Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d'autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout. Jean Luc Godard
Réalisé par Malgorzata Szumowska
Avec Andrzej Chyra, Mateusz Kosciukiewicz, Lukasz Simlat,
Maja Ostaszewska, Maria Maj, Kamil Adamowicz, Tomasz Schuchardt
Titre original W imie...
Genre Drame
Production Polonaise
Date de sortie en salles le 1er janvier 2014
AIME et fais ce que tu veux a remporté l
e Teddy Award du meilleur film lors de la Berlinale 2013.
Le Mélies à Pau présente
AIME et fais ce que tu veux
Dans le cadre de la 11ème édition du film LGBT de Pau
Informations, Droits, Egalité, Mouvement Mixte
Les Vendredi 21 février à 22h30 et Dimanche 23 février à 15h30
Alors que les médias se bornent à rapporter des histoires d’abus sexuels mettant en scène des prêtres, Malgoska Szumowska a souhaité s’intéresser à la psychologie de l’homme de foi et montrer l’amour que ce dernier pouvait ressentir :
"J’ai volontairement décidé de m’éloigner d’un fait-divers, et j’ai voulu réaliser un film sur la solitude terrible du prêtre. Je voulais montrer l’amour, le besoin d’amour, même si, du fait de sa nature, l’amour que je décris est considéré comme un pêché", indique la réalisatrice.
AIME et fais ce que tu veux est né suite à un travail de longue haleine de la part de Malgoska Szumowska. Cette dernière a, en effet, pris quatre années pour écrire et peaufiner son histoire, suite à la lecture d’une nouvelle rapportant le meurtre d’un prêtre par un jeune garçon.
Andrzej Chyra
Synopsis
Adam (Andrzej Chyra), jeune jésuite charismatique rejoint une paroisse rurale et s’occupe d’un foyer accueillant de jeunes adultes en grandes difficultés.
Par son implication, il suscite rapidement l’admiration de tous.
Un jour, il croise la route de Lukasz (Mateusz Kosciukiewicz), beau, passionné et un peu paumé. Le jeune prêtre est bouleversé par cette rencontre.
Pour défendre le père Adam, Lukasz en vient aux mains avec l'un des pensionnaires du foyer, un certain Adrian dit "Blondi" (Tomasz Schuchardt). Gueule d'ange et âme damnée.
Tomasz Schuchardt
Habité par une foi véritable mais rongé par la culpabilité, Adam tente en vain de lutter contre cet amour naissant…
Mateusz Kosciukiewicz et Andrzej Chyra
S’attaquer à un sujet comme l’amour des prêtres n’est pas chose aisée, surtout dans une Pologne encore très catholique : "Lors de l’écriture, j’avais une forte appréhension sur la réaction qu’un tel sujet pouvait susciter notamment auprès de la droite conservatrice et des milieux proches de l’Église. Il règne encore dans ce pays un tabou très fort et ce, malgré l’influence des médias qui abordent ce sujet de plus en plus librement (…) En Pologne, nous avons encore beaucoup de mal à accepter les différences", explique la réalisatrice.
Malgré ses peurs, la Polonaise n’a pas abandonné son idée.
"Pendant un temps, j'ai été catholique. Le prêtre d'Aime et fais ce que tu veux est une somme de différents prêtres, fruit de mes observations. Il y a longtemps que j'ai voulu faire ce film", explique Malgoska Szumowska, la réalisatrice. "Sur l'homosexualité, libérée des stéréotypes. Pour décrire ce qui se passe autour de nous."
"J'ai toujours aimé les sujets qui dérangent", explique-t-elle, persuadée que si le cinéma polonais n'arrive pas à s'imposer dans d'autres pays, c'est parce que ses représentants ont du mal à sortir d'une problématique polono-polonaise et qu'ils ont du mal à aborder des sujets universels. "Trop souvent, on évite de parler de ce qui nous fait vraiment mal", conclut Malgoska Szumowska.

Comme la cinéaste le pensait, son film n’a pas manqué de susciter la polémique en Pologne à sa sortie, mais a replacé la question de la sexualité au centre des conversations :
Le film a été plutôt bien reçu par l'ensemble de la critique, à l'exception notable de l'hebdomadaire clérical Gosc Niedzielny, qui dénonce des "scènes dégoûtantes de rapports homosexuels et de masturbation", et regrette que l'œuvre se place "dans un courant de la révolution des mœurs soutenu par les grands médias dominants qui a pour but la destruction de la famille traditionnelle".
