Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d'autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout. Jean Luc Godard
Date de sortie cinéma : 1er février 2012
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Réalisé par Naomi Kawase
Avec Tôta Komizu, Hako Ohshima, Tetsuya Akikawa
Genre Drame
Production Japonaise
Titre original Hanezu no tsuki
Tôta Komizu
Synopsis
La région d'Asuka, à Nara, est le berceau du Japon. Ici, il y a longtemps, vivaient ceux qui se satisfaisaient du plaisir de l'attente. Le peuple moderne, ayant apparemment perdu ce sens de l'attente, semble incapable d'être reconnaissant du présent, s'accrochant à l'illusion que toute chose avance selon le plan bien précis de chacun.
Il y a bien longtemps, les gens croyaient que Mt. Unebi, Mt. Miminashi, et Mt. Kagu, trois montagnes, étaient habitées par des dieux. Ces montagnes sont toujours là. En ce temps, un puissant homme d'affaire avait comparé les montagnes à la bataille qui se livrait en son propre coeur. Les montagnes étaient une expression du karma humain.
Dans cette région, Takumi (Tôta Komizu) mène une double vie : tranquille avec Tetsuya (Tetsuya Akikawa) son mari, et passionnée avec son amant Kayoko (Hako Ohshima), sculpteur qui lui fait découvrir les plaisirs simples de la nature. Takumi apprend qu’elle est enceinte. L’arrivée de cet enfant est l’occasion pour chacun de prolonger son histoire familiale et ses rêves inassouvis. Mais bientôt, Takumi devra choisir avec qui elle veut faire sa vie. Comme au temps des Dieux qui habitaient les trois montagnes environnantes, la confrontation est inévitable.
Le temps a évolué au présent. Takumi et Kayoko, héritant des espoirs déchus de leurs grand-parents, passent leur vie. Leur histoire est universelle, à l'image des âmes innumérables qui se sont accumulées sur cette terre.
Documentariste et auteur de fiction, Naomi Kawase a reçu la caméra d’or, pour un premier film en 1997, Suzaku, présenté à la Quinzaine des réalisateurs. Elle rejoint la compétition officielle en 2003 avec Sharasojyu, puis se voit remettre le Grand prix du jury en 2007 pour La fôret de Mogari. Elle reste dans la lignée de ce dernier avec Hanezu, l'esprit des montagnes, en creusant sa thématique naturaliste et panthéiste.
Dans ses films, la réalisatrice Naomi Kawase a pour habitude de dépeindre les paysages japonais, plonger ses personnages dans les forêts et mettre en avant le bruit de l'eau, du vent et des oiseaux. Elle cherche à rétablir le sentiment ancien de vénération et de crainte que l'homme avait vis-à-vis de la nature.
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La cinéaste explique : "Je vis avec l’idée que j’en fais moi-même partie intégrante. Aujourd’hui, bercés par l’illusion qu’ils peuvent tout faire, les hommes ont détruit la nature, ils ont échoué dans le projet de vivre avec elle. Je pense que la souffrance des gens dans les sociétés modernes est liée à notre incapacité à admettre que nous sommes un élément de la nature parmi d’autres. Dans mes films, on peut presque dire que l’homme joue des seconds rôles, je donne à la nature le rôle principal. Je cherche à réveiller chez les personnages ce sentiment de vénération et de crainte de la nature que les gens connaissaient dans le passé et qu’ils coexistent avec elle, dans le sens le plus pur. C’est quelque chose que je veux transmettre à mes enfants et que mes enfants transmettront à leur tour."
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"Hanezu" est un terme poétique ancestral qui désigne un rouge fané. Le rouge est la couleur de la vie (le soleil, le sang), mais est aussi lié à la mort quand il s’épand du corps. Le récit de Hanezu, l'esprit des montagnes basculera dans la tragédie, le deuil étant une constante des films de Naomi Kawase.
Pour le scénario de Hanezu, l'esprit des montagnes, Naomi Kawase s'est inspirée d'un poème de Man yō shū, le recueil de poésie le plus ancien de l'histoire du Japon.
C’est un recueil de poèmes qui été compilé entre la fin du 7è et la fin du 8è siècle. Il comporte 4.500 poèmes, écrits par des gens qui vivaient entre le nord-est du Japon et l’île de Jyushu, d’origines sociales diverses, depuis les empereurs jusqu’aux fermiers. La plupart des poèmes parlent d’amour entre hommes et femmes. A cette époque, les gens craignaient la nature et la vénérait, forts de la croyance que des dieux habitaient les montagnes et les cours d’eau. Les gens vivaient en accord avec la nature, elle a une forte présence dans les poèmes du Manyoshu. Littéralement, Manyoshu signifie collection de 10.000 vies, mais on pense que le titre a été choisi pour suggérer 10.000 époques - une collection qui se transmettrait pour l’éternité." explique la réalisatrice

Hanezu, l'esprit des montagnes a été tourné à Nara.
