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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 20:03

 

Date de sortie 20 juillet 2016

 

Colonia


Réalisé par Florian Gallenberger


Avec Emma Watson, Daniel Brühl, Michael Nyqvist,

Vicky Krieps, Julian Ovenden, Richenda Carey, Jeanne Werner


Genres Historique


Production Allemande, Luxembourgeoise, Française

 

Synopsis

 

Chili, 1973. Le Général Pinochet s'empare du pouvoir par la force.

Les opposants au coup d'Etat descendent dans la rue. Parmi les manifestants, un jeune couple, Daniel (Daniel Brühl), photographe et son ami Lena (Emma Watson).

Daniel est arrêté par la nouvelle police politique. Il est conduit dans un camp secret, caché dans un lieu reculé au sein d'une secte dirigée par un ancien nazi Paul Schäfer (Michael Nyqvist). Une prison dont personne n'est jamais sorti.

Pour retrouver son amant, Lena va pourtant rentrer dans la Colonia Dignidad.

 

Colonia - Emma Watson et Daniel Brühl

 

Emma Watson et Daniel Brühl

Note d'intention du réalisateur, Florian Gallenberger, relevé dans le dossier de presse.

 

Le phénomène unique de la Colonia Dignidad - l’infâme secte allemande de Paul Schäfer au Chili - n’a cessé de m’intéresser depuis que j’en ai entendu parler il y a 30 ans. Très vite, j’ai ressenti une certaine fureur et une colère sur l’injustice faite à ces personnes innocentes qui étaient gardées captives dans la Colonie à leur insu. Aujourd’hui encore, j’ai toujours cette forte volonté de révéler au grand jour les incroyables injustices qui furent trop longtemps cachées par les Allemands aux autorités chiliennes.


Cela m’a pris plusieurs années pour trouver mon chemin dans le cercle fermé de la Colonia Dignidad. En 2009, j’ai commencé un travail lent et délicat pour gagner la confiance des anciens membres de la Colonie.

 

ColoniaAujourd’hui, des années plus tard donc, après y avoir vécu et m’être fait des amis (plus particulièrement trois jeunes membres de la secte), j’ai enfin accès à tous les secrets et les aspects cachés de ce qui se passe au sein de la communauté. J’ai vu les souterrains, les endroits où les prisonniers politiques étaient torturés, j’ai été là où leur corps ont été brûlés à la hâte.

 

 

Je me suis rendu dans les cabines de douches secrètes de Paul Schäfer, là où la chorale devait chanter pendant qu’il faisait subir des sévices sexuels aux jeunes garçons. J’ai marché dans les couloirs tristement célèbres de l’hôpital, me suis assis dans le bunker de Schäfer, ai tenu son fusil et regardé les informations sur sa télévision. J’ai parlé aux victimes qui ont été torturées - des membres de la secte aussi bien que des prisonniers politiques. J’ai écouté ce qu’ils ont vécu, comment Schäfer détruisait psychologiquement ses disciples. J’ai regardé de vieux hommes pleurer de ce qu’ils avaient fait à leurs propres enfants. J’ai écouté le célèbre docteur Seewald qui fut à la tête de la clinique et qui réfute tout ce dont elle a pourtant été accusée à juste titre.

 

Je pense très sincèrement qu’aucune personne de l’extérieur ne s’est autant approchée que moi de ce que fut réellement la Colonia Dignidad. Mon but était de rédiger le scénario que j’ai, en effet, écrit. Après toutes ces années de recherches à creuser le sujet, j’ai compris que la Colonia Dignidad n’était rien d’autre que le simple plan d’un régime de terreur, rien d’autre qu’un micro-État de terreur. Je voulais réellement raconter cette histoire car je pense que l’exemple de ce qui est arrivé à la Colonie peut nous aider à comprendre bien plus les mécanismes de l’oppression et sur la facilité avec laquelle un groupe de personnes peut être réduit à l’esclavage.


Comme n’importe quel État totalitaire, la Colonia Dignidad avait un leader charismatique - Paul Schäfer - et un petit cercle de collaborateurs privilégiés qui dominaient et exploitaient leurs semblables. Tout cela était basé sur une doctrine bien réelle et très étrange qui était ajustée en fonction des ordres et volontés de Paul Schäfer.

 

Colonia.

Le mélange entre la politique, la religion, les abus sexuels sur enfants, l’efficacité allemande et la façade d’une communauté pieuse ont rendu la Colonia Dignidad unique et extraordinaire. C’est un phénomène visuellement puissant qui tend automatiquement à se poser la question : "Comment une telle chose est-elle possible ? "

 


Michael Nyqvist

 

Si l’on observe les faits, c’est une question légitime. Paul Schäfer, un prêtre pédophile et sadique, asservi ses fidèles de façon horrible et brutale afin d’abuser sexuellement de leurs enfants. Cela est d’ailleurs quasiment fait sous les yeux de tous et en utilisant la Bible et la religion chrétienne comme raison absurde. De plus, il trouve du soutien de la part de l’État chilien mais aussi de l’Allemagne et de l’ambassade allemande au Chili. Cette situation scandaleuse s’est déroulée sur quasiment 40 ans et personne n’a voulu ou été capable d’arrêter Schäfer. Pourquoi ?

 

Il n’y a pas de réponse simple à cela. La vérité réside d’une part dans la psychologie de Schäfer et de ses victimes, et d’autre part dans l’utilisation et le mécanisme de la peur qui furent très intelligemment utilisés par Schäfer. J’ai souhaité montrer ce système d’oppression, pas en l’expliquant ou en essayant de faire retirer une leçon aux spectateurs, mais plus en les emmenant dans le monde de Paul Schäfer, dans la Colonia Dignidad, et en les laissant ressentir la peur et la cruauté de ce système. C’est ainsi que la véritable morale de l’histoire ressortira.

