Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d'autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout. Jean Luc Godard
Réalisé par Walter Lang
Avec Ethel Merman, Donald O'Connor, Marilyn Monroe,
Dan Dailey, Johnnie Ray, Mitzi Gaynor, Richard Eastham,
Hugh O'Brian, Frank McHugh, Rhys Williams,
Lee Patrick, Eve Miller, Robin Raymond
Titre original There's No Business Like Show Business
Genre Comédie musicale
Production Américaine - 1954
Marilyn Monroe se vit promettre le premier rôle du prochain film de Billy Wilder, Sept ans de réflexion, si elle apparaissait dans cette comédie musicale car son nom garantissait pour la production un quota minimum de spectateurs. Daryl Zanuck l’obligea à accepter ce second rôle qu’elle renâclait tant à jouer. Le fameux contrat de sept ans qu’elle avait signé avec la Fox, et qu’elle allait bientôt casser, ne lui laissait pas d’autre alternative. Alors qu’au même moment, le grand réalisateur Henry Hathaway terminait l’adaptation du roman Of human bondage de Somerset Maugham, et espérait y faire jouer Marilyn Monroe et James Dean, on n’ose pas imaginer ce que nous avons perdu au change…
Mais Zanuck fit la sourde oreille.
Le rôle de Vicky fut spécialement écrit à son attention et certaines chansons dont Heatwave, initiallement prévues pour Ethel Merman, lui revinrent finalement. Marilyn Monroe n'apparaît quant à elle qu'à la 28ème minute du film, dans un second rôle assez peu intéressant, reconnaissons-le.
Son personnage n'est qu'un prétexte à la faire apparaître à l'écran et cela se voit : elle n'a rien en commun avec la famille Donahue et semble être une pièce rapportée, tout le long du film. Il n'en demeure pas moins que le film perdrait beaucoup de son intérêt sans les apparitions de Marilyn Monroe, dans ce film "exigé" par les producteurs.
Marilyn Monroe ne voulait pas de La Joyeuse Parade, et elle se venge en lançant sa sexualité à la tête de l'univers puritain du musical hollywoodien. Cette femme-là, c'est une rebelle, une fille des fifties. Et ça se voit.
La Joyeuse Parade est, contre tout attente, au final, plutôt réjouissant. Rien d'un chef-d'oeuvre, certes, il ne comblera pas l'appétit d'un cinéphile averti. Mais il ne mérite pas non plus son abominable réputation et se laisse regarder sans déplaisir.
Synopsis
Molly (Ethel Merman) et Terence (Dan Dailey) Donahue forment, avec leurs trois enfants, une grande famille de saltimbanques nommée The Five Donahues. Ils parcourent le pays, se produisant dans des numéros de music-hall chaleureux et endiablés.
Des petits bonheurs ou petits malheurs du quotidien, rien ne vient perturber leur sens du spectacle et de la fête. Cependant les enfants grandissent et, devenus adultes, finissent par afficher leur désir d’indépendance.
Donald O’Connor et Marilyn Monroe
Steve (Johnnie Ray), le fils aîné souhaite quitter le métier pour entrer dans les ordres. Quant à Tim (Donald O'Connor), le cadet, grand séducteur et noceur devant l’éternel, il est follement séduit par Vicky Parker (Marilyn Monroe), une très belle jeune femme ardente d’entrer dans la profession.
De sérieuses tensions familiales font leur apparition, mais ne dit-on pas que le milieu du spectacle est une grande famille ?
Après avoir tenté de l'évincer, les parents décident d'intégrer Vicky au nouveau spectacle qu'ils préparent.
Donald O'Connor, Marilyn Monroe et Mitzi Gaynor
There’s no Business like Show Business tient une place particulière dans la culture américaine. Elle est devenue la chanson symbole de la comédie musicale, l’emblème d’un spectacle donnant toujours la priorité au merveilleux. Un spectacle défendu par des artistes complets, moines soldats d’un genre qui doit survivre aux différentes difficultés que ceux-ci endurent au quotidien. La Joyeuse Parade est ainsi une œuvre qui se veut un hommage vibrant à la comédie musicale et à ceux qui la font vivre sur les planches comme au cinéma.
Le film est aussi et surtout un hommage à Irving Berlin, musicien américain d’origine russe grandement influencé par le Jazz, l’un des compositeurs les plus talentueux et respectés de la comédie musicale à Broadway et à Hollywood. Il composa une vingtaine de chansons pour des films comme Top Hat. Il est également le compositeur de la chanson White Christmas, aux alentours de 1940, single le plus vendu de l'histoire de la musique, plus de 50 000 000 copies écoulées, enregistré entre autres par Bing Crosby en 1942 puis reprise en 1949 par cause d'usure de la bande originale. Irving Berlin est aussi l'auteur de God Bless America, chanson patriotique composée en 1918 et souvent considérée comme l'hymne national officieux américain.
Jerome Kern, autre grand compositeur qui révolutionna le musical dans les années 1910 et 1920, dit de lui un jour : "Berlin ne tient aucune place particulière dans la musique américaine… il EST la musique américaine".
There's No Business Like Show Business présente malgré ces références musicales un problème qui se situe véritablement à la base même du film. Le scénario de Phoebe Ephron, Henry Ephron et Lamar Trotti n’est manifestement qu’un prétexte à un enchaînement de numéros musicaux. Daryl Zanuck, initiateur du projet, ne s’est pas trop soucié de produire un film soutenu par une véritable intrigue et de réels enjeux dramatiques.
Manquant d’émotion et de mordant, très lisse, c’est surtout le faste déployé dans les décors, costumes et chorégraphies qui vient, ça et là, saisir le spectateur. La Joyeuse parade ne trompe pas grâce à son titre français, mais souffre de son académisme de l’époque, aujourd’hui désuet.
