ce qui était important pour moi, c’était de ne pas faire un film d’artiste, expérimental ou ultra contemplatif. Je viens d’une cinéphilie assez radicale et plutôt visuelle – Tarkovski, Bresson, Godard… – puis j’ai redécouvert le cinéma avec la série et ses arches narratives extrêmement fortes, ses drames shakespeariens étalés sur plusieurs saisons… Tout d’un coup, je retrouvais le plaisir qu’on me raconte une histoire et j’ai voulu confronter mon univers très visuel à un récit haletant et des personnages très ancrés. J’avais envie de me confronter à des rebondissements, trouver un équilibre entre un univers halluciné et une dramaturgie forte.

Comment avez-vous écrit le scénario ?


J’ai rencontré Thomas Bidegain assez tôt, sur un traitement, qui a donné lieu à un échange extrêmement nourrissant. Ensuite, j’ai écrit la première version seul. Et à partir du moment où le scénario était assez solide, Thomas est intervenu régulièrement. La forme du film s’est trouvée assez vite mais j’ai mis deux ans à faire aboutir les questions de rythme, d’efficacité, de pure dramaturgie, d’évolution des personnages. Je me suis aussi documenté sur ce qu’est la guerre en Afghanistan, le travail avec les populations locales, l’utilisation des armes, les technologies numériques. J’ai fait des entretiens avec des militaires, regardé des vidéos de soldats qui préparent leurs opérations, les débriefent. Cette guerre est aussi la rencontre de deux civilisations, deux types de pensée : une armée occidentale et un village oriental reculé. Comment instaurer le dialogue entre ces deux parties, l’une dans le pouvoir et l’occupation, l’autre dans la survie et la continuation de son mode de vie ? Comment se parle-t-on, négocie, interagit-on ? Et quand est-ce qu’on arrive dans une impasse ? Ces questions qui relèvent plutôt de ma pratique documentaire m’intéressent beaucoup.

 

Ni le ciel ni la terre - .Ni le ciel ni la terre

 

Le film s’ouvre sur la disparition d’un animal, pas d’un homme…


Cette fausse piste permet d’ouvrir le sens du film. Ce qui agit dans cette vallée ne s’attaque pas aux hommes mais agit sur le vivant dans son ensemble. C’est un phénomène physique, qui se produit à cet endroit, dans ces conditions là. Contrairement aux malédictions ou miracles, ce phénomène n’a pas de morale. Il ne vient pas pour punir ou récompenser. Dans Ni le ciel ni la terre il n’est pas question de religion mais de sentiment du sacré, c’est-à-dire de rapport au divin ou à l’invisible hors de toute utilisation politique de ce sentiment. Il s’agit ici de mystique. Dans l’islam elle a pour nom soufisme. Dans le dernier tiers du film, Antarès assiste à une cérémonie soufie, et d’autres références discrètes ou subliminales au soufisme parsèment le film. Par ce qu’elle prône un islam tolérant, spirituel, basé sur une relation directe de l’individu au divin, cette branche très libre de l’islam est depuis la montée de l’islam radical une des premières victimes de son fanatisme.

 

Au regard de l’actualité, pensez-vous qu’il est d’autant plus nécessaire de parler de la croyance aujourd’hui ?


Quand j’ai commencé à écrire ce film, en 2010, je ne pensais pas qu’il allait être autant en résonance avec l’actualité. À l’école laïque et républicaine, j’ai appris il y a bien longtemps que ce qui m’était enseigné est une réalité objective, une vérité. Et que ce qui sortait de ce cadre relevait de la croyance. J’ai mis du temps à réaliser l’ampleur de ce mensonge. Le monde occidental est une construction de croyances au même titre que les communautés considérées comme archaïques ou nourries de religieux. Notre démocratie est une croyance, les droits de l’homme sont une croyance. Le capitalisme aussi est une croyance, qui a elle aussi ses obscurantistes. Il cause des dommages aussi violents pour l’espèce que le fanatisme religieux. La question n’est donc pas tant : est-ce qu’on vit dans la croyance ou pas ? Mais : dans quelle croyance vit-on et est-ce que celle-ci fait du monde un endroit plus habitable ?

 

Où avez-vous tourné ?


