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13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 11:00

 

Date de sortie 5 octobre 2016

 

Une vie entre deux océans (The Light Between Oceans)


Réalisé par Derek Cianfrance


Avec Michael Fassbender, Alicia Vikander, Rachel Weisz,

Bryan Brown, Emily Barclay, Jack Thompson


Genres Drame


Production Américaine, Britannique, Néo-zélandaise

 

Synopsis

 

Quelques années après la Première Guerre mondiale en Australie.

 

Tom Sherbourne (Michael Fassbender), ancien combattant encore traumatisé par le conflit, vit en reclus avec sa femme Isabel (Alicia Vikander), sur la petite île inhabitée de Janus Rock dont il est le gardien du phare.

 

Mais leur bonheur se ternit peu à peu : Isabel ne peut avoir d’enfant…

 

Un jour, un canot s’échoue sur le rivage avec à son bord le cadavre d’un homme et un bébé bien vivant. Est-ce la promesse pour Tom et Isabel de fonder enfin une famille ?

 

Une vie entre deux Océans - Michael Fassbender

 

Michael Fassbender

Une vie entre deux Océans est une adaptation cinématographique du premier roman de l'Australienne M. L. Stedman qui a connu un succès international impressionnant. Il a été publié aux États-Unis en juillet 2012 et a immédiatement séduit le public et la critique : le livre s'est inscrit sur les listes de best-sellers du New York Times et de USA Today et a été consacré meilleur livre du mois d'août 2012. Depuis, il a été traduit en 35 langues.

 

Derek Cianfrance a voulu rester très fidèle au roman d'origine mais a écrit le scénario seul, sans consulter l'auteure du livre, M.L. Stedman : "Même si on ne s'est jamais parlé, j'ai noué une relation très forte avec elle mentalement. J'ai considéré son livre comme un texte sacré. Je l'ai lu si souvent que j'ai fini par le mémoriser. J'ai constamment cherché à restituer les sentiments que j'ai éprouvés en le lisant la première fois. C'était mon étoile polaire", confie le metteur en scène.

Il a fini par rencontrer l'écrivaine après avoir rédigé plusieurs versions du script : "J'étais très nerveux. Comme j'ai le plus grand respect pour elle, j'espérais pouvoir me montrer à la hauteur de son oeuvre.

On a dîné ensemble et j'ai découvert l'une des femmes les plus charmantes, attentionnées et affectueuses que j'aie jamais rencontrée.

C'est quelqu'un de très pudique mais elle m'a beaucoup soutenu tout au long du tournage. J'étais très sensible au fait que je m'appropriais sa création pour en faire autre chose, et sa confiance m'a vraiment donné le courage dont j'avais besoin pour réaliser ce film", relate le réalisateur.

 

M.L. Stedman, a été très satisfaite du traitement de son oeuvre par Derek Cianfrance : "Il a su transposer l'univers du livre dans une autre forme d'expression avec maîtrise et amour. Sans parler des comédiens, de la photo et de la musique qui sont magnifiques. Au final, le résultat est une oeuvre d'une beauté raffinée et d'une grande authenticité émotionnelle qui reste fidèle à l'esprit de mon roman, tout en étant une interprétation toute personnelle du réalisateur et de ses acteurs. C'était un formidable privilège de voir ce film prendre forme peu à peu."

Fasciné par le roman de M.L. Stedman, Derek Cianfrance a dû convaincre Dreamworks et le producteur David Heyman de lui en confier l'adaptation, la société possédant en effet les droits sur le livre : "Il n'y a rien d'artificiel dans le cinéma de Derek. C'était essentiel pour ce film car c'est une histoire extrêmement forte sur le plan émotionnel. On a eu la chance que Derek s'identifie autant aux personnages. On retrouve l'esprit du livre à chaque page de son scénario et à chaque plan du film", indique le producteur.

Dans ses deux précédents et premiers longs métrages de fiction, Blue Valentine et The Place Beyond the Pines, le thème d'adultes "confrontés" au fait d'avoir un enfant était déjà central. Ainsi, dans le premier, Ryan Gosling et Michelle Williams étaient de jeunes parents ayant pris la décision (pour le pire) de garder leur enfant tandis que dans le second Gosling devenait braqueur pour subvenir aux besoins de son fils et sa mère.

 

Michael Fassbender

.

Contrairement à ses deux précédents films, Derek Cianfrance n'a pas fait appel à son comédien fétiche Ryan Gosling.

 

C'est Michael Fassbender qui tient le rôle masculin principal, un autre acteur qui, comme Gosling, a vu sa carrière exploser en 2011 avec plusieurs films à succès.

 

 

Michael Fassbender a été très touché par le scénario d'Une vie entre deux océans : "Il m'a ému aux larmes, tout comme le roman. L'histoire d'amour de Tom et Isabel est magnifiquement racontée. Quand on arrive autant à se projeter dans un film en tant qu'êtres humains – et je pense que les gens se retrouveront en Tom et Isabel –, c'est alors que le cinéma affirme toute sa force", confie le comédien.

 

Michael Fassbender a été particulièrement frappé par les plans-séquences caractéristiques chers à Derek Cianfrance : "Cette méthode de travail exige beaucoup de concentration de la part du comédien, mais on se rend compte que cela permet à Derek de trouver ces moments où on lâche vraiment prise et où on est le plus vivant."

 

"Quand on s'est rencontrés, j'ai demandé à Michael s'il n’avait jamais été amoureux, et lorsqu'il a éclaté de rire et qu'il m'a répondu 'oui', j'ai aussitôt éprouvé un sentiment fraternel à son égard. À ce moment-là, je n'envisageais personne d'autre. J'avais le sentiment qu'il était destiné à camper le rôle de Tom. Tom me fait penser à une casserole d'eau bouillante sur laquelle on a posé un couvercle. À première vue, il est dans la maîtrise de soi, mais en réalité la tempête couve sous son crâne. Je suis totalement hypnotisé et bluffé par le charisme de Michael à l'écran depuis des années. Ce qui m'a toujours frappé, c'est son intelligence et la manière dont son esprit fonctionne à l'écran : il est hors du commun", confie Derek Cianfrance.

 

Concernant Alicia Vikander le réalisateur explique  "J'ai rencontré de nombreuses formidables actrices mais à ce moment-là je n'avais jamais entendu parler d'Alicia jusqu'à ce que notre directeur de casting me dise de regarder A Royal Affair. Quand j'ai fini par rencontrer Alicia, j'ai immédiatement compris que j'avais trouvé mon Isabel. Elle a fait quelques lectures – ce qui est contraire à mes habitudes – et elle m'a totalement convaincu car elle se livrait sans la moindre retenue. J'ai aussi senti qu'elle et Michael s'entendraient à merveille. Et j'avais raison : ils ont formé un couple magnifique".

 

"J'ai été impressionnée par l'élan vital qu'insuffle Isabel au début de l'histoire. Comme Tom, elle a été traumatisée par la perte terrible de ses deux frères pendant la guerre. Malgré tout, elle conserve cette étincelle de vie et cette fougue, et c'est pour cela qu'elle ensorcelle Tom", ajoute Alicia Vikander.

 

Une vie entre deux Océans - Alicia Vikander

 

Alicia Vikander

 

Pour la scène où Isabel découvre Janus Rock, Derek Cianfrance souhaitait que l'actrice ait une réaction totalement spontanée. Il a donc emmené Alicia Vikander sur place les yeux bandés dans le noir le plus complet : "Ils m'ont amenée dans une cabane sans fenêtre, plongée dans le noir, où on m'a fait enfiler mon costume pour la première fois. Je ne voyais pas Derek, je ne voyais personne. Et puis, le premier assistant est arrivé et m'a dit qu'on allait ouvrir la porte et qu'il fallait que je me dirige vers Derek et l'équipe et que j'ai l'air de découvrir l'île.

De toute façon, c'est ce qui s'est produit !", s'exclame la comédienne.

Le fait que les secrets puissent à la fois détruire et souder un couple est l'un des thèmes majeurs de l'intrigue d'Une vie entre deux océans : "La manière dont les secrets sont révélés sur un plan cinématographique était d'une importance capitale pour que l'adaptation fonctionne. Par exemple, dans le livre, Tom et Isabel apprennent la vérité sur le bébé au même moment alors que dans le film Tom la découvre en premier, si bien qu'on le sent porter ce poids tout seul sur ses épaules", explique Derek Cianfrance.

 

Une vie entre deux océans (The Light Between Oceans) - Rachel Weisz

 

Rachel Weisz

 

Une vie entre deux Océans a été tourné dans un endroit peu connu : Stanley, une ville balnéaire très calme dans le nord-ouest de la Tasmanie. Les habitants du coin espèrent qu'avec le film, cet endroit attirera des touristes. Des prises ont également eu lieu en Nouvelle-Zélande, comme par exemple dans la ville de Dunedin où des étudiants de l'université d'Otago ont servi de figurants. Le tournage s'est déroulé sur 45 jours à l'automne 2014.

 

Tom et Isabel Sherbourne vivent sur l'île de Janus Rock, un nom hautement symbolique puisqu'il tire son nom du dieu romain aux deux visages, divinité des commencements et des fins et de la croisée des chemins.

Tout comme Janus, les personnages de Tom et Isabel sont pris entre deux feux  - entre un passé hanté par les destructions de la guerre et un avenir dont ils espèrent dessiner ensemble les contours, entre la volonté de se terrer loin de la laideur du monde et celle de s'accrocher à la moindre lueur d'espoir, entre la tentation d'une décision impulsive et la faculté de faire le choix le plus juste.

 

Pour le cinéaste Derek Cianfrance, le vrai défi consistait à aborder ces différents éléments narratifs dans une grande histoire d'amour marquée par une quête de rédemption.

 

Le phare est un personnage à part entière du film ; il a fallu du temps à l'équipe du film pour trouver le site parfait. C'est le phare de Cape Campbell, sur le Détroit de Cook, au nord-est de l'Île du Sud de la Nouvelle-Zélande qui a convaincu l'équipe. D'une hauteur de 22m, le bâtiment est pourvu d'une petite maison pour le gardien et d’un jardin, idéalement situés en contrebas. Ce phare guide les bateaux pris au piège des mers agitées et des vents violents depuis 1870 : "Après avoir sillonné deux pays du nord au sud, nous avons déniché Cape Campbell", confie le régisseur d'extérieurs Jared Connon. "Dès l'instant où Derek Cianfrance s'est installé dans le phare et s'est mis à observer la mer où il a aperçu un récif, on savait qu'on tenait notre Janus Rock. Derek a été particulièrement emballé par le point de vue car on avait vraiment le sentiment d'être à la jonction de deux océans", se souvient Jared Connon.