"C'est ridicule", rétorque Malgoska Szumowska. "Mais si d'autres médias de droite et d'extrême droite évitent d'en parler ou n'attaquent pas ouvertement le film, c'est peut-être parce qu'ils se rendent compte qu'il a été remarqué dans d'importants festivals, comme à Gdynia, port de la baie de Gdansk, ou à Berlin. D'ailleurs, lors de sa sortie en Pologne, en septembre 2013, il a fait plus d'entrées que des comédies sentimentales ou des films d'action américains. Pour un film comme le mien qui a une ambition artistique, soit 200 000 spectateurs, c'est énorme", explique la réalisatrice dans une interview accordée à Iwona Ostapkowicz pour courrierinternational.com.
.
.
La réalisatrice n’est pas une grande fan des castings. Aussi, elle se refuse à en effectuer et contacte directement les acteurs qu’elle a pu observer au cinéma, à la télévision ou au théâtre. Ce fut le cas pour Andrzej Chyra et Mateusz Kosciukiewicz, à qui elle pensait dès l’écriture du film.
Ce long-métrage marque la troisième collaboration entre Malgoska Szumowska et l’acteur Andrzej Chyra, après Ono réalisé en 2004 et Elles en 2011.
À noter qu'Andrzej Chyra tenait le rôle d'Alexei dans le magnifique film de Michale Boganim, La Terre outragée.
Concernant les seconds rôles, elle a misé sur la proximité. "Nous les avons trouvés autour du lieu de tournage, dans des petits villages. Ils étaient très agressifs au départ. Le fait que je mette beaucoup d’énergie dans la préparation et durant les répétitions m’a permis de passer du temps avec eux, de les observer avant de les choisir et d’être prête une semaine avant le tournage", révèle-t-elle.
Malgoska Szumowska et le coscénariste Michal Englert se connaissent depuis l’université où ils ont étudié le cinéma ensemble à Lodz.
Mon opinion
À saluer, le courage d'une femme, la jeune réalisatrice, Malgorzata Szumowska, pour avoir porté à l'écran ce film dans une Pologne très catholique conservatrice et rétrograde. Premier point, avec à la clé, un succès reconnu dans son propre pays. Une belle ouverture, donc.
Le scénario, et ses nombreuses faiblesses, aboutit sur un montage des plus approximatifs. Le passage d'une scène à l'autre sans rapport évident entre elles, est assez déroutant.
Malgorzata Szumowska se garde bien d'émettre le moindre jugement. Elle démontre avec une certaine justesse la détresse et la grande solitude de ce jeune prêtre. Je retiens, entre autres, la scène dans laquelle il communique avec sa sœur, via Skype. Mais aussi les angoisses liées à cette attirance vers une relation interdite face à une foi profonde et bien réelle. Entre une homosexualité enfouie au plus profond, et l'hypocrisie de l'église catholique, le parcours est douloureux et le choix difficile.
La photographie est superbe mais l'action en pâtit à plusieurs reprises par trop d'excès de beautés appuyées. Certains passages n'apportent rien au propos, et rallongent inutilement ce film qui aurait gagné à plus de concision et de clarté. Notamment dans la scène de fin, qui laisse cependant toutes les ouvertures possibles.
Le choix de ses deux principaux protagonistes, Andrzej Chyra et Mateusz Kosciukiewicz, se révèle particulièrement judicieux. Tous deux, charismatiques à souhait, attirent d'emblée une grande sympathie. L'ensemble du casting, et tous les rôles, dits, secondaires, choisis, "autour du lieu de tournage" selon les déclarations de la réalisatrice s'avère d'une grande qualité. Avec une attention particulière pour Tomasz Schuchardt.
Quelques petits bémols qui n'enlèvent rien à la qualité première de ce film, celle d'éveiller les esprits. Je le souhaite en tout cas. Nul doute que Malgorzata Szumowska, nous étonne à nouveau.
Ce film, qui ne semble pas avoir profité d'une large diffusion, me permet de saluer Le Méliès à Pau, pour l'avoir choisi dans sa programmation.
Sources :
http://www.allocine.fr
http://www.cinemovies.fr
http://www.imdb.com