Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d'autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout. Jean Luc Godard
Date de sortie 13 juin 2012
Réalisé par Jean Becker
Avec Patrick Chesnais, Jeanne Lambert, Miou-Miou,
Jacques Weber, Xavier Gallais, Raphaëline Goupilleau,
Didier Benureau, Urbain Cancelier
Genre Drame
Production Française
Patrick Chesnais et Jeanne Lambert
Synopsis
Malgré sa renommée, Taillandier, la soixantaine, a brusquement cessé de peindre. En pleine déprime, il décide de partir de chez lui, sans but précis et sans donner d’explication à ses proches. Au cours de son périple, il fait l’étrange rencontre d’une adolescente égarée, Marylou, que sa mère a rejetée. La gamine perdue et l’homme au bout du rouleau feront un bout de chemin ensemble. Finalement, vivant tels un père et sa fille, dans la quiétude d’une maison de location, ils se feront "la courte échelle" et retrouveront un nouveau sens à leur vie.
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Patrick Chesnais Jean Becker Jeanne Lambert
C’est son fils qui a conseillé à Jean Becker de lire le roman d'Eric Holder, Bienvenue parmi nous, sorti en 1998. A la première lecture, le metteur en scène l'a d’abord trouvé très noir, alors qu’il souhaitait réaliser un film lumineux et optimiste. Mais, très vite, Jean Becker a décelé le potentiel d'exprimer ce qu’il cherchait : "C’est le parcours d’un homme un peu perdu qui rencontre une jeune fille de 15 ans qui, elle-même lâchée par sa famille, va s’accrocher et lui en faire voir, comme si elle était sa propre fille. Sur la base de cette trame, tout s’est mis en place pendant l’écriture. Je me demandais ce qu’ils pouvaient se dire suivant les circonstances. Je me suis dit qu’on allait les faire vivre au jour le jour jusqu’à la fin, en se laissant porter par l’évolution de leurs sentiments."
Jean Becker, pendant le tournage à Arçais face à la maison aux volets verts.
(Région Poitou-Charentes)
Il pousuit : "C’est difficile à analyser. Sur la base de cette trame, tout s’est mis en place pendant l’écriture. Je me demandais ce qu’ils pouvaient se dire suivant les circonstances. Je me suis dit qu’on allait les faire vivre au jour le jour jusqu’à la fin, en se laissant porter par l’évolution de leurs sentiments. Tout part de cette rencontre insolite. Ils se retrouvent ensuite au bord de la mer, comme ils auraient pu se retrouver à la montagne ! C’est comme ça. Il a pris la route, en emmenant cette fille, sans même réfléchir. Ce sont deux dérives qui échouent sur une côte".
Ce n'est pas la première fois qu'un roman d'Eric Holder est adapté au cinéma. En effet, L'Homme de chevet rélisé en 2009 et Mademoiselle Chambon sont tous deux des adaptations de romans du célèbre auteur.
"J'aime bien raconter des histoires et comme je ne sais pas vraiment les écrire, je me sers de ma caméra." avoue Jean Becker. Une passion pour la Charente-Maritime aussi. Jean Becker a tourné à l'île d'Oléron, Rochefort et à La Rochelle.
Patrick Chesnais
Jean Becker souhaitait depuis de longues années faire un film avec Patrick Chesnais.
"Très vite, j’ai pensé à Patrick Chesnais. Le fait de me dire qu’il pouvait être le personnage a influencé l’écriture. Je lui ai proposé un traitement de l’histoire et lorsqu’il m’a donné son accord, j’ai écrit pour lui. Cela faisait longtemps que j’avais envie de travailler avec Patrick. Déjà, au moment de L'Eté meurtrier, je l’avais auditionné mais à l’époque, la production ne l’avait pas voulu. Il est pour moi l’un des comédiens les plus intéressants. Il transporte quelque chose. Il a un monde à lui, une manière de s’exprimer qui lui est tout à fait propre, qui fait que l’on n’a jamais l’impression qu’il joue. Patrick est d’un naturel incroyable. Et ce personnage a beau être un peu lugubre, lorsqu’il sourit, le sentiment que cela provoque n’en est que plus fort. Chez lui, un sourire est plus puissant qu’un éclat de rire chez beaucoup d’autres. Peu importe qu’il râle ou fasse la tête, son humanité déborde toujours de sa carapace".