 

"Cape Campbell m'a inspiré parce que les gardiens de phare y vivent depuis très longtemps, je sentais la présence de leur esprit. Au cours de l'une de mes premières visites sur place, je suis tombé sur une vieille pierre tombale où l'on pouvait lire 'À notre fille bien-aimée, disparue bien trop tôt, août-décembre 1896'. Il s'agissait donc d'un bébé.

 

Une vie entre deux océans (The light between oceans)

.
 

J'ai alors senti la présence de tous ces êtres qui avaient vécu là, leurs joies et leur détresse, leur vie et leur disparition. Nous avons cherché à y puiser notre inspiration et à faire corps avec la mémoire des lieux", ajoute le réalisateur.

 

 

Sources : allocine.fr

 

Mon opinion

 

Comme dans le Macbeth de J. Kurzel, la superbe photographie d'Adam Arkapaw, s'impose des premières minutes du film, jusqu'à la toute fin. Aussi belle soit-elle, la musique d'Alexandre Desplat est trop présente. Entre ces belles images et les cordes des violons, il faut beaucoup de talent aux acteurs pour arriver à s'imposer dans la première partie de ce film.

 

Derek Cianfrance s'appuie, pour l'écriture de son scénario, sur un best-seller, première œuvre éponyme, de l'australienne Margot L. Stedman. Le scénario qui s'en suit ne donne que peu d'indications sur la vie des personnages principaux. Il laisse, exclusivement, place aux sentiments.

 

Grâce à une réalisation qui ne manque pas d'élégance, tout en restant très formelle et quelque peu attendue, l'intérêt ne faiblit pas. L'habileté de la mise en scène met en avant toutes les qualités d'un casting magnifique.

 

La douce et attachante Alicia Vikander et Michael Fassbender, torturé par un passé douloureux, forment un beau couple dont l'amour sera rongé par le remord. Tous deux sont brillants et crédibles. Ils imposent de beaux moments d'émotion pure. L'apparition de l'excellente Rachel Weisz, dans la deuxième partie du film, donne l'élan nécessaire pour faire rebondir une situation que l'on devine perdue d'avance.

 

Un bon moment de cinéma que je ne renie pas.

 

Une vie entre deux océans (The light between oceans)

 

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2016
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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 13:55

 

Date de sortie 5 octobre 2016

 

 Bridget Jones's Baby

 

Réalisé par Sharon Maguire

 

Avec Renée Zellweger, Colin Firth, Patrick Dempsey

Gemma Jones, Emma Thompson, Jim Broadbent,

James Callis, Sarah Soleman, Joanna Scanlan


Genre Comédie

 

Production Britannique, Irlandaise, Française, Américaine

 

Synopsis

 

Après avoir rompu avec Mark Darcy (Colin Firth), Bridget (Renée Zellweger) se retrouve de nouveau célibataire, 40 ans passés, plus concentrée sur sa carrière et ses amis que sur sa vie amoureuse.

Pour une fois, tout est sous contrôle !

Jusqu’à ce que Bridget fasse la rencontre de Jack (Patrick Dempsey)… Puis retrouve Darcy… Puis découvre qu’elle est enceinte…

Mais de qui ???

 

Bridget Jones Baby - Renée Zellweger, Patrick Dempsey, Colin Firth

 

Renée Zellweger, Patrick Dempsey, Colin Firth

Notes de production.

Relevées dans le dossier de presse studiocanal.fr

 

Le 28 février 1995, dans les pages du journal britannique The Independent, apparaissait pour la première fois une chronique discrète signée d’un nom alors inconnu : Helen Fielding. Elle était écrite du point de vue d’une jeune femme célibataire nommée Bridget Jones (32 ans, 58,5 kg), vivant et travaillant à Londres. La rubrique a rapidement grandi en popularité, et Bridget est devenue une institution. Dix ans après le premier article d’Helen Fielding, Bridget Jones était l’héroïne de deux best-sellers au succès international et d’autant de films phénomènes du box-office mondial : Le journal de Bridget Jones en 2001 et Bridget Jones : l'âge de raison  en 2004. Helen Fielding n’a jamais cherché volontairement à créer un personnage emblématique, et cependant, énormément de gens se sont reconnus chez cette jeune femme qui, bien qu’indépendante, ne craignait pas de révéler ses doutes et ses faiblesses – un profil que la culture populaire n’avait encore jamais mis en avant jusque-là.


Bridget Jones Baby - Renée Zellweger.

 

L’auteure mise à part, personne ne connaît mieux Bridget que l’actrice qui l’a incarnée durant toutes ces années : Renée Zellweger.

 

Celle-ci confie : "Bridget est une éternelle optimiste, une jeune femme modeste qui sait affronter l’adversité avec un certain humour. Tenace, déterminée, elle ne s’avoue jamais vaincue. Je la trouve "parfaitement imparfaite", et c’est ce que nous aimons tous chez elle parce que nous nous y retrouvons."

 

 

 

 

 

 

Les producteurs Tim Bevan et Eric Fellner de chez Working Title ont piloté l’équipe qui porte une nouvelle fois les aventures de Bridget Jones à l’écran. Eric Fellner déclare : "Bridget trouve un écho chez les gens depuis toujours. Elle a l’optimisme chevillé au corps et prend toutes les embûches que la vie met en travers de son chemin du bon côté. Elle séduit par son sens de l’humour, et les gens l’aiment parce qu’ils s’identifient à ses peines. Bridget avance dans la vie avec un style, une attitude et un humour qui font que c’est un plaisir de passer du temps en sa compagnie. Quoi qu’il lui arrive, elle s’en sort avec stoïcisme, en restant solide, et dans un éclat de rire."

Debra Hayward, productrice de ce film comme des précédents, ajoute : "C’était une nouvelle aventure ambitieuse. Il fallait que Bridget reste cette femme proche du public et que l’on continue à se reconnaître en elle, même si ce qu’elle affronte cette fois est loin d’être une situation ordinaire..."


Au centre des tribulations de Bridget, il y a sa peur de vivre seule, car l’indépendance peut coûter cher… Sharon Maguire, qui clôt la trilogie en reprenant la mise en scène de ce nouveau film comme du premier, commente : "L’une des raisons qui expliquent le succès du premier film, Le journal de Bridget Jones, ne tenait pas seulement à son humour : les gens s’identifiaient totalement à la peur de la solitude qu’éprouve Bridget. C’est un sentiment universel et un thème majeur du parcours du personnage. C’est la porte d’accès pour que le public éprouve de l’empathie avec elle. Tout le monde a peur d’être seul."


Bridget Jones Baby - Renée ZellwegerEric Fellner déclare :

"Lorsque nous avons songé à faire un troisième film, c’est à Sharon Maguire que nous avons immédiatement pensé pour le réaliser. Elle connaît cet univers et ces personnages par coeur. Elle comprend les moindres subtilités du jeu des comédiens et aucun autre réalisateur n’aurait pu être à ce point à l’aise aux commandes de ce projet."

Lorsque Bridget Jones est née, les célibataires du monde entier ont réalisé qu’elles n’étaient pas seules à se débattre avec leurs désirs souvent contradictoires et leur manque de confiance en elles. L’obsession du poids, les diktats du maquillage et de l’épilation, les conflits entre le coeur et la raison… rien n’était laissé dans l’ombre. Plusieurs expressions sont passées dans le langage courant, dont "en ce moment, je traverse une période à la Bridget Jones… ", "déesse du sexe et de la débauche", ou le concept d’"enfoiré affectif". Bridget a en quelque sorte "optimisé" un nouveau genre de femme.


Alors pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour revoir Bridget sur grand écran ?

"Après le premier et le second film, nous avons toujours espéré qu’il y aurait un jour un nouveau chapitre de sa vie. Nous avons commencé à en discuter avec Helen il y a quelques années, et il a fallu du temps pour développer l’histoire. Nous avons pris le temps qu’il fallait pour nous assurer qu’elle était vraiment bonne."


Bridget est aujourd’hui productrice d’une émission d’actualités de premier plan. Elle a cessé de fumer, réduit sa consommation de Chardonnay, elle ne se focalise plus sur son poids et a remplacé ses livres de développement personnel par des ouvrages de littérature politique. Debra Hayward précise : "Nous avons donné à Bridget un métier plus gratifiant. L’émission qu’elle produit est réputée pour sa pertinence, et Bridget est bien déterminée à ce qu’elle reste au sommet de l’audimat en conservant son sérieux et en continuant à aller au fond des choses. Pourtant, elle subit une pression croissante pour faire plus d’audience encore en rendant l’émission accessible à un plus large public."


Bridget Jones Baby - Renée Zellweger.

Quand les spectateurs ont découvert Bridget, elle avait 32 , puis 34 dans le deuxième film. Dans Bridget Jones Baby elle fête son 43ème anniversaire.

 

 

 

Lorsque les producteurs ont fait appel à Sharon Maguire pour réaliser le film, celle-ci a souhaité que l’histoire reflète ce qui arrive aux adultes qui traversent cette phase de transition dans leur vie, à la fois sur un plan émotionnel et professionnel. En dépit de son succès, dans cette nouvelle histoire, Bridget montre toujours cette merveilleuse gaucherie qui la rend si attendrissante.

Renée Zellweger explique : "Nous avons tous espéré et connu des déceptions dans notre vie. La façon dont Bridget persévère en dépit de circonstances qui pourraient abattre n’importe qui est source d’inspiration. Elle souffre des mêmes choses que nous et on se sent proche d’elle dans ses moments les plus intimes."


Debra Hayward ajoute : "Bridget peut parfois se montrer étourdie et empotée, mais c’est une femme intelligente. Elle est instruite et éduquée, ce qui ne l’empêche pas de se prendre les pieds dans le tapis. L’incarner repose sur un équilibre délicat parce qu’en allant trop loin, elle pourrait paraître stupide. Tout est là, c’est le plus difficile dans la création du film. Elle est profondément humaine, elle commet des erreurs par amour, et pourtant elle est unique et particulière."

Jeune femme indépendante, Bridget reste farouchement célibataire. Debra Hayward commente : "Nous voulions en faire quelqu’un d’isolé. Tous ses amis anciennement célibataires sont allés de l’avant, même Tom (James Callis), son ami gay, qui s’est installé en couple et a adopté un bébé. Elle est la dernière."


Sharon Maguire note : "Bridget se débat toujours avec certains de ses problèmes. Elle continue à redouter la solitude et patauge pour trouver un sens à sa vie. Elle a beaucoup de défauts. Tout est loin d’être parfait" Comme sa meilleure amie Miranda (Sarah Solemani) le fait remarquer, "Bridget a fait de son équipe des professionnels reconnus et récompensés pour leur travail, et le résultat, c’est qu’elle n’a aucune vie privée parce que tout le monde use et abuse du fait qu’elle est célibataire et sans enfants, une vieille fille que les mecs veulent s’envoyer et qui bosse comme une folle jour et nuit." Ceci dit, insiste Debra Hayward, "elle est toujours cette bonne vieille Bridget que tout le monde adore. Elle ne dit pas non à une bouteille de Chardonnay, sauf qu’elle encaisse un peu moins bien maintenant."


