Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d'autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout. Jean Luc Godard
Date de sortie 18 mars 2015
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Réalisé par Richard Glatzer et Wash Westmoreland
Avec Julianne Moore, Kristen Stewart,
Kate Bosworth, Hunter Parrish, Shane McRae, Seth Gilliam
Genre Drame
Production Américaine
Pour son interprétation, Julianne Moore
a obtenu plusieurs prix de la Meilleure Actrice aux :
Screen Actors Guild Awards 2015
Independent Spirit Awards 2015
Golden Globes 2015
BAFTA Awards 2015
- l'Oscar de la Meilleure actrice en février 2015
Synopsis
Pour commencer ce ne sont que des broutilles auxquelles personne ne prête attention : lors d’une conférence qu’Alice Howland donne à l’Université, elle ne trouve pas un mot.
Peu après, en faisant son jogging, elle perd l’orientation.
Quand on lui diagnostique les premiers signes de la maladie d’Alzheimer, les liens entre Alice et ses proches sont mis à rude épreuve.
Effrayant, bouleversant, son combat pour rester elle-même est une magnifique source d’inspiration.

Still Alice est adapté du roman L’Envol du papillon, écrit par Lisa Genova.
L’envol du papillon est le premier roman de la neuroscientifique Lisa Genova. Il est paru en 2009 aux éditions américaines Simon and Schuster.
Le roman s’est trouvé d’emblée sur la 5ème place de la liste des bestsellers de la New York Times et s’y est trouvé durant 40 semaines. Il a été vendu jusqu’à présent en 1,8 millions d’exemplaires et a été traduit à travers le monde en 25 langues.
Le livre de poche a été réédité pour 41ème fois.
Lisa Genova a obtenu pour son roman de nombreux prix et des honneurs. Entre autres, il a été nommé en 2009 Target Book Club Pick, Barnes & Noble Discover Pick et Indie Next Pick et s’est trouvé au 6ème rang de la liste des Top Book Group Favorites de Reading Group Choices.
Le livre est réédité à l’occasion de la sortie du film
et Wash Westmoreland travaillaient ensemble depuis plusieurs années.
Richard Glatzer et Wash Westmoreland ont marqué l’histoire du festival de Sundance quand leur film Quinceañera, a gagné le Grand prix du jury mais également le prix du public.
Le drame a été récompensé à de nombreuses reprises, entre autres par le Humanitas Screenwriting Award et le John Cassavetes Spirit Award.
Le film relate l'histoire de Magdalena, une jeune fille de la communauté mexicano-américaine d'Echo Park, un quartier de Los Angeles, qui prépare sa quinceanera, la célébration traditionnelle organisée à l'occasion de ses quinze ans.
Le duo de réalisateurs prenait ensuite la responsabilité, en tant que producteurs exécutifs pour la chaîne MTV, du biopic Pedro consacré à l’activiste de la lutte contre le SIDA, Pedro Zamora. Le film a été présenté lors de sa première diffusion par le président Bill Clinton, et dans les festivals du film de Toronto et de Berlin.
ont réalisé trois films indépendants, The Fluffer en 2001, Echo Park, L.A. (Quinceañera) en 2006 et The Last of Robin Hood en 2013, et collaborent avec Still Alice pour la quatrième fois.
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Richard Glatzer et Wash Westmoreland aux côtés de Kristen Stewart et Julianne Moore
s amies de longue date bien avant le tournage de Still Alice
Richard Glatzer, qui avait coécrit et coréalisé avec son mari Wash Westmoreland, Still Alice, est décédé le 10 mars 2015 à Los Angeles.