 

Colonia

Florian Gallenberger est réalisateur, scénariste, producteur et l’un des rares lauréats allemands d’un Oscar.
Né à Munich en 1972. De 1992 à 1998 il étudie à la très renommée Université de la Télévision et du Film de Munich. Il fut co-scénariste et réalisateur du film de fin d’étude de Wim Wenders,
Die Gebrüder Skladanowsky (Les lumières de Berlin), qui reçut le prix du Meilleur Documentaire au Festival du Film de Montréal.
En 1997, 
Florian Gallenberger et son ami étudiant German Kral réalisent le court métrage Tango Berlin qui fut présenté au Festival de Venise et reçut le prix du Meilleur Réalisateur à Bucarest. Florian Gallenberger reçoit le prix d’honneur du Film Étranger aux Student Academy Awards puis l’Oscar du Meilleur Court Métrage pour Quiero Ser qui fut tourné au Mexique.
En 2004, le premier long métrage de réalisateur est le film Shadows of time, produit par Helmut Dietl et tourné en Inde, qui reçut le prix du Meilleur Réalisateur aux Bavarian Film Awards. Son deuxième long métrage est le film John Rabe qui fut tourné en Chine. Avec l’acteur Ulrich Tukur, l’avant-première de ce drame historique eut lieu au Festival du Film de Berlin et le film reçut deux Bavarian Film Awards et quatre German Film Awards (dont celui du Meilleur Film).
En 2014, 
Florian Gallenberger produit (avec l’aide du producteur de Colonia, Benjamin Herrmann) la tragicomédie de Christian Zübert Tour de Force, avec l’acteur Florian David Fitz. En parallèle de son travail sur les films, Florian Gallenberger est professeur à la Munich Film School. De 2010 à 2012, Benjamin Herrmann et lui sont des creative directors de la cérémonie des German Film Award

Extraits d'interview entre le réalisateur et Pablo Chimienti

relevés sur www.lequotidien.lu

 

J’aime penser que c’est parce qu’on avait un bon scénario qu’on a réussi à réunir un tel casting. Daniel Brühl fait partie du projet depuis le départ, il a des origines hispaniques et le sujet l’intéressait particulièrement. Il y a deux ans, nous avons décidé que nous voulions que le film ait une diffusion internationale et qu’il serait donc en anglais. De là, à la recherche d’une comédienne pour le principal rôle féminin, nous avons visé le plus haut possible et à travers des contacts communs, nous avons fait parvenir le scénario à Emma Watson. Elle l’a aimé. Je pense que son personnage est exactement le genre de rôle qu’elle cherchait.

 

Colonia - Emma Watson et Daniel Brühl


C’est la première fois qu’elle joue le rôle d’une femme adulte et aussi un personnage qui fait partie d’un groupe, mais vraiment le personnage principal. Et puis elle interprète une femme forte et courageuse. Dans mon film, pour une fois, ce n’est pas un homme qui sauve une jeune femme, mais bien une femme qui part secourir son homme. C’était plus difficile de trouver le bon acteur pour Paul Schäfer. On avait Michael Nyqvist en tête, mais il était sur un autre tournage.


Nous avons donc changé tout notre planning de tournage pour qu’il puisse faire partie de l’aventure. Enfin, comme on a tourné une grande partie du film au Luxembourg, je cherchais des comédiens luxembourgeois. Je connaissais Vicky Krieps, puisqu’elle est assez connue en Allemagne –  j’ignorais, par contre, qu’elle était luxembourgeoise  – mais pas Jeanne Werner. Nous l’avons castée et elle était exactement le personnage qu’on cherchait.

 

L’histoire se déroule dans le sud du Chili, là où se trouvait la Colonia Dignidad, et, par chance, cette région est très boisée et ressemble beaucoup à l’Europe. Ce qui nous a permis de tourner une grande partie du film ici, ce qui coûte beaucoup moins cher et nous a offert la chance d’obtenir des fonds qu’on n’aurait jamais pu avoir là-bas.
On a pas mal regardé les opportunités en Allemagne, en Autriche; et puis on a discuté avec Nicolas Steil, d’Iris Productions. Il nous a fait découvrir cet incroyable musée de l’Ardoise (À Martelange) qui sert de décors à la colonie. Nous avons aussi tourné pas mal de scènes à Luxembourg, dans les casemates. C’est un super décor, on n’aurait jamais pu construire un décor comme ça. C’est comme ça que le film est devenu une coproduction germano-luxembourgeoise, puis aussi française.

 

Colonia -  Emma Watson et Florian Gallenberger

 

Emma Watson et Florian Gallenberger

Mon opinion

 

Pour une diffusion internationale, le tournage s'est effectué en anglais. Pour mieux appuyer ce choix, Emma Watson est l'actrice idéale. Un récit méconnu qui aurait gagné en force dans la langue originale.

 

Le scénario sérieux, très documenté et parfaitement écrit est basé sur des faits réels et monstrueux. Florian Gallenberger n'hésite pas à dénoncer. À appuyer, aussi, sur le silence assourdissant des gouvernements mis en cause, ainsi que sur  la corruption d'un ambassadeur.

 

Le réalisateur choisit la fiction, et n'évite pas quelques invraisemblances et lourdeurs. Le film démarre dans une certaine confusion par une histoire d'amour qui ne trouve pas vraiment sa place.

 

Un certain suspens s'impose et un acteur, Michael Nyqvist, finit par accrocher l'intérêt. La folie meurtrière de son personnage attise toutes les peurs. L'horreur du personnage, que l'on ne verra pas tomber dans le film, hante les esprits. Si le film, dédié aux victimes de Paul Schäfer, se veut divertissant, il n'en reste pas moins un formidable témoignage sur l'aveuglement de certains pour le bénéfice d'autres. Tous aussi peu recommandables.

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2016
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22 juillet 2016 5 22 /07 /juillet /2016 17:30

 

Date de sortie 13 juillet 2016

 

L'Olivier


Réalisé par Icíar Bollaín


Avec Anna Castillo, Javier Gutiérrez, Pep Ambrós,

Manuel Cucala, Miguel Ángel Aladren, Carme Pla

 

Titre original El Olivo


Genre Comédie dramatique


Production Espagnole, Allemande

 

Synopsis

 

Alma (Anna Castillo), jeune femme engagée, reprend l’exploitation agricole de son grand père Ramón (Manuel Cucala).

 

Ce dernier a été contraint de vendre son olivier millénaire à une multinationale et ne s’en est jamais remis. Alma décide de renverser l’ordre établi et remonte la piste de cet arbre unique, dernier ancrage dans ses terres familiales.

 

Ce voyage rocambolesque l’amène au coeur d’un combat de David contre Goliath.

 

L'olivier

 

Icíar Bollaín, réalisatrice, née à Madrid est aussi comédienne


En 1995, Hola, ¿estás sola? est le premier long-métrage qu’elle écrit et réalise. Pour ce film elle est récompensée, lors de la 40ème Semaine Internationale de Cinéma de Valladolid, par le Prix du Meilleur Réalisateur, le Prix du Public ainsi que la Mention Spéciale du Jury de la Jeunesse.
Son deuxième long-métrage, Flores de Otro Mundo, sélectionné en 1999 au Festival de Cannes obtient le Grand Prix de la Semaine Internationale de la Critique.
Ne dis rien (Te doy mis ojos), son troisième long-métrage qui avait pour thème la violence conjugale, a rencontré un énorme succès lors de sa sortie en Espagne. C’était la première fois qu’était ainsi abordé par le biais de la fiction, un phénomène social qui frappe l’Espagne plus que tout autre pays européen.
Mataharis, son quatrième long métrage a été nommé pour 2 Goyas.
Même la pluie (También la lluvia) a été présenté au Festival de Toronto en 2010 et a fait l’ouverture de la 55ème Semaine Internationale de Cinéma de Valladolid. C’est par ailleurs le film qu’a choisi l’Espagne dans la course à l’Oscar du Meilleur Film Etranger.

