Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d'autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout. Jean Luc Godard
Réalisé par Federico Fellini
Avec Pupella Maggio, Armando Brancia, Magali Noël,
Ciccio Ingrassia, Nando Orfei, Luigi Rossi, Bruno Zanin,
Gianfilippo Carcano, Josiane Tanzilli, Giuseppe Ianigro,
Maria Antonietta Beluzzi , Antonino Faa Di Bruno
Genre Comédie dramatique
Coproduction Franco italienne
Date de sortie janvier 1974
Amarcord a reçu l'Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1975
Federico Fellini parle de sa ville natale Rimini, station balnéaire d'Emilie-Romagne, entièrement reconstruit en studio. L'idée du film lui était venue pendant sa cure à Manziana, en 1967, alors qu'il écrivait le livre, La mia Rimini. Amarcord n'est pas de l'Italien, mais du patois qui signifie "Je me souviens" et La Gradisca, selon un des épisodes du film, pourrait vouloir dire "Goûtez-y".
Chronique tendre mais sans complaisance de la petite bourgeoise catholique fasciste sans esprit.
Federico Fellini Amarcord aux éditions Diogene, Zurich paru en 1974
"Le fascisme est en quelque sorte une ombre menaçante qui ne demeure pas immobile derrière notre dos, mais qui grandit souvent au-dessus de nous et nous précède. Le fascisme sommeille toujours en nous. Il y a toujours le danger de l'éducation, d'une éducation catholique qui ne connaît qu'un but : conduire l'homme à une dépendance morale, réduire son intégrité, lui dérober tout sentiment de responsabilité pour le garder dans une immaturité qui n'en finit pas. Dans la mesure où je décris la vie dans un petit endroit, je représente la vie d'un pays et présente aux jeunes gens la société dont ils sont issus. Je leur montre ce qu'il y a eu de fanatisme, de provincial, d'infantilisme, de lourdeur, de soumission et d'humiliation dans le fascisme de cette société l
Synopsis
Le film est une chronique de la vie des habitants d'un bourg dans une province d'Italie, Rimini, au fil des saisons.
Vision au travers les yeux d'un adolescent turbulent et attachant, qui pourrait bien être Federico Fellini lui-même.
Rimini, un bourg italien près de la mer dans les années 30 à l'heure du fascisme triomphant. Au gré des petits et grands événements qui scandent le retour des saisons, la vie provinciale s'écoule inexorablement. Les manines qui tombent des arbres ressemblent sans doute à des flocons de neige mais annoncent le printemps. Le "corso", la rue principale est le rendez-vous d'une population installée dans ses douillettes habitudes. Les notables pontifient, les braves gens déambulent, les enfants traînassent, cherchant des victimes pour leurs blagues innocentes.
Bruno Zanin
L'un de ces enfants, Titta (Bruno Zanin), un gamin à l'œil vif, s'échappe souvent de la pétaudière familiale pour aller rôder dans les rues et découvrir le monde. Il va connaître, en l'espace d'une année, une série d'expériences tour à tour drôles, savoureuses et poignantes.
Magali Noël
A l'école, c'est un élève déluré qui subit comme ses camarades les cours soporifiques ou ridicules d'un corps enseignant respectueux de la tradition. Farces et chahuts compensent l'ennui des heures de classe. Titta est secrètement épris de la vamp locale, une coiffeuse sournommée La Gradisca (Magali Noël), délicieuse écervelée consciente de ses charmes.
Le fascisme ne saute pas aux yeux d'emblée. Les gens sont débonnaires et drôles. Le village prépare une fête, on s'assemble sur la place, on apporte des meubles pour le feu de joie, la fanfare joue, les hommes admirent La Gradisca, si belle dans son manteau rouge à col de fourrure noire. Elle, elle rêve à Hollywood et à Gary Cooper devant le cinéma dont le propriétaire se fait appeler "Ronald Colman".
Mais, surtout, Titta et ses camarades passent leur vie à fantasmer sur les femmes du village et même sur leur professeur de maths. Tous les jours, même sous la pluie, ils rendent visite au "Monument de la Victoire", ange aux superbes fesses nues et rebondies. L'obsession sexuelle et la frustration qu'elle entraîne dominent toute leur vie d'adolescent.
Maria Antonietta Beluzzi
Chez lui, Titta se trouve plongé dans une atmosphère familiale mouvementée. La cohabitation avec Patacca (Nando Orfei), l'oncle de Titta, le frère de sa mère (Pupella Maggio), gigolo pique-assiette aux tendances fascistes et son grand-père (Giuseppe Ianigro) accentue les disputes entre ses parents pourtant vite apaisées.
