Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d'autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout. Jean Luc Godard
Date de sortie cinéma : 27 avril 2011
Réalisé par Géraldine Bajard
Avec Melvil Poupaud, Audrey Marnay, Hippolyte Girardot,
Alice De Jode, Phénix Brossard, Delphine Chuillot, Susanne Wuest,
Georg Friedrich, Pauline Acquart
Long-métrage français, allemand . Genre : Drame
Synopsis
François, jeune médecin fraîchement diplômé, quitte Paris pour s’installer à Beauval, une ville nouvelle, où les pavillons flambant neufs s’alignent avec monotonie. À peine arrivé, il devient la cible d'un groupe d'adolescents, emmené par le charismatique Cédric. À la lisière de la forêt, le groupe s’adonne à des jeux dangereux, pour tromper son ennui. Jusqu’au jour où un de leurs jeux de rôles tourne mal …
Le titre du film, La Lisière, est à prendre dans plusieurs sens. Ainsi, la lisière désigne géographiquement la limite ténue entre la ville et la nature, le passage entre l'adolescence et l'âge adulte, mais aussi la limite entre le jeu et le moment où l'on dépasse les bornes. En effet, les adolescents peuvent être définis selon le terme anglais "borderline". Enfin, la lisière se situe aussi à la croisée des genres, auteur, thriller, psychologique, la lisière prenant donc un sens supplémentaire.


La réalisatrice Géraldine Bajard a passé une grande partie de son enfance à l'étranger, Arabie Saoudite, Maroc, Inde, mais a fait ses études en France à l'ENS (Ecole Normale Supérieure). C'est ensuite en Allemagne, à Berlin, qu'elle étudie le cinéma à la DffB (Deutsche Film und FernsehAkademie). Elle travaille ensuite comme assistante-réalisatrice sur plusieurs films allemands
comme Trop libre (Die Unerzogenen)
Réalisé par Pia Marais en 2007
Avec Ceci Schmitz-Chuh, Birol Ünel, Pascale Schiller
avant de collaborer
avec la réalisatrice Jessica Hausner sur le film Lourdes
Avec Sylvie Testud, Léa Seydoux, Bruno Todeschini
présenté au Festival de Venise en 2009.
La Lisière est son premier long-métrage.
À part Pauline Acquart que l'on a pu voir dans
Naissance des pieuvres
Réalisé par Céline Sciamma en 2007
Aux côtés d'Adèle Haenel, Louise Blachère,
Et l'actrice Audrey Marnay, qui incarne Jeanne dans le film, originellement mannequin qui a défilé pour de grands noms de la mode et posé pour les couvertures de prestigieux magazines. C'est en 1997 que le top-model prend des cours d'art dramatique. Sa carrière au cinéma commence en 2004 avec le film
Bunker Paradise
Réalisé par Stefan Liberski
Aux côtés de Jean-Paul Rouve et Francois Vincentelli
Tous les autres adolescents du film sont des comédiens amateurs.
La Lisière est leur premier film.
La réalisatrice Géraldine Bajard explique l'importance de la situation géographique et urbaine dans le film: "Je cherchais à placer l’histoire dans un lieu où le monde se referme sur lui-même, et qui, de ce fait, en appelle à un archaïsme des comportements. Ces lieux là existent et s’appuient sur des modèles plus ou moins sécuritaires où on est dans une logique de répétition. Ce sont des lieux non seulement forclos, mais qui rétrécissent le champ de vision. Et là se situe pour moi une question fondamentale : qu’est-ce que tout cela donne au niveau humain ? Et entre les êtres humains ?"
Géraldine Bajard a conçu son scénario et son film de façon assez formelle, même mathématique, mettant volontairement de la symétrie dans la structure: "Dès l’écriture du scénario, il était important pour moi d’obtenir un mouvement de spirale, que le film soit construit comme une boucle avec un retour aux mêmes motifs. Je souhaitais aussi combiner ce mouvement avec une oscillation entre âge adulte et adolescence, arriver à créer cette espèce de ligne très fine où on passe de l’un à l’autre, à la fois dans la psychologie des personnages et dans le jeu de perspectives."