Au Maroc, dans les montagnes de l’Atlas, qui ressemblent beaucoup à l’Afghanistan. Ça n’avait aucun sens pour moi de partir vraiment en Afghanistan, de mettre en danger une équipe pour un film qui pouvait se tourner ailleurs.

 

Ni le ciel ni la terre

Dans vos images, on sent quelque chose de très pensé et en même temps de très intuitif, sensuel…


J’ai tendance à essayer de tout contrôler mais si on cherche à tout contrôler, on tue ce qui est vivant. Donc il faut se mettre en danger. D’autant plus qu’on pouvait se reposer sur le scénario et donc le risquer un peu, le mettre à l’épreuve de la réalité du tournage. On est parti sans possibilité d’un jour de tournage en plus, même si on était malade, même s’il y avait une tempête de sable, des scorpions, des coulées de boue, des caisses de matériel ou des voitures perdues… Tous les obstacles, j’ai essayé de les intégrer dans le film, de m’en servir pour le nourrir d’une réalité quasiment documentaire. Non pas faire le film quand même mais faire le film encore mieux. Et puis on a filmé beaucoup en lumières naturelles. Par choix esthétique – être au bon endroit au bon moment – mais aussi financier. À l’image, il y avait deux ou trois personnes maximum, toute la lumière du film tenait dans un sac à dos. La caméra était très légère, tout était filmé à l’épaule. Je voulais être à hauteur des soldats, dans une énergie de proximité, chaotique. Physiquement, c’était extrêmement éprouvant mais je crois que ça produit un souffle plus fort.

 

Et le travail sur les différents statuts d’images, notamment celles des militaires qui surveillent l’ennemi ?


Il rejoint mon travail de plasticien. On a tourné avec du matériel utilisé par l’armée, une vraie caméra thermique et de vrais viseurs infrarouges. D’où cette image qui donne un fort sentiment de réalité. Je travaille avec le chef opérateur Sylvain Verdet depuis dix ans. On fonctionne presque en duo : il est très proche de la mise en scène, je suis très proche de la lumière… J’essaye de faire en sorte que l’image et la mise en scène soient une seule et même chose.

 

Jérémie Rénier Pourquoi Jérémie Renier pour incarner Antarès ?


Parce que c’est un très bon comédien, capable de se réinventer à chaque rôle. Il n’a pas vraiment d’image figée, il joue à la fois dans des films grand public et des films d’auteurs radicaux. J’avais envie d’un jeu très physique et Jérémie a fait beaucoup de musculation, s’est durci les traits. J’adore le cinéma d’Herzog et l’un de mes modèles était Kinski. Antarès est un jeune croisé du rationalisme, perdu au bout du monde qui essaye de faire son boulot, de mener à bien sa mission dans cette vallée bizarre.

 

Il est assez colonialiste et parfois méprisant envers les populations locales, mais il respecte les règles.

 

Dans cette vallée au fonctionnement perturbé il va franchir certaines lignes rouges, devenir brutal et manipulateur pour tenter de parvenir à ses fins.


Quand il creuse la grotte, sa croyance est proche de la folie…


C’est fou mais le cheminement pour y arriver est très logique. Le personnage d’Antarès était moins attachant sur le papier, Jérémie lui a apporté beaucoup d’épaisseur et de souffle. Pareil avec les autres acteurs. Kévin Azaïs, je l’ai vu en casting et je suis tombé dingue de lui. Il a une énergie folle. Swann Arlaud aussi est un comédien exceptionnel. Quant aux villageois afghans, ce sont pour la plupart des non professionnels qui amènent des présences différentes, singulières, une autre fragilité parce qu’ils n’ont pas l’habitude de la caméra.

 

Et celui qui joue l’interprète ?


Sâm Mirhosseini est un ancien légionnaire. Il dégage une présence et une énergie très forte. Parfois j’avais juste à allumer la caméra et à capter ce qu’il dégage. Quant à Hamid Reza qui interprète le chef taliban, il a un regard très intense et son dialogue avec Antarès vire parfois à l’absurde. On ne sait plus si on doit rire ou pleurer de ces talibans perdus en guenilles, de ces soldats surarmés et désemparés. C’est aussi ce choc-là que j’avais envie de raconter.

 

Kevin Azaïs - ni le ciel ni la terre

 

Kévin Azaïs

 

Et qu’en est-il de l’utilisation de la musique sacrée ?


