Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d'autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout. Jean Luc Godard
Date de reprise 26 décembre 2012
Réalisé par Vincente Minnelli
Avec Gene Kelly, Leslie Caron, Oscar Levant,
Georges Guétary, Nina Foch
Genre Comédie musicale
Titre original An American in Paris
Production Américaine
Golden Globe 1952
- Meilleur film musical ou comédie

Oscar 1952
- Meilleur film
- Meilleure direction artistique :
Cedric Gibbons, E. Preston Ames, Edwin B. Willis, Keogh Gleason
- Meilleure photographie :
Alfred Gilks et John Alton
- Meilleure création de costumes:
Walter Plunkett, Irene Sharaff, Orry Kelly
- Meilleur scénario original :
Alan Jay Lerner
- Meilleure musique pour une comédie musicale :
Georges Guétary, Gene Kelly, Oscar Levant
Synopsis
Jerry Mulligan (Gene Kelly) est un peintre américain sans-le-sou qui s'est installé à Paris à la fin de la guerre et vit sous les toits dans un immeuble de la rive gauche. Il a plein d'amis et notamment Adam Cook (Oscar Levant), pianiste qui survit grâce à des bousres, la huitième, et son travail pour son ami, Henri Baurel (Georges Guétary), vedette de music-hall.
Henri retrouve Adam chez George et lui montre la photo de Lise Bouvier (Leslie Caron) qu'il vient de rencontrer.
Les trois amis se rencontrent à la terrasse d'une café parisien. Ils improvisent un ballet burlesque, à la stupéfaction amusée des passants. À quelque temps de là, Jerry, a réussi à vendre deux tableaux pour 15 000 francs chacun à une riche cliente de passage, Milo Roberts (Nina Foch). Sa joie éclate devant le petit peuple du quartier. Puis, dans un restaurant de Montparnasse, ses regards sont attirés par Lise, fiancée de son ami Baurel. Ce qui suscite la jalousie de sa protectrice. Celle-ci, dans l'espoir de s'assurer l'exclusivité de ses faveurs, décide d'organiser une grande exposition de ses œuvres et de le pistonner auprès des critiques.
Gene Kelly et Leslie Caron
Mais Jerry ne pense qu'à Lise. Sur les quais de la Seine où ils se sont retrouvés, il lui déclare sa flamme en chantant et en dansant. La mort dans l'âme, car elle l'aime aussi. Lise s'enfuit pour aller retrouver son fiancé qui lui demande de l'épouser. Pendant ce temps, Jerry se morfond et peint des portraits de son idole qu'il cache à Milo. Adam, qui a tout compris, se désole de voir ses amis dans cette situation inextricable. Tout se résoudra en chansons et en danses, au cours d'un bal des Quat'zarts au Moulin de la Galette.

Le film est empreint de cette mélancolie qui caractérise bon nombre des films de Vincente Minnelli . Le rêve entretient les personnages dans une certaine impuissance face à la réalité. À ce titre, le dernier ballet, quinze minutes ininterrompues de danse sans la moindre chanson, est exemplaire. Il s’agit du fantasme de Gene Kelly au moment où Leslie Caron, son amour, le quitte.
Ce ballet mêle sa quête de peinture avec des décors hurlant leur fausseté et s’apparentant à au propre travail de peintre mais aussi celle de l’être aimé incarné par une rose que Gene Kelly suit sans fin dans la spirale de ses illusions.

Dernière rêverie avant la fin, cette séquence marque la prédominance du fantasme sur le réel. Ce climax exemplaire est régi par une débauche de moyens et de couleurs qui frise l’hystérie. Vincente Minnelli jongle habilement entre lyrisme et kitsch, donnant à sa caméra la légendaire légèreté des pas de son interprète. Cette débauche outrancière qui ouvre la boîte de Pandore, a du mal à cacher ce qui le fonde : l’éphémère, qui constitue aussi bien la création que l’amour. On peut songer alors à Pasolini dans la fin de son film Le Décaméron. Il y interprète un peintre qui réalise une fresque dans une église. Une fois terminée, elle s’anime. Et au peintre de livrer une réflexion sur la déception devant la réalisation de son œuvre, alors que dans son esprit elle est en tous points parfaite.
L’œuvre idéale n’est que fantasme et reste toujours enfermée à l’intérieur de soi.

Un Américain à Paris est entouré de son aura mythique et de sa distribution de prestige. George Gershwin à la musique, Gene Kelly à la chorégraphie, les premiers pas de Leslie Caron.
Le film prouve une fois encore qu’il n’a rien perdu de son enchantement. La mise en scène de Vincente Minnelli permet de nombreuses lectures entre beauté picturale et mélancolie, tout en délivrant ce bonheur simple que l’on ressent devant les grandes comédies musicales de l’Âge d’or hollywoodien.