La Lisière lorgne du côté du cinéma d'horreur, notamment du film
Le Village des damnés
Réalisé par John Carpenter en 1995
Avec Christopher Reeve, Kirstie Alley, Linda Kozlowskia
mais davantage encore Le Village des damnés
Réalisé par Wolf Rilla en 1960
Avec George Sanders, Barbara Shelley, Martin Stephens
Un autre film d'horreur britannique a influencé la réalisatrice :
The Wicker Man
de Robin Hardy en 1973
Avec Edward Woodward, Christopher Lee, Ingrid Pitt
dont le réalisateur Neil LaBute a tiré un remake en 2005
avec Nicolas Cage. Dans un toute autre registre, l'élaboration du personnage de François est passé par l'étude
du film Théorème
de Pier Paolo Pasolini en 1968
Avec Terence Stamp, Silvana Mangano, Massimo Girotti
La première idée du film est venue à Géraldine Bajard par la lecture d'un roman de
Yukio Mishima "Le Marin rejeté par la mer"
pour le rapport d'un groupe de jeunes à un personnage plus âgé, mais dans celle-ci, c'étaient des enfants et non des adolescents qui tournaient autour de l'adulte.
Une autre référence avouée de la réalisatrice est le célèbre livre
"Sa majesté des mouches" de William Golding,
déjà plusieurs fois adapté au cinéma.
Mais de façon plus directe, c'est le traitement de l'adolescence par les médias qui l'a intéressée : "Le rapport au corps, se définir par rapport à un groupe, ébaucher des rituels, tout cela me semble faire partie intégrante de l’évolution d’un adolescent, et ce, quel que soit son milieu. À cet âge-là, on essaie de créer un corps social en miniature pour pouvoir franchir toutes les étapes jusqu’à l’âge adulte. On peut être dans le mimétisme de l’adulte, dans le refus de l’adulte ou dans le refus de soi. Pour exprimer cela, je ne voulais pas tomber dans certaines évidences, comme par exemple les pratiques gothiques. D’où ces jeux, cette façon qu’ils ont de se regrouper, comme une mêlée de rugbymen."
Pour créer une cohésion crédible entre les adolescents dans le film, la réalisatrice Géraldine Bajard a peaufiné le mieux possible sa préparation: "la première étape consistait à décanter l’essence des scènes : par le biais d’un travail physique, de jeux, afin de créer cette cohésion de groupe. Et il fallait surtout leur faire comprendre qu’ils rentraient dans une fiction, que même si ce sont des comédiens amateurs, ce n’est pas d’eux, en tant que personnes, qu’il s’agit. Ils devaient donc prendre une certaine distance avec leurs codes, ou plutôt les intégrer dans un travail proche de la chorégraphie. Je refuse de les exploiter tels qu’ils sont dans la vie quotidienne, chiper leur tics de langage. (...) j’ai fait attention à ce qu’il n’y ait pas un ancrage sociologique trop prononcé. Je n’ai pas non plus envie de faire des films qu’on puisse aisément dater."
La Lisière adopte une esthétique assez froide, peu compassionnelle, à l'instar d'un certain nombre de films allemands de ces dernières années : "Il y a, il est vrai, une sorte de refus de l’affect comme seul mode de liant avec le spectateur. Formellement, je voulais que le film ait une sensualité âpre, qui devait passer par un travail précis sur le cadre et la lumière. Avec Josée Deshaies, ma directrice de la photographie, nous avons fait un travail préalable sur la base de mes inspirations visuelles. Cela allait de la peinture à un certain cinéma japonais des années 60 en passant par la photographie contemporaine" déclare la réalisatrice.
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Sources :
http://www.allocine.fr
http://www.cinemovies.fr