Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d'autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout. Jean Luc Godard

Réalisé par Bertrand Blier
Avec Jean Dujardin, Albert Dupontel, Anne Alvaro, Myriam Boyer,
Audrey Dana, Christa Theret, Emile Berling, Geneviève Mnich.
Production Française.
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie cinéma : 25 août 2010
César 2011
Anne Alvaro Meilleure Actrice dans un second rôle

Albert Dupontel et Jean Dujardin
Synopsis :
C'est l'histoire d'un homme qui reçoit la visite de son cancer (Albert Dupontel).
"Bonjour, lui dit le cancer, je suis votre cancer.
Je me suis dit que ça serait peut-être pas mal de faire un petit peu connaissance... "

Jean Dujardin et Albert Dupontel
Charles (Jean Dujardin) n’écrit plus après avoir eu le Goncourt. Sa femme l’a quitté avec son fils. Il boit, il ne fait plus que ça, le jour et la nuit, transportant avec lui un seau à glace. Charles et son cancer, le malade et sa maladie vont avoir des relations assez privilégiées, instaurant entre eux une certaine familiarité. Ils boivent des coups et mangent ensemble, discutent, se jaugent, apprennent à se connaître. Bons vivants, somme toute.
Louisa (Anne Alvaro), la gouvernante. Elle a toujours été là, c’est elle qui a élevé le fils de Charles. À l’article de la mort, il va aller vers elle, il va l’aimer et être aimé d’elle. Louisa est la femme essentielle, juste, attentive, tendre, à l’écoute, la quintessence de la femme quel que soit son âge. En un mot, la femme terminale.
"Je crois avoir fait beaucoup de films plus risqués que Le Bruit des glaçons. L’idée en est simple. Parler du cancer aujourd’hui, c’est une conversation qu’on a tous, car on y est tous confronté. La seule chose à faire, c’est de se battre et de bien se soigner, je le dis à tous mes copains, fort de mon expérience. Il y a très peu de cancers qu’on ne puisse soigner si on les prend à temps. Je suis très optimiste sur les questions d’espérance de vie, il suffit de regarder les statistiques." déclare le réalisateur.
Ce film est le fruit de cinq ans durant lesquelles Bertrand Blier n'a pas tourné et dont il a profité pour écrire et réfléchir au cinéma. Après avoir constaté que les plans sublimes et la belle lumière n’intéressent plus grand monde, il prend la décision de faire des films d’une manière sans doute moins ambitieuse et moins esthétique en arrêtant les grands travellings latéraux du cinéma d'Alain Resnais.

L'idée du film est venue du visage d'un homme, croisé vingt ans plus tôt par le réalisateur, qui voyait en lui "une tête de cancer". Après en avoir longuement parlé autour de lui sans vraiment envisager d’en faire un film, il s'est mis à écrire très vite et avec beaucoup de plaisir, un texte en forme de nouvelle d’une quarantaine de pages qui lui a servi d'assise pour le film.
"Extraordinaire, me disait-on, mais on n’arrivera jamais à le monter." avoue le réalisateur .La productrice Christine Gozlan, une copine de Bertrand Blier depuis longtemps, n’est heureusement pas du genre frileux. Le réalisateur a d’ailleurs toujours pensé que le tandem royal au cinéma c’était celui du producteur et du metteur en scène…
Bertrand Blier a le sentiment d’avoir fait un film très spontané et pas agressif. L’humour noir est là, mais sans provoc. Rançon de la maturité, sans doute. S’il y a un ton de comédie, il ne l'a pas voulu trop appuyé. Dès lors qu’on accepte Albert Dupontel dans le rôle du cancer de Jean Dujardin, tout le reste est d’une grande simplicité et, d’une justesse assez fondamentale espère le réalisateur. C’est là où le cinéma devient quelque chose de passionnant.
Pour Le Bruit des glaçons, tout a été fait à la steadycam qui permet une fluidité et un naturel qui allaient bien avec l’histoire. Le tournage s'effectue dans des conditions plus agréables, plus rapides, plus près des acteurs et avec moins de stress.
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Au départ de tous les projets de Bertrand Blier, il y a chaque fois l’idée de Gérard Depardieu qui se profile. Malgré tout Albert Dupontel s’est imposé le premier dans le rôle du cancer. "Bertrand Blier est un des rares cinéastes français qui m’ait donné l’envie de faire des films. Car il est au carrefour de la poésie, la poésie du cinéma, et d’une certaine efficacité comique. On pourrait dire qu’il est un David Lynch français, mais en plus drôle ! Je pense avoir vu à peu près tous ses films, je connais même les dialogues de certains d’entre eux par coeur. Je garde par exemple un souvenir ému de Buffet froid, Tenue de soirée, Trop belle pour toi ou Merci la vie. Tant d’invention me fascine et m’impressionne, comme me fascinent et m’impressionnent les frères Coen ou Terry Gilliam. Il me semble que le Bruit des glaçons est le meilleur scénario de Bertrand depuis longtemps. Il a retrouvé avec ce film ce qui est au coeur de son cinéma, un imaginaire en fusion et, mine de rien, le sens de la fable métaphysique. Aux films narratifs, comme les Valseuses ou Préparez vos mouchoirs, ont succédé des oeuvres plus abstraites et plus risquées qui ne caressent pas dans le sens du poil. Il est difficile de rester sincère quand le succès vous rattrape. Lui, a continué à se renouveler. Ne pas le faire, c’est piétiner. Cet homme-là ne fait pas du sur-place." confie l'acteur.