Malgré ce qu’elle prétend, Bridget rêve toujours d’amour et d’avoir des enfants. Debra Hayward explique : "Cela s’explique en partie parce qu’elle n’a jamais vraiment renoncé à Mark Darcy, même si elle semble être passée à autre chose au début du film. Dès le départ, nous avons songé à cette histoire comme étant celle de Bridget qui se retrouve enceinte sans savoir qui est le père."

 

Même si Helen Fielding s’est beaucoup impliquée dans le développement, ses autres obligations de plus en plus prenantes l’ont poussée à accepter d’être rejointe par d’autres scénaristes. Debra Hayward explique : "À l’origine, l’histoire a été développée par Helen Fielding, puis Dan Mazer est arrivé sur le scénario, et avec l’accord d’Helen, nous avons demandé à Emma Thompson de prendre part à l’écriture."

 

Bridget Jones Baby -  Emma Thompson et Renée Zellweger

 

Emma Thompson et Renée Zellweger


Eric Fellner commente : "Emma Thompson a énormément de talent aussi bien comme actrice que comme scénariste, et nous avons eu la chance de travailler avec elle à plusieurs reprises au fil des ans, en particulier sur Love Actually et les deux Nanny McPhee. Faire appel à elle pour nous aider sur le scénario nous a paru tout naturel. Elle a été extrêmement précieuse. C’est elle qui a créé le personnage du Dr Rawlings, alors nous lui avons dit que puisqu’elle l’avait créé, elle devait le jouer ! Et elle en a fait un personnage brillant."


Sharon Maguire développe : "Emma Thompson a renforcé le nombre d’écueils et l’humour du scénario. Le public connaît bien l’univers de Bridget et il fallait être capable de le surprendre et de le faire rire. Je voulais aussi apporter du sang neuf dans ce projet. Je tenais à ce que Bridget ait des amies au boulot qui fassent partie d’une nouvelle génération de Bridgets, des femmes qui portent un regard différent sur les relations hommes-femmes, avec plus de liberté et moins de morale ! Je trouve Miranda et Cathy, la maquilleuse jouée par Joanna Scanlan, très drôles." L’humour était essentiel, mais l’authenticité l’était tout autant.


Sharon Maguire précise : "L’histoire devait être drôle mais plausible. Je connais personnellement des femmes qui ont affronté cette situation, et j’étais intriguée par l’idée de voir Bridget y être confrontée."

 

Bridget Jones Baby - Patrick Dempsey et Renée Zellweger

 

Patrick Dempsey et Renée Zellweger

 

Alors que les hommes n’ont pas été très nombreux dans la vie de Bridget, la voilà qui se retrouve à présent avec deux hommes qui veulent chacun être le père de son enfant. "Quand je suis arrivée sur le projet, raconte la réalisatrice, nous avons poussé cette idée très loin. Nous avons placé Bridget dans des situations impossibles, en lui faisant passer une double échographie, et en mettant son médecin dans la confidence…"


Renée Zellweger déclare en souriant : "J’aime voir ce film comme une histoire de passage à l’âge adulte qui arrive assez tard dans la vie du personnage. Quand on avance en âge, on se rend compte qu’il n’y a pas un seul moment dans la vie où on a tout compris et où on contrôle tout. Pour Bridget, ce chapitre de sa vie explore les différences entre la façon dont on imagine sa vie et le tour qu’elle prend en réalité."


La perspective qu’apporte Sharon Maguire au film était vitale car celle-ci avoue se sentir aussi proche de Bridget aujourd’hui qu’elle l’était lors de sa première incarnation. En fait, après la fin du tournage du Journal de Brdget Jones, la cinéaste s’est installée à Los Angeles pour travailler et est devenue mère. C’est à son retour à Londres en 2014 que les producteurs l’ont contactée. Elle se souvient : "J’éprouvais de l’appréhension tout en étant curieuse, j’avais très envie de voir ce qui était arrivé aux personnages durant les onze années écoulées. Leurs fantasmes et leurs rêves étaient-ils devenus réalité ? C’était très étrange car à la lecture du scénario, je suis revenue quinze ans en arrière dans ma propre vie et je me suis demandé si mes désirs personnels s’étaient concrétisés."


Debra Hayward commente : "Le retour de Sharon Maguire à la mise en scène était essentiel pour ce projet. Plus que quiconque, elle incarne l’esprit de Bridget et toutes les qualités qui ont permis au premier film de toucher tant de monde. Elle a joué un rôle tellement grand dans le succès du premier film, dans l’émotion, le ton, l’humour, la sensibilité, le drame et la romance… sans oublier qu’elle a inspiré l’un des personnages du livre original d’Helen, Shazza, l’amie de Bridget."
En plus de sa connexion personnelle avec Bridget, Sharon Maguire a eu elle aussi un enfant assez tard dans sa vie ; ce thème lui parlait donc intimement. Renée Zellweger révèle : "Sharon a inspiré le personnage de Shazza mais pour moi, elle a toujours été davantage proche de Bridget. Quand on la voyait rire à la scène que nous jouions, nous avions vraiment l’impression de voir Bridget prendre vie sous nos yeux. En fait, Bridget est quelque part entre Sharon et moi. J’aurais du mal à imaginer une collaboration plus proche, plus drôle et plus enthousiasmante que celle que je vis avec Sharon." 

 

En tant que documentariste, la cinéaste porte un regard particulier sur la comédie.

 

Elle confie : "Mettre en scène une comédie est extrêmement difficile car c’est très subjectif. Je dois me fier à mon instinct pour sentir ce qui est drôle ou pas. Si je lis quelque chose ou si j’ai une idée qui me fait rire, alors cela vaut la peine de creuser. De la même façon, si ce que font les acteurs me fait rire, alors on va dans ce sens." Trouver un créneau durant lequel tous les acteurs soient disponibles a été l’un des principaux écueils du projet. Mais finalement, en septembre 2015, tout s’est arrangé et les caméras ont commencé à tourner. Et toutes les craintes de voir Bridget Jones trop décalée ou même dépassée, ou qu’elle n’intéresse pas le public d’aujourd’hui ont instantanément volé en éclats : l’équipe de tournage était suivie par des hordes de photographes dont les clichés se sont étalés en première page, et les discussions enthousiastes ont abondé sur Internet…

 

Bridget Jones Baby

Mon opinion

 

Une comédie sympathique et distrayante sans grandes surprises.

 

Renée Zellweger, toujours drôle mais beaucoup plus attachante que dans les premiers films.

Le toujours distingué et impeccable Colin Firth.

Patrick Dempsey, charismatique  et convaincant dans ce rôle d'amoureux plein de fougue.

 

Les seconds rôles sont bien étudiés. Certains, carrément savoureux.

 

Emma Thompson, enfin. L'actrice a collaboré à l'écriture du scénario et livre dans de trop courtes apparitions de savoureux moments. Les dialogues deviennent plus incisifs. Le film y gagne en rythme.

 

Le public féminin, largement majoritaire dans la salle, semblait conquis.

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2016
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8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 20:43

 

Date de sortie 28 septembre 2016

 

Aquarius


Réalisé par Kleber Mendonça Filho


Avec Sonia Braga,

 

Maeve Jinkings, Irandhir Santos, Humberto Carrão, Zoraide Coleto, Buda Lira


Genres Drame


Productions Brésilienne, Française

 

Synopsis

 

Clara (Sonia Braga), la soixantaine, ancienne critique musicale, est née dans un milieu bourgeois de Recife, au Brésil.

Elle vit dans un immeuble singulier, l'Aquarius construit dans les années 40, sur la très huppée Avenida Boa Viagem qui longe l’océan.

Un important promoteur a racheté tous les appartements mais elle, se refuse à vendre le sien.

Elle va rentrer en guerre froide avec la société immobilière qui la harcèle.

Très perturbée par cette tension, elle repense à sa vie, son passé, ceux qu’elle aime.

 

Aquarius - Sonia Braga

 

Sonia Braga

Né en 1968, Kleber Mendonça Filho vit actuellement à Recife au Nord-Est du Brésil où il a passé son enfance.

Après ses études, Kleber a été engagé par le Jornal do Commercio. Au cours de sa carrière de journaliste, il écrit occasionnellement pour la Folha de S. Paulo et d’autres publications.

Dans les années 1990, Mendonça réalise principalement des documentaires en vidéo et des courts-métrages expérimentaux.


Ses films sont produits par CinemaScópio, sa propre société de production.

 

En 2012, il réalise Les bruits de Récife, son premier long-métrage de fiction.

Entretien avec Kleber Mendonça Filho

Propos recueillis par Tatiana Monassa et relevés dans le dossier de presse.

 

Comment est né ce projet ? Quel était l’élément déclencheur de l’histoire ?


Au départ, je voulais faire un film sur des archives, et Aquarius est peut-être un premier pas vers un autre film sur le goût de conserver des objets et sur la divergence entre les documents et les souvenirs. Il m’a semblé intéressant d’avoir comme protagonistes une personne et un immeuble ayant tous les deux à peu près le même âge et se trouvant d’une certaine manière menacés. Le film est né d’une série d’évènements, dont un assez banal : un flot d’appels téléphoniques reçus chez moi. Des appels publicitaires voulant vendre toutes sortes de souscriptions : cartes de crédit, mutuelles, abonnements télé ou presse. Je l’ai ressenti comme une attaque du marché, pour forcer les gens à acheter ce qu’ils ne désirent pas.

 

À partir de cette idée d’une attaque du marché, le film commente de manière directe, quoique assez subtile, la vague de spéculation immobilière qui s’est emparée de Recife ces dernières années. Mais au lieu d’aborder le problème de façon ouvertement politique, vous préférez vous concentrer sur les effets psychologiques chez le citoyen ordinaire.


En effet, le type de poursuite que je viens de décrire est particulièrement agressif dans le cadre du marché immobilier, et avant que la crise économique ne touche le Brésil, ils se comportaient comme des bêtes affamées. Le ballet de tracteurs et pelleteuses que j’ai pu voir à Recife était triste, mais fascinant aussi. Je me souviens d’avoir assisté au devenir d’une maison et de ses propriétaires. J’avais assisté à leur déménagement, ensuite j’ai remarqué un panneau qui annonçait un nouveau bâtiment ; quelques mois plus tard, j’ai vu un tracteur qui achevait de raser le terrain où cette maison avait existé pendant des décennies, et que quelques heures avaient suffi pour détruire.

 

Aquarius.

Dans mes films, j’applique cette logique, celle de témoigner des changements en fixant un point de vue lié au cadre de la vie personnelle. Ainsi, dans Aquarius, Clara comprend petit à petit ce que subissent son espace et son environnement personnel.

