Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d'autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout. Jean Luc Godard
Réalisé par Philippe Lioret
Avec Vincent Lindon, Marie Gillain, Amandine Dewasmes,
Yannick Renier, Pascale Arbillot, Isabelle Renauld,
Laure Duthilleul, Emmanuel Courcol, Anna-Bella Dreyfus
Long-métrage français
Genre Drame
Date de sortie cinéma : 9 novembre 2011
Le film dénonce entre autres les abus du crédit à la consommation…
Philippe Lioret explique : "J’imagine le jour de sa naissance à celui-là… Sûrement une réunion de banquiers inquiets de voir leurs profits stagner devant l’encadrement sévère du crédit et le manque à gagner que ça leur occasionnait. Et puis, au bout de la table, l’un d’eux a soudain dit : "Mais pour les petites sommes, il n’est pas encadré, le crédit… On pourrait créer des filiales qui proposeraient aux gens de leur prêter plusieurs fois des petites sommes… à des taux élevés, bien sûr." Et tous les autres l’ont regardé en silence, sourire aux lèvres. Aujourd’hui, des offres alléchantes jetées dans les boîtes aux lettres ou sur Internet par les sociétés de crédit à la consommation poussent des milliers de gens aux revenus modestes dans le piège de l’argent facile. Souvent tentés par cette folie consommatrice qui nous titille tous et alléchés par ces offres douteuses, les plus vulnérables se retrouvent vite dans l’engrenage des impayés et du surendettement. Il faut savoir que le pourcentage d’impayés ne dépasse pas 3%, ce qui représente quand même, rien qu’en France, près de 8 millions de personnes, et qu’il est largement compensé par les taux d’intérêt prohibitifs qu’appliquent ces sociétés de crédit à ceux qui payent. Pourtant ces boîtes ne peuvent pas se permettre de laisser ces mauvais payeurs impunis car ce serait inciter les autres à faire pareil. Alors, pour ceux-là, principalement des chômeurs, le combat juridique est perdu d’avance et ils se retrouvent dans des situations effrayantes. À moins qu’un juge d’instance n’ose s’interposer et trouve un biais pour enrayer cette loi du plus fort et ce mécanisme pervers d’enrichissement des banques. C’est aussi ce combat-là qui m’a plu dans le livre d’Emmanuel Carrère."
Vincent Lindon
Synopsis
Claire (Marie Gillain), jeune juge d'instance confrontée aux personnes en situation de surendettement, au tribunal de Lyon. Elle rencontre Stéphane (Vincent Lindon), juge chevronné et désenchanté, qu'elle entraîne dans son combat contre le surendettement.
Quelque chose naît entre eux, où se mêlent la révolte et les sentiments, et surtout l'urgence de les vivre.
Claire apprend qu’il ne lui reste que quelques mois à vivre et va pour l’annoncer à ses proches, mais face à leur fragilité, pour les protéger, elle finit par leur taire sa maladie et décide de régler dans l’urgence les deux problèmes qui se posent à elle et s’entremêlent : aider Céline (Amandine Dewasmes) à sortir du surendettement et envisager la vie des siens après elle.
Claire et Stéphane cherchent la faille juridique contre les organismes de crédit.
Marie Gillain
Emmanuel Carrère, auteur du livre adapté "D'autres vies que la mienne", et le réalisateur Philippe Lioret se sont entendus dès le début sur une chose : l'impossibilité d'adapter fidèlement le livre, quasi autobiographique, au cinéma.
Ce qui a plu à Philippe Lioret dans ce projet c'est : "d’explorer ces moments de confusion où tout s’entrechoque, où les gens se révèlent. Qu’est-on prêt à faire et jusqu’où est-on prêt à aller quand survient l’inattendu d’une situation extrême ? Devant un contexte particulier, les gens changent de priorité, tissent des liens que personne ne pouvait soupçonner et, souvent, se surpassent."
