Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d'autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout. Jean Luc Godard
Date de sortie 13 février 2013

Réalisé par Antonio Méndez Esparza
Avec Teresa Ramírez Aguirre, Pedro De los Santos Juárez,
Lorena Guadalupe Pantaleón, Heidi Laura Solano Espinoza,
Ángel Joseph De Los Santos Leyva, Juan De los Santos Vázquez
Titre original Aquí y allá
Genre Drame
Entre autres récompenses, Aquí Y Allá
remporte le Grand Prix de la Semaine de La Critique de Cannes 2012
Un nombre incalculable de films, fictions et documentaires confondus, ont pris pour sujets les wetbacks, ces Mexicains qui traversent à la nage le Rio Grande pour travailler aux États-Unis.
Peu, en revanche, ont suivi le voyage du retour – à l’exception de Romàntico, bouleversant documentaire de 2005 signé par l’Américain Mark Becker.
Synopsis
Pedro (Pedro De los Santos Juárez) est un homme jeune, mais il a déjà vécu plusieurs vies.
Au Mexique, il a fondé une famille. À New York, il a connu le quotidien misérable des les immigrés clandestins. À son retour au pays, après des années d’absence, sa vie va-t-elle s’éclairer ?

Il veut reconstruire un foyer que son absence, via l’envoi de mandats, a permis de mettre à l’abri de la misère, mais au sein duquel il est devenu un étranger. Sa femme, Teresa, toujours aussi souriante, ne parvient pas tout à fait à se débarrasser de la solitude qui fut son quotidien.
Lorsque Pedro revient avec le synthétiseur de ses rêves, ses chansons d'amour font rire ses deux filles, Lorena et Heidi, déjà trop grandes. Deux ou trois ans d'absence, et c'est déjà l'adolescenceet ses filles ne l’ont pas attendu pour grandir tout et sont devenues plus distantes.

Avec des trésors de patience et d’affection, Pedro parvient, peu à peu, à apprivoiser ce petit monde et à entamer une vie décente grâce à l’argent de son exil. Il s’autorise même un luxe microscopique, inconcevable auparavant : monter un petit orchestre de bal. La création du petit orchestre est un petit miracle fragile qui donne quelques moments heureux, avec ces romances qui rapprochent les cœurs, même si les filles se méfient, car elles savent bien, dès la première ébauche d'une vague histoire d'amour, que le joli garçon qui les courtise voudra/devra un jour partir là-bas, pour tenter une vie meilleure et personne ne peut leur prédire s'il reviendra…
Cette année, les villageois s'attendent à une récolte abondante.
Les opportunités de travail sont rares et la frontière entre ici et là-bas ne cesse d’occuper l’esprit et le quotidien de Pedro et de ceux qui l’entourent.
Aquí y Allá porte sur le bonheur de vivre parmi les siens, la perte et les souvenirs de ceux que nous laissons derrière nous.
Même si Aquí y Allás est une fiction, l'empreinte du documentaire y est très présente. Tous les acteurs du film sont non-professionnels et interprètent des personnages qui portent le même nom qu'eux. Antonio Méndez Esparza s'est documenté auprès d'eux, s'inspirant de la manière dont ils vivaient pour écrire son scénario.
Le titre du film renvoie à la relation entre le Mexique et les États-Unis : "L'ici, c'est le Mexique et là-bas, c'est ce qu'il y a après la frontière. Dans le film, il y a différents éléments qui renvoient aux États-Unis, comme le poster dans la chambre d'un des personnages avec un slogan en anglais, ou le fait qu'ils aiment le Coca-Cola", explique Antonio Méndez Esparza.
Le comédien qui interprète le personnage principal de Aquí y Allá représente le point de départ du film. Mais c'est aussi l'une des personnes qui a permis au film d'exister : "Pedro De los Santos Juárez a été ma plus grande influence pendant le tournage. Il est le premier rôle du film mais son importance est encore plus grande : c'est lui qui a installé la confiance entre notre équipe et les gens du village où l'histoire se déroule", explique le réalisateur Antonio Méndez Esparza. Cette relation ne s'est pas construite au moment du tournage, mais cinq ans auparavant, lors de la rencontre entre le cinéaste et Pedro, qui travaillait alors dans un supermarché.
Pedro De los Santos Juárez ne fait pas qu'interpréter le rôle principal du film, puisqu'il signe avec son groupe, Copa Kings, la musique qui rythme Aquí y Allá.
Pour Antonio Méndez Esparza, l’enjeu de ce premier long métrage tient dans la combinaison de deux exigences. En premier lieu, un travail documentaire mené pendant plusieurs années sur des habitants du sud du Mexique, avec lequel il a nourri le film. À intervalles réguliers, il fait intervenir des personnages dont on n’a aucun mal à croire qu’ils ne jouent aucun rôle autre que le leur. L’inconsolable femme qui a perdu son fils, mort en exil, la vieille dame qui prépare ses obsèques comme on fait la liste des commissions, les jeunes du village qui, à l’âge où on tombe amoureux, se méfient de leurs sentiments parce qu’ils savent qu’eux aussi rejoindront ce "là-bas", sans savoir quand et s’ils en reviendront.

Comment filmer un personnage dans un espace devenu inhabitable ? Par une succession de plans fixes qui isolent Pedro. Ici, dans la chambre jonchée de peluches de ses filles. Là, dans un hall d’hôpital. Aqui y alla a été tourné dans une région très montagneuse, difficile d’accès, au sein d’une communauté rurale qui ne vit que grâce aux subsides qu’envoient ceux qui ont réussi à quitter le pays. On est bien loin de la guerre des cartels et des massacres relayés par les médias. Pour autant, c’est un portrait ravageur du Mexique que trace ici le réalisateur Antonio Méndez Esparza.
L’autre contrainte que le film s’est imposée repose sur sa part de fiction qui, à petites touches impressionnistes, évoque la fragilité extrême de la notion de quiétude. Chaque imprévu, chaque trébuchement, est susceptible de faire voler en éclats cette illusion d’un bonheur aussi dérisoire que chèrement acquis. Comme la naissance d’un enfant prématuré qui replonge la petite famille dans d’inextricables ennuis d’argent ou comme cet orchestre du dimanche que ses membres - ouvriers, paysans ou maçons - doivent abandonner pour ne pas sacrifier une heure de leur exorbitant temps de travail.

Aquí y Allá est un petit film indépendant sans grand budget. Les producteurs ont donc fait une demande d'aide financière via internet et le site Kickstarter.
Cette somme n'était pas destinée à finir le film, mais à faire venir les membres de l'équipe du film et leurs familles du Mexique au Festival de Cannes.
L'opération a d'ailleurs bien fonctionné, puisqu'ils ont reçu la somme dont ils avaient besoin.
Sources :
http://salles.cinemas-utopia.fr
http://www.aquiyallafilm.com
http://www.cine-cameo.com
http://next.liberation.fr - Bruno Icher
http://www.rfi.fr - Elisabeth Lequeret
http://www.cinemovies.fr
http://www.allocine.fr