 

Autour du film, par Icíar Bollaín.


Aux origines de la fiction, la réalité d’un drame écologique.


Paul Laverty avait été marqué par la lecture d’un article dans El Pais, racontant l’histoire d’oliviers millénaires déracinés puis envoyés au nord de l’Europe. Pour lui ce phénomène synthétisait une tendance plus globale. Dans certains pays comme la France ou la Chine, il est interdit de déraciner ces oliviers, donc ils doivent les importer !

 

L'Olivier (El olivo).

Ces arbres âgés de près de 2 000 ans devenaient des produits de luxe pour les villas de France, de Chine, du Moyen-Orient ou d’Europe du nord… C’était la métaphore d’une époque où l’on spolie la nature, en la transformant, en la bétonnant, dans une logique à court-terme qui conduit à des désastres, humains et écologique.

 


Avoir 20 ans dans un monde en crise.


L’Espagne comme beaucoup de pays européens a traversé, ces dernières années, une récession
économique sans précédent : début 2008, une crise immobilière suivie à l’automne de la même année d’une crise financière puis en 2012 d’une crise bancaire. Personne n’a été épargné. C’est dans ce contexte précaire que s’inscrit le film. Mon personnage principal est une jeune femme d’une vingtaine d’années, j’avais envie de questionner cette génération perdue, frappée de plein fouet par la crise.
Comment cette jeunesse envisage-t-elle l’avenir ? Comment répond-t-elle à la corruption et à la défiance envers les élites et les institutions ? Comment, en ayant grandi en pleine récession, perçoit-elle le gouvernement et ses représentants ?
Alma a 20 ans et incarne cette génération laminée par le chômage et la précarité. Elle a hérité d’un pays en ruine, de terres vendues, achetées et revendues par des spéculateurs, d’un paysage transformé par des constructions, restant souvent inachevées.

 

Alma.


Le Bajo Maestrazgo, la région où nous avons tourné, est un territoire entre terre et mer, entre modernité et tradition, à la fois urbain et rural. Nombre des amis d’Alma ont dû quitter la région voire le pays en quête d’une vie meilleure. Beaucoup d’entreprises ont déposé le bilan ou ont fait faillite, la famille d’Alma n’a pas échappé à la règle.
Une exploitation d’oliviers millénaires aux troncs massifs, lentement sculptés par le temps, jouxte un élevage industriel de volailles.

 

L'Olivier (El Olivo).

Alma a grandi dans ces paysages.

Petite, elle se réfugiait dans les troncs de ces arbres millénaires. Aujourd’hui en conflit permanent avec son père, l’affection qu’elle voue à son grand-père en est d’autant plus forte.

Son grand-père Ramon incarne la sagesse et la confiance dans un monde qui se délite.

 

 


Et j’ai tenté de saisir la beauté de ces arbres millénaires en connexion entre Alma et son grandpère. En opposition avec un paysage moderne meurtri par des constructions inachevées en bord de mer.

Une fable sur un monde désenchanté et contrasté.


Malgré un ton et une esthétique volontairement réalistes, le film est une fable. Ce parti pris permet d’accentuer les contrastes ; de la Méditerranée aux rives du Rhin, d’un village de la côte Est espagnole à la puissance industrielle et moderne d’une ville comme Düsseldorf.
La contradiction se retrouvera dans le décalage entre la nature, incarnée par cet arbre, cet olivier millénaire déraciné, et cette multinationale qui l’a érigé en symbole marketing du développement durable et placé dans une cage de verre.
Ce contraste fait écho aux caractères des personnages ; la vitalité, l’énergie et la jeunesse d’Alma, face au silence, à la maladie de son grandpère.

 

L'Olivier (El Olivo)

 

Une nouvelle collaboration avec Paul Laverty.


Mon précédent film Même la pluie, dont Paul était le scénariste, relatait un tournage de film bouleversé par la colère des figurants indigènes exploités, luttant contre la privatisation de l’eau.


Un ré-enchantement possible du monde.

 

L’Olivier aborde l’espoir d’un ré-enchantement possible du monde. Apprendre à faire confiance à nouveau. À travers cette crise, au-delà de l’appauvrissement d’un pays, nous perdons quelque chose d’essentiel : l’espoir. Et c’est pourquoi, dans cette histoire, personne ne peut rester indifférent à la quête d’Alma ; entêtée à récupérer l’olivier de son grand-père. Alma est une force de la nature, capable d’inverser les courants… Ou du moins d’essayer, en embarquant avec elle d’autres personnes dans une mission impossible, presque chimérique.
Contre toute logique, Alma pressent que cet olivier peut changer les choses. L’histoire lui donnera raison. Certes elle se révélera impuissante face à la maladie de son grand-père, mais elle pourra renouer une relation forte avec son père. Se pardonner, lui pardonner, et reprendre espoir. Un début de confiance retrouvée, une nouvelle façon d’appréhender le futur.

 

L'Olivier (El Olivo)

Mon opinion

 

Un combat, celui des plus humbles, ici des amoureux de la terre nourricière, peu à peu dépouillés de leurs biens par une crise financière envahissante.

 

Icíar Bollaín, réalise ce film, comme une fable.

 

Des paysages ensoleillés de l'Andalousie profonde ou ses bords de mer dévastés par des constructions modernes, dans un total abandon aujourd'hui, le film nous entraîne vers ceux plus modernes, gris et industrialisés de Düsseldorf.

 

L'amour d'une jeune femme pour son grand-père paternel la poussera à toutes les folies. À tous les mensonges, aussi. L'optimisme et la détermination flirtent avec la naïveté. La réalisatrice déclare déclare: "L’Olivier aborde l’espoir d’un ré-enchantement possible du monde. Apprendre à faire confiance à nouveau. À travers cette crise, au-delà de l’appauvrissement d’un pays, nous perdons quelque chose d’essentiel : l’espoir."

 

Cet arbre majestueux et millénaire tient une place primordiale.  Déraciné, il trouvera avec Alma, une "force de la nature" pour reprendre les mots de la réalisatrice, une défenderesse de choix habitée par la force et la conviction de tous ceux qui tentent de s'opposer à ces multinationales sans scrupule.

 

Le pitch est simple, les dialogues sensibles et solides à la fois. L'interprétation sans faille aucune. L'excellent Javier Gutiérrez s'impose avec maestria face à la douce et convaincante Anna Castillo.