Propos du réalisateur Wash Westmoreland
En décembre 2011 Richard et moi ont reçu un appel de Lex Lutzus et James Brown, un duo de producteurs anglo-australien. Les deux nous ont demandé de jeter un oeil sur un roman qui pourrait éventuellement être adapté au cinéma. C’était une de ces occasions dont on se délecte en tant que cinéastes. Mais quand nous avons appris de quoi retournait le thème du livre, nous avons tout de même hésité. L’histoire d’une femme brillante qui au zénith de sa vie reçoit le diagnostic de l’Alzheimer, résonnait comme un film sur la maladie, sur le deuil et sur la perte. Et ceci nous semblait très éloigné de notre propre vécu. Quelques mois plus tôt, Richard avait consulté à Los Angeles un neurologue après avoir été confronté subitement avec quelques menues difficultés de langage. Le médecin en jetant un regard dans sa bouche et sur sa langue bizarrement crispée lui disait : "Je crains qu’il s’agisse de SLA". (Sclérose latérale amyotrophique ou maladie de Charcot)
Dans les mois qui s’en sont suivis nous avons passé beaucoup de temps à nous faire une raison de ce diagnostic, de manière médicale et pratique de même qu’émotionnelle. En lisant les premiers chapitres de Still Alice nous étions frappés à quel point quelques-unes des expériences étaient proches des nôtres : le neurologue que consulte Alice au début pose les mêmes questions qu’a entendues Richard lors de son premier examen quand on soupçonnait encore une attaque cérébrale. De même, nous ne connaissions que trop bien cette angoisse croissante au fur et à mesure qu’approche le diagnostic définitif, et ce sentiment d’être terrassé en plein vie. C’est pour cela que nous nous posions sérieusement la question si nous voulions prendre sur nous de tourner ce film.
Evidemment Alzheimer et SLA sont deux maladies fort différentes. Elizabeth Gelfand Stearns, la partenaire de production de Maria Shriver nous l’a dit de façon très juste lors d’une rencontre : "Au fond les deux maladies sont le contraire l’une de l’autre. Alzheimer s’attaque à la perception et à la mémoire, tout en ménageant au début le corps. SLA au contraire laisse indemne la raison, tandis que le corps… " Elle s’est interrompue pour ne pas nous offenser. Mais pourtant il y a des parallèles entre les deux maladies : les deux sont létales, sans remède et ont pour conséquence d’isoler le patient du reste du monde. Et surtout, les deux maladies minent la sensation pour sa propre identité, pourquoi il est d’autant plus important de se tenir à soi-même.
Dans tous les cas, nous ne pouvions plus mettre le livre de côté. L’histoire est incroyablement captivante, et accessible émotionnellement grâce au style d’écrire très honnête de Lisa Genova. Plus nous lisions ce livre, plus il nous est apparu nécessaire de choisir pour l’adaptation la même tonalité claire et directe. Le roman jette un regard très détaillé sur les conséquences quotidiennes que la perte de mémoire d’Alice a sur sa vie professionnelle, sociale, de tous les jours et finalement aussi sur la dynamique de la famille.
"As-tu vue le film‚ Voyage à Tokyo ?" a demandé Richard à Kristen Stewart lors de notre première rencontre à travers son App linguistique sur l’iPad. "Non, je ne l’ai pas vu" a-t-elle répondu. "Mais je vais le rattraper". Le chef d’oeuvre d’Ozu de 1953 est depuis longtemps l’un des films favoris de Richard et de moi-même.
Je j’avais vu pour la première fois en tant qu’étudiant à l’Université Fukuoka au Japon. Et Richard lui a témoigné de son respect dans son premier long métrage Grief réalisé en1993. Le film s’oppose à toute sentimentalité et gagne, de par sa retenue, une force émotionnelle incroyable. Ozu, avec sa structure narrative inspiré du Roi Lear, donne une vision universelle comment une famille avec trois enfants fait face à la maladie et à l’âge. Ceci se reflète de manière merveilleuse dans le livre de Lisa Genova. Nous sommes tous deux tombés amoureux de la protagoniste. Alice est en quelque sorte un personnage incroyablement inspirant : dans da persévérance, dans son volontarisme, dans sa manière de ne rien encaisser. Peu importe ce que la maladie a pour conséquence, elle est fermement décidée d’y faire face avec pragmatisme. Je ne sais plus dans quel chapitre c’est arrivé. Mais dans notre imagination Alice avec ses boucles brunes avait subitement des cheveux roux comme le feu.
J’ai demandé à Richard :
"Qui pourrais-tu t’imaginer dans ce rôle" et il a tapé "Julianne Moore" dans son application. Plus nous en parlions, mieux nous apparaissait cette distribution. Julianne ne pouvait pas seulement incarner l’intelligence étincelante et la complexité d’une professeure de linguistique, mais aussi la fragilité et la naïveté dans les stades plus avancés de l’histoire.
Nous savions qu’elle serait capable de rendre visible dans chaque nuance le déclin de cette femme. Elle est vraiment l’une des meilleures actrices du moment sur cette planète Nous l’avions rencontré quelques années plus tôt pour un autre projet. À l’époque nous l’avions sollicitée avec assiduité et devions attendre des semaines durant pendant lesquelles elle pesait le pour et le contre. Elle s’est finalement décidée contre le rôle. Cette fois, c’était différent. Nous lui transmettions un message concernant le projet et elle avait lu le livre avant même que le scénario ne lui parvienne. Un jour plus tard, nous nous sommes entretenus par Skype. En quelques secondes elle a dit oui.
