Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d'autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout. Jean Luc Godard
Date de sortie 14 août 2013

Réalisé par Arnaud des Pallières
Avec Mads Mikkelsen, Mélusine Mayance, Delphine Chuillot,
Denis Lavant, David Kross, David Bennent, Sergi López,
Paul Bartel, Amira Casar
Genre Drame, Historique
Coproduction Franco-Allemande
César 2014.
- Meilleure musique originale : Martin Wheeler
- Meilleur son : Jean-Pierre Duret, Jean Mallet, Mélissa Petitjean
Michael Kohlhaas est une nouvelle publiée en 1810 de Heinrich Von Kleist, inspirée de l’histoire vraie d’un marchand qui, victime de l’injustice d’un seigneur, mit une province d’Allemagne à feu et à sang pour obtenir réparation.
Franz Kafka, dont c’était le livre préféré parmi toute la littérature allemande, disait que la lecture de Michael Kohlhaas avait été pour lui à l’origine de son désir d’écrire !
Le film est librement adapté de la nouvelle.
Le réalisateur voulait tourner en Français et n’avait d’autre solution que de franciser l’histoire. Pour conserver le rapport des personnages au protestantisme naissant, les Cévennes se sont imposées car au début du XVIème siècle, catholiques et protestants ont vécu pacifiquement dans cette rude et magnifique région.
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Synopsis :
L’histoire se déroule au XVIème siècle, à la croisée de deux époques. Dans les campagnes, une petite aristocratie appauvrie dispose encore de prérogatives féodales héritées du Moyen-Age.
Le marchand de chevaux Michael Kohlhaas mène une vie raisonnablement prospère et heureuse dans les Cévennes. Père aimant, bon mari, lecteur de la bible dont il tire sa propre morale, homme intègre et négociant honnête, il va être victime de l'injustice d'un jeune seigneur, qui retient deux de ses chevaux en gage avant de les épuiser à la tâche et de prétendre les lui rendre dans un état lamentable.
Michael Kohlhaas refuse de les reprendre. "Je vous ai laissé deux bêtes magnifiques, vous devez me les restituer telles qu'elles étaient. J'irai en justice, seigneur".
Devant le mépris arrogant du petit baron, il ira en justice, en vain. Il ira bien au-delà, lèvera une armée, se battra, risquera la mort, la sienne tout d'abord, celle de ses proches et de ses soldats plus ou moins de fortune et ce dans le seul but de faire reconnaître son droit.
Il ira jusqu'au bout, non par appât du gain, non par soif de gloire, non par héroïsme, par principe.
Le réalisateur Arnaud des Pallières reconnait : "par rapport à la nouvelle, plusieurs personnages secondaires ont été développés, afin de sortir Michael Kohlhaas d’une trop grande "solitude héroïque". Sa propre fille (Mélusine Mayance), le jeune prédicant (David Kross), le jeune valet Jérémie (Paul Bartel), le convers manchot (Denis Lavant), ont été créés de toutes pièces. Enfin, les dialogues ont été intégralement réécrits, dans une langue volontairement contemporaine."
Dans les villes, un nouveau monde se développe, au sein duquel des bourgeois éduqués manquent encore d’un véritable poids politique. Trois principales figures s’affrontent.
- Celle, féodale, déjà spectrale, du jeune baron, cause de l’injustice.
- Celle du marchand Michael Kohlhaas, futur citoyen de droit, victime d’injustice et capable d’une révolte dont la limite sera l’individualisme.
- Enfin, préfigurant le révolutionnaire, celle du jeune valet Jérémie, porteur des utopies le droit de voir sa plainte examinée par un tribunal.
Les Cévennes et le Vercors comme décors du film. Le réalisateur confie : "Le Vercors renvoie à l’histoire de la résistance. Les Cévennes, à une autre forme de résistance, fondamentale dans la nouvelle de Kleist : la Réforme. Michael Kohlhaas est protestant. Cela veut dire : un homme lisant la Bible dans sa langue, sans clergé médiateur, ayant si bien intégré la loi qu’il prétendra un jour avoir raison contre la société toute entière."
Mads Mikkelsen
Le philosophe allemand du droit, Rudolf von Jhering, pensait que Michael Kohlhaas était un précurseur dans la lutte pour le droit, une sorte de pré-révolutionnaire luttant contre les privilèges.
Pour Rdudolf von Jhering, il est injuste d’accuser Michael Kohlhaas d’individualisme, "car lutter pour son propre droit, c’est toujours lutter pour le droit des autres."
Pour lui, Michael Kohlhaas est un héros du droit, qui fait don de sa vie pour une idée.
Un beau film en plein mois d'août.
La magnifique photographie de Jeanne Lapoirie accompagne celui-ci de bout en bout.
Arnaud des Pallières signe une mise en scène sans effets spéciaux, voire à l'économie, toute en finesse et sobriété extrême, sans manquer de hardiesse pour autant. Il en va de même pour les décors et les costumes qui ne définissent pas d'une façon appuyée l'époque à laquelle se déroule l'action.
Une vague référence à la Reine de Navarre, sœur du roi de France peut nous rapprocher du XVI ème siècle, même si le scénario nous ramène sur bien des points, hélas, à n'importe quelle époque. Injustice et corruption sont au coeur d'un scénario qui aurait mérité de ne pas passer inaperçu au dernier festival de Cannes.
À l'exception du passage "explosif" avec l'excellent Denis Lavant, beaucoup de silences, laissent place aux bruits de la nature, aux galops des chevaux ou aux chocs meurtriers des arquebuses.
La violence est omniprésente et la colère comme repliée en elle-même. Pour mieux nous entraîner dans cette aventure, qui nous tient en haleine du début à la fin du film, Arnaud des Pallières s'est entouré d'un casting de choix.
Le toujours excellent Bruno Ganz mais également Amira Casar, Sergi López et Roxane Duran dans des rôles dits, secondaires.
Mads Mikkelsen incarne Michael Kohlhaas.
Tour à tour, amoureux fou de sa femme, incarnée par la belle Delphine Chuillot, il se montrera désemparé et particulièrement émouvant à sa disparition. Père attentif avec la délicieuse Mélusine Mayance dans le rôle de sa fille. Homme intègre et pourtant floué dans son bon droit, guerrier et meneurs d'hommes, il se battra jusqu'au bout, par principe et simplement pour faire valoir ce que de droit.
Mads Mikkelsen n'en finit plus de surprendre et d'éblouir par son incroyable talent, une formidable présence, et un charisme tout à fait exceptionnel.
Sources :
http://www.unifrance.org
http://www.allocine.fr