Marie Gillain et Vincent Lindon
Comme dans son précédent film, Welcome, dans lequel il dénonçait les conditions des réfugiés clandestins sur le sol français, Philippe Lioret s'attaque ici à un autre phénomène de société, celui du crédit. Le réalisateur évoque une nouvelle fois un thème social et dénonce les pratiques de ces sociétés aux méthodes douteuses qui, selon lui, n'ont qu'un seul but : entraîner les particuliers au surendettement afin de faire du profit.
Emmanuel Carrère, écrivain, scénariste et réalisateur français né le 9 décembre 1957 à Paris.
Diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris. Il est le fils de Louis Carrère et de la soviétologue et académicienne Hélène Carrère d'Encausse.
Il commence comme critique de cinéma pour Positif et Télérama. Son premier livre est Werner Herzog qui paraît en 1982. Son premier roman sort en 1983 chez Flammarion : L'Amie du jaguar. Le suivant, Bravoure, sort un an après chez POL, éditeur à qui il confiera tous ses autres ouvrages par la suite. En 2010, il est membre du jury des longs-métrages du Festival de Cannes, présidé par Tim Burton.
Emmanuel Carrère est décidément aimé des cinéastes ! C'est la quatrième fois que l'un de ses livres fait l'objet d'un long-métrage, après
La Classe de neige
Réalisé par Claude Miller en 1998
Avec Clément Van Den Bergh, Lokman Nalcakan, François Roy (II)
L' Adversaire
de Nicole Garcia en 2002
Avec Daniel Auteuil, François Berléand, François Cluzet
La Moustache
en 2005
Avec Vincent Lindon, Emmanuelle Devos, Mathieu Amalric
qu'il avait lui-même adapté de son œuvre du même nom.
Vincent Lindon y tenait déjà le premier rôle.
Quand Philippe Lioret a lu le livre d’Emmanuel Carrère, D’autres vies que la mienne, il a été impressionné et bouleversé. Le livre lui a fait toucher du doigt des choses qui relèvent de l’intime. Comme il connaissait Emmanuel Carrère, il lui a avoué à quel point son livre l’avait touché, puis tous deux ont évoqué une éventuelle adaptation au cinéma. Ils sont tombés d’accord que celle-ci était impossible. D’abord parce que la réussite du livre tenait plus aux commentaires et aphorismes de l’auteur qu’à l’histoire elle-même, alors qu’un film, même s’il doit avoir un point de vue, ne retrace que l’histoire, les faits, et nécessite une dramaturgie, et surtout parce que le livre d’Emmanuel Carrère était autobiographique, que tous les personnages, proches de l'écrivain, existaient, et qu’il n’était pas question de les incarner. Le réalisateur et l'écrivain en sont donc restés là. Le temps a passé. Quelques mois plus tard, alors que Philippe Lioret était au Brésil pour la sortie de Welcome, l’idée de la transposition lui est venue : changer les personnages, en inventer d’autres et ne rien garder du livre si ce n’est l’esprit qui lui plaisait tant et quelques mots clés : deux juges, un homme et une femme, mais différents, le surendettement et l’urgence due à ce mal violent qui frappe l’un d’eux, encore qu’il s’agisse déjà là d’une transposition du livre. Ne pas adapter le livre, mais s’en inspirer librement.
C’est le deuxième film du réalisateur avec Vincent Lindon comme acteur principal. Le réalisateur explique : "Le tournage de Welcome a été, avec lui, un moment de choix comme je n’en ai jamais vécu avec un acteur. C’est quelqu’un de très impliqué, de très à l’écoute, et par ailleurs, il est très instinctif et amical. Très vite on s’est compris, particulièrement sur les détails qui composent le personnage. On était tous les deux intuitivement tendus vers le même résultat. Grâce à cette intimité entre nous, j’ai pu aller beaucoup plus loin que d’habitude et tout ça a débouché sur des rapports sains et une amitié solide. Devant la caméra, j’aime son charisme, son côté animal. C’est donc tout naturellement qu’une fois Welcome terminé, on a scellé un pacte tacite : refaire un film ensemble."
