Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d'autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout. Jean Luc Godard
Réalisé par Max Ophüls
Avec Martine Carol, Peter Ustinov, Anton Walbrook,
Henri Guisol, Lise Delamare, Paulette Dubost,
Oskar Werner, Jean Galland, Will Quadflieg, Héléna Manson
Genre Drame
Coproduction Allemande, Française
Date de sortie 23 décembre 1955
Date de reprise 2 septembre 2009
Dernier film de Max Ophuls, Lola Montès est souvent considéré un peu à tort comme le testament du réalisateur, le sommet de son art baroque, celui où le style prédomine sur le contenu dramatique. Devant l'acharnement médiatique dont a fait l'objet Lola Montès, Max Ophüls se retirera de la scène publique. Il mourut un an plus tard, le 25 mars 1957, sans savoir que son film serait considéré aujourd'hui comme un chef-d'oeuvre visionnaire.
Synopsis
Un cirque gigantesque à la Nouvelle-Orléans, vers 1880. On y représente la vie extraordinaire de Lola Montès, l'une des courtisanes les plus fêtées de son époque et qui fut anoblie comtesse de Landsfeld par le roi de Bavière avant d'être chassée de ce pays par des émeutiers. Aujourd'hui, elle est réduite à jouer, sous la conduite d'un écuyer complaisant et lui aussi amoureux d'elle, sa "scandaleuse carrière de femme fatale".
Lola Montes parée de son diadème et de son costume de comtesse est le centre, le gemme du cristal autour duquel vont se succéder les différentes facettes de sa vie, tour à tour brillantes ou sombres.
Flash-back sur l'épisode de sa rencontre avec Franz Liszt qui commence dans le carrosse du musicien qui semble être un salon de quatre-vingt mètres carré avec piano, bureau et lit dans lequel la courtisane et le musicien s'avouent que leur amour s'est éteint.
Les lèvres excessivement maquillées sont les seules à être encore un peu porteuses de tendresse et de vérité. Un rapide coup d'œil, donné depuis la fenêtre du carrosse, révèle, outre la voiture suiveuse, des ruines romaines disposées là comme la preuve en carton pâte d'un amour défunt.
Le second flash-back relate son mariage raté avec l'ancien amant de sa mère. Découpé en trois parties avec deux retours au cirque. Il est, lui aussi, saturé de signes d'une vision mentale rendus visibles par la mise en scène de Max Ophüls. Ici, à la proue d'un navire, Lola rêve d'amour et de grandeur, sa mère la contraint à vivre parmi les petites gens dans le dortoir commun.
Étouffant à cette place qui n'est pas la sienne, pas plus que l'entrepont où sa mère se laisse séduire par l'ancien écuyer de son mari, Lola file à la proue du navire contempler des étoiles.
Retour sur sa vie parisienne. Pour l'heure, c'est elle que l'on conduit tout en haut des loges pour y rencontrer le riche vieillard que sa mère lui destine pour mari afin de la mettre à l'abri du besoin. Le long mouvement ascensionnel ne cadrant qu'au travers des dorures manifestement fausses du théâtre, Lola n'en veut pas et préfère s'enfuir avec l'ancien amant de sa mère par une petite porte de jardin. L'échec de ce mariage sera l'objet du troisième flash-back.

Le très court épisode avec le chef d'orchestre infidèle à sa femme se conclut par la longue marche en avant de Lola Montès. Celle-ci rend le bracelet que le premier lui a offert en guise de preuve de sa loyauté face à toutes les duplicités du monde. Épisode court, nerveux, éclairé de soleil, il est comme un idéal inaccessible.
"Toujours plus haut Lola ! Toujours plus haut !"

L'épisode de Bavière est le plus apaisé de tous. La révolution de la jeunesse n'y apparaît pas bien méchante, comme un hors champ plein de troubles incompréhensibles au roi comme, pour un temps, à Lola. Encadré par les rencontres avec l'étudiant, l'épisode évoque l'impossible amour partagé dans la vieillesse et l'adieu définitif à la jeunesse.
Le Scope est ici, pour la scène avec l'étudiant, obscurci dans ses parties latérales pour ne laisser apparaître qu'un cadre réduit. Lola dévoile son amour sincère du roi comme sa volonté, probablement rétrospective, d'un amour de vieillesse calme et apaisé.
C'est le rêve d'un temps suspendu à l'élaboration d'un tableau qui n'en finirait jamais. C'est tout le contraire qu'on la contraint à vivre : ou la chute, le long travelling arrière qui dévoile, terrible, interminable comme un calvaire, la foule nombreuse qui viendra la contraindre à jouer un rôle dont elle est fatiguée depuis bien trop longtemps.