 

 

 

Cet affrontement se révèle être aussi un conflit de valeurs entre des styles de vie différents : d’un côté l’ultra-contemporain, modelé par la consommation haut de gamme et l’aseptisation généralisée, et de l’autre celui d’une génération antérieure, reposant plutôt sur un "savoir-vivre" et le goût de la communauté. S’agit-il d’un conflit qui vous touche ?


De fait, il s’agit d’une tension intéressante dans le film mais, dans ma vie, je vis ce conflit avec sérénité et irritation. Comment peut-on démolir aussi librement autant de maisons et d’immeubles qui ont une histoire, qui sont des références pour beaucoup de monde ?
À Recife, la ville a été totalement remodelée dans son modus operandi par les exigences du marché, et rien n’a été fait pour protéger la ville des intérêts commerciaux. J’entends toujours que le Brésil est un jeune pays, qui n’a pas le même attachement à l’Histoire comme l’on peut voir en Europe. C’est absurde, car une ville comme Recife, qui a environ cinq cents ans, a une longue histoire. Et la spéculation immobilière semble avoir réussi à détruire une partie importante de grandes capitales brésiliennes pour offrir des nouvelles constructions qui obéissent à un certain design et promouvoir une idée du renouveau, en effaçant le "vieux".
Finalement, avec Aquarius, on revient à l’idée d’un film sur les archives, qu’elles soient matérielles ou affectives.

 

Dans votre film précédent, Les bruits de Récife, on retrouvait déjà cette attention à la construction d’un microcosme complexe, avec les différentes relations d’affect et de pouvoir qui l’habitent. Est-ce pour vous une manière privilégiée d’aborder les questions politiques, sociales et historiques propres au Brésil ?


Je pense qu’on ne peut pas représenter la vie et les actions quotidiennes sans mettre en lumière leurs contradictions, qui peuvent être intéressantes, drolatiques ou sinistres. En fait, dans l’écriture de mes films, il m’est difficile d’ignorer ces aspects de la société, et notamment de la société brésilienne. Aussi, ai-je toujours été frappé par les contradictions idéologiques des Brésiliens issus des classes sociales aisées : ils peuvent avoir une posture aristocratique et en même temps soutenir l’abolitionnisme et des valeurs de gauche… En somme, mon défi est de chercher à représenter cette société dans sa complexité.

Les méthodes agressives du management contemporain, fondées sur la manipulation émotionnelle et pouvant aller jusqu’au harcèlement moral, sont mises en oeuvre de manière presque métaphorique dans le film, avec ces différents types d’offensives indirectes qui frôlent l’absurdité. Petit à petit, il s’opère un décollement de la réalité, et on va jusqu’à se demander si ce cauchemar n’est pas un délire de Clara.


Le cauchemar de Clara est tout d’abord réel. Il s’agit de se voir seule dans une situation très inconfortable, où elle subit une forte pression pour le simple fait d’être chez elle, là où elle a toujours habité. Elle a le sentiment que quelqu’un a subitement décidé que son espace n’a plus aucune valeur, qu’il est démodé et qu’on doit s’en débarrasser. Confrontée à des opinions contraires aux siennes, y compris au sein de sa propre famille, Clara craint, par moments, de perdre la raison. Son état d’esprit est fragilisé, ce qui ouvre la porte à des sentiments déstabilisants. J’aime l’idée que cela nous mène vers le mystère et le doute, comme un cauchemar lucide.

 

Votre flirt avec le fantastique et le cinéma de genre s’insinue par moments, avec des scènes qui suggèrent un fort sentiment de peur, bien qu’on ne puisse pas en préciser l’origine ou la raison.


D’une certaine manière, Aquarius évoque le genre du  "siege movie" (films autour d’un état de siège), mais sans tirs, ni arcs et flèches, ni cocktails Molotov – du moins pas littéralement. L’immeuble Aquarius et l’appartement de Clara lui-même sont des aires définies (les portes, les murs, la cour), et se trouvent face au risque d’une invasion externe. Le bâtiment est constamment violé et l’appartement, la partie plus intime de cet univers, subit des menaces. Les fenêtres ouvertes dégagent aussi ce sentiment-là, car il s’agit d’un élément classique à mes yeux, celui de l’extérieur/intérieur. Et il y aussi le fait malheureux qu’au Brésil les fenêtres ouvertes nous rappellent cette pratique sociale établie qui consiste à mettre des clôtures sur toutes les fenêtres, à n’importe quel étage, pour éviter toutes sortes d’effractions.

 

Aquarius

.

Je pense donc que tous les éléments du film sont ordinaires, courants, mais il y a sans doute quelque chose dans le cadrage et dans le découpage qui renforce ce ton fantastique apparent.

Clara, interprétée par Sonia Braga, a-t-elle toujours été l’axe principal de l’histoire ?


L’idée a toujours été celle-ci : une femme, la soixantaine, veuve, propriétaire d’un très beau et simple appartement dans un vieil immeuble. Et je n’ai jamais voulu créer une structure en montage alterné, qui nous montrerait les bureaux de l’entreprise immobilière, ou alors Diego, le jeune entrepreneur, dans sa vie personnelle, ou bien participant à une réunion avec ses collaborateurs. Dès le début de l’écriture du scénario, le film était consacré à Clara, on devait être avec elle, et le point de vue du cadre est, la plupart du temps, le sien. Le contact qu’on peut avoir avec les autres se produit par son intermédiaire, par le fait qu’ils viennent frapper à sa porte ou lui parler, ou encore parce qu’elle dirige la parole à quelqu’un. Être collé au personnage de Clara est ce qui permet de générer une sensation d’instabilité ou d’insécurité.

 

Comment en êtes-vous arrivé à Sonia Braga pour le rôle de Clara ? Pensiez-vous déjà à elle en écrivant le scénario ?


Non. En écrivant le scénario, j’envisageais de découvrir une femme inconnue qui puisse jouer Clara. Nous étions prêts à nous lancer dans la production quand Pedro Sotero (co-directeur de la photographie d’Aquarius) a suggéré Sonia Braga. Alors Marcelo Caetano, notre directeur de casting, a envoyé le scénario à Sonia aux États-Unis. Elle a répondu sous 48 heures en signalant qu’elle voulait faire le film. Je suis allé à New York faire sa connaissance, et je l’ai adorée. L’une des plus belles choses dans tout ça, c’est que Sonia faisait déjà partie de ma vie, comme c’est souvent le cas avec les grands artistes, et elle est devenue une collaboratrice, puis une amie aussi.

 

Elle est souvent associée à une image de "sex symbol", grâce à une série de rôles de femmes très libérées sexuellement. Est-ce que son image publique a joué un rôle dans la construction du personnage ?


Je n’ai pas vraiment songé à la Sonia "sex symbol", car pour moi Sonia est avant tout un visage puissant de la culture brésilienne et aussi elle a une image d’une beauté inoubliable. Ça m’intéressait donc de ramener cette star à une situation dramatique réaliste, où sa beauté est d’ailleurs convoquée et participe d’une certaine manière au récit.

 

Aquarius - Sonia Braga

 

Sonia Braga commence sa carrière d’actrice en 1968, dans le film O Bandido da Luz Vermelha mais ce sont les télénovélas qui vont lui permettre de se faire connaître du grand public.

En 1976, Dona Flor et ses deux maris de Bruno Barreto la fait connaître du public international. Dans les années 1980, Sonia Braga entame une carrière à Hollywood et tournera pour Robert Redford ou encore Clint Easwood.

On la verra aussi à la télévision américaine, notamment dans Sex and the city.

Après avoir présenté Milagro en 1988 à Cannes, elle revient 28 ans plus tard avec Aquarius, le second long-métrage de fiction de Kleber Mendonça Filho.

 

Toute sa filmographie, cliquez ici.
 

Sonia BragaPour fêter dignement ses 65 ans, l’actrice a posté en juin 2015 sur Facebook "les choses ne font que commencer". Je n’imaginais pas qu’effectivement, grâce à Kleber, c’était le début d’une nouvelle vie", explique-t-elle, extatique, en anglais. Selon elle et on ne la contredira pas, les femmes dans la vie comme à l’écran sont souvent dédaignées après une date de péremption supposée. "Alors que les hommes se bonifient, comme le vin", déplore-t-elle en riant. Il y a aussi la ménopause, qu’elle mentionne au détour d’une phrase, très enthousiaste : "I love it ! C’est un tabou. Vous devriez essayer !" On lui répond qu’on a hâte. Intarissable sur le crudivorisme, elle tentera de nous convertir à ce "bonheur corporel". Lors de la projection cannoise, l’équipe du film arborait sur le tapis rouge des pancartes dénonçant la destitution de la présidente Dilma Rousseff comme un coup d’État.

 

 

Sonia Braga a levé le poing à l’unisson. Aquarius, tourné il y a un an, agit comme une chambre d’échos annonciatrice de l’actualité : "Le Brésil n’a jamais été aussi divisé socialement, c’est choquant. Je viens des sixties - elle se reprend - enfin des fifties", en partant dans un éclat de rire...

 

Pour lire la suite de l'article de Clémentine Gallot

relevé sur next.liberation.fr, cliquez ici.

 

Le film consacre un rôle important à la musique, qui module les différents états d’esprit de Clara et finit par constituer un personnage à part entière. Comment avez-vous pensé ce rapport dynamique entre la narration et les différents styles de musique convoqués ?


J’aime le fait que Clara ait des vinyles chez elle – peut-être parce que, pendant 40 ans, elle les a achetés, ou alors reçus grâce à son travail de journaliste. J’aime également l’idée que, même si elle possède ces disques, elle ne renonce pas à écouter des morceaux sur son portable. Il était donc naturel que, du fait qu’elle écoute de la musique, cette musique remplisse la scène. La musique nous informe aussi sur ses goûts et ses états d’âme.

 

Le titre du film est le nom de l’immeuble, ce qui renforce l’idée que le lieu de l’action est le point d’ancrage du récit. Comment définiriez-vous votre rapport à l’esace en tant que cinéaste ?


Pour moi la question de l’espace est liée à la quantité d’information qu’on transmet, ou qu’on veut transmettre, au moyen du découpage et du choix du cadre. L’immeuble a toujours été un personnage dans le film, et mon défi était de le présenter subtilement comme ayant une certaine dignité : un immeuble un peu plus ancien, mais déjà condamné. Il était important qu’il n’ait pas l’air décadent ou précaire, c’est-à-dire qu’il soit un accusé innocent, et que ce soit clair dans le film que ses problèmes venaient du dehors et non pas de l’intérieur, de sa structure. Aussi, dans une sorte de jeu avec le spectateur, fallait-il montrer l’appartement de Clara d’une façon suffisamment précise pour qu’en voyant le film on soit capable de dessiner le plan de l’appartement sur un bout de papier, l’utilisation d’un vrai appartement pour le tournage m’a beaucoup fait réfléchir à l’espace lui-même et à ses contraintes. Car les besoins d’un film, comme les angles de prise de vue et l’emploi des fenêtres et des portes, ouvrent une série de difficultés concrètes qui nous révèle des idées nouvelles sur l’espace réel et sur l’espace cinématographique.