 

Un film qui atteint son but. Pousser à la réflexion et se laisser porter par la beauté des images et la musique de Pascal Gaigne.

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2016
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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 22:07

 

Date de sortie 13 juillet 2016

 

Sparrows


Réalisé par Rúnar Rúnarsson


Avec Atli Oskar Fjalarsson, Ingvar Eggert Sigurðsson, Nanna Kristín Magnúsdóttir,

Rade Serbedzija, Kristbjörg Kjeld, Pálmi Gestsson

 

Titre original Sparrows / Serçeler


Genre Drame

 

Production Islandaise, Danoise, Croate

 

Synopsis
 

Ari (Atli Oskar Fjalarsson), 16 ans, vit avec sa mère à Reykjavik lorsqu’il doit soudain retourner vivre chez son père Gunnar (Ingvar Eggert Sigurðsson), dans la région isolée des fjords, aussi splendide qu’anxiogène, au nord-ouest de l’Islande.

 

Sa mère, pour des raisons inconnues, est partie vivre en Afrique avec son nouveau mari.

 

Sa relation avec son père n’est pas des plus faciles et ses amis d’enfance semblent avoir bien changé.

 

C’est dans cette situation difficile à laquelle il ne peut échapper qu’Ari devra s’imposer pour trouver sa voie.

 

Sparrows

Né à Reykjavik en Islande en 1977 Rúnar Rúnarsson a vécu au Danemark pendant 7 ans, où il est sorti diplômé de la Danish Film School en 2009. Nommé pour un Oscar en 2006, pour la Palme d'Or et pour les European Films Awards en 2008, il est certainement le réalisateur de court métrages le plus acclamé dans le monde, avec plus de 90 prix internationaux.


Rúnar Rúnarsson est retourné en Islande pour tourner Volcano, son premier long métrage, présenté à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes en 2011.

 

Sparrows son second long métrage tourné également en Islande, a obtenu de multiples prix (San Sébastian, Les Arcs, Goteborg, Sao Paulo…) depuis sa première mondiale au festival de Toronto en septembre 2015.

Après Volcano, découverte de la Quinzaine des réalisateurs cannoise 2011, Rúnar Rúnarsson confirme tout son potentiel avec Sparrows, vainqueur cette année à San Sebastian et présenté en compétition au 7ème Festival de Cinéma Européen des Arcs, un événement où le cinéaste islandais a ses habitudes puisque son film y avait été sélectionné au Village des Coproductions et au Work-in-Progress l'an passé.

Sparrows a été tourné en 2014 en Islande, dans la région de Westfjords, en particulier les villages de pêcheurs de Flateyri et Isafjordur.

 

Sparrows

Interview avec le réalisateur réalisé par Fabien Lemercier
au Festival de Cinéma Européen des Arcs 2016 pour Cineuropa.

 

Quels thèmes vouliez-vous aborder dans Sparrows ?

 


Trop de films ne sont construits que pour raconter une seule chose et quelquefois ils prétendent même détenir la vérité comme si c'étaient des histoires de la Bible. Je n'aime pas ça et je veux que mes films soient plus vastes. Bien sûr, Sparrows traite du passage à l'âge adulte d'un jeune homme traversant une période de transition, mais le film parle aussi des relations père-fils, d'intégration, de retour aux sources, de masculinité, d'amour, de perte et de pardon. J'aime travailler avec beaucoup d’éléments car la vie est plus complexe qu'une seule morale en 90 minutes. La vie n'est pas noire ou blanche, elle est grise avec une échelle de nuances de gris. C'est la réalité et je veux que le public la perçoive. Ensuite, c'est un film, donc il faut que ce soit visuel et narratif. Et comme je me suis aperçu que les spectateurs aiment identifier le genre précis des films, avec mon équipe, nous définissions ce que nous faisons comme du réalisme poétique. Car il est important d'avoir de la beauté et de l'esthétique.

 

Sans être ultra-sombre, l'univers de Sparrows est très rude. Est-ce votre vision de la vie ?


Il faut prendre conscience qu'il y a des obstacles à franchir tout au long de la vie, que de petits et des grands drames surviendront forcément. Mais il faut surligner les bonnes choses. Et si dans mon film, il y a un ou deux événements qu'on peut trouver choquants, mon intention n'est pas de choquer gratuitement, mais que l'on ressente la beauté qui succède à cette laideur. C'est une erreur de laisser le spectateur penser que tout est lumineux et bon comme on le fait dans les productions hollywoodiennes ou que l'existence est un enfer sans espoir comme dans certains films art et essai. Aucune des deux options n'est juste car dans la vie, quand on tombe, on se relève et le soleil brille de nouveau. Il y a toujours de l'espoir, on ne doit jamais abandonner.

 

Sparrows

 

Le décor joue un rôle très important dans la grande qualité générale de votre film, notamment grâce à des cadres très beaux.


Quand j'écris, je pense aussi au financement et je veille à ne pas me lancer dans des choses que je ne pourrais pas m'offrir. J'essaye toujours de tirer le meilleur parti de possibilités existantes. Au lycée, j'avais deux amis originaires de cette ville où nous avons tourné, donc je connaissais très bien cette région et je savais que je pourrais raconter cette histoire avec beaucoup de décors différents dans une zone géographique réduite, que je pourrais utiliser des maisons abandonnées, changer facilement le plan de travail en cas de modification de la météo, loger aisément toute l'équipe, etc. C'est essentiel de très bien se préparer pour pouvoir prendre les meilleures décisions quand des imprévus surviennent durant le tournage. On peut alors improviser, profiter par exemple d'une très belle lumière qui surgit pour tourner une scène qui n'existait pas sur le papier. C'est pour cela que j'essaye de toujours avoir le même cadre dans un décor donné, pour éventuellement pouvoir insérer des scènes improvisées.

Avez-vous une méthode de tournage particulière ?


J'ai rencontré la plupart de mes collaborateurs, en particulier mon monteur et mon directeur de la photographie, à l'école de cinéma au Danemark. Nous avons travaillé sur beaucoup de projets et nous avons créé ensemble notre propre style, notamment avec le tempo des scènes qui correspond au réalisme que nous visons. Nous ne coupons pas et nous utilisons assez souvent ce qui est filmé après la prise. Par ailleurs, même si je n'avais pas les moyens d'avoir du 35 mm, Sparrows est tourné en Super 16 car il n'y a rien de mieux que la pellicule en termes de délicatesse. Nous vivons dans un monde d'écrans haute définition qui nous bombardent de contrastes affreux et quand on regarde un film tourné en pellicule dans de bonnes conditions, on retrouve du vrai cinéma. Et cela revenait même moins cher de tourner en Super 16 qu'en numérique !

