Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d'autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout. Jean Luc Godard
Réalisé par Max Ophüls
Avec Anton Walbrook, Simone Signoret, Serge Reggiani,
Simone Simon, Daniel Gélin, Danielle Darrieux, Isa Miranda
Gérard Philipe, Fernand Gravey, Odette Joyeux,
Jean-Louis Barrault, Robert Vattier
Genre Comédie dramatique
Production Française
Date de sortie 27 septembre 1950
Le film a été nominé aux Oscars en 1952
dans la catégorie du meilleur scénario et pour la meilleure décoration.
Il a par ailleurs gagné la même année le BAFTA du meilleur film.
Synopsis
Vienne 1900. Un décor de rêve... Apparaît un meneur de jeu (Anton Walbrook), en frac et haut-de-forme, qui va faire tourner sous nos yeux le carrousel de la ronde des amours. Femmes honnêtes, grisettes tendres, aristocrates ou simples soldats, tous la danseront d'un même pas.
Anton Walbrook
Sans distinction de classe, l'amour passe. Voici une belle de nuit, Léocadie, (Simone Signoret) qui accoste un militaire, Franz, (Serge Reggiani) au coin d'une rue. Leur étreinte est brève. Le soldat n'a qu'une hâte, c'est d'aller, le samedi, flirter au Prater avec une soubrette, Marie (Simone Simon).
Simone Signoret et Serge Reggiani
Serge Reggiani et Simone Simon
Celle-ci accorde ses faveurs, en semaine, au fils de la maison, Alfred (Daniel Gélin), qui en est à sa toute première expérience.
Daniel Gélin
Ce pas délicat franchi lui permet de réaliser son rêve : séduire une femme du monde, Emma Breitkopf (Danielle Darrieux). qui, après beaucoup d'hésitations et de dérobades, s'abandonne à ses transports. Ce qui n'ira pas sans fausse note, car la nature est capricieuse ... Le soir même, elle interroge son mari sur sa vie passée, ce qui l'embarrasse fort.
Danielle Darrieux
Ce dernier (Fernand Gravey) s'est d'ailleurs amouraché d'une grisette, Anna (Odette Joyeux), qui subit sans trop se faire prier ses derniers outrages. Anna se rend compte qu'une liaison avec lui serait sans avenir, et elle jette donc son dévolu sur un jeune poète, Robert Kuhlenkampf, (Jean-Louis Barrault). Ce dernier la trouve délicieuse, mais ennuyeuse. Tout bien pesé, il lui préfère Charlotte (Isa Miranda), une comédienne de haut vol.

Cette dernière reste plus sensible au prestige de l'uniforme d'un galant officier (Gérard Philippe). Qui, après un dîner bien arrosé, échouera dans les bras accueillants de la belle Léocadie.
Gérard Philippe et Simone Signoret
C'est ainsi que finit la ronde. Et le meneur de jeu de conclure philosophiquement : c'est l'histoire de tout le monde...
Danielle Darrieux et Jean-Louis Barrault
La Ronde est l'adaptation cinématographique d'une pièce de théâtre éponyme d'Arthur Schnitzler.
Profondément marqué par les oeuvres de Arthur Schnitzler et Guy Maupassant, par la musique d'Offenbach, Max Ophüls ne cessera de leur rendre hommage soit directement comme dans Le roman de Werther, soit à travers de multiples clins d'oeils qui émaillent son oeuvre. Au delà de la peinture sans concession d'une bourgeoisie européenne se complaisant dans un romantisme qui portait en lui les germes de sa destruction, Max Ophüls semble lancer de subtils appels à la résurrection du véritable esprit des Lumières, celui qui régna brièvement avant de se voir perverti par ceux qui voudront à tout prix réussir l'impossible synthèse entre les idées de Jean-Jacques Rousseau et celles de Joseph de Maistre.
La Ronde est le premier des quatre films que réalisa Max Ophüls quand il revint en France.
Gemano-franco-américain, Max Ophüls, né Oppenheimer, a vu le jour en Sarre, haut-lieu du métissage transfrontalier. Très vite, il montrera un goût pour les arts, refusant de reprendre l'entreprise de confection que gérait son père. Son adolescence n'est pas sans rappeler celle du jeune Werther, du moins par l'exaltation, le romantisme débridé.
La Ronde est le motif obsessionnel d'un film-concept, d'une histoire très banale mais bâtie sous la forme même de ce cercle vicieux et dansant qui donne son titre à l'œuvre. Un personnage rencontre un autre personnage. Ils tiennent le haut de l'affiche ensemble le temps d'une saynette. Puis l'un des deux personnages, guidés par le meneur de jeu, fait une nouvelle rencontre et part jouer son ultime scène avant d'être abandonné à son tour. Et ainsi, tournoie la ronde des désirs amoureux jusqu'à ce que la boucle soit bouclée, jusqu'à ce que l'on retrouve une dernière fois la prostituée, Simone Signoret, qui avait ouvert la danse et contre le flanc de qui chacun finit, quel que soit le rang ou la position sociale.