À présent, vieillie, malade, elle continue, contre l'avis de ses médecins, à mimer ses triomphes et sa déchéance. Le grand plongeon dans le vide qui est le clou de son spectacle lui sera probablement fatal un jour. Pour l'heure elle est exhibée dans une sorte de cage où la foule se presse pour avoir le privilège de toucher les mains de la femme la plus scandaleuse de la terre.

Le film est inspiré de la vie, de la célèbre danseuse et courtisane du xixe siècle Lola Montez, qui fut l'intime de Franz Liszt et de Louis Ier de Bavière,
Lola Montès est une adaptation du roman La Vie Extraordinaire de Lola Montès de Cécil Saint-Laurent. L'actrice Martine Carol qui interprète Lola Montès a connu la consécration avec Caroline chérie et ses suites, cinq auparavant grâce à ce personnage né de l'imagination du même Cecil Saint-Laurent dans ses tous premiers romans.
Lola Montès permit à la critique de l'époque d'établir un parallèle intéressant entre le destin du personnage et de l'actrice qui l'interprétait, Martine Carol. La comédienne était en effet devenu aussi célèbre pour ses frasques que pour ses films, ayant été l'épouse de cinq hommes et alignant les tentatives de suicide, dont une le 10 avril 1947, en se jetant d'un pont parisien dans la Seine. Sa réussite éclatante en 1951 avec Caroline chérie et ses suites puis un virage risqué avec son image cassé à l'écran dans Lola Montès destabilisa la suite de sa carrière, avec de plus l'apparition d'une nouvelle starlette, Brigitte Bardot, qui lui vola à l'époque la vedette. Elle mourut d'une attaque cardiaque en 1967, à l'âge de 46 ans.
Le rôle de Lola Montès permit à Martine Carol de changer radicalement de look. Ainsi, la blonde Caroline chérie cassait son image en devenant brune à l'écran.
Face à l'échec au box-office et le scandale qu'il a créé, les producteurs tentèrent néanmoins de sauver le film en présentant une version raccourcie, amputée de 20 minutes, mais contre la volonté du réalisateur Max Ophüls. Tous ces efforts restèrent néanmoins inutiles, cette nouvelle version ne faisant qu'enterriner un peu plus la réputation de Lola Montès.
A la version originale de décembre 1955 succèdent celle de février 1956, dans laquelle les dialogues allemands sont remplacés par des voix françaises postsynchronisées, et enfin celle de 1957, remontée contre la volonté de Max Ophüls - l'histoire est replacée dans un ordre chronologique, accompagnée d'une voix off.
Dans ce film Max Ophüls expérimente pour la première fois la couleur et le Scope, preuve de son envie d'aller plus loin encore dans la maîtrise des moyens cinématographiques. On peut ainsi y voir l'amorce d'une cinquième partie dans son œuvre cinématographique après les lyrismes classiques de la période allemande et de la première période française, le lyrisme du cinéma de genre, noir ou sentimental de la période américaine et le baroque de la seconde période française.
C'est sans doute en s'appuyant sur le succès inattendu de La ronde, film qui utilise la forme du manège, que Max Ophüls a mis en place cette structure en flash-back avec le cirque comme figure emblématique. Claude Beylie ira jusqu'à écrire que "Le chapiteau du Mammouth Circus, c'est le plafond de la chapelle Sixtine du cinéma moderne" en pensant probablement à toute la symbolique métaphysique dont est ici investi le spectacle de cirque. Jugement dernier, enfer, tribunal truqué de l'opinion publique.

Le film, outre sa réflexion sur l'art cinématographique et la fonction du réalisateur, est ainsi une œuvre quasi-expérimentale mettant en scène une réalité déformée à partir du présent d'une courtisane déchue.
Lola Montès, au-delà de son étiquette de film maudit, créa également en son temps le scandale. En effet, certaines manifestations du public nécessitèrent à l'époque l'intervention de la police.
Lola Montès fut unanimement conspué par la critique de l'époque, condamnant "la lourdeur du style", "le tonitruant avant-gardisme" ou encore "le triomphe du mauvais goût germanique". Quelques critiques osèrent toutefois défendre le film de Max Ophüls, dont notamment François Truffaut, qui louait la maîtrise du récit ou les éclats de la mise en scène, surtout dans les scènes de cirque.