Le sujet de La Joyeuse Parade se résume à une historiette insipide faisant vaguement le lien entre les différentes et nombreuses chorégraphies. De plus, le film ne se trouve pas vraiment être une comédie musicale dans le sens où les segments musicaux ne s’insèrent pas dans la dramaturgie du récit, exception faite de la chanson A Man chasses a Girl interprétée par Donald O’Connor.
La Fox eut la volonté d’utiliser un nouveau format de pellicule apparu depuis un an : le Cinémascope. Grâce à ce dernier, les spectateurs allaient voir sur l’écran un spectacle inédit.
Le film fut en effet la première comédie musicale tournée dans ce format. Mais innovation technique n’est point synonyme d’innovation artistique. Et le metteur en scène Walter Lang, à qui Daryl Zanuck confia la réalisation du film, le prouve brillamment si l’on puis dire. Walter Lang fut un réalisateur docile et appliqué comme il y en eu des dizaines à Hollywood. Il signa de nombreuses comédies, musicales ou pas dont la plus célèbre reste sans doute la version du Roi et moi de 1956. Ce dernier film doit sa réussite à la qualité de son livret, à ses interprètes, Deborah Kerr et Yul Brynner, et à ses qualités plastiques. Ancien illustrateur de mode, le metteur en scène ne fait justement que cela : illustrer. Et La Joyeuse Parade en est l’exemple le plus frappant.
La caméra se contente de suivre les prestations des comédiens en plans larges, se rapprochant par moments de la scène mais pas trop près car, le cinémascope est là pour faire entrer tout ce joli monde dans son cadre extra large. On a donc véritablement l’impression d’assister à du théâtre filmé ou plutôt du music-hall filmé, devrait-on dire. Et en dehors des numéros musicaux, Walter Lang continue de plus belle en appliquant le même principe, la caméra ne faisant qu’honorer son format : plan large / léger travelling avant / léger travelling arrière, etc...
La distribution de La Joyeuse Parade fait la part belle à des interprètes spécialistes du genre. Ethel Merman fut une fameuse artiste de Broadway qui avait créé sur scène deux célèbres Musicals de Irving Berlin : Annie get your Gun et Call me Madam.
Dan Dailey était également un acteur complet, chanteur et danseur, très apprécié aux États-Unis bien qu’il ne fût pas véritablement considéré comme une star. Il figura dans de nombreuses comédies musicales dans les années 40 et 50. Avec Ethel Merman, jouant le couple Donahue, ils restent tous deux un peu trop lisses et gentillets, ils ajoutent un peu trop de mièvrerie à un scénario qui en regorge déjà beaucoup. Heureusement, le jovial et sautillant Donald O’Connor apporte sa fraîcheur et son énergie communicative à un film qui en manque définitivement. Ethel Merman et la sympathique mais trop sage Mitzi Gaynor, restent trop en retrait.
Dan Dailey
Les raisons de se réjouir à la vision de La Joyeuse Parade ? En dehors des performances de Donald O’Connor et de quelques tableaux enchanteurs, dont l’émouvant tableau final reprenant la chanson titre, les quelques instants de bonheur proviennent assurément de la présence de Marilyn Monroe.
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Une jupe échancrée et un haut de bikini bien ajusté : quand Marilyn apparaît, la température monte d'un coup. Le spectateur, endormi par des chansons désuètes, se réveille en sueur. Cette fille vient d'une autre planète, d'un autre film : La Joyeuse Parade tente de recréer le vaudeville des années 30 mais oublie que ce temps-là est bien fini.
Marilyn Monroe
Ce que l'on veut à présent, c'est une femme en pantalon étroit, chantant lascivement sur son canapé son désir de paresse, ou reprochant aux hommes, toutes jambes dehors, de se fatiguer d'elle dès qu'ils ont obtenu ce qu'ils attendaient d'elle.
Dans la Joyeuse Parade, Marilyn Monroe interprète trois chansons : After you get what you want, Heat Wave et Lazy. Dans le premier acte, sa présence lumineuse et sa voix langoureuse avec ses vibratos donnent un peu de chaleur au film. Et cela même si Walter Lang ne sait absolument pas la filmer, en la desservant avec ses plans larges, alors que Marilyn est bien meilleure chanteuse que danseuse. Nos vœux sont quand même exaucés avec le tableau Heat Wave qui porte bien son nom. La sensualité affriolante de Marilyn y fait merveille. Ses déhanchements lascifs et son jeu de scène suggestif affolent les rétines. Cette séquence, plus gestuelle que dansante, parvient heureusement à la mettre en valeur. Bizarrement, on a enfin le droit à un gros plan, ce qui prouve que même Walter Lang peut se sentir pousser des ailes devant un tel phénomène. La chanson Lazy est également propice à un joli numéro dans lequel Marilyn Monroe, accompagnée de Mitzi Gaynor et Donald O’Connor, impose à nouveau sa sensualité et son tempérament.
Malheureusement, c’est lors du tournage de ce film que la santé de Marilyn Monroe commença à chanceler. Les effets secondaires de sa consommation répétée de somnifères commençaient à se faire sentir. C’est également sur ce plateau qu’elle fit la connaissance de Susan Strasberg qui allait bientôt jouer un rôle important dans sa vie personnelle et professionnelle.
Quant à La Joyeuse Parade, on laissera le dernier mot à Marilyn : "un rôle idiot dans un film idiot..". Rideau !
Sources :
http://www.silence-action.com
http://www.telerama.fr
http://www.dvdclassik.com - Ronny Chester
http://www.imdb.com
http://fr.wikipedia.org
http://www.allocine.fr