Simone Signoret
La Ronde appartient à la tradition des films à sketches, mais Max Ophüls renouvelle ce genre par le choix d'une structure quasi abstraite très ambitieuse, notamment par le rôle polymorphe donné au meneur de jeu. Avec ses décors de théâtre, ses allusions aux lois du spectacle, à la censure et aux péripéties du hasard que le meneur de jeu élude avec désinvolture, cette oeuvre relève autant de l'expérience esthétique que d'une étude morale de l'amour et des hypocrisies, des faiblesses et des lâchetés du genre humain face au sexe et aux sentiments. La Ronde oscille donc sans cesse entre réalité, ficiton et artifice avec un narrateur qui s'adresse directement à la caméra. Max Ophüls se démarque donc des cinéastes d'Hollywood et de leur approche très "littérale", réalisant ainsi un film avant-gardiste tant sur la forme que sur le fond.
Gérard Philippe
C’est de la ronde de l’amour dont il s’agit, l’amour sous toutes ses formes depuis le soldat hermétique à tout sentiment jusqu’au tourbillon sensuel de l’amour adultère, ce qui valut au film d’être condamné par certaines associations. Ce sont toutes ces formes de sentiment qui alimentent cette ronde.
Le film est particulièrement original par le fait que tous les personnages apparaissent deux fois chacun : il y a dix scènes donc dix couples mais seulement dix personnages principaux. Max Ophüls utilise par ailleurs des plans audacieux dont quelques superbes travellings à 360 degrés.
Daniel Gélin et Danielle Darrieux
À sa sortie, le film est très mal accueilli par la critique.
Il sera condamné pour son immoralité par plusieurs associations mais il rencontre néanmoins un grand succès public. Max Ophüls se sentira toujours mal aimé et incompris. Lors de l'accueil mitigé de son film, il dira : "La foule n'a aucune patience esthétique." . La Ronde reste un des films les plus mal compris et un des plus dénigrés par la critique du XXème siècle. Ce n'est réellement que quelques décennies plus tard qu'il sera considéré comme un chef-d'oeuvre.
Le propos de La ronde est amer, tragique, juste un rien teinté du cynisme cruel d'Arthur Schnitzler, dont il s’inspire. Max Ophüls dresse un constat d’une infinie tristesse sous l’apparence frivole d’une fresque sur les discours et les comportements amoureux : le bonheur n’existe pas. Ce qu’il peint, fataliste, c’est l’impossibilité d’éterniser les élans les plus purs, le désespoir du sentiment amoureux bafoué par la fièvre du désir, la pureté piétinée par les rencontres éphémères, la blessure secrète de l’âme face à l’infidélité des ivresses.
Le temps, implacable, ronge l’amour, oublie le don, attise le vertige des conquêtes, refroidit les cœurs. Cette frénésie désespérante et désespérée des "ruses, mensonges et périls constants" qui tissent la lutte des sexes, cette sinistre sarabande de femmes et d’hommes abusés par la comédie du plaisir est magistralement mise en scène.
Les arabesques sensuelles de la caméra font partie du sujet du film : danse, transes et vertiges. Véritable feu d'artifice cinématographique, cette fabuleuse spirale romanesque où le mouvement perpétuel des affinités électives, des destinées sentimentales et des élans charnels, entraînent les êtres dans cette folle sarabande amoureuse.
Le film se déroule dans les années 1900 à Vienne.
Les magnifiques costumes de La ronde sont signés de Georges Annenkov, exécutés par Marie Gromtseff.
Décor irréel et volontairement suranné d'une capitale autrichienne recomposée au prisme d'une imagination féérique, qu'une espèce de fatalité ironique préside à ces aventures qui se font et se défont sans cesse. Les décors savamment mis en valeur sont de Jean d'Eaubonne.
La musique originale de Oscar Straus, est adaptée par Joé Hajos.
Auteur d'une oeuvre exceptionnelle de cohérence et de beauté, Max Ophüls demeure un cinéaste essentiel qui a marqué le septième art par un style très personnel au service d'histoires universelles
Roger Vadim réalise en 1964 un remake de La Ronde. Plus récemment, en 1998, le réalisateur Nicolas Boukhrief donne une version moderne du film qu'il intitule : Le Plaisir (et ses petits tracas).
Sources :
http://www.allocine.fr
http://www.cineclubdecaen.com
http://www.evene.fr
http://www.toutlecine.com
http://films.blog.lemonde.fr
http://avaxhome.ws - Jean-Luc Douin
http://www.cinema-musique.org
http://www.toutlecine.com
http://tortillafilms.tortillapolis.org
http://www.cinema.de