 

Le film s’achève sur un effet de choc pour le spectateur. Pourriez-vous commenter ce choix ?


J’avais écrit deux autres fins, mais je ne les ai pas filmées. Elles étaient intéressantes, mais le style était plus proche de quelque chose comme "la fin de la petite histoire" : les conflits se trouvaient plus ou moins résolus, on comprenait assez bien ce qui s’était passé ou pas passé. Parfois, on est captivé par un film et par sa personnalité artistique et la fin nous donne ce sentiment d’avoir atteint la conclusion de la petite histoire et rien d’autre. Cela m’ennuie. Ce n’est rien de dramatique, puisque bon nombre de ces fins fonctionnent, il s’agit juste d’une déception personnelle. Mais il y a un autre type de fins de films, plus difficile à expliquer ou encore à soutenir, où certaines questions n’ont pas de réponses, où il survient quelque chose de rude et le film se termine. Je me souviens toujours de la fin de Massacre à la tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974), où ce grand homme masqué fait un ballet dément, atterrant, en accélérant sa tronçonneuse hyper bruyante, avec un lever de soleil orangé derrière lui. Cette fin laisse beaucoup de questions sans réponses : on ne part pas avec la fille qui a pu se sauver, la police n’arrive pas sur les lieux, on ne voit pas d’ambulances, la tronçonneuse ne vient pas à manquer d’essence… Mais c’est une fin qui fonctionne très bien avec le passage au noir ensuite. Dans le cas d’Aquarius, c’était une décision prise au montage, car on a estimé que la dernière scène représentait un saut dramatique assez important pour Clara dans l’histoire. Par ailleurs, j’aime les trois derniers plans et leur rapport aux premières images du film.

 

 Aquarius -  Sona Braga

Mon opinion

 

Une grande chance d'avoir pu voir ce film de plus de deux heures.

 

Comme pour son premier long-métrage, le metteur en scène et scénariste, Kleber Mendonça Filho, choisit Recife, sa ville natale, comme décor.

 

Son scénario parfaitement écrit et délicat est d'une belle élégance. Attendrissant, aussi, sans jamais, être larmoyant. Les nombreux thèmes brassés dans le récit, trouvent tous leur juste place, dans une réalisation impeccable. "Il m’a semblé intéressant d’avoir comme protagonistes une personne et un immeuble ayant tous les deux à peu près le même âge et se trouvant d’une certaine manière menacés." A déclaré le réalisateur.

 

La mise en scène, allie finesse et dextérité. L'ensemble est fascinant et magnifique. Les dialogues, la photographie et la bande son viennent compléter cette belle réussite.

 

Avec un grand plus, Sonia Braga dans le rôle principal. "Visage puissant de la culture brésilienne et d'une beauté inoubliable", pour reprendre les mots du réalisateur. Une femme digne interprétée par cette prodigieuse actrice. Tour à tour belliqueuse, nostalgique voire arrogante quand il s'agit de défendre sa cause, elle reste ancrée dans sa vie de femme, son époque et marque les esprits.

 

Un grand coup de cœur pour ce film.

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2016
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4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 20:58

 

Date de sortie 28 septembre 2016

 

La Danseuse


Réalisé par Stéphanie Di Giusto


Avec Soko, Gaspard Ulliel, Mélanie Thierry, Lily-Rose Depp,

François Damiens, Louis-Do de Lencquesaing, Denis Ménochet, Amanda Plummer


Genres Drame, Biopic

 

Production Française

 

Synopsis

 

Loïe Fuller (Soko) est née dans le grand ouest américain.

 

Rien ne destine cette fille de ferme à devenir la gloire des cabarets parisiens de la Belle Epoque et encore moins à danser à l’Opéra de Paris. Cachée sous des mètres de soie, les bras prolongés de longues baguettes en bois, Loïe réinvente son corps sur scène et émerveille chaque soir un peu plus.

 

Même si les efforts physiques doivent lui briser le dos, même si la puissance des éclairages doit lui brûler les yeux, elle ne cessera de perfectionner sa danse.

 

Mais sa rencontre avec Isadora Duncan (Lily-Rose Depp), jeune prodige avide de gloire, va précipiter la chute de cette icône du début du 20ème siècle.

 

La Danseuse

 

Soko

 

César 2017

- Meilleurs costumes Anaïs Romand

Entretien avec Stéphanie Di Giusto relevé dans le dossier de presse.

 

Racontez-nous la genèse du film.


Tout est parti d’une photo noir et blanc représentant une danseuse cachée dans un tourbillon de voile, en lévitation au-dessus du sol, avec une légende, au bas du cliché : "Loïe Fuller : l’icône de la Belle Epoque". J’ai voulu savoir quelle femme se cachait derrière ces métrages de tissu et son histoire m’a bouleversée. J’aimais l’idée qu’elle soit devenue célèbre en se dissimulant ; son côté précurseur. Avec sa "Danse Serpentine", Loïe Fuller a littéralement révolutionné les arts scéniques à la fin du XIXème siècle. Et pourtant, personne ou presque ne se souvient d’elle.

 

Pourquoi, soudain, avoir eu le désir de vous jeter dans l’aventure d’un premier long métrage ?


Le cinéma me passionne depuis longtemps mais il me semblait impossible d’atteindre le niveau des réalisateurs que j’admirais. Ma rencontre avec Loïe m’a, en quelque sorte, désinhibée. Le combat de cette fille de fermiers du Grand Ouest américain pour s’imposer comme artiste m’en a donné le courage.

 

Qu’est ce qui vous touchait particulièrement chez elle ?


La Danseuse - SokoElle ne possède aucun des canons de beauté en vogue à l’époque. Son physique est ingrat, elle a la robustesse et la puissance d’une fille de ferme et se sent prisonnière d’un corps qu’elle a déjà envie d’oublier. Mais d’instinct, elle s’invente un geste et va traverser le monde grâce à lui. La beauté naturelle qu’elle n’a pas, elle va la fabriquer à travers son spectacle, et, ainsi, se libérer grâce à l’art.

 

Elle va réinventer son corps sur la scène. C’est une notion qui m’importe énormément. Il y a des gens qui trouvent les mots pour communiquer, elle, elle a trouvé son geste et elle empoigne son destin. Elle a fait de son inhibition un geste, de son mal être une énergie, une explosion de vie, un défi rageur. C’est aussi l’émotion de ce combat que je voulais capter. C’est un étrange mélange de force, de volonté et de fragilité.

Dès le début du film, vous la montrez en train de déclamer des textes classiques en pleine nature, de dessiner...


C’est une artiste avant d’être une actrice. L’art est, pour elle, une manière de s’échapper. Loïe ne s’aime pas mais aime le beau autour d’elle et ne veut finalement devenir comédienne que par passion des beaux textes. Il n’y a, chez elle, aucun désir de se montrer.

 

Ironie du destin, le premier rôle qu’elle décroche est muet.


Et, à partir de là, elle choisit de se taire et d’agir. Elle ne s’exprime plus que par ce mouvement qu’elle a créé avec sa danse et qu’elle ne va plus cesser de chercher à magnifier. Elle s’envole littéralement, empoigne son destin et se laisse porter par sa foi en la beauté et sa singularité. Sa passion ne connaît plus aucun frein ; c’est comme une sorte course à la montre qui va la mener jusqu’à l’Opéra de Paris. Il est incroyable que Loïe Fuller ait réussi à y imposer ses ballets ; cela montre à quel point l’époque était ouverte à la création.

 

La danse qu’elle met au point fait appel à un nombre infini de disciplines scientifiques : mathématiques, scéniques, et même chimiques…


La Danseuse - Soko.

 

 

La confection de sa robe de scène, qui nécessite 350 mètres de soie, est déjà un énorme défi : je n’ai rien inventé en montrant la formule mathématique qui préside à sa création.

 

 

 

 

 

Dès la première représentation de sa "Danse Serpentine" aux États-Unis, dans sa pauvre robe de coton, Loïe a conscience qu’il lui faut se donner les moyens de l’alléger et de lui donner de l’ampleur, et sait aussi que les simples effets de lumière ne lui suffisent pas.


Loïe Fuller s’est nourrie de tous les ouvrages qu’elle trouvait et de tous les gens qu’elle rencontrait, Edison, Flammarion l’astronome… Elle a étudié l’éclairage, maitrise parfaitement tous les dispositifs scéniques – d’où son exigence de faire appel à 25 techniciens - et a même inventé les sels phosphorescents qu’elle appliquait sur ses costumes en montant son propre laboratoire de chimie. Elle est vraiment à la base de l’abstraction et du spectacle multimédias. Lorsqu’elle se produit aux Folies Bergères, elle est quasiment devenue une chef d’entreprise.

 

À peine a-t-elle trouvé son geste qu’elle songe déjà à le faire breveter…


C’est là où elle est également avant-gardiste : lorsqu’elle découvre que le droit d’auteur ne couvre pas ce domaine en Amérique, son premier réflexe est de se rendre en France où, pense-t-elle, on pourra reconnaître son art et on le protégera. Elle a réussi à déposer dix brevets à son nom.

 

La Danseuse - Lily-Rose Depp

 

Lily-Rose Depp

 

Paris, puis le monde entier, reconnaissent son talent mais elle est supplantée par Isadora Duncan.


Isadora Duncan incarne tout ce qu’elle ne peut pas être : la jeunesse, le génie et la grâce. C’est elle la danseuse. Il lui suffit d’apparaître quand Loïe doit s’entraîner durant des heures et user de mille artifices. Cette forme d’injustice m’intéressait : on est tous confrontés à ses limites un jour ou l’autre.

 

Comment avez-vous abordé l’écriture du film ?


Au début, j’ai travaillé comme pour un documentaire - en lisant énormément de livres sur elle et en rencontrant beaucoup de gens, dont Jody Sperling, la danseuse qui danse actuellement le mieux Loïe Fuller et dont l’aide a été déterminante. Et puis, je me suis emparée d’elle pour exprimer ce qui résonnait en moi chez elle. Je voulais être au plus près de mon héroïne ; filmer son corps, en essayant de rendre l’élan et l’énergie hors normes du mouvement qui l’animait, de sa foi ; tenter un récit différent qui passe par le geste davantage que par la parole. Cela a été un énorme travail d’épure qui m’a pris trois ans.
Chaque geste est écrit. Sarah Thibau m’a aidée à finaliser un premier jet puis, Thomas Bidegain est venu m’épauler à son tour : il a contribué à accentuer encore le côté épuré du scénario tout en lui insufflant de l’énergie.