C’est une musique ancienne, presque médiévale à laquelle je suis très attaché. Notamment Le Chant des sibylles, qui a un sens très important pour moi. Dans la civilisation grecque, c’était le chant des oracles interprété par les femmes lors des séances de divination. Il est encore chanté aujourd’hui en Andalousie, avec d’autres paroles pour les liturgies de Noël. Ce chant méditatif a traversé des croyances différentes, il vient du fond des âges, d’un monde où les hommes parlaient avec les esprits. Mais avant d’être rattachée à un sens ou à un savoir, cette musique me bouleverse de façon immédiate. C’est là sa force absolue : nommer un mystère universel qui n’a pas besoin d’outil esthétique ou culturel pour être perçu.

 

Pourquoi l’avoir confrontée à de la musique électronique ?


C’est une autre attraction musicale forte pour moi. Dans des films précédents (courts métrages ou documentaires), j’ai pas mal filmé des raves, la transe qui se développe, une foule de gens tournés dans le même sens, face à quelqu’un sur scène, inaccessible, hors du monde… Je vois dans ces dispositifs-là la résurgence de rites très anciens, une forme de dispositif liturgique contemporain, débarrassé du religieux.

A la fin du film, Antarès écrit à la femme du soldat disparu : "Je ne disparais pas, je m’absente"…


Cette femme permet de libérer la parole d’Antarès. Avec elle, pour elle, il se met à nommer les choses. Ce qui n’existe pas n’a pas de mot ? C’est justement l’histoire du langage : arriver à nommer l’invisible. Il n’y a pas de cadavre et pourtant, ces soldats ne sont plus là. Comment faire le deuil de quelque chose qui n’est pas vraiment mort ? Pour moi, la phrase d’Antarès est une manière de créer son propre récit pour nommer cette réalité. Son discours est teinté de christianisme mais pas entièrement. Il y est question d’un autre monde qui accompagne le monde. D’où le titre du film : Ni le ciel ni la terre.


Au fond, je ne sais pas si son acte envers cette femme est beau ou monstrueux. Il est je crois comme toute croyance : une fiction consolatrice – peut-être un mensonge - et en même temps il donne un sens au monde.

 

Ni le ciel ni la terre

Ce lyrisme final est brusquement interrompu par l’arrivée de l‘hélicoptère…

 

J’aurais pu m’arrêter sur ce moment lyrique, cette émotion que j’espère à la fois belle et simple. Mais le monde que je raconte n’est pas beau et simple, il est comme le nôtre : beau et terrible.

 

J’ai fait le choix de terminer sur autre chose : cet hélicoptère, la poussière et une musique plus dure.

 

Je ne voulais pas faire un film sur la croyance qui nous aide à nous endormir le soir mais qui au contraire nous réveille et nous hante la nuit.

Mon opinion

 

Après de nombreux courts-métrages, récompensés dans le monde entier, le jeune réalisateur, Clément Cogitoire réalise son premier long métrage avec Ni le ciel ni la terre.

 

Ce film est d'une intelligence rare, à la fois habile, inhabituel, ingénieux et audacieux. D'une force qui assomme, questionne, séduit et dérange dans le même temps, le scénario, coécrit avec Thomas Bidegain est solide et parfaitement documenté.

 

La guerre n'est pas l'enjeu principal. Les montagnes de l'Atlas, en lieu et place de celles de l'Afghanistan, sont superbement photographiées par Sylvain Verdet. La musique est envoûtante.

 

Si les caractères des personnages secondaires auraient mérités d'être plus fouillés, l'intérêt principal du film repose sur un questionnement permanent, qui ne décroît à aucun moment. La croyance dans le sens large du terme. Le deuil, aussi. Avec les convictions profondes de chacun qui se heurtent à l'irrationnel. Au fantastique.

 

Le réalisateur s'interroge et nous interpelle : "Le capitalisme aussi est une croyance, qui a elle aussi ses obscurantistes. Il cause des dommages aussi violents pour l’espèce que le fanatisme religieux. La question n’est donc pas tant : est-ce qu’on vit dans la croyance ou pas ? Mais : dans quelle croyance vit-on et est-ce que celle-ci fait du monde un endroit plus habitable ?" Autant de questions qui ne trouvent pas de réponses rationnelles.