Albert Dupontel
Bertrand Blier a déjà proposé à Anne Alvaro deux rôles distincts dans deux films qu'il n'a finalement pas tourné, avant de lui proposer de jouer Louisa.
"Il se trouve que ce n’est pas la première fois qu’il veut travailler avec moi. Il m’avait proposé précédemment deux scénarios qu’il n’a pas tournés. J’ai lu le Bruit des glaçons comme une nouvelle, c’était un pur régal. Bertrand n’avait pas écrit le rôle de Louisa pour moi, mais je l’ai reconnue néanmoins comme un personnage qui venait à moi à point nommé. C’est une impression qu’on n’éprouve pas très souvent, qui vous porte et vous emporte. Je l’ai tout de suite beaucoup aimée, cette Louisa dont Bertrand m’a à la fois très bien et très peu parlé. L’image de la mère, l’image de l’amante. La bonté et la douleur de quelqu’un qui ne s’extériorise pas. Ensuite pour des questions de dates, j’ai eu très peur de ne pas pouvoir faire le film, et je l’aurais affreusement mal vécu. Mais, une parenthèse de théâtre a rendu la chose possible." avoue Anne Alvaro. Avant de reprendre : "La femme terminale… C’est extrêmement troublant, mais c’est tout à fait ça… Celle qui rend le goût de vivre à l’homme qu’elle aime en silence depuis toujours, dans cette maison où elle vit, comme c’est dit, de toute éternité. Dès ma première scène importante, Bertrand m’a dit que je sentais bien le personnage, j’ai été rassurée. Tout s’est dénoué pour moi dans un plan où je n’étais pas prévue initialement. Je suis bord cadre sur la terrasse, comme une figure de proue, et regarde les deux garçons en contrebas. Jean Dujardin dit à Albert Dupontel : « Donnez-moi le temps d’aimer cette femme… "
Interview d'Anne Alvaro :
"Le plus difficile n'est pas d'être acteur, c'est de le rester "
D'après Jean Dujardin, le tournage était tendre et harmonieux, avec une équipe réduite qui permettait beaucoup de "déconnade". "Bertrand Blier a d’abord voulu me rencontrer, me renifler pour savoir qui j’étais. Moi, ça n’est pas mon truc d’aller voir un metteur en scène pour lui dire : je veux travailler avec vous. Si quelqu’un a besoin de vous, il vient vous voir. On a tout de suite compris qu’on avait des choses à faire ensemble, sans très bien savoir ni quand ni comment. Ce qui m’a décidé, ce sont les vingt pages qu’il m’a donné à lire. Ca lui ressemblait, c’était singulier et absurde, angoissant et émouvant, très gonflé en un mot. Lui-même y croyait très fort, il sentait qu’il tenait quelque chose de neuf. Peut-être bien un film d’amour et d’espoir, plutôt qu’une comédie grinçante sur le cancer qui pourrait ne pas être drôle du tout. Vous imaginez la bande-annonce : « Vous avez 60 piges, vous avez le cancer, ce film est pour vous ! » Moyen, comme accroche. En fait, Bertrand casse les conventions du cinéma comme un vieux sale gosse. Il est là pour déranger, mais avec élégance." reconnait l'acteur.
Première scène
Dans ce film trompe-la-mort, tout commence avec le plan assez angoissant de d'Albert Dupontel, vu de dos, qui marche sur un chemin de campagne, bras écartés et à grandes enjambées. La menace est là, c’est un plan qui doit mettre tout le monde mal à l’aise "Je crois qu’il n’est pas trop mal réussi, avec la caméra à la bonne hauteur. Cet homme qui débarque à l’improviste annonce d’emblée à son hôte : « Je suis votre cancer », ce qui renvoie, bien sûr au « Je suis venu pour vous faire chier » d’un autre de mes films, les Côtelettes. On est toujours là pour faire chier les autres !" selon Bertrand Blier
Le réalisateur avait l'univers de David Lynch en tête au moment du tournage de cette scène.

Sources :
http://www.unifrance.org
http://www.allocine.fr
http://www.cinemovies.fr - Michel Boujut