 

Avez-vous pris des libertés avec le personnage ?


Oui. Je me sentais intimement liée au personnage, il n’était pas question d’écrire un biopic. Ma première trahison a été de lui inventer un père français. Sachant, dès le début, que je voulais Soko pour interpréter Loïe, je trouvais ridicule qu’elle ait à prendre un accent américain. J’ai donc fait du père un fortyniner, un de ces pionniers français venus au Nevada pour trouver de l’or. J’aimais aussi l’idée que Loïe doive échapper à quelque chose de violent en quittant les Etats-Unis : j’ai rendu le rapport qu’elle entretient avec sa mère beaucoup plus dur qu’il ne l’était en réalité en faisant de la mère un membre des Mothers, un mouvement anti-alcool qui est également le premier mouvement féministe américain.
Et j’ai également pris la liberté d’inventer le personnage de Louis Dorsay, qu’interprète Gaspard Ulliel. J’avais besoin d’une présence masculine dans ce film peuplé de femmes. Loïe Fuller était homosexuelle et il était important pour moi de ne pas en faire le sujet du film. Louis Dorsay me touche beaucoup : c’est l’homme sacrifié du film.

 

La Danseuse - Gaspard Ulliel

 

Gaspard Ulliel

 

Et c’est aussi un personnage très ambigu …


On pense qu’il va lui faire du mal alors qu’il ne lui fait que du bien. C’est un amateur d’art : il est tout de suite fasciné par l’artiste qu’il découvre sur scène. Loïe et lui partagent la même quête de spiritualité et entretiennent une relation qui n’est ni de l’amitié, ni de l’amour. Il n’y a pas de sexualité entre eux ; et pourtant leurs rapports sont d’une très grande sensualité. J’ai beaucoup aimé flirter avec l’idée, tabou au cinéma, de l’impuissance masculine ; une impuissance que j’avais envie de rendre sexy.

Toute la beauté du geste de Loïe passe par son regard et par celui de Gabrielle, qu’interprète Mélanie Thierry.


Sans eux, Loïe n’existe pas parce qu’on n’a pas le temps de s’appesantir sur elle. Je voulais qu’elle avance tout le temps.

 

Aucune des performances de Loïe Fuller n’a jamais été filmée… Comment avez-vous réussi à recréer son spectacle ?


C’était le défi, très excitant, du film. Malgré son insistance, Loïe Fuller a toujours refusé à Thomas Edison, qui était pourtant son ami, d’immortaliser sa danse sur de la pellicule. "Il est hors de question qu’on m’enferme dans une boite", lui disait-elle. Et les images qui circulent sur Youtube ne sont que de pales captations d’imitatrices. Jody Sperling, que je citais plus haut, m’a beaucoup aidée pour la chorégraphie. Faute de moyens, elle n’a jamais pu reconstituer exactement les performances de Loïe Fuller sur une scène et était très émue qu’un film le fasse, en utilisant scrupuleusement les mêmes accessoires et le même nombre de techniciens.

 

La Danseuse - SokoMais, tout en tenant à respecter l’époque, le chef décorateur Carlos Conti et moi savions qu’il nous faudrait utiliser les facilités d’aujourd’hui, et avons trouvé les artistes avec lesquels elle aurait sans doute travaillé si elle était encore vivante - dont Alexandre Le Brun, un véritable artiste des lumières qui m’avait bluffée lors des derniers défilés Saint Laurent.

 

 

À partir de là, nous avons scrupuleusement suivi la méthode de travail de Loïe Fuller. Cela représente beaucoup de temps passé en répétitions. Et un entraînement physique intensif de la part de Soko.

 

Comment s’est-elle entraînée ?


Je voulais qu’elle ait des muscles et un corps robuste. Soko a travaillé 6 heures par jour durant 1 mois avec Jody Sperling. Le plus difficile pour elle était de tenir en équilibre et de danser à 2, 50 mètres du sol, tout cela dans le noir. Soko est quelqu’un qui se donne à 100% : elle a un formidable appétit d’apprendre et s’est totalement investie dans cette préparation. Au bout des 4 semaines, elle était prête. Le challenge, ensuite, consistait à lui faire oublier la danse que lui avait apprise Jody Sperling. Elle devait pouvoir en donner sa propre interprétation. C’était impensable pour moi d’utiliser une doublure, il fallait aller jusqu’au bout.

 

Dans le film, on comprend que chaque spectacle est une véritable gageure physique…


Il fait appel à un énorme travail de coordination des gestes dans l’apesanteur. Ce ne sont pas seulement les bras qui travaillent, c’est tout le corps. Du reste, Loïe Fuller s’écroulait presque à chaque fin de spectacle, comme dans cette scène, aux Folies Bergères, où on voit l’héroïne partir sur un brancard. Loïe ne dansait que tous les trois jours : elle avait besoin de récupérer entre chaque prestation.

 

Plus elle danse et plus elle se consume : en plus de l’effort physique, ses yeux sont agressés par la violence des projecteurs ; elle doit constamment remuscler ses bras en s’entraînant sur une machine…


Chaque fois que Loïe rentre sur scène, c’est comme si elle livrait un combat. Je me suis beaucoup inspirée de la boxe en la filmant. Je n’ai pas filmé une danseuse, j’ai filmé une boxeuse. Même la manière dont elle s’écroule sur son siège à la fin d’une représentation vient de la boxe.

 

Cela rend le parallèle avec Isadora Duncan d’autant plus cruel…


Isadora est douée et préfère aller boire des cocktails avec les journalistes plutôt que de travailler des heures à la barre. Sa conception de la danse est radicalement opposée à celle de Loïe Fuller : ne pas s’entraîner, rêver, respirer, regarder des images sur la Grèce pour s’inspirer.

 

La Danseuse - Lily Rose-Depp .

 

Lorsque Loïe la rencontre et en tombe amoureuse, elle tombe d’abord amoureuse d’une projection d’elle même, de ce qu’elle aurait aimé être et surtout de ce qu’elle ne pourra jamais être.

On sent une forme d’autodestruction et de désamour chez elle…


Oui. Elle ne se regarde pas, ne s’aime pas, donc, elle ne se ménage pas. En ce sens, La Danseuse est aussi un film sur l’estime de soi. Le clivage entre l’icône de la féminité qu’elle représente en dansant et la fille banale qu’elle redevient dans la vie et qu’elle déteste me passionnait. Loïe Fuller se rend parfaitement compte que, sans son costume, elle n’est plus rien, et elle ne veut surtout pas briser le rêve qu’elle apporte au public comme aux critiques. Elle a peur de décevoir et elle a raison : Mallarmé, qui a écrit des choses sublimes sur son compte, a été très déçu lorsqu’il l’a rencontrée.

Et puis, la notoriété ne l’intéresse pas. Elle n’est finalement heureuse qu’entourée des gens avec lesquels elle travaille ou lorsqu’elle fait des bras de fer avec ses techniciens.

 

Dans le film, elle n’ose affronter les spectateurs qu’une seule fois, à l’Opéra, alors qu’ils l’ont pourtant vue tomber…


À ce moment-là, elle a accompli une partie du chemin. Grâce à Louis Dorsay, qui l’a amenée à devenir une femme, et grâce à Isadora Duncan, qui la provoque en lui envoyant ce télégramme et la pousse à braver la scène de l’opéra seule, elle s’aime peut-être enfin. Isadora est quand même celle qui va la déshabiller et lui faire assumer sa féminité.

 

On a du mal, aujourd’hui, à mesurer sa renommée.


Loïe Fuller était l’une des danseuses les mieux payées au monde. Mais, bien qu’elle soit parvenue à réunir autour d’elle intellectuels et public populaire, beaucoup d’universitaires ne la considèrent pas comme une danseuse parce qu’elle n’a pas transmis son savoir. Connaissant le côté inhumain et quasi destructeur de sa danse, elle a appris à exprimer autre chose aux jeunes filles auxquelles elle enseignait. J’ai eu l’occasion de voir un film qu’elle a réalisé où l’on voit ses danseuses : on est en 1900, elles sont à moitié nues et d’une liberté inouïe qui faisait d’ailleurs scandale. Mais c’est précisément la liberté que Loïe Fuller voulait leur enseigner. Dernière facétie de la vie : elle est enterrée au Père Lachaise à 100 mètres d’Isadora Duncan. Sa tombe est enfouie dans la végétation quand celle d’Isadora est magnifiquement entretenue. L’injustice perdure.

 

Il y a des scènes très picturales dans le film : la mort du père avec le sang qui s’écoule de la baignoire, la séance photo, où Loïe fait l’amour la première fois avec une armure...


Pour chaque scène, j’ai essayé de trouver une idée qui exprime un geste. Et, chaque fois, je me posais la question : l’a-t-on déjà vue ? Benoît Debie, le chef opérateur, a beaucoup contribué à donner son caractère pictural au film. Il est le seul à avoir cette approche. Je savais, pour avoir vu son travail sur Love, de Gaspard Noé, que c’était lui qu’il me fallait. Chance formidable, il a adoré le scénario et a accepté de s’engager sur le film. Je suis comme Loïe Fuller avec ses 25 techniciens : sans lui, sans Alain Attal, mon producteur, sans Anaïs Romand, la chef costumière, sans Carlos Conti, le chef décorateur et sans tous les gens qui m’ont entourée, La Danseuse n’existerait pas.

Parlez-nous de la préparation.


Dès l’écriture, j’ai fait parallèlement un travail de repérage : j’avais besoin de trouver mes décors pour faire vivre mes personnages : cette ruine, dans le parc, pour le dîner d’anniversaire de Gabrielle, la rotonde du château, dans laquelle elle danse… l’église, où vivent les Mothers, dénichée dans le IXème, le théâtre où elle se produit, jusqu’aux scènes dans le Far West, qui ont été tournées dans le Vercors. Dans le scénario, il y avait des détails qui prenaient en compte les lieux que j’avais déjà choisis, j’avais besoin de ça pour y croire.


Avez-vous vraiment tourné la dernière danse,

La Danse des Miroirs à l’Opéra de Paris ?


Oui. Je n’avais qu’une nuit de 2 heures à 8 heures du matin. Mais c’était déjà extraordinaire.


Bien qu’elle ait déjà tourné dans quelques films, Lily-Rose Depp, qui interprète Isadora Duncan, tient son premier grand rôle dans La Danseuse.


Je ne la connaissais pas et suis allée aux Etats-Unis pour la rencontrer et lui faire passer des essais. Dès la première scène, j’ai compris que j’avais affaire à une star. Elle m’a bluffée. Lily-Rose, qui n’a que 16 ans, n’a peur de rien, et est incroyablement à l’aise dans son corps. Alors que Soko a dû s’entrainer durant des semaines, elle, a tout de suite collé au personnage. Toujours cette histoire d’injustice…


Comment dirige-t-on des acteurs aussi chevronnés que Soko, Mélanie Thierry,

Gaspard Ulliel ou François Damiens, qui joue Marchand, le directeur des Folies Bergère ?


