Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d'autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout. Jean Luc Godard
Date de sortie 17 avril 2013

Réalisé par Bénédicte Pagnot
Avec Pauline Parigot, Pauline Acquart, Louise Szpindel,
Victor Guillemot, Paul-Antoine Veillon, Martin Drouet,
Charlène Bourgeois, Martin Legros, Bertille Bodineau,
Marc Brunet, Hélène Vauquois
Genre Drame
Production Française
Les film Les Lendemains a reçu le Prix du Public
au Festival Premiers Plans d'Angers en 2013.
Pauline Parigot
Synopsis
Bac en poche, Audrey (Pauline Parigot) décide de poursuivre ses études à la fac de Rennes.
Elle quitte le cocon familial. Son père (Marc Brunet), sa mère (Hélène Vauquois), son amie d’enfance, Nanou (Pauline Acquart), son copain...
Au contact de sa nouvelle co-locataire, Julia (Fanny Sintès), elle découvre le militantisme politique. De désillusions en difficultés, Audrey croise le chemin des jeunes du GRAL, un groupe de squatters qui lui propose de vivre autrement et lui offre une nouvelle vision du monde.
Audrey choisit de partager leur expérience, de plus en plus radicale.
Pauline Parigot suit dès ses 13 ans des ateliers de théâtre, et continuera d’affirmer son goût pour l’interprétation tout au long de ses études à Rennes, puis en 2012 au Conservatoire d’Art Dramatique du 18è arrondissement de Paris. Le personnage d'Audrey dans Les Lendemains constitue son premier rôle au cinéma.
Pauline Acquart, dès son premier rôle en 2007 dans Naissance des pieuvres, réalisé par Céline Sciamma, marque les esprits par son interprétation d'une jeune fille en découverte de la sensualité. Confirmant ensuite à la télévision avec des rôles divers, on la retrouve au cinéma dans La Lisière, de Géraldine Bajard, puis Jeanne Captive, de Philippe Ramos.

Les Lendemains n’est pas le premier film où Louise Szpindel incarne une jeune fille à la tension aussi palpable. Son rôle dans le film de Magaly Richard Serrano Dans les Cordes lui vaut le Prix d’Interprétation Féminine au Festival Premiers Plans d’Angers en 2006. Elle avait joué, en 2001 déjà, dans Fleurs de sang de Myriam Mézières et Alain Tanner. Régulièrement à l’affiche de courts-métrages, on l’a surtout vue dans une quinzaine de productions pour la télévision, notamment en 2008 dans Rien dans les poches de Marion Vernoux, Mafiosa 2 d’Eric Rochant, et en 2002 Des épaules solides d’Ursula Meier pour lequel elle remportait deux Prix d’Interprétation, à Genève et Séville.
Bénédicte Pagnot.a fai t ses études à l’ESAV. (École Supérieure d’Audiovisuel à l'université Toulouse le Mirail). Elle a été assistante de réalisation, régisseuse et chargée de casting sur des tournages en Bretagne où elle a choisi de s’installer après ses études.
C’est en 2001 qu’elle réalise son premier court-métrage, La petite cérémonie, primé par huit festivals. Puis elle écrit et réalise deux autres fictions courtes, La pluie et le beau temps en 2008, et Mauvaise graine réalisé en 2010. Également trois documentaires Derrière les arbres en 2004, Avril 50 réalisé en 2006 et Mathilde ou ce qui nous lie en 2010. En parallèle de son activité de réalisatrice, elle intervient dans des ateliers en milieu scolaire, universitaire et pénitentiaire.
Les lendemains est son premier long-métrage de fiction.
Un des points de départ n’était pas un fait divers, mais une idée de scène. Bénédicte Pagnot était dans un supermarché dans une petite ville et a imaginé deux filles, deux copines d’enfance qui n’auraient pas pris le même chemin. Elles fument toutes les deux dehors, devant la vitrine. L’une travaille au supermarché et l’autre voit sur le badge de sa copine que c’est son vrai prénom qui est écrit, alors qu’elle ne l’appelle que par son surnom.
S’ensuit une discussion sur le fait qu’on ne peut pas mettre son diminutif sur un badge de caissière. La scène a été longtemps dans le scénario mais Bénédicte Pagnot l'a retirée avant le tournage et l’a transposée dans un dialogue. À cette scène fondatrice s'est ajoutée son envie de raconter un parcours politique d'une jeune fille d'aujourd'hui.
Le film raconte l'histoire de celle qui est partie faire des études, celle qui n'a pas été obligée de devenir caissière.
Le film est très écrit et Bénédicte Pagnot avait un peu peur de l’illustration pure du scénario. Du coup, elle voulait aussi un peu de liberté, que l’on ressente ça. Elle demandait aux acteurs si les scènes sonnaient juste, et cherchait avec eux, même dans les scènes les plus anodines – comme lorsque le petit ami d’Audrey visite son appartement, par exemple. Dans les scènes au squat, tout a été retravaillé sur place, réinventé avec les comédiens, réadapté au décor trouvé, improvisé à partir de situations réelles.
