Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d'autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout. Jean Luc Godard
Date de sortie cinéma : 1er février 2012
Réalisé par Tony Kaye
Avec Adrien Brody, Bryan Cranston, Christina Hendricks,
Lucy Liu, James Caan, Blythe Danner, Sami Gayle,
Marcia Gay Harden, William Petersen
Genre Drame
Production Américaine
Detachment a obtenu tour à tour deux récompenses
au Festival du film américain de Deauville
- Le prix de la critique internationale
- Et celui de la révélation Cartier.
Adrien Brody
Synopsis
Henry Barthes est un professeur remplaçant. Il est assigné pendant trois semaines dans un lycée difficile de la banlieue new-yorkaise. Lui qui s’efforce de toujours prendre ses distances va voir sa vie bouleversée par son passage dans cet établissement.
Detachment n'est pas le premier film à aborder la confrontation entre un professeur et ses élèves. A croire que l'enseignement est un sujet qui stimule les réalisateurs, et ce toutes nationalités confondues. Déjà en 1995 avec Esprits rebelles, le metteur en scène John N. Smith abordait le combat d'une femme pour l'avenir de ses élèves. En 1997, 187 : code meurtre narrait cette fois le récit d'un enseignant persécuté par un adolescent instable. Plus récemment, le long métrage Half Nelson réalisé en 2007, avec Ryan Gosling, retournait la situation en décrivant le quotidien d'un professeur toxicomane au bord du gouffre. L'année suivante, La Journée de la jupe, avec Isabelle Adjani, racontait la prise d'otage d'une classe par son enseignante. C'est d'ailleurs la même année en 2008 qu'Entre les murs, récompensé d'une palme d'or, réitérait la formule avec un professeur de français n'hésitant pas à s'affranchir du cadre académique pour motiver les adolescents.
Désormais, c'est au tour d'Adrien Brody de faire preuve d'un détachement sans faille pour parvenir à garder le contrôle de sa classe.
Adrien Brody
Le journal intime d’un professeur
Le cinéma compte des dizaines de films traitant de l’éducation de près ou de loin. Pourtant, le Detachment de Tony Kaye est bel et bien unique en son genre. Pour une fois en effet, le but du film n’est pas de voir un professeur amadouer une classe pleine de lycéens rebelles et violents. Detachment est un peu le « journal intime d’un prof ». Débutant comme un documentaire, alliant au générique les dessins de Tony Kaye lui-même et les confessions de professeurs anonymes racontant leurs souvenirs d’école et leurs vocation, le film donne immédiatement le ton. On comprend vite qu’on se situe du côté personnel des professeurs, celui dont on ne parle jamais.
Entretien avec Tony Kaye :
Comment décririez-vous ce film en quelques mots à quelqu'un qui n'en a pas entendu parler ?
Pour moi, Detachment est l'histoire d'un homme qui est perdu et qui souffre, qui essaie de fuir les vrais problèmes de son existence en se perdant dans la moralité des voix dans sa tête, des vraies, des voix de Dieu et des voix du diable. Il fuit constamment la vérité. Il est sous un immense rideau noir qu'il ne voit pas. Ce rideau est son ego.
Dans le scénario, qu'est-ce qui vous a donné envie de diriger ce film ?
Je m'intéresse aux questions sociales. Detachment explore le thème de l'éducation. American History X est un film sur le problème du racisme. Lake of Fire traite de l'avortement. J'aime les grandes questions morales et sociales. J'ai un quatrième film, encore en cours, qui s'appelle Black Water Transit. C'est un film sur l'environnement, un sujet vital. Je veux faire des films qui ne se contentent pas de divertir. Detachment parle aussi de la famille, de l'importance cruciale de la famille. Detachment aborde la parentalité. Henry Barthes commence à trouver sa voie lorsqu'il décide d'opter pour un avenir où il s'occupera d'une jeune fille égarée, Erica.
Adrien Brody
Expliquez-nous un peu votre approche sur la réalisation du film de façon aussi distinctive et stylisée.