 

"Je ne voulais pas faire un film sur la croyance qui nous aide à nous endormir le soir mais qui au contraire nous réveille et nous hante la nuit." rajoute le réalisateur. C'est réussi.

 

Jérémie Renier domine un casting essentiellement masculin. Il prouve dans cette nouvelle prestation sa capacité à pouvoir tout jouer.

 

Un film dont on ne sort pas indemne, qui pourrait rebuter certains mais, qui pour ma part, restera longtemps en mémoire.

 

Un grand coup de maître, pour ce premier long-métrage de Clément Cogitoire.

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2015
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26 septembre 2015 6 26 /09 /septembre /2015 18:49

Avant-première le 24 septembre 2015

 

Date de sortie 4 novembre 2015

 

La dernière leçon


Réalisé par Pascale Pouzadoux


Avec Marthe Villalonga, Sandrine Bonnaire,

Antoine Duléry, Gilles Cohen, Sabine Pakora, Manon Matringe


Genre Drame


Production Française

 

Inspiration libre du livre de Noëlle Châtelet transposée dans une famille fictive.

 

Lors du colloque organisé par l'ADMD à l'Assemblée Nationale, le 25 janvier 2002, Mireille Jospin, mère de Noëlle Châtelet et l'une des co-fondatrice de l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité pour déclarait à la tribune :

 

"Il faut lutter pour que ce passage inéluctable soit le moins violent possible. Mais la France me fait un peu honte car, elle qui autrefois était à l'avant-garde pour toutes les idées nouvelles, se trouve maintenant à la traîne, derrière la Belgique, la Hollande (...). Il faut absolument sortir de cette situation, faire de la propagande et réussir à être de nouveau comme autrefois, porteurs d'idées nouvelles. A défaut, ne pas être en retard".

 

Synopsis

 

Madeleine (Marthe Villalonga), 92 ans, décide de fixer la date et les conditions de sa disparition.

 

En l’annonçant à ses enfants et petits-enfants, elle veut les préparer aussi doucement que possible, à sa future absence.

 

Mais pour eux, c’est le choc, et les conflits s’enflamment. Diane (Sandrine Bonnaire), sa fille, en respectant son choix, partagera dans l’humour et la complicité ces derniers moments.

 

La dernière leçon - Antoine Duléréy, Marthe Villalongua et Sandrine Bonnaire

 

Antoine Duléry, Marthe Villalonga et Sandrine Bonnaire

Entretien  avec  Noëlle Châtelet relevé dans le dossier de presse.


Comment s’est passée la rencontre avec Pascale Pouzadoux ?


On m’avait déjà proposé des adaptations de La Dernière Leçon à la sortie du livre mais je n’étais pas prête, sans doute, et mes frères et soeur ne l’étaient pas davantage. Mais quand Pascale est arrivée onze ans plus tard, j’ai tout de suite dit oui. Parce que le temps avait passé mais aussi en l’entendant parler. Ou plutôt en voyant le livre qu’elle a posé sur la table dans le restaurant devant moi : La Dernière Leçon, en format poche, tout usé… On avait l’impression qu’elle avait vécu avec lui ! J’ai senti qu’elle était dans une nécessité de faire quelque chose de ce livre qui l’avait beaucoup touchée, que c’était un vrai désir.


De la part d’une réalisatrice de comédies, avez-vous été étonnée ?


Oui, mais pas tant que ça ! La Dernière Leçon est bien sûr un livre sur la mort et son apprentissage mais c’est aussi un hymne à la vie dans lequel il y a beaucoup de rires. Décider d’une belle mort, dans un dernier acte de vie, tel était le souhait de notre mère. Mais qui est encore compliqué à appliquer en France…
Oui, il y a un vrai travail de fond à faire sur la question et c’est surtout pour cette raison que j’ai accepté la proposition de Pascale. Je me suis dit que le film allait porter le débat au-delà du livre, qui avait déjà eu un grand écho. On allait encore gagner en audience et en conviction sur ce sujet qui m’importe tant. Car pendant ce temps qui a passé depuis la sortie de La Dernière Leçon, je me suis engagée dans un combat moral et citoyen pour le droit à une aide active à mourir. Ma mère, une des co-fondatrice de l’ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité) était à au comité de parrainage de l’association et elle partie, j’ai accompagné le livre La Dernière Leçon partout en France pendant deux ans de ma vie, menant cette réflexion sur la nécessité du bien mourir… Progressivement, j’ai repris le flambeau de ma mère sur le droit à une mort choisie. 90 % des Français d’ailleurs sont prêts pour que la loi aille plus loin mais les législateurs résistent encore.