La région d’Asuka, à Nara, est le berceau du Japon. Ici, il y a longtemps, vivaient ceux qui se satisfaisaient du plaisir de l’attente. Le peuple moderne, ayant apparemment perdu ce sens, semble incapable d’être reconnaissant du présent, s’accrochant à l’illusion que toute chose avance selon le plan bien précis de chacun.
"Nara est ma région de naissance, j’y habite encore aujourd’hui. C’est l’endroit où s’est construite la première capitale du Japon, c’est le cœur de la culture japonaise. Savoir que des manifestations et des festivals se perpétuent encore aujourd’hui sur place, plus de 1000 ans après leurs débuts, me réjouit, je me nourris du sentiment que de belles choses soient pérennes. Je veux que les générations futures puissent hériter de cette culture et de ces traditions. Cependant, les choses changent sans cesse, et peuvent disparaître progressivement avec le temps. Transmettre aux prochaines générations les trésors passés, concrets ou spirituels, construire des liens, pas seulement au Japon, mais avec les héritages de l’humanité toute entière... je fais des films qui sont l’expression de ces désirs" déclare Naomi Kawase
"Quand je fais un film à Nara, je le fais avec des acteurs qui vivent à Tokyo. Je les invite à venir à Nara un mois avant le début du tournage, et leur demande de devenir des autochtones, de manger la nourriture locale et de sympathiser avec les habitants. Je leur demande d'apprendre à vivre comme s'ils étaient nés à Nara, comme s'ils y avaient vécu toute leur vie. Au fur et à mesure que les acteurs commencent à s'intégrer à cet environnement, leurs expressions deviennent plus naturelles. Ils ne lisent plus le scénario, ne le retiennent plus et n'utilisent plus leur corps pour l'exprimer, ils réussissent au contraire à l’oublier le scénario et à l'intérioriser. Leur corps commence à se mouvoir naturellement. C’est l'environnement qui donne vie à l'acteur." confie la réalisatrice.
Pour conserver le réalisme des scènes, Naomi Kawase a évité toute répétition avec les acteurs. Au moment du tournage, elle s'est limitée à une seule prise par plan, pour conserver l'authenticité du jeu des comédiens.
Tous les films réalisés par Naomi Kawase sont composés par des personnages en deuil, entourés par la mémoire et l'esprit des morts. Elle impute ce choix à la tradition japonaise, dans laquelle on "laisse les (fantômes) exister dans nos vies", d'après la cinéaste.
Evoquant la catastrophe de 2011 dans la région de Fukushima, quand la ville a été victime de secousses sismiques, d'inondations et d'une fuite radioactive, Naomi Kawase se dit très inquiète par la modernité, qui aurait effacé les croyances pour que les hommes "ne se préoccupent que de développement économique".
La réalisatrice rapproche ses films du concept japonais de Mujo, qui signifie "rien n'est certain, ni pour toujours".
Le mujo, signifiant «l’impermanence de toute chose», est un concept bouddhiste basé sur l’évolution, le changement. Toute chose qui existe doit nécessairement avoir un début et aura un jour une fin. Selon cette philosophie, le présent n’existe pas. Les conceptions du présent, du passé et du futur sont illusoires. Le temps se résume alors à la notion d’instant.
Rien ne peut échapper au changement et à la destruction. Tout se transforme sans cesse : le corps, l’esprit, les pensées, l’environnement, l’univers…
Il faut alors apprendre à vivre librement. En vivant avec peu de moyens, nous devenons plus riches. Nous apprenons à nous connaître, à développer nos goûts et à nous suffire à nous-mêmes. Ne pas s’attacher aux choses permet un désencombrement, plus de liberté, de simplicité et de légèreté. Pourquoi devrions-nous entasser tant d’objets? S’ils ne servent pas depuis longtemps, c’est le signe qu’ils ont atteint la fin de leur utilité. Nous devons accepter le changement et s’en débarrasser en les donnant, en les vendant ou en les jetant. Le strict nécessaire rendra notre vie meilleure, axée sur le présent, sur l’instant.
Le mujo est un concept japonais qui s’applique aux objets, mais également à toutes les sphères de notre vie. C’est l’acceptation de la naissance et de la mort. Du commencement et de la fin. Les moines zen disent mu, mu, mu : rien, rien, rien. Rien est tout et tout est rien.
Hako Ohshima
Naomi Kawase estime que c'est à l'art et à la fiction de restituer "la contradiction entre nos désirs et la réalité", alors que la science essayerait justement de supprimer les ambiguïtés et de "créer la certitude et l'éternité".
Hanezu, l'esprit des montagnes a été sélectionné dans la Compétition Officielle du Festival de Cannes 2011, où le film a côtoyé deux autres productions portant sur la suprématie de la nature face aux hommes : The Tree of Life, de Terrence Malick, et Melancholia, réalisé par Lars von Trier.
Sources :
http://www.cinemovies.fr
http://www.allocine.fr
http://www.universalis.fr
http://pelerine.wordpress.com
http://info.francetv.fr - Jacky Bornet
http://fr.wikipedia.org