Je ne considère pas mon travail comme stylisé, même si la plupart des gens trouvent que ma façon de réaliser est caractéristique. J'essaie seulement de faire en sorte que les choses aient l'air vraies, que les situations soient spectaculaires et authentiques. Je cherche à saisir des émotions réelles. Je déteste le fait de jouer. Je déteste les choses qui n'ont pas l'air authentiques. Les gens pleurent, se mettent en colère, chuchotent, aiment et haïssent. J'essaie simplement d'utiliser un microscope, un télescope et un radar pour explorer les qualités mentales et morales représentatives des individus qui se tiennent devant l'objectif et le micro.
Sami Gayle et Adrien Brody
La distribution réunit des acteurs reconnus et des nouveaux venus. Comment les avez-vous choisis ?
La distribution du film a commencé par le choix d'Erica. Cette adolescente en fugue qui se prostitue était pour moi le pivot de l'histoire, la première pierre de l'édifice. Pourtant, je pensais déjà à ma fille Betty (depuis 3 ans, en fait) pour incarner Meredith. Betty ne ressemble en rien à Meredith dans la réalité. Elle a confiance en elle, elle est très forte et déterminée à réussir dans la vie. Mais elle a eu une existence difficile. J'ai quitté ma famille quand elle était très jeune. J'ai été très égoïste. Betty avait 5 ans et l'a très mal vécu. Sa soeur Ruby avait 2 ans et n'a pas vraiment été affectée par ce que j'ai fait. Betty a beaucoup souffert et je pense que ça se sent vraiment dans son interprétation de Meredith.
Betty Kaye et Adrien Brody
Je n'ai jamais su si j'avais le droit de choisir ma fille pour jouer un des rôles principaux, par crainte d'être accusé de népotisme. J'étais tout à fait prêt à ne pas la choisir si je trouvais quelqu'un de mieux (et j'aurais risqué qu'elle ne me parle plus pendant des années). Mais en fait, elle a vraiment assuré à l'audition et c'était la meilleure de très loin pour ce rôle. Elle était tellement vraie dans son jeu que je pleure presque à chaque fois que je vois le film. Mais, comme je l'ai dit, Erica était la clé de voûte du film parce que c'est un personnage lié à Henry, qui fait partie d'Henry. Pas Meredith. Meredith n'est pas liée à Henry. D'une certaine façon, Henry ne s'intéresse pas vraiment à Meredith.
J'ai aussi la notion des contrastes, obscurité contre lumière, neurones sous contrôle contre neurones incontrôlés, cheveux noirs contre cheveux châtains ou blonds. Sami Gayle (qui interprète Erica) était châtain, ce qui pour moi implique une nature extravertie, une zone hors de contrôle (du moins, j'ai pensé qu'elle pourrait facilement jouer cet aspect).
Adrien Brody
J'ai donc cherché un Barthes aux cheveux noirs, une personne retenue, calme, qui se contrôle. Je l'ai parfaitement trouvé chez Adrien Brody. Je lui ai donc demandé de s'éloigner de cet aspect. Je l'ai fait crier, hurler, jeter des chaises. Je l'ai fait craquer pour revenir au calme à la fin, pour se recentrer et se maîtriser en devenant père. C'était l'arc du personnage, l'histoire de Detachment. Meredith l'a emmené en enfer et l'en a fait revenir. C'était mon paradigme.
Detachment réunit trois comédiens oscarisés :
Adrien Brody, qui a remporté l'Oscar du Meilleur acteur pour son interprétation de Wladyslaw Szpilman, authentique survivant de l’Holocauste, dans Le Pianiste de Roman Polanski.
Adrien Brody, James Caan, Blythe Danner
L'incontournable James Caan, lui aussi détenteur d'un oscar du Meilleur second rôle pour Le Parrain, de Francis Ford Coppola.
Marcia Gay Harden, qui est pour sa part lauréate d'un oscar dans la catégorie Meilleure actrice dans un second rôle pour le film Pollock, d'Ed Harris;
Marcia Gay Harden
Adrien Brody
Sources :
http://www.cinemovies.fr
http://www.critique-film.fr
http://www.imdb.fr
http://www.toutlecine.com
http://www.zimbio.com