Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d'autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout. Jean Luc Godard
Date de sortie 15 janvier 2014

Réalisé par Jean-Marie et Arnaud Larrieu
Avec Mathieu Amalric, Karin Viard, Maïwenn,
Denis Podalydès, Sara Forestier
Genre Thriller
Production Française
L'Amour est un crime parfait est l'adaptation d'un roman de
Philippe Djian publié en 2010, Incidences.
Jean-Marie Larrieu : "La lecture du roman, juste après la sortie de notre précédent film Les Derniers Jours Du Monde, a immédiatement cristallisé notre envie : les personnages existaient, il y avait une histoire puissante, des éléments comme la présence forte de la nature..." Arnaud Larrieu rajoute : "L’atelier de lecture, l’université, ce personnage d’intellectuel... plus ou moins criminel."
Jean-Marie Larrieu raconte : "En rencontrant Philippe Djian, nous avons eu confirmation que le roman se déroulait en Suisse. nous avons vu cela comme un signe. a l’époque de Peindre ou faire l’amour, nous avions eu cette formule en forme de boutade : "un jour, on tournera un polar en Suisse". titiller un univers proche du polar nous a intéressé, nous n’avions jamais abordé le sujet du crime dans nos films."
Mathieu Amalric, Maïwenn et Karin Viard
Synopsis
Professeur de littérature à l’université de Lausanne, Marc (Mathieu Amalric) a la réputation de collectionner les aventures amoureuses avec ses étudiantes.
Quelques jours après la disparition de la plus brillante d’entre elles qui était sa dernière conquête, il se retrouve tiraillé entre plusieurs femmes fatales.
Marianne (Karin Viard), sa sœur désorientée.
Anna (Maïwenn) veuve noire, qui cherche à en savoir plus sur sa belle-fille disparue.
Et enfin une étudiante, Annie, (Sara Forestier) désœuvrée et dévergondée.
À la question : Qu'est-ce que vous aimez le plus chez les frères Larrieu ?
Mathieu Amalric répond :
"La transgression et l'utopie familiale sont vraiment les thèmes qui définissent leur cinéma. Prenez Les derniers jours du monde. Tout d'un coup, malgré la fin du monde, la vie est quand même possible, il demeure une croyance dans le désir. Vous comprenez leurs obsessions lorsque vous regardez leur documentaire Les Fenêtres sont ouvertes qui retrace leur enfance à Lourdes, dans les Hautes-Pyrénées. On y voit leur grand-père metteur en scène, qui bricolait des films en 16 mm. On y apprend la relation qu'entretenaient le père et la mère, totalement dans la transgression.
Arnaud et Jean-Marie avaient un père banquier, un ours impassible qui avait l'air de se foutre de tout.
Je reconnais ma chance de connaitre ces deux-là. Ce sont vraiment devenus des amis, les seuls réalisateurs que je vois en dehors des tournages, deux trois fois par semaine, nos gosses sont culs et chemises.
Les Larrieu aiment filmer les corps comme des paysages. Ils prennent de plus en plus de plaisir à filmer le sexe aussi.
Mathieu Amalric "Oui même si je dois avouer que je n'avais pas beaucoup de scènes physiques à faire dans ce film; ça m'a un peu déçu. Pas beaucoup de scènes où je suis nu non plus et ça m'a manqué. Dans L'amour est un crime parfait, je retrouve Karin Viard avec qui j'avais tourné une scène très chaude dans Les derniers jours du monde. On ne se connaissait pas, c'était l'une de nos premières scènes. Une doublure était prévue, elle n'a pas servi. Je lui disais, à chaque fois, pour la faire rire : "ne t'inquiète pas, je ferme les yeux". Karine adore les frères Larrieu, elle est très à l'aise dans cet univers, heureuse d'être aussi bien filmée. Son euphorie est très contagieuse. Sara Forestier partageait cette joie. Lors de notre première scène, elle était imprévisible, me tapait, me faisait mal ; j'aimais bien ça. Les acteurs sont la plupart du temps heureux d'habiter leur univers. Ça n'a pas toujours été le cas. Je me souviens qu'au début, les Larrieu considéraient les acteurs comme leurs ennemis. Les premiers jours de tournage sur La brèche de Roland étaient assez horribles. Arnaud et Jean-Marie ne me parlaient pas. Des années après, je me rends compte de l'évolution, à quel point Jean-Marie est désormais à l'aise, toujours extrêmement juste. Les Larrieu se reposent sur les acteurs, Arnaud Desplechin fonctionne différemment, il pense aux gestes, aux déplacements, il veut protéger les comédiens, cherche à les aider.
Avec Les Larrieu, le tournage est plus sauvage, ils ont la foi de l'instant, voient au dernier moment comment les acteurs vont habiter l'espace; en gros, c'est "démerdez vous". Même leurs cadrages sont ingrats. Pas de place pour l'intériorité, ils préfèrent les plans larges pour que les comédiens soient nus comme au théâtre. De la pure présence, comme on dit."