Revoir Un Américain à Paris aujourd’hui, c’est risquer de constater que l’aura mythique et la célébrité du film ont infligé au fil des ans un vieillissement certain. Il n’en est absolument rien. Soixante ans après sa réalisation, Un Américain à Paris a su conserver sa force et sa beauté tout en restant un fleuron de la comédie musicale. Pour critikat.com - Raphaël Le Toux-Lung
Au départ, chacun des amis se présente à tour de rôle dans un ensemble qui ne va cesser de danser, de chanter, de circuler jusqu'au ballet final que décrit ainsi N. T. Binh :
"En 1950, le scénariste Alan Jay Lerner est engagé par le producteur Arthur Freed, à la MGM pour écrire un scénario à partir d'un catalogue de chansons composées par George Gershwin. L'idée d'une biographie se déroulant pendant les années 1920, à peu près à l'époque où George Gershwin était allé à Paris pour étudier la peinture est vite abandonnée, car trop complexe à rendre dans une comédie musicale. Une trame utilisant Paris, un peintre américain, George Gershwin souhaita d'abord être peintre, et la musique de Gershwin s'imposa".
Le film marque la collaboration de trois très grands artistes.
Avant tout son producteur : Arthur Freed. Sous contrat avec la MGM, il a produit quelques-uns des plus grands musicals de l’Âge d’or hollywoodien. Du Magicien d’Oz de Victor Fleming en 1939 à Chantons sous la pluie de Stanley Donen en 1952, Arthur Freed aura marqué de son empreinte l’histoire du cinéma.
Mais sa collaboration la plus passionnée est celle qui l’unit à Vincente Minnelli. Ils ont réalisé ensemble pas moins de douze films, essentiellement des comédies musicales, à l’exception notable d’une comédie dramatique, The Clock avec Judy Garland, l’une des œuvres méconnues de Vincente Minnelli.
Vincente Minnelli doit beaucoup à cette collaboration qui débute dès son premier film en 1943, Cabin in the sky. Elle donnera la possibilité au cinéaste de développer le genre de la comédie musicale avec toujours plus d’audace et d’innovation jusqu’à Gigi en 1958 dont la narration est composée de tableaux successifs ne comportant que des numéros chantés sans être dansés. Arthur Freed, connaissant parfaitement les goûts et les capacités du réalisateur, lui proposera toujours des scénarios proches de son univers personnel, lui permettant ainsi de développer sa thématique récurrente où se mêlent à la fois la beauté et la cruauté du rêve. Pour critikat.com - Raphaël Le Toux-Lung
Gene Kelly
Mais pour Vincente Minnelli c’est aussi l’occasion de réaliser un film qui a pour décor Paris. On connaît la passion que le cinéaste éprouvait pour cette ville qui sera le théâtre de deux autres de ses films, Gigi et Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse en 1962.
La première idée de Vincente Minnelli et de Gene Kelly, qui chorégraphie le film, est de tourner le grand ballet final en décors naturels à Paris, de même que Gene Kelly et Stanley Donen avaient tourné les scènes d'Un jour à New York en 1949 sur les lieux de l'action.
Les coûts de production concernant les transports et la logistique d'un tournage à l'étranger mais aussi la difficulté pour Leslie Caron, dont c'est le premier film, de danser plus de deux ou trois heures par jours font abandonner ce projet. Il est donc décidé que le ballet sera tourné sur les plateaux de la MGM. Vincente Minnelli, lui-même peintre décorateur de formation, a l'idée, puisque le protagoniste du film est un artiste, de styliser au maximum les décors, en s'inspirant des grands peintres du XIXe siècle.
Le ballet final nécessita un mois entier de tournage et coûta un million de dollars.
Gene Kelly et Leslie Caron
Loin d’être un obstacle, cet élément de mise en scène permit à Vincente Minnelli de créer un Paris de carte postale et de rêve, proche d’un travail pictural constant dans son œuvre. Le film déploie un vaste éventail de possibilités de rencontre entre peinture et cinéma. De l’inspiration des grands maîtres à travers la reconstitution d’un tableau de Toulouse-Lautrec qui s’anime dans le ballet final, à une certaine façon de filmer et d’éclairer la pellicule qui fait songer à Dufy et aux impressionnistes, Vincente Minnelli cherche à intégrer les données picturales en équivalence cinématographique. La sculpture n’est pas en reste avec l’intégration de monuments dans le décor, comme la sculpture La Danse de Carpeaux qui orne la façade de l’opéra Garnier. Le film est un hommage à l’art en général et aux artistes de toute catégorie, des peintres indépendants sans le sou aux chanteurs populaires. Paris, pour Vincente Minnelli, c’est la terre des arts et le rêve de tout artiste. Mais aussi le lieu d’un certain danger. Évitant une vision trop conventionnelle de la vie de bohême et de sa pauvreté inhérente, Vincente Minnelli montre l’isolement des créateurs qui ont à la fois du mal à se faire une place, ils occupent des logements ridiculement petits, sources de gags toujours aussi efficaces, et angoissent à l’idée de faire face à leur public tel, le voisin pianiste se rêve à la tête d’un orchestre où il interpréterait tous les instruments dans une salle vide.
Pour critikat.com - Raphaël Le Toux-Lung
Gene Kelly et Leslie Caron
Sources :
http://www.allocine.fr
http://fr.wikipedia.org
http://www.cineclubdecaen.com
http://www.critikat.com - Raphaël Le Toux-Lungo
http://www.evene.fr
http://www.filmreference.com