Entretien avec Vincent Lindon :
Qu’est-ce qui vous a amené à tourner Toutes nos envies ? "Philippe m’a envoyé le scénario. Dès que j’ai fini de le lire, j’ai laissé un message sur son répondeur : ton récit m’a bouleversé, j’ai envie d’être Stéphane. Voilà, c’est aussi simple que ça. Parce que c’est d’une force, d’une violence et d’une tendresse infinie. Ce que j’aime avec Philippe, c’est qu’il aborde des sujets de société en parlant au coeur plutôt qu’à la tête. Et quand le coeur est touché, il fonce. Dans ce récit, tout m'a ému. Par exemple, cette façon héroïque et chevaleresque avec laquelle Stéphane fait croire à Claire qu’elle a trouvé la solution juridique à leur combat. Alors que c’est lui qui lui en donne la clé : il lui a tout insufflé au fur et à mesure. Ce don me paraît d’une générosité et d’une beauté inouïes..."
Vincent Lindon et Yannick Rénier
Yannick Renier a vu la confiance que Philippe Lioret avait en lui se renouveler pour la deuxième fois ! Le réalisateur lui a, en effet, proposé l'un des rôles principaux pour Toutes nos envies, celui de Christophe, le mari de Claire, Marie Gillain. Une aubaine pour l'acteur qui n'avait obtenu qu'un rôle secondaire de maitre nageur dans Welcome. Il est revenu passer des essais, ces essais que Philippe Lioret fait systématiquement non pas pour juger si un acteur est bon ou pas, mais pour voir s’il correspond au personnage. "Il n’y a eu aucun doute, c’était lui. J’aime beaucoup sa finesse. Il n’a pas de préjugés, c’est un type bien" ajoute le réalisateur.
Yannick Rénier
Philippe Lioret a été intransigeant avec ses acteurs quant à leur capacité à jouer de la manière la plus naturelle qui soit. Sa volonté de coller au plus près de la réalité de la vie était sa priorité, le but étant d'atteindre le spectateur par l'émotion.
Afin d'incarner au mieux son personnage de Claire, Marie Gillain a suivi le quotidien des juges des tribunaux d'instance. Des couloirs aux audiences, son observation a été à la fois déterminante et enrichissante sur son jeu d'actrice.
Philippe Lioret et Marie Gillain
Désirant rompre avec son image d'éternelle jeune fille qui ne la quitte plus depuis Mon père ce héros, Marie Gillain s'est imposée à Philippe Lioret avec ténacité pour obtenir le rôle de Claire. Un véritable "rôle de femme" selon l'actrice.
Philippe Lioret ne cherchait pas une actrice, il cherchait Claire. Il a rencontré un nombre impressionnant de comédiennes susceptibles de l’incarner, et certaines furent très convaincantes, mais il butait toujours sur la nature profonde du personnage qu'il ne retrouvait pas totalement chez elles. Comme il n’avait pas encore envisagé Marie Gillain, elle s’est bagarrée pour venir faire une lecture, durant laquelle Philippe Lioret a senti chez elle une détermination qui lui a beaucoup plu. Mais il lui fallait aussi "lâcher prise" pour incarner Claire. Elle est revenue tourner des essais. Et là, en lui donnant la réplique, le réalisateur a senti que derrière son engagement, affleuraient la fragilité et la grâce qu'il cherchait. Claire c’était elle. "Marie Gillain est non seulement une actrice étonnante, mais c’est aussi une très belle personne, pleine de pudeur et de malice. Elle apporte énormément au film et c’est quelqu’un dont je me sens aujourd’hui très proche" reconnait le réalisateur.
Pour le rôle d'Amandine, c’est Tatiana Vialle, qui s’occupait du casting qui a présenté Amandine Dewasmes à Philippe Lioret. "Elle a fait les essais et là aussi c’était indiscutable. Elle est d’une grande justesse et aussi très intense. Elle va, je crois, faire une très belle carrière. En plus, je me suis dit que, sur ce film, je ne voulais travailler qu’avec des gens, acteurs ou techniciens, avec qui j’aurais pu partir en vacances, et ce fut le cas avec tous." avoue le réalisateur.
Marie Gillain et Vincent Lindon
Sources :
http://www.unifrance.org
http://www.cinemovies.fr
http://fr.wikipedia.org
http://www.allocine.fr