Par ses aspects comiques et la présence de Marthe Villalonga, le film a la dimension populaire propice à justement mettre le débat sur la place publique.


La dernière leçon

 

Oui, et c’est ce que je désirais. Je ne voulais pas d’un film trop élitiste, trop esthétisant. Je voulais que chacun, en le voyant, y soit accueilli simplement. D’emblée, Pascale et moi avions à cœur que le film permette l’émotion sans pour autant tomber dans le pathos.

 

 

Et c’est ce qu’elle a réussi : il y a du rire dans le film – comme il y a eu du rire dans la véritable histoire.


"Inspiration libre du livre de Noëlle Châtelet transposée dans une famille fictive" est-il précisé dans le générique de fin…


Oui, en effet, il me fallait pour cela accepter le passage de la réalité à la fiction. Avec l’idée d’une famille qui ne serait pas la mienne, dont chaque membre fictif permettrait de porter un regard différent sur le geste de cette vieille dame, comme autant de miroirs de la société actuelle face à cette question.

 

Et que vous qualifiez d’"intrus" dans Suite à La Dernière Leçon, un récit qui relate avec précision et lucidité la manière dont vous avez vécu l’aventure de ce film…


La dernière leçon - Marthe Villalonga et Antoine Duléry

 

 

Oui, il est vrai que j’ai eu du mal à accepter ces "intrus" dans mon histoire, notamment ce frère si hostile à la décision de sa mère – ce qui n’était pas du tout le cas dans la vie réelle.

 

 

 

 

La famille que met en scène Pascale est donc très loin de la mienne mais l’esprit du livre est là, dans la justesse de ce couple mère-fille, la manière dont la mère prend sa fille par la main pour lui donner la dernière leçon qui lui manquait, celle de la défusion. Madeleine et Diane apprennent ensemble, elles dialoguent jusqu’au bout dans le rire et l’empathie…

 

Avez-vous suivi le projet de près ?


J’ai très vite développé des rapports de confiance et d’amitié avec Pascale. Et j’ai commencé à m’intéresser beaucoup à ce qui allait se passer. Pascale est venue chez moi pendant des semaines, puis avec son co-scénariste Laurent de Bartillat. Je les ai nourris d’anecdotes et de récits qui n’étaient pas forcément dans le livre, mais qu’il me semblait importants de partager, parfois même dans un rapport de confidence. Et puis ils sont partis écrire de leur côté.

Dans Suite à La Dernière Leçon, vous racontez avec beaucoup d’humour votre réaction à la fois positive mais aussi très vive après la lecture de leur scénario…


Il y a eu une grande réunion à la production pour discuter du scénario et le valider. Comme je le raconte dans le livre, j’avais fait une liste de tout ce que j’aimais et tout ce que je n’aimais pas. Je me disais qu’il fallait que je défende quand même certaines choses et effectivement, je me suis laissée un peu emporter ! J’ai notamment critiqué certaines façons de s’exprimer que je trouvais trop triviales... J’ai donc dit ma vérité – qui a été entendue – mais j’ai aussi été convaincue par les arguments des scénaristes. Et en premier lieu par le fait que Pascale était l’auteur du film, je devais lui laisser sa liberté d’auteur. Cette réunion a été fondamentale : j’ai pris conscience de mes propres résistances à lâcher cette histoire, mon histoire qui m’appartenait et ne m’appartenait plus…

 

Et du coup, vous avez eu envie d’écrire un livre, Suite à La Dernière Leçon, en parallèle à la fabrication du film de Pascale Pouzadoux…


Oui, ce sentiment de dépossession et d’étrangeté que j’éprouvais m’a paru intéressant à analyser et cette impression s’est confirmée grâce à ma mère, si je puis dire… Oui, il m’a paru comme une fulgurance, le 5 décembre 2012, jour anniversaire de la mort de ma mère, que j’avais un rôle à jouer dans l’adaptation qui était en train d’être faite du livre. Alors j’ai pris des notes sur ce qui s’était déjà passé et j’ai commencé à tenir une sorte de journal intime de l’aventure qui progressait. Avec tous les aléas de la création d’un film, que Pascale me faisait très généreusement partager.