J’étais comme Loïe Fuller : j’avais une mission. Ce n’était pas Soko ou Gaspard Ulliel que je voyais franchir une porte, c’était Loïe Fuller et Louis Dorsay. J’étais tellement imprégnée par mon sujet, je ne parlais pas aux acteurs mais aux personnages. Ils étaient tous différents : Soko, généreuse et très investie, elle a une énergie qu’il fallait canaliser ; Gaspard, un maître de précision ; Mélanie, douée et instinctive... C’était dur pour Mélanie Thierry de jouer cette femme de l’ombre. Face à l’énergie débordante de Loïe, il me fallait quelqu’un d’aussi puissant mais tout en retenue. Le silence, c’est ce qu’il y a de plus compliqué à jouer. C’est une performance différente de celle de Soko, mais tout autant difficile. Ils m’ont tous beaucoup impressionnée.

 

La Danseuse -  Mélanie Thierry et Soko

 

Soko et Mélanie Thierry

 

Je faisais peu de prises et les comédiens s’en sont parfois inquiétés. Tout en respectant l’époque, ma manière de filmer devait coller au rythme et à la liberté de mon héroïne ; à sa modernité. J’aime filmer les corps en mouvement ; c’est un parti pris que j’ai encore accentué au montage. J’ai cette étrange impression que tous étaient venus pour défendre mon film coûte que coûte, autant que moi. Ils ont tous pris des risques, ça reste un premier film, c’est l’inconnu pour eux. Leur investissement m’a beaucoup touchée.


Un mot sur la musique…


L’interprétation très contemporaine de Vivaldi par Max Richter s’est tout de suite imposée à moi pour les chorégraphies. Loïe Fuller n’était pas très mélomane et dansait à peu près sur n’importe quoi. Pour coexister avec Vivaldi, j’ai choisi le travail de Warren Ellis et Nick Cave que je trouve très émouvant.

 

On ne peut pas s’empêcher d’établir un lien entre le combat que mène Loïe Fuller à chaque représentation et celui qu’un metteur en scène doit livrer pour tourner son premier film…


Tous les metteurs en scène sont des Loïe Fuller. C’est aussi, dans un sens, un film sur la naissance du cinéma, à travers le mouvement et la mise en scène. Loïe Fuller incarne cet art à la fois élitiste et populaire. Elle voit grand et beau. Tous les arts sont une façon de rester libre. Mon film parle de cette liberté essentielle.

Mon opinion

 

Réalisatrice et scénariste, Stéphanie Di Giusto, déclare au sujet de Loïe Fuller : "C’est une artiste avant d’être une actrice. L’art est, pour elle, une manière de s’échapper. Loïe ne s’aime pas mais aime le beau autour d’elle et ne veut finalement devenir comédienne que par passion des beaux textes. Il n’y a, chez elle, aucun désir de se montrer."

 

Loïe Fuller, une femme hors du commun, qui ira jusqu'au bout de ses limites physiques, pour imposer son art.

 

Dans le film, la photographie, la recherche pour une reconstitution parfaite de l'époque et le raffinement des costumes constituent une belle réussite. Tout est beau. Presque étouffant.

 

La réalisation se perd dans ce côté visuel trop esthétisant. Le scénario ne trouve pas toujours la juste voie et reste dans le flou quand il est question des sentiments.

 

Le personnage de Louis Dorsay, tenu avec élégance par Gaspard Ulliel, n'apporte rien. D'autres, en revanche, sont particulièrement bien étudiés comme celui de Gabrielle qui veille avec attention, discrétion et dévotion sur celle qui brillera sous les feux de la rampe. Dans cette femme de l'ombre, Mélanie Thierry est parfaite de justesse et de retenue.

 

Dans le rôle principal, Soko est non seulement attachante, mais également remarquable de bout en bout.

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2016
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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 18:35

 

Date de sortie 21 septembre 2016

 

Brooklyn Village (Little Men)


Réalisé par Ira Sachs


Avec Theo Taplitz, Michael Barbieri, Greg Kinnear,

Paulina García, Jennifer Ehle, Alfred Molina, Talia Balsam, Clare Foley

 

Genre Drame

 

Totre original Little Men


Production Américaine

 

Au 42ème Festival du Film Américain de Deauville, (2 au 11 septembre 2016)

- Brooklyn Village remporte le Grand Prix

 

"Je me sens très bien ici, c'est familier", explique Ira Sachs. Et pour cause : avec Brooklyn Village, il signe sa quatrième venue sur les planches depuis 2005. Deux ans après la présentation de Love is Strange en Compétition, le revoici donc dans la même section. "Et j'ai grandi donc je peux repenser aux changements dans ma vie depuis chacune des mes venues ici", précise-t-il.

 

De changement, il en est justement question dès le début de Brooklyn Village, qui s'ouvre avec un enterrement là où Love is Strange commençait avec mariage : coïncidence ? Continuation ? "Mes films commencent à chaque fois dans un large espace, pour inviter le public dans un monde", nous dit-il. "Ces cérémonies, qu'il s'agisse d'un mariage, d'un enterrement ou d'une fête, servent d'introduction au sein d'une communauté. Forty Shades of Blue, qui était à Deauville en 2005, commençait d'ailleurs avec une grosse fête. Je débute généralement de façon large pour davantage resserrer le point de vue au fil du récit, afin que vous fassiez intimement connaissance avec les personnages."

 

Plus d'infomations, cliquez ici.

 

Brooklyn Village (Littke men)

 

Synopsis

 

Une famille de Manhattan hérite d'une maison à Brooklyn, dont le rez-de-chaussée est occupé par la boutique de Leonor (Paulina García), une couturière latino-américaine.

Les relations sont d'abord très cordiales, notamment grâce à l'insouciante amitié qui se noue entre Tony Calvelli (Michael Barbieri) et  Jake Jardine (Theo Taplitz) , les enfants des deux foyers.

Mais le loyer de la boutique s'avère bien inférieur aux besoins des nouveaux arrivants. Les discussions d’adultes vont bientôt perturber la complicité entre voisins.

 

Ira Sachs voit la genèse de ce projet comme à mettre en parallèle avec le fait qu'il s'intéresse, tout comme son co-scénariste Mauricio Zacharias, aux questions de générations.

 

Le cinéaste est lui-même père de deux enfants de quatre ans. Il explique :


"Je réfléchis beaucoup à notre relation, à ce qu’ils sont, à ce que ça signifie d’être père. Je voulais faire un film sur l’enfance, mais depuis la perspective d’un adulte. En tant que dramaturge, je crois en ces petits moments qui peuvent tout changer. Les décisions ordinaires et les défis occasionnels qu’apporte la vie peuvent avoir des échos très forts non seulement pour nous, mais également pour ceux que l’on aime. Les parents se retrouvent parfois dans des circonstances où il est difficile de rester fidèle aux valeurs que l’on souhaite inculquer à ses enfants. C’est dans cette banalité du quotidien que l’on est véritablement testé. On a tous nos croyances et nos principes, et puis la réalité s’en mêle. Comment prend-on des décisions dans ces situations ?"

 

Après Love is Strange et Keep the Lights On, le metteur en scène Ira Sachs collabore pour la troisième fois avec le scénariste Mauricio Zacharias. Comme ils en ont l'habitude, avec Brooklyn Village les deux hommes ont commencé par regarder des films pour trouver de l'inspiration dans leur processus d'écriture : Et pourtant nous sommes nés réalisé en 1932 et Bonjour, son remake, en 1959. Deux longs métrages de Yasujirô Ozu

 

Le comédien Greg Kinnear se confie sur son personnage

"Brian vient de perdre son père en lui laissant une situation délicate, et il essaye tant bien que mal d’être un bon père, un exemple pour son fils. Ça peut arriver à tout un chacun : essayer de faire les choses pour le mieux, et se retrouver confronter à ses propres principes de vie. Ira a ce talent unique de faire résonner ces histoires banales en chacun d’entre nous."

 

Sources www.allocine.fr

 

Brooklyn Village - Greg Kinnear & Theo Taplitz

 

Greg Kinnear et Theo Taplitz

Interview du réalisateur par Loris Dru Lumbroso relevéé sur cinephilia.fr

 

Il y a dans Brooklyn Village, l’idée est déjà présente dans Love is Strange, une certaine crainte de la perte d’identité de New-York avec ces augmentations de loyers et la disparition lente mais certaine de tout à un tas de petits boutiques qui faisaient le charme de la ville. Est-ce que vous avez peur de la gentrification ?

 

C’est assez ironique car quand j’ai écrit le scénario j’étais au courant de cette gentrification mais je n’en avait pas peur. Ce n’est que maintenant, après avoir terminé le film, que je prends pleinement conscience de la disparition de choses que j’aime et cela provoque chez moi une certaine colère mais surtout de la tristesse. Dans tous les cas je considère que la vie, les villes et même le cinéma sont traversés par le changement. C’est l’objectif de mon travail que d’être attentif à ce changement et de raconter des histoires autour de ces gens, de ces quartiers. C’est un changement naturel mais je crois que d’une certaine façon on peut conserver ce mode de vie.

 

Vous êtes un grand fan de John Cassavettes et ça se voit d’ailleurs dans vos thèmes communs et la manière dont vous analysez les relations familiales, amicales, entre collègues etc… Or votre mise en scène est à l’exact opposée de son style.

 

Quand j’étais plus jeune je n’ai pas fait d’école de cinéma, j’ai appris à être un réalisateur en lisant des livres, en voyant des films et en vivant tout simplement. Je pense que Cassavettes m’a donné la permission de rechercher une intimité dans mes films. Son travail m’a certainement sur-influencé par le passé puis j’ai découvert le trépied dans les films de Ken Loach. Le trépied est devenu très important car je pense qu’en tant que personne je suis très différent de Cassavettes, plus observateur, moins théâtral donc j’essaie de trouver le moyen de coller au plus près de ma relation au monde.

Je ne regarde plus de Cassavettes pour savoir comment tourner un film, je me tourne plutôt systématiquement depuis vingt ans vers Pialat car a chez lui une grande rigueur visuelle mais toujours sans limites. Pialat est en quelques sortes le Cassavettes français en terme d’influence dans le cinéma de la deuxième moitié du XXème siècle.

 

Toujours sur vos influences, on sait à quel point Yasujiro Ozu et Douglas Sirk sont importants pour vous. Cela semble complètement logique tant vous semblez partager avec Ozu une grande tendresse pour vos personnages et avec Sirk une certaine manière de montrer la société et ses préjugés.