Dans la scène de discussion après la manifestation, Bénédicte Pagnot a donné des amorces de dialogues aux acteurs et ils disaient ce qu’ils voulaient. Elle a aussi modifié les personnages en fonction de ses rencontres : par exemple, Audrey devait initialement découvrir les squatteurs quand ils collent des affiches, mais en rencontrant Victor Guillemot, elle a changé le personnage de Gwen et le contexte de leur rencontre : Gwen ferait du jonglage et Audrey le regarderait ; ça allait dans le sens de l’idée d’Audrey spectatrice. Les regards des comédiens sont très importants pour la réalisatrice. Elle ne voulait pas de caméra qui bouge tout le temps. Souhaitait qu’on se pose, qu’il y ait des longs regards, des silences.
Bénédicte Pagnot avoue que l'intérêt dans le parcours de cette jeune fille, était le basculement, la confrontation avec un autre monde. Souvent les personnages des films doivent quitter leur petite ville, ils arrivent dans une grande ville, posent leurs affaires et voilà ! comme si c'était toujours simple. Quitter son cocon, changer d'univers, faire des rencontres, c'est évidemment une ouverture, mais ce n'est pas toujours facile et les petits décalages peuvent devenir d'immenses fossés.
Dans Les Lendemains, l'écart se creuse entre Audrey et sa co-locataire, Julia, qui ne jure que par les produits bio, alors qu'elle est obligée d'acheter des produits très bon marché. Ça n'a l'air de rien, mais c'est énorme.
Bénédicte Pagnot a participé activement au Mouvement des chômeurs en 1998. Elle'était donc immergée dans plein de questions politiques. La question du chômage est toujours d'actualité, plus que jamais même, mais toutes ses interrogations de l'époque aussi : com- ment agit-on ensemble pour peser sur le monde ? Quand on se réunit, on croit qu'on est tous d'accord pour réinventer le monde, mais c'est forcément plus compliqué, parce que le politique c'est aussi une addition d'individualités. Avec le parcours d'Audrey, la réalisatrice avait envie de mettre en scène des questions qui l'intéressent toujours : les clivages sociaux, le collectif, l'utopie.
Bénédicte Pagnot voulait un passage de spectatrice à actrice, de la découverte à la décision. Elle avoue être très sensible aux personnages spectateurs du monde comme ceux de Juillet de Didier Nion. Un documentaire réalisé en 1998 dans lequel le réalisateur prend comme références "Au camping: la plage et la pêche aux crevettes, le crachin normand, le Tour de France... Les jours qui passent et suscitent les confidences, les souvenirs qui reviennent, et l'été qui s'en va." La réaliatrice a également pensé à Beppie, la petite fille du documentaire éponyme de Johan van der Keuken.
Longtemps le projet de Bénédicte Pagnot s'est appelé Une fille sans histoires, parce que c'est comme ça qu'on pourrait décrire Audrey au début du film - ou comme ça que les journaux pourraient titrer au moment de son procès.
Le film a mis près de neuf ans à voir le jour. Dont quatre ans consacrés à l'écriture. Bénéficiant de l'Avance sur Recettes du CNC et du soutien de la région Bretagne, il a en partie été financé grâce aux nombreux soutiens en provenance de chaînes de télévision et sociétés de production locales.
La première partie du film est volontairement claire et explicative. La deuxième est plus elliptique parce que tous les repères d'Audrey partent en fumée, d'où le fait que les parents d'Audrey et Nanou, sa copine d'enfance, y sont presque toujours hors-champ. Pour la réalisatrice, le basculement d'Audrey se produit juste après la réunion familiale de Noël où elle regarde son père, devenu chômeur, fumer une cigarette seul dehors. Elle ne supporte pas la souffrance silencieuse de son père.
Pauline Parigot est idéale dans le rôle d'Audrey, entre insouciance et dureté. Elle correspondait parfaitement au personnage. Elle est originaire de Rennes, ville où le producteur Gilles Padovani et Bénédicte Pagnot vivent et travaillent. Elle avait eu son bac un an plus tôt et, après quelques mois dans un IUT de logistique à Saint-Nazaire, elle a décidé d'aller à Paris avec l'envie d'être comédienne, puis elle a passé le casting dirigé par Christel Baras. La jeune comédienne avait gardé l'insouciance, le côté "j'ai mon bac, c'est énorme !" mais apportait une grande force au personnage et un pétillement grâce à son regard et son sourire.