Cette Suite est-elle une manière de faire le deuil votre histoire ?


Peut-être pas le deuil mais l’abandon et le leg, oui. Dans le fond, ce livre est l’histoire d’une passation et d’une donation dont j’avais déjà fait l’expérience dans l’écriture de La Dernière Leçon : à partir du moment où l’on écrit, même sa propre histoire, elle appartient aux autres.
Mais le film de Pascale poussait cette dépossession encore plus loin. Pendant plusieurs mois, un scénario s’écrivait – différent de mon histoire mais quand même, c‘était mon histoire !– , sans savoir quelles actrices allaient nous représenter ma mère et moi… J’étais dans un flou et inconfort moral et psychique, une sorte de déséquilibre. J’ai connu alors de grands moments de désarroi.

 

Même si Pascale Pouzadoux a fictionnalisé votre récit, on sent que nombre de phrases l’ont accompagnée dans ce travail d’adaptation…


Les quelques jours qui ont précédé le tournage, Pascale est allée à la campagne, d’où elle m’a appelée pour me dire qu’elle relisait mon livre. Cela m’a touchée et rassurée qu’elle revienne à la source de cette histoire, dans sa vérité. Je pense qu’elle en avait besoin pour le film, de même qu’elle a eu besoin de parler énormément avec son équipe technique, ses comédiens afin de les préparer à cette histoire pas évidente.


Votre mère et vous gardez les mêmes métiers dans le film : sage-femme et enseignante…


Oui, il n’eut pas été possible que Madeleine ait un autre métier. Qui mieux qu’une sage-femme sait ce qu’il en est de la vie et de la mort ? Ma mère me disait d’ailleurs :

 

"On entre dans la vie avec des fleurs et des cadeaux,

pourquoi n’en sort-on pas de la même manière ?"


Pour elle, c’était un seul et même geste. Arriver et partir, la boucle est bouclée. Il était aussi important que Diane reste professeur parce que c’est un métier où la question de la transmission et de la passation est fondamentale. On est donc dans la même maïeutique chez la mère et la fille : faire accoucher les corps ou les esprits…

Comment avez-vous reçu la scène où Madeleine accouche une femme sur un banc de l’hôpital ?


Elle confine au burlesque mais dans l’esprit, elle est vraisemblable. Je vois très bien ma mère accouchant dans l’urgence une femme avant que les médecins arrivent, retrouvant ses gestes de toujours. Madeleine est un personnage hors norme mais ma mère l’était ! A quatre-vingt quatre ans, elle est allée au fond de la brousse au Mali pour aider à la création d’une maison d’accouchement – où elle a fait un dernier accouchement…


Quelle a été votre réaction quand Sandrine Bonnaire et Marthe Villalonga ont été choisies pour vous représenter à l’écran, vous et votre mère ?


Sandrine, ça a été tout de suite une évidence. Pour Marthe Villalonga, le chemin a été plus long à faire mais après coup, je trouve ce choix très convaincant. Marthe a cette dimension de mamma dans le coeur des Français. Et comme ma mère, elle a un côté frondeur et rebelle. J’ai rencontré Marthe et Sandrine lors d’un déjeuner avec Pascale. Quand je les ai vues toutes les deux en face de moi, si complices, elles étaient déjà ma mère et moi. C’est vertigineux. On s’est tout de suite bien entendues et on a beaucoup parlé, notamment de la dimension morale et citoyenne que je donnais à ce film, au livre dont il était l’adaptation et à la Suite que j’étais en train d’écrire…

 

La dernière leçon - Marthe Villalonga et Sandrine Bnnaire

 

Marthe Villalonga et Sandrine Bonnaire

 

Le choix de Marthe Villalonga, moins âgée que le rôle et très porteuse de vie, outre de rendre justice à la propre vitalité de votre mère permet de comprendre mieux le fils, qui reproche à sa mère de vouloir partir trop tôt...


Oui, le film permet de s’approprier le débat et de se demander jusqu’où on peut aller, un "jusqu’où" qui appartient à chacun d’entre nous. Ma mère aussi est partie trop tôt, d’une certaine manière. Elle aurait peut-être pu vivre encore. Je lui posais sans arrêt la question pendant les trois mois du compte à rebours : "Tu es sûre que c’est pour maintenant ? – Oui, moi seule le sais." Cet acte qu’elle devait faire seule puisque la loi ne l’autorise pas, elle avait peur de ne plus avoir la force physique de l’accomplir.