 

Comment voyez-vous la suite de votre carrière ? Êtes-vous lié indissolublement à l'Islande ?


L'Islande est un petit pays et j'ai toujours coproduit mes films avec le Danemark, où j'ai vécu huit ans, et j'ai été soutenu par les fonds des deux pays. Peut-être que mon prochain film aura pour cadre le Danemark, ce serait finalement une étape assez logique. Je suis aussi à l'aise avec la langue anglaise, mais je n'irai jamais travailler dans un endroit dont je ne connais rien. Je dois vivre et respirer l'atmosphère, expérimenter l'environnement pour pouvoir en faire le portrait : cela fait partie de mon processus d'écriture. Et c'est important pour moi de travailler avec des gens en qui j'ai confiance, d'avoir toute la liberté artistique possible et le contrôle sur le processus de fabrication de mes films. Car les décisions qui ne semblent que des questions pratiques sont en réalité des décisions artistiques.

 

Sparrows

Interview de Atli Oskar Fjalarsson réalisé par Lisa Braamt - Berlinale 2016.

 

À 12 ans, Atli Oskar Fjalarsson prête sa voix aux personnages de BD et pose ainsi ses jalons pour sa future carrière. Deux ans plus tard, il joue dans 2 Birds, court métrage primé de Rúnar Rúnarsson. S'ensuivent d'autres rôles dans des films et des shows télévisés. Enfin, il retravaille avec le réalisateur et scénariste islandais Rùnar Rúnarsson, pour Sparrows, une production qui a été récompensée lors du dernier festival du film de Toronto et dans laquelle Atli joue le rôle d'un adolescent effrayé. La Berlinale 2016 est une première pour lui dans la capitale allemande.


Quelle impression cela fait-il de se retrouver au milieu de la Berlinale Shooting Star présentée cette année ?

 

C'est toujours un grand honneur d'être récompensé et c'est toujours sympa quand quelqu'un vous met une tape sur l'épaule et vous dit "Bien joué !" J'imagine que tout le monde aspire à cette reconnaissance.

 

Quelques mots sur toi et ta carrière actuelle ?


À 16 ans, j'ai obtenu mon premier rôle et depuis ce temps, je n'ai pas cessé de travailler en Islande. Récemment, je suis parti à Los Angeles pour étudier la comédie.

 

A quelle école es-tu et quelles ont été tes motivations?


J'ai choisi de suivre un programme universitaire sur trois ans à la New York Film Academy. J'ai toujours voulu apprendre, comment on joue réellement la comédie. Certes, j'ai un don naturel pour cet art, mais j'ai toujours souhaité savoir ce qu'il y avait derrière tout ça, en découvrir davantage sur les pères fondateurs de la comédie et comment ils ont trouvé leurs rituels. Comment on se prépare, comment on peut démonter un scénario. C'est tout cela que je souhaite véritablement apprendre. Cela fait maintenant un an et demi que je suis à Los Angeles.

 

Tu veux donc conquérir Hollywood, est-ce que c'est un objectif que tu t'es fixé ?


Les États-Unis me fascinent depuis toujours. J'ai postulé à la fois pour New York et Los Angeles et lorsque l'on m'a pris à LA, je m'y suis installé. Je ne regrette absolument pas, c'est une ville fantastique. J'adore vraiment cet endroit, il y fait toujours beau. C'est magnifique.

 

Selon toi, qu'est-ce qui différencie l'Islande de Los Angeles, c'est à dire l'Europe des USA? En termes de comédie et de fonctionnement ?


Le fonctionnement est sensiblement le même. Les méthodes sont similaires. La comédie et le cinéma parlent une langue universelle. Tu vas sur le plateau et là peu importe qu'il s'agisse d'un petit film d'art et d'essai en Islande ou bien d'une super production hollywoodienne. Les méthodes et la manière dont le film est tourné sont les mêmes. C'est essentiellement pareil, même si l'on utilise d'autres termes et que l'on parle dans d'autres langues. J'adore travailler en Islande, tout le monde est très proche et forme une vraie famille.

 

Un acteur préféré ?


Depuis tout petit, j'admire Tom Hanks. J'adore tout ce qu'il fait. Forrest Gump naturellement. Cloud Atlas est sans conteste mon film préféré. Bien sûr, il y a aussi des acteurs islandais que j'apprécie beaucoup. Ingvar Eggert Sigurosson, qui a joué le rôle de mon père dans Sparrows. Petit, je l'ai souvent aperçu dans des films et pouvoir jouer un rôle à ses côtés est un rêve devenu réalité. Cela a clairement été un des grands moments de ma carrière actuelle.

 

Sparrows

Est-ce qu'il y a d'autres réalisateurs ou acteurs islandais qu'il faut connaître ?


Grímur Hákonarson est un réalisateur incroyable et également un de mes amis. Je citerais également Rúnar Rúnarsson. Il y a beaucoup de bons réalisateurs islandais, également beaucoup de jeunes talents en herbe.


Ta conception du malheur ?


Pour ma part, le malheur se manifeste dans la solitude. Celle-ci peut avoir de nombreux visages. On peut se trouver au milieu d'une foule de gens et se sentir seul pour autant. Voilà ce qu'est le malheur selon moi. Je crois aussi que nous devons commencer à traiter les dépressions différemment. Particulièrement lorsqu'il s'agit d'hommes et de jeunes hommes, lorsqu'ils se sentent perdus. La plupart du temps, ils n'arrivent pas à exprimer leurs sentiments. Un homme ne doit pas pleurer, autrement ce n'est pas un homme. Cette idée mène bien souvent à l'isolement.

 

Et ta conception du bonheur ?


Dans les moments où je me sens le plus heureux, je ne pense pas au bonheur. Je crois que le sentiment d'être heureux ou le bonheur est un oxymore. J'ai le sentiment que nous y pensons uniquement lorsque l'on se sent triste. C'est dans ces moments là que nous recherchons le bonheur. Lorsque l'on est vraiment heureux, on ne prend pas conscience de tout ça et on ne réfléchit pas, on vit simplement sa vie sans s'arrêter, en toute quiétude.

 

Sparrows

Mon opinion

 

Attiré pas les critiques dithyrambiques de la presse, qui saluent ce film récompensé dans quantités de festivals, j'avoue avoir été passablement déçu par ce long-métrage sans aucune originalité et d'une platitude quasi ennuyeuse.

 

Le scénario "traite du passage à l'âge adulte d'un jeune homme traversant une période de transition, mais le film parle aussi des relations père-fils, d'intégration, de retour aux sources, de masculinité, d'amour, de perte et de pardon", a déclaré Rúnar Rúnarsson. Rien de très nouveau.

