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29 mai 2015 5 29 /05 /mai /2015 16:32


Date de sortie 13 mai 2015

 

Une femme iranienne


Réalisé par Negar Azarbayjani


Avec Ghazal Shakeri, Shayesteh Irani, Homayoun Ershadi,

Nima Shahrokh Shahi, Saber Abbar

 

Titre original Aynehaye Rooberoo

Facing Mirrors pour les pays Anglos-Saxons.


Genre Drame


Production Iranienne

 

Il faudrait un jour se demander le pourquoi de l'étroite relation entre les cinéastes iraniens et les véhicules automobiles !

 

Après Abbas Kiarostami avec Le Goût de la cerise, ou encore Ten, Morteza Farshbaf et Querelles réalisé en 2011, et plus récemment Jafar Panahi avec Taxi Téhéran… la réalisatrice Negar Azarbayjani utilise encore une fois l'habitacle d'une voiture comme endroit de confidences, de liberté de parole, de confessions…

 

Le postulat de départ du film est d'évoquer la condition féminine en Iran à travers la relation d'amitié entre Rana et Adineh. Comme le déclare la réalisatrice Negar Azarbayjani,

 

"Une Femme Iranienne raconte l'histoire de deux femmes différentes : la première, issue d'une famille très moderne, est transgenre et souhaite devenir un homme, la seconde est chauffeur de taxi. L'essence même du film est centré sur cette relation d'amitié que développent ces deux personnes aux parcours peu communs."

 

Une Femme Iranienne - Ghazal Shakeri Ghazal Shakeri

 

Synopsis

 

Téhéran aujourd'hui.

 

Rana (Ghazal Shakeri), épouse et mère d'un enfant en bas-âge, conduit donc un taxi mais clandestin, pour faire bouillir la marmite, et ce n'est pas facile tous les jours. Son mari, Sadegh (Saber Abbar) est en effet incarcéré pour malversation financière, associé malencontreux d'hommes d'affaires véreux, et Rana est obligée de travailler doublement, en plus de son métier de couturière, pour payer les dettes de son époux et le sortir de prison.

 

Mais la femme, dans le société iranienne contemporaine, est assignée à certains métiers, ses gestes sont constamment surveillés, ses libertés restreintes. La famille, les voisins et la police veillent, constituant autant de carcans dont il est impossible de s'extraire, et rappellent constamment au respect des traditions et des bonnes mœurs. À travers sa belle-mère pleurnicharde  qui commente et juge ses moindres faits et gestes, son voisin un peu trop curieux qui a vite fait de propager ragots et rumeurs, et la police qui vient sans cesse lui rappeler qu'une femme au volant ce n'est pas si "normal", c'est tout le poids d'une société patriarcale et conservatrice que Rana porte sur ses épaules.

 

C'est donc au cours d'une de ses courses que déboule comme une trombe dans son taxi Adineh Tolooyi (Shayesteh Irani), bonnet enfoncé jusqu'aux oreilles, belle et mystérieuse, et visiblement poursuivie.

 

Elle fuit quelque chose ou quelqu'un, on apprendra par la suite que son père (Homayoun Ershadi) veut la marier de force à un cousin pour en faire une fille honorable… Elle reste en attente d’un passeport pour quitter le pays et ainsi échapper à un mariage forcé.

 

Alors que son frère Emad (Nima Shahrokh Shahi) semble plus compréhensif, son père, très dur, est sans pitié. Adineh épousera demain l'homme qu'il a choisi, un point c'est tout.

 

Adineh propose à Rana 1 million de tomans pour que celle-ci l'emmène à Kojoor, au nord de l'Iran.

 

Les deux femmes vont s’aider mutuellement, mais Rana ignore qu’Adineh cache un lourd secret…

 

Shayesteh Irani Une Femme Iranienne - Shayesteh Irani

Sources

www.cinemas-utopia.org

Malgré le fait que le pays soit sous le coup d'un régime totalitaire, l'Iran autorise paradoxalement le droit aux personnes désireuses de changer d'identité sexuelle à se faire opérer. L'État va même jusqu'à financer la moitié de l'opération au nom de la fatwa proclamée par l'Ayatollah Komeiny, favorable à cette idée de changement de sexe, qui fut mise en place au lendemain de la révolution islamique de 1979. Bien qu'il s'agisse donc d'une pratique passée depuis longtemps dans les moeurs, Une Femme Iranienne est le premier film fait en Iran abordant frontalement le parcours d'une personne transgenre.