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Dans un entretien accordé à François Truffaut et Jacques Rivette, peu après la sortie de Lola Montès dans les salles en décembre 1955, voici ce que disait Max Ophuls : "J’ai vu hier la version anglaise de Lola qu’on a essayé de terminer derrière mon dos, pendant que j’étais en vacances en Allemagne. L’attitude du directeur général de Gamma Film me semblait déjà très suspecte, parce qu’il me téléphonait tout le temps en me disant : ‘‘Reposez-vous bien, je vous prie, reposez- vous bien !’’. J’ai vu les coupures, c’est incroyable ; à croire que les gens qui font ça, non seulement manquent de respect envers ce que vous avez fait, mais ne savent même pas lire. [...] La maison de production de Lola n’a pas voulu ce film, n’a jamais connu ce film. " -Cahiers du cinéma, n° 72, Juin 1957-.
Face au rejet quasi-unilatéral de Lola Montès en France, des professionnels du cinéma ont souhaité apporter leur soutien au film de Max Ophüls.
Dans l’histoire du cinéma, Lola Montès tient bien son rang de film charcuté, trafiqué, non conforme aux voeux de son auteur et réalisateur Max Ophüls. Chacun sait que ce film fit scandale lors de sa sortie à Paris. Certains critiques, François Truffaut en tête, en firent leur cause :"Faudra-t-il combattre, nous combattrons. Faudra-t-il polémiquer, nous polémiquerons !", écrivait-il dans Arts, rejoint par des cinéastes de renom.
Le Figaro, 05 janvier 1956
"Sept cinéastes Jean Cocteau, Jacques Becker, Roberto Rossellini, Pierre Kast, Christian-Jaque, Jacques Tati et Alexandre Astruc reconnaissent Max Ophuls comme un véritable auteur et prennent la défense de Lola Montès. Ils publient une lettre parue pour la première fois dans Le Figaro dont voici un extrait : "Nous pensons que Lola Montès est, avant tout, un acte de respect à l’égard du public si souvent maltraité par des spectacles de niveau trop bas qui altèrent son goût et sa sensibilité. Ce film n’est pas un divertissement. Il donne à réfléchir, mais nous croyons que le public aime aussi réfléchir."
Pour lire la lettre de soutien ... Cliquez ICI !
À sa sortie en décembre 1955 sur les écrans français, Lola Montès est un véritable fiasco. Le film a en effet couté très cher et a causé la ruine de ses producteurs, et le seul nom de Martine Carol, devenue depuis cinq ans la "Martine Chérie" des français, en hommage au personnage de Caroline chérie qu'elle interpréta en 1951, ne suffit pas à rassembler le public.
Le cinéaste d'origine allemande Max Ophüls réalisera Lola Montès en trois versions : allemande et française, ainsi qu'une version anglaise.
Lola Montès peut être considéré à l'époque comme une superproduction. Le film, outre ses somptueux décors, a également nécessité les coûts de déplacements de l'équipe technique, le film ayant été tourné dans la région bavaroise, mais également à Paris, sur la Côte d'Azur et dans le château Pommersfelden, en Allemagne.
La version présentée sur dix copies depuis le 3 décembre 2008 rend enfin justice à l'originalité du film. Elle est le fruit de la collaboration entre la Cinémathèque française et les Films du Jeudi - la société de Pierre Braunberger, qui avait racheté le film en 1966. Après la faillite du producteur français Gamma, Pierre Braunberger, qui a produit Godard, acquiert les droits de Lola Montès. Il entreprend de reconstituer la continuité de la version de 1956.
La Cinémathèque française ne disposant pas d’une copie intégrale de Lola Montès a convaincu en 2006 la fille de Pierre Braunberger, Laurence, directrice des Films du Jeudi, de tenter de retrouver le montage initial, les couleurs, la bande-son et le format d’origine du film. Sous le regard attentif de Marcel Ophüls, cette lente résurrection de Lola Montès a réuni François Ede, qui avait déjà oeuvré à la restauration du Playtime de Tati, la Fondation Thomson pour le patrimoine du cinéma et de la télévision, qui a permis l’accès au laboratoire Technicolor de Burbank en Californie, et le Fonds culturel franco-américain.
En 2007, l’arrivée de deux mécènes, L’Oréal et Agnès B., a permis de réunir la totalité des 440 000 euros nécessaires. Il a fallu rechercher des éléments photochimiques du film de 1955 dans différentes cinémathèques, à Luxembourg, Bruxelles, Munich.
Sources :
http://www.allocine.fr
http://www.cineclubdecaen.com
http://www.cinemovies.fr
http://lolamontes.cinematheque.fr
http://www.cinemagora.com
http://lolamontes.cinematheque.fr
http://www.evene.fr