Tandis que nous lisions les derniers chapitres du livre, nous commencions déjà à réfléchir aux aspects visuels du film. La chose la plus importante pour nous était la subjectivité de l’expérience d’Alice. Le public devait comprendre sa vision des choses et avoir une vision de sa vie intérieure que les autres personnages n’ont pas forcément. À cet effet, nous avions besoin d’une prise de vues personnelle et intime, de même qu’un montage qui correspondent bien à sa forme, son état d’esprit et sa perception. Nous avions la chance de pouvoir engager deux français d’exception pour ce projet : le chef opérateur internationalement reconnu, Denis Lenoir, ainsi que le monteur Nicolas Chaudeurge qui avait travaillé sur l’un de nos films préférés, Fish Tank. Les deux ont partagé notre vision de ce à quoi le film devait ressembler. Avec leur travail les deux ont énormément pu soutenir la prestation de Julianne Moore. Le même travail est vrai pour la décoration, les costumes, la coiffure et le maquillage. Tout devait toujours correspondre intimement avec les différents stades de la lutte d’Alice contre sa maladie.

Kristen Stewart et Julianne Moore
Sous la direction de Pamela Koffler et de Christine Vachon, les infatigables productrices de la société Killer Films, et grâce au financement par Marie Savare et BSM le projet a pris forme à vue d’oeil. La période de préparation coïncidait précisément avec l’hiver le plus rude que New York avait connu depuis 20 ans. J’étais venu sur la côté Est pour superviser la planification tandis que Richard était resté dans la ville ensoleillée de Los Angeles. Quand je suis parti, il avait justement arrêté de conduire lui-même une voiture. Et quand il est finalement arrivé à la pré-production, à peine pouvait-il encore bouger ses mains et ses bras. Il n’était plus à même de s’habiller ou de manger tout seul et il ne pouvait écrire qu’avec un doigt dans une position très particulière. Obstinément il était néanmoins tous les jours sur le plateau et a mis en scène le film en faisant fi aux difficultés physiques inimaginables. D’une certaine manière toute la production a été prise par la sensation d’une signification plus profonde. Car au fond, c’était justement de ce que traitait le film. Devant nos yeux nous pouvions l’observer. Tout un chacun sentait qu’une chose particulière se déroulait là et tous supportaient avec patience les longues journées de travail.
La fin du roman est d’une grande force et en même temps inattendue. Pour Richard elle était complètement inattendue. Il était renversé quand il l’a lu et émotionnellement submergé. Moi, j’étais encore en arrière de quelques chapitres et je n’étais pas encore prêt.
Mais en lui regardant dans les yeux j’ai tout de suite compris. "Il me semble que nous ferons le film", lui ai-je dit.
Propos recueillis à Wash Westmoreland, Los Angeles, le 1er septembre 2014
Sources
www.frenetic.ch
Mon opinion
Très difficile de parler de film.
Traiter d'un sujet tel que la maladie d'Alzheimer, en étant victime d'un autre mal tout aussi incurable, telle a été la dernière volonté de Richard Glatzer, décédé en mars 2015.
Coscénariste et coréalisateur avec son époux Wash Westmorelan, Richard Glatzer a eu la ténacité, le courage aussi, d'aller jusqu'au bout de leur entreprise commune malgré ce mal qui le rongeait, et le privait de ses fonctions essentielles.
Adapté du bestseller de Lisa Genova, le film ne sombre à aucun moment dans un pathos larmoyant.
La photographie de Denis Lenoir est magnifique.
Si la réalisation est sans surprise elle n'en reste pas moins d'une grande finesse. Et plus que tout, un témoignage frappant de véracité.
Certaines scènes sont très douloureuses. Celle, entre autres, dans laquelle Alice, encore consciente, se trouve "face à elle-même" via son ordinateur pour "se" laisser ses propres consignes à exécuter quand viendra le moment inéluctable. D'autres passages sont bouleversants. En particulier les scènes en famille, ou plus encore, avec sa fille rebelle, interprétée par Kristen Stewart. Les dernières images sont magnifiques d'amour et d'émotions mélangés.
La merveilleuse Julianne Moore s'impose dans ce rôle difficile avec une grande intelligence, une délicatesse toute particulière et force l'admiration.