Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d'autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout. Jean Luc Godard
Date de sortie 12 décembre 2012

Réalisé par Álex de la Iglesia
Avec José Mota, Salma Hayek, Blanca Portillo,
Santiago Segura, Carolina Bang, Nacho Vigalondo,
Guillermo Toledo, Nerea Camacho, Fernando Tejero,
Juan Luis Galiardo, Antonio de la Torre
Titre original La Chispa de la vida
Genre Comédie dramatique
Production Espagnole, Française, Américaine
Un jour de chance est inspiré d'un film de Billy Wilder sorti en 1952, Ace in the Hole. Dans ce long-métrage, un journaliste sans scrupules allait s'emparer du malheur d'un mineur indien coincé dans un tunnel effondré pour en faire un évènement médiatique lucratif.
En tant que cinéaste engagé, Álex de la Iglesia signe avec Un jour de chance une charge acerbe contre le pouvoir médiatique et contre la destruction des valeurs véhiculée par la société de consommation et le nivellement de la culture par le bas :
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"Un directeur de festival le disait dernièrement : il ne se souciait pas du manque d'argent pour sa prochaine édition, mais il craignait que les gens s'en fichent si la culture disparaissait. Ce propos est aussi dans mon film : Blanca Portillo défend un théâtre romain plein de joyaux de l'Histoire que les gens détruisent par avidité de nouvelles. Le film reste néanmoins plein d'espoir et plaide pour la dignité, parce qu'elle est sous-estimée de nos jours", confie le metteur en scène.
Álex de la Iglesia signe un film protéiforme et peut-être trop riche derrière son apparence simplicité.
Synopsis
José Mota
Ancien publicitaire à succès désormais sans emploi, Roberto Gómez ne supporte plus d'être au chômage. Désespéré, il veut faire une surprise à sa femme en l'invitant dans l'hôtel qui fut le théâtre de leur lune de miel.
Mais l'établissement a laissé place à un musée, sur le point d'être inauguré et présenté à de nombreux journalistes. Au cours de sa visite, Roberto fait une grave chute...
En quelques minutes il devient l'attraction numéro 1 des médias présents et comprend que cet accident pourrait finalement lui être très profitable...
Salma Hayek 
Álex de la Iglesia, spécialiste de l'humour noir et ginçant, signe avec Un jour de chance une nouvelle comédie cinglante dont il a le secret. Après l’aboutissement que représentait l’immense Balada Triste, Álex de la Iglesia emprunte à nouveau le chemin de la farce et de l’absurde pour livrer avec Un Jour de chance un de ses films les plus engagés, dans une carrière déjà bien fournie en charges offensives envers un système à la dérive. Maniant toujours aussi brillamment l’humour noir et l’émotion, l’espagnol cinéphile au regard lucide sur son pays signe une fable humaine bouleversante qui prouve qu’il est bel et bien un artiste en colère.
Le cinéaste Álex de la Iglesia a pris comme habitude d'insérer de l'iconographie religieuse dans ses films et Un jour de chance n'échappe pas à la règle : "Il y a une scène où mon personnage est placé comme s'il était en croix. Il semble que nous ayons besoin d'un exorcisme, d'une espèce de retournement, pour nous rendre compte des choses. Si personne ne se sacrifie, nous ne nous apercevons pas que la situation est extrême. C'est pour cela que Jose Mota est comme un Christ entouré de vilains Romains et de gens qui le font souffrir. Salma Hayek a aussi quelque chose de la Vierge Marie ou de Marie-Madeleine : elle est à ses côtés, elle dépend de lui", explique l'espagnol.
Concrètement, le symbole n’est pas bien difficile à décrypter : il lobotomise le pur produit du capitalisme déshumanisé sur l’autel d’une grandeur oubliée de l’Espagne.
Difficile de trouver une image plus forte pour synthétiser la crise terrible que traverse la pays. Mais comme Álex de la Iglesia n’est pas du genre à s’apitoyer et qu’il préfèrera toujours gueuler très fort, au risque de passer pour un fou et de se mettre les cyniques, les vrais, sur le dos, il préfère tourner tout cela en farce caustique. Il n’a jamais été aussi indigné dans toute sa carrière. Le réalisateur concentre ici toute la colère et son regard assassin sur la communauté espagnole qui en oublie son principe d’entraide par appât du gain.
Futur maire, chirurgien, conservateur, journaliste, gardien, agent, président de chaîne de TV, chef d’entreprise, simple passant, tout ce petit monde qui s’orchestre autour de la situation de Roberto et sa mort annoncée à demi-mots, mais inconsciemment espérée par le naturel de l’homme plus proche du vautour que de l’animal évolué auquel il voudrait ressembler, tout cela crée une mosaïque fascinante, étrange et terrifiante.
Fernando Tejero et Salma Hayek
Avec Un Jour de chance, il synthétise tout ça, et plus encore, en enrobant le tout d’un exercice de style audacieux de huis-clos à ciel ouvert.
Álex de la Iglesia met en scène avec Un jour de chance un scénario écrit par Randy Feldman, et collabore pour la quatrième fois avec le chef-opérateur Kiko de la Rica.