 

À l'exception de la toute fin du film, qui réserve une belle surprise, la mise en scène très classique est plombée par trop de longueurs. Tourné en Super 16, pendant cette période des nuits dites blanches, la photographie est à la fois belle, floue et très pâle. Elle tente de magnifier ces immensités désertes tout en restant anxiogène, étouffante, sans horizons.

 

Selon le réalisateur "La vie n'est pas noire ou blanche, elle est grise avec une échelle de nuances de gris". Un peu comme ce film au titre énigmatique de Sparrows. Peut-être en référence au principal protagoniste qui, de jeune adolescent, devra prendre son envol pour devenir un homme.

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16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 11:30

 

Date de sortie 6 juillet 2016

 

Irréprochable


Réalisé par Sébastien Marnier


Avec Marina Foïs, Jérémie Elkaïm, Joséphine Japy,

Jean-Luc Vincent, Benjamin Biolay, Jeanne Rosa


Genre Thriller


Production Française

 

Synopsis

 

Depuis qu’elle a été licenciée, Constance (Marina Foïs) est dans une situation financière intenable. Quand elle apprend que l’agence immobilière où elle a débuté est en phase de recrutement, elle quitte Paris pour rejoindre la petite ville de sa jeunesse.

 

Mais c’est Audrey (Joséphine Japy), une jeune femme de 20 ans qui obtient la place. Le monde s’écroule pour Constance.

 

Dès ce moment, elle n’aura plus qu’une seule obsession : anéantir Audrey pour récupérer son poste.

 

Irréprochable - Marina Foïs

Après des études d’Arts Appliqués et de Cinéma, Sébastien Marnier a publié trois romans, Mimi et Qu4tre chez Fayard en 2011 et 2013 puis Une vie de petits fours chez JC Lattès en 2013.

 

Plus sur le réalisateur, cliquez ici.


Il est le co-auteur de la série d’animation Salaire net et monde de brutes diffusée en 2016 sur Arte, adapté de son propre roman graphique publié chez Delcourt et du spectacle Miss Carpenter pour Marianne James.


Sébastien Marnier a réalisé trois courts métrages, Irréprochable est son premier long.

Entretien avec le réalisateur relevé dans le dossier de presse.

 

Comment est né ce projet ?


J’avoue que j’ai une certaine fascination pour les personnages troubles depuis que je suis enfant. Les héros de mes romans sont tous des désaxés ou des sociopathes en puissance mais toujours bien ancrés dans le réel. J’aime imaginer leur psychologie et leurs failles, j’essaie d’être le plus précis possible en les confrontant à la banalité du quotidien. C’est passionnant d’analyser leur comportement et de comprendre les moyens qu’ils se donnent pour obtenir ce qu’ils convoitent. C’est toujours très compliqué, leur grille de lecture est toujours tellement alambiquée. Je suis très touché par ces personnages dont j’aime trouver l’humanité derrière la folie et c’est à travers eux que je me sens le plus à ma place pour parler des violences du monde. En fait, Irréprochable parle de la société comme d’un naufrage collectif, mais c’est avant tout une tragédie personnelle.

 

Diriez-vous que Constance est une anti- héroïne en puissance ?


Irréprochable - Marina FoïsOui. Ce n’est pas un personnage aimable, mais je savais que Marina Foïs lui apporterait de la complexité, un peu de drôlerie et de violence mais surtout une profonde humanité. Constance est un monstre d’égoïsme, mais elle est aussi une femme désespérément seule. Elle fait tout pour s’en sortir, et pourtant elle ne fait qu’accumuler les ratages et les échecs.

 

 

La pression sociale et la précarité qu’elle subit - et qu’elle s’impose - la font agir de travers et en dépit du bon sens. C’est comme si elle n’avait pas les codes, qu’elle ne connaissait pas les usages et qu’elle ignorait les conventions.

 

Le titre du film Irréprochable est en fait le point de vue de Constance sur elle-même...


Exactement, il n’y a rien d’ironique là- dedans. Constance est persuadée de faire bien et ne se remet pas en question. Elle n’est jamais dans la préméditation, au contraire, elle est en permanence dans l’émotion, elle est extrêmement impulsive. Quand elle se rapproche d’Audrey, quitte à s’immiscer dans sa vie de jour comme de nuit, elle le fait d’abord pour la convaincre de lâcher son poste à l’agence. Elle essaie juste de l’éloigner afin de reprendre ce qu’elle estime lui revenir de droit. Constance est une machine de guerre qui fonce droit devant elle sans se poser de questions, sans envisager les conséquences de ses actes.

 

Sa détermination s’exprime aussi à travers son physique et les nombreuses scènes d’en- trainement sportif qui émaillent le film...


L’investissement sportif de Constance est une sorte de métaphore de son état d’esprit. Elle fait tout à fond, jusqu’à l’absurde. Son corps doit lui aussi être "irréprochable", il est à son image : aussi sec que puissant et révèle la part de virilité de Constance.

Si Constance semble étriquée socialement, elle est en revanche très libérée sexuellement. Est-ce paradoxal pour vous ?


Irréprochable  Marina Foïs et Jérémie ElkaïmNon, Constance veut simplement jouir de la vie, elle peut paraître froide au premier abord, mais elle n’est pas frigide. Elle aime le sexe et l’assume pleinement. Sa liaison avec Gilles est un moyen d’échapper à l’ennui, à l’inverse de son histoire avec Philippe. Celui-ci incarne la stabilité, la douceur, mais il est trop sage, trop gentil, et peut-être trop simple pour Constance.

 

Dès la scène d’ouverture dans ce grand appartement parisien, vous jouez avec l’image de Constance à la fois iconisée et fétichisée. Comment avez-vous créé cette silhouette si particulière que Marina Foïs balade du début à la fin du film ?


Nous avons beaucoup travaillé avec Marité Coutard, la costumière du film pour que, à l’écran, la silhouette de Constance incarne ce qu’est le personnage et je voulais qu’elle soit identifiable à chaque instant. Constance n’est pas extravagante, mais elle a de la fantaisie. Sa garde-robe est binaire et néanmoins très voyante : d’un côté l’ensemble bourgeois qui relève presque du cliché avec sa jupe jaune, son faux chemisier Versace, ses escarpins vernis et ses talons de 10 centimètres et de l’autre ses fringues de jeunesse, ce legging bariolé et ce sweat rouge qui renvoient à une certaine forme de nostalgie de son adolescence, une période peut-être plus heureuse pour elle à un moment où ses rêves de grandeur étaient encore possibles. En fait, les tenues de Constance racontent à la fois ce qu’elle est et ce qu’elle rêve d’être. Ce n’est pas pour rien si au début du film, elle planque son duvet dans un sac en carton Chanel.