Dans Bienvenue parmi nous, Taillandier, le personnage joué par Patrick Chesnais, est frappé par la dépression. Le comédien déclare : "C’est un homme qui a tout : le succès, une femme charmante, des enfants épanouis, une belle maison… Et c’est un créateur. Malgré cela, plus rien ne l’intéresse. Il est rare que la dépression touche des personnes qui sont dans l’urgence de la faim ou du froid. Sans faire de généralités, la dépression atteint souvent des gens qui, en théorie, ont tout pour être heureux. Taillandier n’est pas dans la survie, c’est un artiste accompli, il vieillit comme tout le monde mais il est plutôt en forme ! Et brusquement la dépression le rattrape au plus profond. Avant de tourner, j’ai lu le livre de William Styron, Face aux ténèbres. La dépression est tombée sur ce géant de la littérature américaine à un moment où rien ne le laissait prévoir, comme un accident de voiture. C’est ce qu’il raconte dans ce petit ouvrage écrit avec une force impressionnante. La dépression vous désarme et vous n’avez plus envie de vous battre. Mon personnage en est là.".
Patrick Chesnais et Jeanne Lambert
Pour incarner Marylou, l’adolescente qui se lie d’amitié avec le personnage de Patrick Chesnais, la directrice de casting Sylvia Allegre s’est souvenue d’une jeune actrice qu’elle avait auditionnée pour le précédent film de Jean Becker, La Tête en friche. "Elle l’avait remarquée et gardée dans ses fiches. Pour chercher la jeune fille, on avait engagé quelqu’un de plus spécialisé sur les adolescents, mais Sylvia m’a conseillé de voir Jeanne. Malgré d’autres propositions, j’ai été convaincu. Chez cette petite, je sentais un instinct. C’est une fille qui, malgré une image trompeuse de superficialité, peut vraiment être profonde. J’aimais aussi qu’elle soit à la limite entre le côté rond de l’enfance et le côté jeune femme." se souvient le réalisateur.
Marylou est le tout premier rôle de Jeanne Lambert, comédienne qui avait par ailleurs commencé par le théâtre.
Jeanne Lambert a un souvenir très précis de sa première scène jamais tournée pour le cinéma. C’était une scène de petit déjeuner, qui se trouve vers la fin du film, avec Miou-Miou et Patrick Chesnais. La jeune actrice raconte : "C’était la première fois où l’on me maquillait, où je me préparais vraiment dans mon personnage, aussi bien physiquement que mentalement. En fait, c’est le premier jour où j’ai pratiqué mon métier."
Jeanne Lambert 
"J’ai commencé par tourner les scènes extérieures, sur une plage de l’île d’Oléron. À ce stade de l’histoire, les personnages sont déjà plus en paix, l’un par rapport à l’autre, et par rapport à eux-mêmes… Dès ces premières scènes, Patrick et Jeanne ont été au-dessus de ce que j’avais imaginé. Ils ont sublimé le texte". se souvient Jean Becker
"L’histoire de cette rencontre et de ce voyage m’a touchée. J’ai eu un vrai coup de foudre pour le personnage de Marylou. Je me suis identifiée à elle, à ses réactions, son côté fleur bleue… Marylou est une adolescente rebelle, en colère contre les adultes. On voit très bien cela à travers la première approche qu’elle a de Taillandier. Elle se méfie de lui et je comprends pourquoi parce qu’à son âge, on se méfie des adultes, que l’on considère un peu comme des ennemis. C’est pour ça qu’on est souvent en rébellion contre les parents, mais je crois que c’est d’abord parce que nous sommes aussi en colère contre nous-mêmes. On ne s’accepte pas, pas encore, et on rejette ce malaise sur les adultes. Un jeune qui va voir Bienvenue parmi nous pourra tout de suite s’identifier à Marylou, parce qu’elle est pour moi une ado universelle. Au-delà de son histoire familiale complexe, elle vit la crise traversée par tous les adolescents. N’importe quel ado comprendra immédiatement pourquoi elle est en colère, mais aussi ce sur quoi lui-même doit ouvrir les yeux. Marylou a le droit d’être en colère contre son beau-père et contre sa mère, mais elle doit aussi saisir la chance qu’est sa rencontre avec quelqu’un comme Taillandier", confie Jeanne Lambert.