L’acceptation de la décision de sa mère par Diane vient aussi du fait qu’elles entretiennent un lien très fort, très charnel…


Oui, il y a du corps dans tout cela. Cette dimension est très belle dans le film, notamment dans la scène de la salle de bain, au moment où Diane déshabille sa mère pour l’aider à prendre son bain et voit alors ce corps qui souffre, complétement meurtri par l’extrême vieillesse.... Elle comprend alors que sa mère est vraiment au bout de ce qu’elle peut vivre, physiquement et moralement. Elle éprouve enfin de l’empathie. Elle s’oublie elle et voit sa mère comme si elle était en elle. Elles se retrouvent presque dans le même corps quand elles se baignent ensemble. Leurs corps se mêlent et la fille apprend qu’elle aussi va vieillir, qu’elle est mortelle. Ces enlacements, cette posture d’encastrement mère-fille sont extrêmement importants pour comprendre comment cette leçon a pu s’apprendre malgré la difficulté que ça représentait.
 

Suite à la Dernière leçon est aussi le récit d’un tournage auquel vous avez assisté…


Pascale et toute son équipe ont a été incroyablement généreux d’accepter ma présence. En général, les auteurs on ne les aime pas trop sur un tournage ! Mais ils ont senti que je ne venais pas en critique. Ils m’ont laissé ma place, je ne me suis pas sentie exclue. Quand on n’est pas du métier, on ne sait pas toujours ce qui se passe sur un tournage. Grâce à ce livre, j’ouvre une fenêtre pour que les lecteurs et les spectateurs de La Dernière Leçon m’accompagnent dans cette aventure.

 

Comment Sandrine Bonnaire et Marthe Villalonga ont-elles vécu votre présence ?


Pascale m’avait demandé de ne venir qu’au bout de quinze jours ou trois semaines pour les laisser s’installer dans leurs rôles. J’étais comme une petite souris au début, derrière le combo, près de la scripte. Je prenais des notes et de temps en temps, Marthe et Sandrine venaient vers moi… Elles m’ont toutes les deux dit que ma présence les avait galvanisées – si je les avais dérangées, il était entendu, avec moi-même, que je ne reviendrais pas. Sandrine m’a dit un jour : "Il faut que je sois à la hauteur de ce que tu as vécu."

 

Elle vous demandait des conseils ?


C’est plutôt moi qui me suis autorisée à quelques remarques sur mon état d’esprit d’alors, mais très peu, ce n’était pas mon rôle. J’ai éprouvé une grande douceur à être là, dans cette délicieuse situation du dehors-dedans. J’étais à la fois celle qui avait vécu la chose et celle qui était en train de le lâcher. Je me transformais, me préparais à être une future spectatrice lambda.

 

Quelle a été votre réaction à la vision du film ?


Pendant ces deux ans et demi qu’a duré l’aventure du film, j’étais à fleur de peau, les images de ce que j’avais vécu sont remontées et sont venues percuter celles du film quand je l’ai vu la première fois. J’ai pleuré beaucoup mais c’était très compliqué de comprendre la nature de mon émotion. Etait-elle due au souvenir ou au travail d’artiste de la réalisatrice et des comédiennes ? J’avais éprouvé la même interrogation pendant le tournage. Est-ce que j’étais émue parce que je me souvenais que j’avais vécue cette scène ou par ces deux comédiennes magnifiques ?


Votre livre s’achève sur le récit d’une projection du film un peu particulière à l’Elysée Biarritz, où vous vous rendez seule…


J’ai effectivement demandé à voir le film seule, en tête à tête avec lui. J’avais écrit le livre dans la solitude, je devais en voir ce prolongement cinématographique aussi les yeux dans les yeux. Et soudain pendant la projection, dans une espèce de rêve éveillé, j’ai senti la salle se remplir de spectateurs anonymes qui sont venus s’asseoir et je me suis dit, comme je l’écrit dans le livre : "Que cette histoire-là m’appartienne n’a plus grande importance. C’est à tous qu’elle appartient, aux spectateurs que je sens autour de moi, avec leurs histoires qui se mêlent à la mienne, la reprenne en choeur comme un refrain familier." J’ai eu un petit pincement au coeur, certes, mais aussi un sentiment de grand apaisement. Je me suis dit que j’avais fait ce que je devais faire, que j’étais arrivée au bout de ce deuxième grand moment de La Dernière Leçon : après le livre, le film reprenait le flambeau.