 

Irréprochable  semble être à la croisée de plusieurs genres cinématographiques ?


J’avais envie de jouer avec les codes de différents genres. Le début du récit s’inscrit dans cette tradition très française du "retour au pays", et puis tout se complique comme si un poison se répandait en contaminant le quotidien de cette petite ville de province où tout semble si normal. Le film prend alors des allures de thriller où le suspens surgit dans un contexte et des lieux des plus ordinaires. L’idée était de créer une tension à partir de choses simples et évidentes - décors, costumes, lumière, musique - qu’il fallait transcender par une grammaire cinématographique minutieusement travaillée.

 

Irréprochable - Joséphine Japy et Marina Foïs

 

Justement, quelles étaient vos références cinématographiques ?


J’ai récemment vu Foxcatcher et It follows qui m’ont beaucoup impressionné et probablement influencé. Quand Bennett Miller filme ses comédiens, on sent que tout peut basculer très rapidement et que l’explosion de violence peut survenir à n’importe quel moment. De même, David Robert Mitchell utilise toute la largeur du scope pour créer le malaise en distillant la peur dans un environnement à l’apparence plutôt calme. J’admire aussi le travail de Gus Van Sant et sa manière d’iconiser des personnages ordinaires, de les transcender dans leur quotidien. Elephant est un film inoubliable par ce qu’il raconte mais aussi pour la façon dont il le raconte, car la tragédie y est littéralement en mouvement.

Vous avez privilégié des couleurs chaudes et intenses...


L’histoire de Constance est suffisamment triste et angoissante et je ne voulais pas en rajouter avec une lumière froide ou un style trop clinique. Et puis, nous avons tourné en pleine canicule le film ne pouvait que baigner dans une lumière estivale aux couleurs chaudes, avec une grande densité lumineuse.

 

Vous avez fait appel au groupe Zombie Zombie pour la bande originale du film, pourquoi ce choix d’une musique aux résonances électro ?


J’avais d’abord pensé à une musique plus classique et mélodramatique, mais au fil du montage, j’ai eu envie que la musique aide à ressentir l’état de Constance et que les sonorités donnent corps à ses émotions, comme des décharges électriques. Il fallait donc quelque chose de plus viscéral, une tonalité électro qui fasse naître et vivre le malaise. Mon superviseur musical m’a proposé de montrer le film à Zombie Zombie - que je connaissais avec leurs reprises des scores de John Carpenter. Ils ont aimé ce qu’ils ont vu et ont travaillé à différents thèmes qui accompagnent tous les personnages.

Marina Foïs porte littéralement le film de la première à la dernière image. Avez- vous écrit le rôle pour elle ?


Irréprochable - Marina Foïs.

Quand j’ai décidé que le personnage principal devait être une femme, j’ai tout de suite pensé à Marina. C’est une comédienne assez unique dans le paysage cinématographique français. Elle est à la fois hilarante et inquiétante, solaire et opaque. C’est une actrice de plus en plus physique qui a presque quelque chose d’animal.

 

 

C’est un aspect de sa personnalité qui transparaissait déjà dans Darling ou Polisse et j’avais envie qu’elle le travaille encore plus pour Constance qui fait le grand écart permanant entre ces différentes facettes. Comme Marina est arrivée très tôt sur le projet, nous avons pu discuter et échanger pendant plusieurs mois. Ensemble, nous avons nourri le personnage, nous lui avons trouvé sa silhouette mais aussi son phrasé et surtout l’arythmie très singulière qui le caractérise. Pendant le tournage, nous n’avons jamais cessé de sonder la personnalité de Constance, nous parlions d’elle comme de quelqu’un que nous connaissions et que nous voulions comprendre. Je crois que nous étions fascinés.

 

Parlez-nous des autres comédiens...


Je connais Jérémie Elkaïm depuis longtemps, je l’avais déjà dirigé pour la série Salaire net et monde de brute. Je voulais lui confier le rôle d’un gars ordinaire, terre à terre, qui soit le pote et/ou le gendre idéal. Jérémie a presque un statut de muse pour les réalisateurs et moi, je voulais qu’il aborde le personnage de Philippe par la normalité; il fallait qu’il s’oublie et qu’il se fonde dans le rôle. C’est un moment où Jérémie avait besoin de ça dans son travail et je pense qu’on ne l’a jamais vu ainsi à l’écran.


Le rôle de Gilles était l’exact opposé. C’est un personnage au corps massif, à la virilité affirmée, presque un cliché. Benjamin Biolay s’est totalement investi dans le rôle et a apporté un vrai souffle au rôle.


Irréprochable - Joséphine Japy

 

J’avais vu Joséphine Japy dans Respire où elle était impressionnante. Elle a une grande fraîcheur qui illumine le personnage d’Audrey. Jusque-là, elle jouait des adolescentes, c’est son premier rôle de femme à l’écran et j'ai vraiment aimé capter ce passage à l’âge adulte.

 

 

Pour lire la suite, cliquez ici.

Mon opinion

 

Pour son premier long-métrage, le romancier Sébastien Marnier, à la fois scénariste et réalisateur, de ce film,  dresse le portrait d'une femme étouffée dans une grande solitude, dotée d'un incroyable sans-gêne et d'un égoïsme profond.

 

Un triller psychologique qui laisse la tension monter jusqu'à l'étouffement. La bande-son augmente cette sensation d'asphyxie.

 

La réalisation est soignée, vive et parfaitement contrôlée. Les dialogues sont à l'avenant.

 

Une quadra, grande sportive, multiplie les échecs tant au niveau professionnel que dans sa vie personnelle. Un retour "aux sources" sera l'élément déclencheur pour une longue descente aux enfers de celle et de tous ceux qui vont la croiser.

 

Une rencontre dans le train de retour, paraîtra comme une brève et salutaire étape dans sa vie dévastée. Les scènes de sexe qui s'en suivront bénéficient de la remarquable photographie de Laurent Brunet.

 

De ces anciens et nombreux amants, dont elle se plaisait à dessiner leurs sexes, elle n'en retrouvera qu'un seul. L'excellent et touchant Jérémie Elkaïm. Le deuxième homme, Benjamin Biolay est parfait. La belle et talentueuse Joséphine Japy, confirme son talent.

 

Marina Foïs, de toutes les scènes, est tout simplement remarquable de bout en bout dans ce rôle démoniaque. Par de simples regards, de petits mots, ou d'attentions diverses, elle arrive à pousser le spectateur dans un certain doute.

 

La scène finale laisse planer la suspicion, devant la chute vertigineuse.