Jeanne Lambert
Patrick Chesnais et Jeanne Lambert sont bien entourés dans Bienvenue parmi nous. En effet, on retrouve dans le film Miou-Miou et Jacques Weber en seconds rôles.
"Ce sont deux excellents acteurs. Miou-Miou n’a pas un grand rôle, mais elle a quand même accepté d’être dans le film aux côtés de Patrick Chesnais. J’avais peur qu’elle refuse. Il fallait une comédienne de sa trempe pour faire exister ce personnage en quelques scènes. Elle apporte une humanité, une affection, et un caractère. Quant à Jacques Weber, le rôle de l’ami lui va parfaitement. Il émane de lui une telle gentillesse, une telle chaleur humaine… Il était très content de faire le film", mentionne Jean Becker
Miou-Miou et Jacques Weber
Patrick Chesnais à propos de ses partenaires dans le film : "J’ai tourné quatre films avec Miou Miou. C’est toujours très agréable de retrouver cette actrice formidable. Nous formons une très belle famille ! Jacques Weber est un vieux compagnon de route avec lequel j’ai beaucoup joué au théâtre. On était dans la même bande au Conservatoire. On s’est formés ensemble et nous partageons des souvenirs très forts. C’est par contre la première fois que nous jouons ensemble au cinéma. C’était bien de se retrouver."
Toujours selon Patrick Chesnais : "Je crois que ce film est une sorte de conte moderne, une histoire qui fait du bien. Ce sont des personnages qui partent de très loin pour arriver à trouver une paix. (Pour combien de temps ?) C’est une fable qui peut trouver un écho en beaucoup de monde, magistralement filmée par quelqu’un qui sait faire passer les sentiments comme la vie le ferait."
Sans encourager l’improvisation, qu’il n’apprécie pas trop, Jean Becker aime laisser ses acteurs dire le texte à leur manière : "s’ils contrarient trop la vision que j’ai, et que ce qu’ils me proposent n’est pas bon, je le leur dis, mais le plus souvent, cette écoute et cet échange apportent au film", explique le metteur en scène.
Dès qu’il le peut, et ce depuis Les Enfants du marais Réalisé en 1999, Jean Becker travaille avec, au moins, deux caméras : "Vous pouvez travailler en double valeur, pour aller au plus près ou sur quelque chose de plus général. Le choix se fait ensuite au montage", explique-t-il, en terminant : "Il y a tellement d’émotions qui passent sur le visage [des comédiens] que si vous êtes un peu loin, vous la perdez. Si vous approchez vraiment, vous la captez."
Au début de Bienvenue parmi nous, le personnage de Patrick Chesnais, complètement déprimé, tente de mettre fin à ses jours sans y arriver, ce qui n'est pas forcément facile à mettre en scène. Jean Becker déclare : "J’avais tourné le moment où il prenait le fusil, le chargeait, et puis je me suis dit que la seule façon de pouvoir le faire accepter aux gens, était que ça se passe à une rapidité incroyable. Il prend le fusil, il le pointe, il hurle et s’en va. C’est fini. On a compris qu’il n’y arrive pas. C’est la vitesse qui fait qu’on l’accepte."
Dans une scène de Bienvenue parmi nous, Marylou regarde la télévision et c’est L'Eté meurtrier qui y passe. Le réalisateur explique ce choix : "Il n’y a là aucun orgueil de ma part et je pense d’ailleurs que très peu de gens noteront que j’en suis aussi le réalisateur. Je cherchais simplement une scène d’une fille avec sa mère, pour qu’elle soit touchée. Pourquoi aller chercher ailleurs ? J’utilise la matière dont j’ai besoin."
Sources :
http://www.allocine.fr
http://www.cinemovies.fr
http://www.evene.fr
http://fr.wikipedia.org
http://www.canalplus.fr
http://www.courrierdelouest.fr
http://editions.flammarion.com