 

Tout à fait, le cinéma de Sirk est axé sur la différence et celui d’Ozu sur le foyer notamment la fragilité des liens familiaux dans ce foyer. C’est la fragilité qui m’inspire le plus chez ces deux cinéastes, ils comprennent la fragilité humaine.

 

Comment parvenez-vous à garder cet équilibre entre les problèmes financiers des adultes et l’innocence des enfants pour montrer l’influence d’un monde sur l’autre ? Cela vient directement du scénario ou plutôt d’impressions sur le tournage et au montage ?

 

Cela commence avec le scénario et je pense qu’il suit l’histoire. Donc dans un sens, en étant attentif à l’histoire on peut se permettre des digressions tout en restant fidèle à une simple construction en trois actes et cela me permet une certaine rigueur vis à vis de mon matériau et de ne pas pointer les choses. Je ne sais pas si c’est réussi mais dès que j’ai conscience de pointer quelque chose dans mon scénario, j’essaie de le masquer cela ou de le rendre plus évocateur.

C’est deux éléments fonctionnent en tandem et la juxtaposition se fait par le montage et comment on passe d’une scène à une autre, le mouvement entre les scènes est ce qui rend le film vivant. 90% du film est déjà écrit et les 10% restants sont des scènes très précises où il me semble que l’improvisation est plus à même d’approcher ce que je cherche car ces scènes tiennent plus d’une vision du monde que d’un ressort scénaristique. Par exemple pour les cours de théâtre, il n’est pas important de savoir ce qu’ils disent mais plutôt de comprendre le talent de ce garçon. Pour bâtir ce monde avec autant d’authenticité que possible tous les enfants viennent d’une classe d’improvisation de Brooklyn et j’y intègre mes acteurs pour qu’on sente qu’ils font parti de quelque chose.

 

Brooklyn Village (Little men)

Les deux garçons du film (Théo Taplitz et Micharl Barbieri) sont d’ailleurs excellents, ça demande une grande attention de diriger des enfants ?

 

Je les ai dirigés comme n’importe quel autre comédien. Je ne sais pas si ils avaient besoin de quelque chose de différent mais comme tout acteur ils ont besoin de comprendre ce dont le réalisateur a besoin. Chaque acteur a des besoins particuliers, pour ces deux garçons c’était une forme d’intelligence, d’acuité émotionnelle et ça a son importance dans leur interprétation mais ce sont des acteurs nés. Ils ont compris ce qu’ils avaient besoin de comprendre et surtout ils me faisaient confiance. Je ne fais que très peu répéter mes acteurs donc l’essentiel est de connaître ses répliques et d’être présent physiquement et émotionnellement pour être réceptif et authentique dans leur écoute et leurs réponses car ce sont les deux piliers du jeu d’acteur. Si cette réciprocité entre l’écoute et la réponse est honnête elle mène justement à l’intimité recherchée. Le fait de tourner un film est en soi une répétition puisqu’on réalise plusieurs prises mais je préfère que l’acteur prenne aussi peu de décision que possible jusqu’au moment où nous tournons.

 

On en appelle à Ira Sachs le cinéphile, quels sont vos films préférés sur l’enfance ?

 

Mon film préféré sur l’enfance est un des mes fils préférés tout court, il s’agit de Mes Petites Amoureuses (Sachs donne le titre en français) de Jean Eustache en 1974, c’est un film merveilleux tout comme La Maman et la Putain. Il fait ce film sur des enfants dans une petite ville, il me semble, du sud de la France et tout dedans tient du chef d’oeuvre à commencer par la photographie de Nestor Almendros.

Il y a aussi Kes  de Ken Loach -un film qui me parle beaucoup-, L’Enfance Nue (en français dans le texte) qui est le premier film de Pialat. Je pense aussi à The World of Henry Orient (Deux filles, un séducteur en VF) sur deux filles à New-York qui deviennent meilleures amies lors d’un été et toutes deux tombent amoureuses de Peter Sellers. J’ai aussi vu avec mes enfants récemment Meet me at Saint-Louis (Le Chant du Missouri) de Vincent Minelli, un film incroyablement profond sur la famille et les enfants.

 

Que pensez-vous du cinéma indépendant américain actuel ? Il me semble qu’il était plus facile à vos débuts de trouver un producteur et un distributeur décent pour un premier film, est-ce juste un problème économique ?

 

Je pense qu’aujourd’hui il est très difficile de construire une carrière viable et durable. Tout comme la boutique de Brooklyn Village ça ne fonctionne pas sur le plan économique, on trouve beaucoup de réalisateurs qui parviennent à faire un ou deux films mais c’est très rare de pouvoir continuer à créer sur le long terme. Ceux qui sont restés complètement indépendants et qui continuent de créer je peux les compter sur mes dix doigts mais c’est comme ça…

Il y a sept mille problèmes économiques mais les cultures changent et les studios sont dirigés par des assemblées de directeurs qui ne s’intéressent qu’aux bénéfices. Nous sommes dans un système capitaliste et dans un monde de plus en plus mondialisé où la place de l’art est en péril.

Je ne sais pas exactement d’où viennent ces problèmes, personnellement je suis à la tête d’une association, Queer Art, qui supporte les initiatives d’artistes homosexuels à New-York et s’assure de la réussite de leurs projets afin qu’ils puissent en vivre. Je l’ai créée en opposition à ce système économique qui n’aide pas ces oeuvres, ce n’est pas un substitut à ce système mais une alternative.

 

Décrivez-nous plus en détails votre investissement au sein de Queer Art.

 

Je fais Queer Art Film depuis sept ans, cela se passe dans un cinéma à New-York ou j’invite un artiste, peu importe que ce soit un cinéaste, un poète, un peintre, un musicien qui doit choisir un film important pour lui en tant que personne queer et en tant que personne créative. Donc on projette le film et on en discute après mais on revient toujours sur la créativité de la personne qui l’a choisi.

Il y a clairement un problème de représentativité dans le cinéma américain. Récemment j’ai assisté à la projection du dernier film de Téchiné, Quand on a 17 ans, au Festival de Berlin et j’étais impressionné de voir qu’un film sur deux jeunes garçons homosexuels pouvait remplir une salle de 900 personnes un mardi à 9 heures du matin. Alors que dans ma culture ce film n’aurait jamais pu être fait, ni par Téchiné, ni à cette échelle et personne ne l’aurait vu. On en revient encore à l’économie, les voix homosexuelles de ma génération n’ont pas pu poursuivre leur carrière dont ils ont arrêté de faire des films donc ils se sont tournés vers la télévision ou sont revenus à la représentation des films des années 1950 où l’homosexualité est présente comme une métaphore et non dans le texte.

 

Pouvez nous en dire un peu plus sur ce que représente New-York pour vous car vous avez une manière bien particulière de représenter la ville toujours très arty, un milieu intellectuel avec un voisinage sympa etc…

 

C’est tout simplement l’endroit où je vis et que je connais le mieux. Si j’habitais à Paris ou Honolulu j’aurais probablement d’autres histoires à raconter. Je connais la culture de New-York presque comme un anthropologue, pas forcément de toute la ville mais au moins je connais mon New-York. C’est toujours un lieu où les gens emménagent pour mener une vie créative, c’est comme une communauté à laquelle je me sens très lié, c’est ici que j’élève mes enfants, que j’ai rencontré mon mari. La ville me semble toujours merveilleusement vivante même si il y a des pertes tout comme le garçon de Brooklyn Village expérimente la perte d’une amitié et c’est ce que nous comprenons le mieux en tant qu’adultes.

 

Question rituelle pour terminer : plutôt Godard ou Truffaut ?

 

Je m’en remet plus à Godard car j’ai bien plus à apprendre de lui mais je préfère Truffaut dont je me sens plus proche. Mon Truffaut préféré est La Peau Douce (en français dans le texte) qui me touche énormément et mon Godard favori est Masculin/Féminin. Deux films que j’ai vu quand j’étais jeune à Paris en 1986, à la même époque j’ai découvert Murder of a Chinese Bookie (Le Meurtre d’un Bookmaker Chinois de John Cassavettes ndlr) et je suis imbibé de ces films, ils font parti de mon ADN. C’est en parti parce qu’il s’agit de films fabuleux mais aussi car j’étais très réceptif à cette époque.

J’ai vu 197 films en trois mois à Paris où je vivais chez une mère et son fils, avenue Mozart, et comme je n’avais pas d’école ni d’amis ici donc j’allais au cinéma plusieurs fois par jours suivant un planning précis. J’ai découvert à cette époque la quasi-intégralité de l’oeuvre de Vincente Minelli, six Cassavettes, Police de Pialat auquel je n’ai rien compris à cause de la langue et Sans toit ni loi d’Agnès Varda qu’on a projetté récemment pour ma série Queer Art Film et qui est encore meilleur que dans mes souvenirs, un vrai chef-d’oeuvre. Je pense que j’étais très seul et les films m’ont donné quelque chose à faire, un endroit studieux puisque c’était comme y faire mes études mais sans professeur et d’être récompensé en voyant des films de Minelli.

Je conçois toujours mes personnages à la fois en isolation, en couple et dans un groupe et le drame vient de comment on navigue entre ces trois parties de nous-même. J’essaie d’esquisser un cercle entre le personnage dans son monde, dans une relation intime et seul. Or la solitude est très importante surtout au début du film c’est à ce moment que le public y a le plus accès donc le personnage est seul mais accompagné par le public.

Personnellement je demande toujours aux artistes que j’interview pour Queer Art Film si ils ont, ce jour-là, fait face à obstacle ou une avancée signifiante dans leur travail. Qu’avez-vous fait de créatif aujourd’hui ?

 

Brooklyn Village

Mon opinion

 

"Le cinéma de Sirk est axé sur la différence et celui d’Ozu sur le foyer notamment la fragilité des liens familiaux dans ce foyer. C’est la fragilité qui m’inspire le plus chez ces deux cinéastes, ils comprennent la fragilité humaine." A déclaré le réalisateur. Deux grandes références qui ne trouvent que très peu d'écho dans son dernier long-métrage.

 

Le scénario est faiblard, il en va de même pour les dialogues. Quand ceux-ci auraient pu virer dans la cruauté et la rancœur, Ira Sachs choisit la sagesse. L'ensemble manque cruellement de vigueur. Dommage. L'intérêt financier et les relations humaines ont rarement fait bon ménage. Ces deux rapports plus fouillés auraient permis d'apporter plus d'intérêt.

 

Je retiens quelques jolis et rares passages, bien photographiés, quand deux gamins en roller dévalent les rues de Brooklyn.

 

Venant d'un cinéaste, ambassadeur du cinéma indépendant américain, je suis assez déçu.

 

La formidable Pauline Garcia qui explosait dans Gloria, le film Sebastian Lelio, ne trouve ici que très peu de moyens pour exister vraiment. Les deux grands vainqueurs sons les deux jeunes acteurs, Theo Taplitz et Michael Barbieri.

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2016
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