Propos recueillis par Romain Le Vern pour http://lci.tf1.fr/cinema
Pour évoquer la double vie du personnage de Marc dont sa deuxième personnalité est refoulée, les réalisateurs Jean-Marie et Arnaud Larrieu ont eu l'idée de montrer une complicité entre l'homme et le loup, image qui amène directement au loup-garou, homme qui se transforme en bête les nuits de pleine lune. Ils racontent : "On a appris qu’une meute de loups se baladait effectivement sur les crêtes du Canton de Vaux en Suisse, et qu’on pouvait les entendre hurler la nuit. (...) De même qu’à l’endroit où nous avons tourné les scènes du gouffre, sur le plateau des Glières, en Savoie. On a bien croisé un vrai loup, un soir, en rentrant du tournage. C’était bon signe !"
Jean-Marie Larrieu : "Les personnages prennent en charge le corpus du texte. nous aimions l’écriture de Djian, le rythme, les phrases, et notre adaptation en tient compte. nous avons utilisé comme dialogues de nombreuses phrases du roman qui n’étaient pas des dialogues à l’origine."
Arnaud Larrieu : "Incidences est très peu dialogué... Mais au bout du compte, L’amour est un crime parfait est notre film le plus bavard !"
Jean-Marie Larrieu : "On dit toujours qu’un roman permet à un cinéaste de sortir de lui-même, mais le texte littéraire devient aussi le "surmoi" du scénario. Comme un auteur est passé avant nous, on estime que certaines choses fonctionnent et on ne se pose plus certaine questions."
Arnaud Larrieu : "Mais ça ne suffit pas, il faut faire le "deuil" du roman pour s’approprier beaucoup plus profondément le scénario. nous avions adapté Incidences pour échapper à nous-mêmes, mais nous y sommes finalement revenus...! Tous les cours de Marc sur la littérature et les paysages, par exemple, sont de notre propre cru."
Le sexe a toujours été important dans les films des Frères Larrieu.
Arnaud Larrieu : "Avant, la nudité était présente, mais pas forcément la tension sexuelle. ici, elle devient constante. C’est notre film le plus sexuel. Peut-être parce que les personnages n’ont guère le loisir de s’abandonner à une véritable nudité. Chacun se cache."
Jean-Marie Larrieu : "Le personnage central est entouré de femmes séductrices et chacune constitue une proie possible. on pourrait même dire que Marc voit le monde comme un terrain de chasse sexuel. C’est ce que suggère le plan où il arrive dans l’université, avec les étudiantes..."
Arnaud Larrieu : "Cet homme est en surtension. Dans la manière dont il perçoit la réalité, tous les curseurs sont poussés à fond."
Jean-Marie Larrieu : "Il y a beaucoup de signaux, de vibrations dans son rapport au réel. tout cela permet de casser la psychologie, de rentrer dans l’expérience du pur cinéma. nous explorons un monde de signaux et de pulsions, en deçà de la psychologie. l’opposition entre un monde primitif, quasi animal et un monde contemporain, ultra sophistiqué, traverse tout le film."
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Mon opinion
Les Frères Larrieu délaissent leurs Pyrénées natales et posent leurs caméras, entre autres, sur le plateau des Glières, et dans les montagnes enneigées de la région de Lausanne.
La mise en scène fluide s'attarde avec volupté sur l'ensemble des décors.
Les paysages sont somptueux. Il en est de même pour les chalets, entre le cosy douillet et le luxe démesuré. L'architecture exceptionnelle de l'université de Lausanne est tout simplement d'une grande beauté et magnifiquement utilisée par les réalisateurs.
La photographie de Guillaume Deffontaines magnifie tous ces endroits dans lesquels se traîne trop lentement une histoire somme toute, très prévisible.
De l'écriture de Philippe Djian, à celle d'un scénario il va tout autre autrement. L'un des deux réalisateurs reconnaît avoir utilisé comme dialogues de nombreuses phrases du roman qui n’étaient pas des dialogues à l’origine. Est-ce pour mieux coller aux mots de l'auteur que Mathieu Almaric et Karin Viard déclament, plus qu'ils ne jouent ? Ou alors, doit-on y voir un trait de famille, étant frère et sœur dans le film ? Cette diction trop appuyée déroute et finit par lasser.
Denys Podalydès, dans un rôle secondaire arrive à tirer son épingle du jeu avec malice et un certain brio. La toujours très belle Maïwenn, n'est pas la mieux servie dans ce rôle peu convaincant qui ne lui laisse que peu de place pour exister réellement. Quant à Sara Forestier, un rôle secondaire, dans lequel elle promène sa plastique avec une évidente sensualité.
Je m'attendais à un film plus dérangeant, plus sulfureux aussi. Je n'ai fait qu'une magnifique balade dans des montagnes enneigées. Cela valait-il la peine d'aller au cinéma ?
Sources :
http://www.unifrance.org
http://www.allocine.fr