Les comédiennes âgées de quelques années de plus que Pauline disaient comprendre très bien la seconde partie du film, mais être moins intéressées par la première. Pauline avoue exactement le contraire ! Elle a demandé : "pourquoi Audrey fait ça dans la seconde partie?". C'est pour cela que le film a été tourné dans la chronologie, pour coller à ce basculement, à ce sourire des débuts qui disparaît, à ce regard qui s'assombrit.
La maison de production a encouragé les particuliers à investir et produire le film s'ils le souhaitaient via un site professionnel, nommé Touscoprod - un appel à l'offre relayé par la page Facebook officielle du film. La somme espérée a finalement été atteinte.
Les Lendemains fait partie des rares longs métrages français initiés hors de Paris. Il a été produit, réalisé, et tourné en Bretagne, puis monté et finalisé par une société basée à Rennes. Le tournage de fiction le plus discret de l’Ouest a commencé, à Rennes, à l’Université, à la Maison des Associations, ou dans un supermarché. L’équipe technique du film est très légère : une douzaine de techniciens , sans aucune machinerie et avec très peu de lumière. Un choix dicté par les contraintes économiques ? Gilles Padovani, le producteur, s’en défend : "Si on avait eu plus d’argent, on aurait pu mieux payer les gens, mais on n’aurait pas changé ce parti pris. Bénédicte préfère travailler dans une approche proche de celle du documentaire, sans être trop encombrée par la technique." La contrepartie de cette économie de moyen est un luxe en matière de temps : 8 semaines de tournage. Pour un film à petit budget, c’est exceptionnel. Le choix de tourner en numérique, avec une Sony F3 qui fait des miracles dans les faibles expositions, et celui du chef opérateur, Matthieu Chatellier, qui a réalisé plusieurs documentaires, vont dans le même sens. "Je n’aime pas les grosses équipes, ajoute Bénédicte Pagnot, avec 10-12 techniciens, je peux rester proche des uns et des autres, ça me donne davantage de souplesse et de temps pour travailler avec les comédiens, répéter et même improviser. Ça me permet aussi de tourner dans un milieu "réel " avec de "vrais" gens : une manif, un piquet de grève." Cela amène aussi une ambiance étonnamment détendue sur le plateau. Bénédicte fait peu de prises, pas plus de 6 ou 7, mais souvent longues. Les biceps du perchman se souviennent d’une scène improvisée qui a duré 17 minutes.
Pour les besoins d'une scène, l'équipe de tournage a investi les locaux de "Niji", une entreprise de convergence numérique qu'ils ont entièrement transformée en salle de rédaction d'un journal. Les décorateurs ont usé d'artifices pour mettre l'open space à sac, taguer et brûler les murs. Le lendemain, c'était comme s'il ne s'était rien passé. L'entreprise a souhaité d'elle-même soutenir ce projet revendicatif à l'essence purement bretonne, mais aussi souligner le côté fédérateur d'une telle expérience pour ses employés, qui ont pu assister au tournage.
Les scènes dans le squat sont le nœud du film... "Pour le squat j'avais besoin d'être ailleurs, de ne pas rentrer chez moi le soir, de vivre avec l'équipe une expérience collective, de re- trouver une forme de liberté dont je m'étais moi-même privée dans la première partie du film. Le décor qu'on a trouvé m'a beaucoup inspirée et la taille réduite de l'équipe m'a permis d'avoir une grande proximité avec le groupe d'acteurs." avoue Bénédicte Pagnot.
Ce squat incarne l'idée du politique, qui est d’en pointer les nuances et les contradictions...
C’est la force du cinéma de pouvoir raconter des histoires complexes, de mêler un parcours individuel et une réflexion politique. Bénédicte Pagnot veut croire en la politique mais il y a un problème de temporalité : "je sais que c’est long de changer les choses, comme répartir le travail ou investir dans l’éducation, mais dans le même temps, le monde va très vite. D’où ces confrontations entre plusieurs attitudes et générations dans le film : l’attentisme des parents, les étudiants, le syndicalisme à l’ancienne, l'autogestion... Quand on est désespéré ou qu'on a du mal à trouver sa place, oui, on peut choisir la radicalité." selon la réalisatrice.
Dans la note d’intention du film la réalisatrice cite, Anne-Marie Schwarzenbach : "la caractéristique de la jeunesse n’a-t-elle pas toujours été de vouloir l’incroyable, d’essayer d’atteindre l’inaccessible, de juger possible l’impossible ?"
Comment lire la dernière scène du film à l’aune de cette citation ? Il faut la voir comme de l’espoir, pour Audrey et la jeunesse en général.
Même si c'est dur, tout n’est pas bouché. Au tournage, Bénédicte Pagnot a demandé à Pauline d’avoir le regard frondeur.
À la fin du film, elle a forcément changé, mais elle n'est pas soumise et nous oblige à nous interroger.
Sources :
http://www.unifrance.org
http://www.animenbretagne.com
http://www.imdb.com
http://www.allocine.fr