 

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14 juillet 2016 4 14 /07 /juillet /2016 09:49

 

Date de sortie 6 juillet 2016

 

Viva

 


Réalisé par Paddy Breathnach


Avec Héctor Medina, Jorge Perugorria, Luis Alberto Garcia,

Luis Manuel Alvarez, Renata Maikel Machin Blanco, Mark O'Halloran


Genre Drame


Production Irlandaise, Cubaine

 

Synopsis

 

Jesus (Héctor Medina Valdés), un jeune Cubain perdu de dix-huit ans, peine à trouver sa véritable identité.

 

Peu sûr de lui ou de son futur, il travaille dans un club local de drag queens de la Havane géré par Mama (Luis Alberto García).

 

Jesús rêve de devenir un artiste tout en gagnant sa vie en se prostituant. Chez lui, il se réconforte en écoutant les disques que sa mère et sa grand-mère lui ont laissés (des disques de chansons tristes ou de d’amour, des grands noms de la musique latine) ou en regardant les boxeurs d’à côté s’entrainer.

 

Alors qu’il a enfin l’opportunité de passer une audition et de se produire sur scène, son père Angel (Jorge Perugorría), ancien boxeur célèbre, libéré d’une sentence de prison de 15 ans pour avoir tué quelqu’un dans une bagarre, réapparait soudain pendant un de ses spectacles et le frappe au visage.

 

Son père s’installe ensuite dans la maison où habite Jesús depuis la mort de sa mère, et lui interdit de remonter sur scène – s’accaparant ainsi chaque partie de la vie que Jesús avait réussi à se construire.

 

Viva

Paddy Breathnach se distingue par une filmographie très éclectique ; l’Irlandais s’est en effet essayé au drame avec Ailsa, son premier long-métrage réalisé en 1994, à la comédie avec Coup de Peigne en 2001 et au film d’horreur avec Shrooms en 2007. Mais il s’est surtout fait connaître du grand public au Festival de Cannes en 1997 où Irish Crime, polar noir avec Brendan Gleeson, avait été présenté en avant-première, avant de glaner quatre récompenses internationales.

 

VivaCadre spatial du film, La Havane est représentée comme un personnage à part entière. Ainsi, lorsqu'il s'est rendu dans la ville, Paddy Breathnach a noté qu'elle est composée de deux parties, la première, belle et rénovée, est surtout réservée aux touristes.

 

La seconde est davantage authentique. C'est dans cette dernière qu'il a souhaité filmer l'action de son film.

 

 

Paddy Breathnach avoue avoir été nerveux avant le tournage parce que l'espagnol n'est pas une langue avec laquelle il se sent à l'aise. "J’ai compris assez vite que si vous avez quelque chose à dire et que vous en avez une idée claire, vous pouvez surmonter les barrières de la langue. En vous expliquant avec votre détermination et votre personnalité, les acteurs comprennent vos intentions et ce que vous voulez faire", explique le metteur en scène.

 

Le réalisateur voulait dans son film montrer la prostitution telle qu'elle existe à Cuba, à savoir comme une dernière chance de survie. Le cinéaste développe : "Beaucoup de gens sont contraints de faire des choses qu’ils ne feraient pas en temps normal. Des gens, qui d’ordinaire ne se tourneraient pas vers la prostitution, y sont conduits parce que la vie est dure, qu’il est très difficile de subvenir à ses besoins et que c’est parfois la seule solution."

 

Paddy Breathnach et son scénariste Mark O’Halloran ont cherché à explorer le thème de la transformation et à montrer comment l’usage d’artifices permet de créer une alchimie qui révèle des vérités profondes. Le premier développe :


Viva"Au coeur du film, il y a l’affrontement entre un fils et son père sur la question de son identité et de l’amour filial.

La collection de vinyles de la mère de Jesus, faite de voix romantiques et plaintives, joue presque le rôle d’un individu à part entière qui pousse les personnages masculins à se révéler à eux-mêmes.

 

Je voulais raconter une histoire où le spectateur trouve la lumière au milieu de l’obscurité et où ce qui au début est perçu comme une faiblesse se révèle être une force."

 

Le réalisateur a eu envie de réaliser Viva après avoir vu plusieurs spectacles de drag-queens à La Havane. Le metteur en scène confie : "Au beau milieu de nulle part, un drap tendu au fond d’un jardin et une simple lampe suffisaient à créer un théâtre et un monde de rêves. Le pouvoir de la transformation et de la création était guidé par le désir d’exprimer son identité d’une voix brute, imperturbable. C’était enivrant. J’ai souhaité amener ce ton romantique, plein de vie, dans un univers cinématographique naturaliste. Lorsque j’ai découvert la grande richesse des acteurs cubains, cela m’a permis de pousser ce mélange d’émotions exubérantes, d’authenticité, d’esthétique et de naturalisme encore plus loin."

 

Le film a été tourné pour un budget réduit en 22 jours d'après Paddy Breathnach. L'équipe a donc opté pour réaliser le film dans la foule sans prévenir les gens se trouvant sur les lieux. "Nous n’avons pas essayé d’empêcher les gens de marcher ou de traverser la rue. Les passagers des bus sont de vrais passagers qui ne savaient pas que nous allions filmer", se rappelle le réalisateur.

 

Les chansons ne sont pas sous-titrées. Il s'agit d'une volonté de Paddy Breathnach qui pense que si le spectateur se concentre sur la lecture des paroles, il perd la force de ce qui est donné sur scène.

 

Sources : www.allocine.fr

 

Viva

 

Mon opinion

 

Le réalisateur irlandais filme les quartiers défavorisés de La Havane, et la vie quotidienne de ses habitants avec une belle élégance. L'opposition avec les endroits plus avenants réservés aux étrangers, dans de très brefs passages, n'en seront que plus violents.

 

"Beaucoup de gens sont contraints de faire des choses qu’ils ne feraient pas en temps normal. Des gens, qui d’ordinaire ne se tourneraient pas vers la prostitution, y sont conduits parce que la vie est dure, qu’il est très difficile de subvenir à ses besoins et que c’est parfois la seule solution." A déclaré le réalisateur.

 

Dans un triste cabaret pour transformistes, les querelles et les rivalités sont nombreuses. Au milieu de d'un océan de tristesse et d'une grande solitude, les vieilles chansons d'amour résonnent comme autant de cris de détresse. L'attention et l'entraide n'en sont pas mois absentes. Le principal protagoniste y trouvera une famille.

 

La grande réussite du film repose essentiellement sur l'excellente interprétation du jeune Héctor Medina dans le rôle de Jesús, qui se battra pour atteindre son but, devenir Viva. Il est à la fois d'un naturel déconcertant, d'une innocence touchante, d'une profonde sensibilité et d'une indiscutable volonté. D'un incroyable charisme, aussi. Son seul regard bouleverse.

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