 

Et les trois images en cascade qui finissent le film ?


J’aime beaucoup l’envolée de cette femme nue, libre, charnelle. Ma mère était ainsi, elle avait un rapport à la nudité très libre. Sans doute à cause de son métier de sage-femme. Il me semble aujourd’hui que ma mère est partout : dans l’air que je respire, dans la lumière. Elle est céleste, au sens non religieux mais sacré du terme. Je ne suis pas croyante mais il y a une présence céleste de ma mère en moi. C’est pourquoi cette envolée me plait infiniment. Quand au corps mort de Madeleine, on le voit à peine. Dans la réalité, je ne suis pas rentrée dans la chambre de ma mère après sa mort. Je l’ai vue de loin, un peu comme dans le film. Je pense l’avoir dit à Pascale… Et puis enfin on revient sur le vrai visage de ma mère sur le générique de fin, qui ééclaire la salle vide de son sourire radieux." Ce sont les derniers mots de Suite à La Dernière Leçon.

 

La dernière leçon

Mon opinion

 

Plusieurs jours après avoir vu ce film en avant-première, il ne quitte pas mes pensées.

 

Pascale Pouzadoux, à la fois réalisatrice et coscénariste, adapte librement le célèbre roman éponyme de Noëlle Chatelet. En s'écartant de l'œuvre, le scénario permet de dévoiler toutes les attitudes possibles, et bien compréhensibles, des membres d'une même famille face à une fin de vie désirée. De l'acceptation au refus total, parfois violent, jusqu'à l'incompréhension absolue, l'intelligence du scénario dévoile toutes ces réactions sans jamais prendre parti.

 

Il en va de même avec le blocage de la médecine traditionnelle liée au serment d'Hippocrate. Et ce, même quand la vie ne laisse plus assez de libertés pour exister vraiment.

 

Avec une grande délicatesse la réalisatrice évoque les dégâts moraux causés par l'âge. Elle aborde avec la plus grande pudeur tous ceux liés au physique, entraînant dépendance et humiliation. La volonté de finir dans la dignité pour cette femme déterminée, face à son entourage, offre de très beaux moments d'intimité et de réflexion. Tous, parfaitement filmés.

 

Plus que tout, il y a cet amour magnifique entre mère et fille.

 

La scène la plus improbable dans un jardin d'un hôpital prend ici un relief particulier, très émouvant.

 

Le temps qui reste est lié à des pièces de monnaie. Soigneusement empilées sur une étagère elles sont consacrées à l'achat du journal quotidien. Des petits tas qui se réduisent jour après jour. À des objets, aussi, destinés aux proches, en guise de souvenir. Des lettres d'adieu. Un grand amour. Tout peut paraître triste, il n'en est rien. C'est là, l'une des réussites de ce film, éviter tout pathos. 

 

Si l'ensemble du casting est parfaitement convaincant, Antoine Duléry, Gilles Cohen, Manon Matringe, les deux principales protagonistes raflent tout.

 

Sandrine Bonnaire, éclatante de beauté, éblouit par son magnifique sourire et fera chavirer le cœur avec un seul regard.

 

Marthe Villalonga est étonnante. À la fois rayonnante dans la beauté de son âge, entêtée, tourmentée par cette décision qui ne sera pas sans causer de chagrin, elle est tout à fait remarquable. Éblouissante n'est pas le mot qui puisse convenir le mieux pour ce rôle. C'est pourtant toute la lumière et l'amour qu'elle dégage qui resteront marqués dans ma mémoire.

 

Un grand film qui ne peut laisser indifférent.

 

Devant la volonté inébranlable d'une femme hors du commun, cette dernière leçon pousse à la réflexion et invite à méditer sur le droit de mourir dans la dignité.

 

J'espère vivement que ce film sera vu par le plus grand nombre.

 

 

 

Noëlle Châtelet : Ma mère m’a aidée à apprivoiser sa mort

Pour lire l'article paru dans psychologies.com cliquez ICI !

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