Un jour de chance surprend avant tout par la sobriété de ton adoptée par Álex de la Iglesia. Dans sa première partie il adopte même la forme d’un simple drame social doublé d’un humour exploitant au mieux le pathétique de la situation de Roberto Gómez, homme qui ne se considère plus comme tel depuis que ses journées sont rythmées par la recherche d’emploi, lui qui avait trouvé la chispa de la vida, le slogan de Coca-Cola. Et le réalisateur étant visiblement très en colère contre le système, il ne s’encombre pas de chemins tortueux et va généralement droit au but, quitte à paraître un brin bourrin dans son traitement. Avec son personnage broyé et dont la seule accroche véritable au monde des vivants reste sa femme, incroyable Salma Hayek, qu’il envoie dans la gueule du loup, il dresse un portrait peu glorieux du monde de l’entreprise en quelques minutes seulement.
Entre les amis d’antan qui s’éloignent dès lors qu’il est question d’aider quelqu’un, les cadres branleurs qui jouent à la Wii au bureau sous couvert de "projet" très important, les assistantes serviles, tout y est tourné vers l’absurde réaliste, sorte de traitement kafkaïen tourné vers la farce.
La force d’Álex de la Iglesia est qu’il n’oublie jamais l’humour, et n’oublie ainsi jamais son spectateur envers qui il éprouve depuis 20 ans le plus grand des respects.
Il lui livre une véritable histoire de cinéma, orchestrée en grande partie par Randy Feldman, qui prend racine dans la situation contemporaine et critique de l’Espagne en traitant de l’intime d’une de ses victimes. "Il n’y a pas plus difficile que de rentrer à son foyer le soir sans travail" avouera la femme de Roberto poussée dans ses derniers retranchements, et laissant apparaître une fissure dans son courage de façade.
Il n’est pas que question de chiffres, de crise, la première victime de ce monde est l’être humain. Et en jouant sur l’artifice de l’accident romantique, Álex de la Iglesia n’est pas loin d’affirmer que cette lobotomie, la société l’a peut-être cherchée. Dès lors qu’il empale son personnage sur ce chantier, on retrouve une certaine vision délirante du cinéma qui va développer autour de l’incident toute une série de petites intrigues et de grands personnages absurdes, tous tissant une vision de la société espagnole qui fait froid dans le dos car elle nous renvoie à la notre.
Et ce même si tout est traité sur le mode de l’exagération du cinéma.
Álex de la Iglesia et José Mota
Porté par la partition comique de José Mota qui illustre à merveille le cancer du capitalisme outrancier sur l’humanité, Roberto Gómez pense plus à exploiter sa situation critique pour gagner de l’argent et enfin "faire quelque chose" plutôt qu’à sa femme et ses enfants, Un Jour de chance adopte un regard désabusé sur le monde, à la limite de la misanthropie s’il n’y avait pas, justement, les personnages très humains et profondément bons de la femme et des enfants.
Le comédien principal José Mota qui tient le rôle de Roberto est une figure populaire en Espagne. Connu notamment comme humoriste, l'acteur et son complice Juan Muñoz ont fait rire l'espagne de 1989 à 2007 avec leur duo comique appelé Cruz y Raya.
Blanca Portillo campe Mercedes dans Un jour de chance. Cette actrice ultra-populaire en Espagne a accédé à une renommée internationale en recevant, avec l'ensemble des actrices présentes dans le film de Pedro Almodóvar, le Prix d'interprétation collectif à Cannes 2006 pour son rôle dans Volver.
Blanca Portillo et Juan Luis Galiardo
La comédienne mexicaine Salma Hayek, habituée des productions américaines, telles que Savages, est venue tourner en terre ibérique pour sa première collaboration avec le cinéaste Álex de la Iglesia. L'actrice semble de plus en plus aimer l'Europe; en effet, celle-ci a été à l'affiche en 2011 d'Americano du français Mathieu Demy et va tourner pour le serbe Emir Kusturica en 2013 dans Wild Roses, Tender Roses.
Salma Hayek 
Bien décidé à allumer tout ce qui bouge, le réalisateur se moque de l’information instantanée et forcément inexacte, de l’exploitation du drame à la TV, de la déshumanisation des agences de communication, de cette tendance qu’à l’être humain à toujours tirer la couverture de son côté pour exploiter la pire des situations, ou plus largement le voyeurisme crasse d’un peuple qui n’a finalement pas beaucoup évolué depuis l’antiquité et se trouve bien à sa place pour attendre la mort de ce pauvre type dans une arène, symbole fondamental du goût pour le sang de l’homme, cet animal si évolué.
Drôle car absurde, le film finit par devenir bouleversant dans son dernier acte, mais sans jamais être plombant car Álex de la Iglesia ménage toujours un contrepoint plus léger, comme une respiration dans le drame. En exploitant au mieux ce lieu unique, développant une grammaire de cinéma inédite pour lui, même s’il se permet quelques beaux mouvements de grue ou ces brillants travellings dont il a le secret, il évite la répétition visuelle liée au huis-clos et ne manque pas inventivité.
Fernando Tejero
La marque des grands. Il en fallait du talent pour traiter sur le ton juste un tel récit, lui adopte un traitement qui fait de Roberto Gómez un symbole crucifié jusque dans sa position christique, le métaphore d’une société qui aime se repaître du sang de ceux qu’elle a engendrés, une société qui possède quelque chose de pourri et envers laquelle Álex de la Iglesia a la haine.
Quelle belle surprise, si drôle et si amère à la fois…
Sources :
http://peliculas.labutaca.net
http://www.cinespagnol-nantes.com
http://www.filmosphere.com
http://www.imdb.com
http://www.unifrance.org
http://www.allocine.fr