 

Une femme iranienne

 

Ghazal Shakeri et Shayesteh Irani

Enretien entre la réalisatrice Negar Azarbayjani et la productrice Fereshteh Taerpoor, qui ont co-écrit le scénario.

Publié par Maëlle Le Corre pour yagg.com. Mai 2015

 

Comment avez-vous eu l’idée d’écrire cette histoire, celle de la rencontre entre Rana, une femme contrainte de faire le taxi pour rembourser la dette de son mari emprisonné, et d’Eddie, un jeune homme trans’ qui cherche à fuir sa famille pour partir à l’étranger ?


Fereshteh Taerpoor : Parfois, on part du sujet pour aller vers l’histoire, mais parfois c’est l’histoire qui nous amène au sujet. Au départ, ce n’était pas notre but de faire un film sur les personnes trans’. Negar était venue me voir pour un autre projet et pendant une de nos discussions, elle m’a raconté cette histoire de quand elle était jeune adulte: elle avait vu une femme trans’ dans son quartier et avait découvert à quel point c’était difficile d’être trans’, que ce soit avant ou après son opération. De mon côté, j’avais depuis quelques années en tête cette histoire d’une femme dont le mari est en prison et qui prend des passagers dans une vieille voiture, qui fait le taxi de façon informelle. Elle rencontre différentes sortes de passagers, et l’un d’eux la fait se remettre en question. Quand Negar m’a parlé de son histoire et de ce souvenir, je lui ai dit que nous pouvions mixer ces deux histoires ensemble et l’idée du passager a surgi.

 

Comment avez-vous choisi Ghazal Shakeri et Shayesteh Irani, les deux actrices, pour incarner Rana et Eddie ?


Negar Azarbayjani : Nous sommes passées par des chemins différents pour trouver l’une et l’autre. Ce n’était pas facile au départ, car nous étions très sensibles à ces deux personnages, nous voulions absolument la meilleure actrice pour jouer un homme "trans", mais nous ne voulions pas quelqu’un qui avait un visage connu, ce qui rendait les choses plus difficiles. Pour Eddie, nous venions de commencer à écrire et j’ai parlé de ce projet de film à mon frère qui est aussi réalisateur. Il m’a dit qu’il connaissait une très bonne actrice pour ce rôle, qui faisait en l’occurrence plutôt du théâtre, mais qui avait quelques expériences devant la caméra.

 

Une Femme Iranienne - Shayesteh IraniC’était Shayesteh Irani. J’ai mis l’idée de côté et au moment du casting, cela m’est revenue et j’ai voulu voir des photos d’elle. Elle ne ressemblait pas à la façon dont on la voit dans le film et je ne voyais vraiment pas Eddie sur son visage. Nous avons vu d’autres actrices, mais aucune ne collait alors finalement, nous l’avons rencontrée et nous avons vu qu’elle pouvait être Adineh, qu’elle pouvait être Eddie.

 

 

Elle avait le physique qui correspondait, le bon corps, la bonne voix, et c’est une actrice très talentueuse.

 

 

Une femme iranienne - Ghazal ShakeriPour le personnage de Rana, Ghazal Shakeri a rejoint l’équipe en tant que costumière, car c’est son métier, même si elle a déjà joué au cinéma. Elle m’aidait à trouver des lieux de tournage. Nous étions à la prison et on nous a demandé de porter le tchador. Elle l’a mis et là, j’ai vu Rana. À ce moment-là, j’ai su que c’était elle, c’était exactement comme ça que j’avais imaginé Rana. Je lui ai dit que je la voyais dans ce rôle.

 

Au départ, elle n’était pas sûre car faire les costumes allaient lui prendre beaucoup de temps. Finalement elle a accepté, et elle a fait un excellent travail des deux côtés.

Est-ce difficile d’aborder le thème de la transidentité en Iran ?


Fereshteh Taerpoor : Beaucoup de personnes trans’ viennent des pays arabes pour avoir accès à une opération en Iran, qui leur permet aussi d’obtenir des papiers d’identité, un passeport. C’est quelque chose que l’on ne voit pas ailleurs. Je suis sûre que c’est très surprenant pour des pays comme la France, de voir que l’Iran autorise cela. Pourtant, c’était un risque de faire ce film. C’était la première fois que l’on faisait un film sur une personne trans’ en Iran. Alors nous avons travaillé sur le scénario et nous avons essayé de penser à toutes les observations, les questions et les réponses que pourrait générer le film, plus particulièrement venant du gouvernement qui donne l’autorisation de faire le film. On ne peut pas faire de film sans avoir l’autorisation du ministère de la Culture, c’est possible pour les films underground, mais pour les grosses productions, il faut l’autorisation. C’est indispensable pour filmer dans la rue, dans les lieux publics. Quand nous avons envoyé le scénario au ministère, je n’y croyais pas trop, alors je leur ai donné une garantie pour nous laisser faire le film: si une fois fait, ils pensaient qu’il était dangereux de le diffuser, alors il ne le serait pas. Avec cette garantie, j’ai eu l’autorisation. Mais le personnage de Rana nous a aussi beaucoup aidé.