Dans l'observation acide de la province italienne, le dîner familial et la dispute qui l'émaille reste un moment d'anthologie : La mère, Miranda, qui se met à loucher lorsqu'elle crie "Je deviens folle", avant d'annoncer "je vous tuerai tous ! je mettrai de la strychnine dans le potage !", tandis que le père, Aurelio, fait mine de vouloir se suicider en s'écartant les mâchoires des deux mains, tous deux incapables d'attirer l'attention de l'oncle ou des enfants qui, habitués à un tel "cinéma" continuent à manger, imperturbables, tandis que le grand-père choisit de sortir aérer ses sphincters. Dans les rues de la ville et ses environs, il se mêle au spectacle excitant d'une pittoresque faune locale : un marchand ambulant qui rêve de harems improbables, un imbécile heureux, un accordéoniste aveugle et irascible, une fille des rues dont le comportement farouche évoque celui de l'animal sauvage, une blonde buraliste précédée d'une poitrine phénoménale, etc. Tout cela l'émeut, l'impressionne ou le divertit.

La vie provinciale, ce sont aussi les défilés officiels que la foule frivole applaudit. La commémoration se termine par le son d'un gramophone impertinent égrenant les notes de l'Internationale du haut du clocher. Les fascistes affolés le canardent puis interrogent le 1 % de la population qui ne partage pas les idées fascistes. Le père de Titta (Armando Brancia), anarchiste, est ainsi humilié et contraint de boire de l'huile de ricin. Sa femme l'accueille et le reconforte.
Un dimanche, ils vont voir l'oncle Téo (Ciccio Ingrassia) pour une balade à la ferme hors de l'asile de fous où il est interné. Téo grimpe dans un arbre et réclame une femme. Il jette des cailloux sur ceux qui veulent le faire descendre de son perchoir. Une sœur naine lui fait entendre raison.
Toute la ville embarque sur des bateaux et va voir le Rex, paquebot, fierté du régime, surgir de la nuit. Le brouillard arrive puis la neige. La santé de la mère de Titta décline. Elle va à l'hôpital sans que Titta s'inquiète puis elle meurt.. Titta se consolera vite au son de l'accordéon d'une noce campagnarde.
C'est la noce de La Gradisca et d'un beau militaire qui va l'emmener au loin. Les manines reviennent avec le printemps.
La boucle est bouclée mais plus rien ne sera plus jamais comme avant.

La fin du film offre l'une des séquences récurentes de Federico Fellini.
Une place vide qui fait prendre conscience que plus rien ne sera plus comme avant. La noce est douchée par la pluie, tout le monde s'en va. La mère et la Gradisca ont disparue. L'unité de la petite ville qui avec ses charmes et ses horreurs avait éduqué Titta se désagrège.
Dans Amarcord le ton devient plus amer à partir de la fête fasciste. Federico Fellini tourne d'abord la manifestation en ridicule, avec les clones du Duce, le défilé au pas de course à la "bersaglieri", les discours enflammés et convenus.
Quand le violon se fait entendre, surgi de nulle part, et égrène les notes de l'Internationale, l'émotion et la poésie se rejoignent en cet instant avant que la comédie ne tourne à l'aigre, car comme nous le montre Federico Fellini sans avoir besoin de nous le dire, la poésie et l'émotion n'ont pas droit de cité dans l'Italie mussolinienne.
Pour rendre la situation supportable et s'en moquer, Federico Fellini accentue, dans des scènes fantasmées, la démesure de la mise en scène fasciste et la ralentit. Il fait ainsi du fascisme une baudruche vide et fragile, probablement comme le désir des hommes. Rien n'est immuable, donné, certain, le tout est d'apprécier la chance quand elle passe ainsi du marchand ambulant qui dit avoir un harem d'amantes ou de Titta qui se rêve seul au cinéma avec La Gradisca.
Une chronique tantôt hilarante, tantôt amère voire inquiétante lorsque les manifestations du fascisme quotidien nous sont montrées dans toutes leurs brutalités. C'est aussi sans aucun doute le film le plus politique de Federico Fellini, peut-être le seul. Mais, ici, le fascisme fait partie du décor, dans un village dont on nous dit que "99% des habitants sont inscrits au Parti".
Amarcord est la troisième et dernière collaboration du réalisateur Federico Fellini avec l'actrice Magali Noël, après La Dolce Vita en 1960 et Satyricon en 1969.
Aux États-Unis, Amarcord était distribué par Roger Corman chez qui travaillait un certain Joe Dante. Pas encore réalisateur de Hurlements ou des Gremlins, il s'occupait alors de monter des bandes annonces.
Il a donc monté celle d'Amarcord et Federico Fellini l'a félicité personnellement pour cette bande annonce américaine du meilleur effet !
Sources :
http://www.cineclubdecaen.com
http://www.imdb.com
http://www.allocine.fr
http://www.moviemail-online.co.uk
http://fr.wikipedia.org