 

Pourquoi cela ?


Fereshteh Taerpoor : Grâce à son personnage plus religieux, on pouvait imaginer les questions et les objections, et donc les inclure aux dialogues de son personnage. Normalement, quand on met un personnage positif et un négatif, ça rend les choses plus faciles. Mais nous ne voulions pas faire de Rana un personne positif et Eddie un personnage négatif, ni le contraire. Nous ne voulions pas faire de propagande sur les trans’ et nous ne voulions pas propager de propos haineux. Voilà pourquoi le scénario a mis tant de temps à se faire: nous avons deux personnages normaux et réalistes, que le film ne juge pas.

Quelles conséquences a eu la diffusion du film ?


Fereshteh Taerpoor : Avant de faire ce film, j’étais loin d’imaginer à quel point c’est difficile d’être trans’. Plein de belles choses sont arrivées quand nous l’avons montré, nous avons eu de très bons retours du public. Beaucoup de jeunes trans’ sont venu(e)s nous voir pour nous dire que c’était la première fois qu’ils/elles pouvaient dire ouvertement qu’ils/elles étaient trans’. Ils/elles ont demandé à leurs ami(e)s de venir voir le film pour mieux les comprendre. Des gens ont changé d’avis en voyant le film. Dans beaucoup de pays, en particulier des pays islamiques, cela peut être utile de montrer ce film. En Iran, il y a eu quelques projections, mais aussi des débats et de très bonnes critiques du film. Même dans la très religieuse ville de Qom, il y a eu des projections.

 

La fin du film est assez surprenante car positive d’une certaine manière. Pourquoi ce choix, alors que l’histoire aurait pu se terminer de façon très tragique?


Fereshteh Taerpoor : Je n’aime pas les fins tristes.


Negar Azarbayjani : En écrivant le scénario, nous pensions que ce serait bien qu’on ne sache pas comment ça se termine. Nous voulions de l’espoir. Nous aurions pu laisser les personnages malheureux, mais ce n’était pas notre but. Nous voulions que le public comprenne que si on cherche à comprendre, à aider, à se battre pour quelqu’un d’autre, ça se termine forcément bien. C’est un souhait, pas forcément la réalité. Mais on espère qu’un jour, ça arrivera.


Fereshteh Taerpoor : Au delà des différences, il y a la possibilité de devenir ami(e)s quand on regarde dans son coeur. Pour moi, quand il y a une amitié pure, il n’y a pas de fin triste.

 

Une Femme Iranienne : Photo Shayesteh Irani

 

Ghazal Shakeri

Mon opinion

 

Un coup de cœur.

 

Cette "Femme iranienne" réalisé en 2011 sort cette année sur nos écrans.

 

La productrice, Fereshteh Taerpoor confie "Beaucoup de personnes trans’ viennent des pays arabes pour avoir accès à une opération en Iran, qui leur permet aussi d’obtenir des papiers d’identité, un passeport. C’est quelque chose que l’on ne voit pas ailleurs. Je suis sûre que c’est très surprenant pour des pays comme la France, de voir que l’Iran autorise cela."

 

La réalisatrice Negar Azarbayjani met face à face deux femmes que tout oppose. L'acceptation des différences ne se fera pas sans mal et l'ensemble offre de magnifiques moments de cinéma. Des moments forts quand, à tour de rôle, elles parviendront à établir un climat de confiance pour se révéler en toute liberté et procurer une profonde émotion qui vous tient longtemps.

 

Dans un pays où l'homosexualité est passible de peine de mort, nous suivons le parcours d'une femme prête à tout pour s'assumer en tant qu'homme. Certaines scènes pourront paraître un rien malhabiles, peut-être aussi trop démonstratives. La richesse du propos, la justesse des dialogues, la sincérité et le courage  de l'équipe du film suffisent à balayer toutes les réticences.

 

L'ensemble des acteurs qui incarnent, soit des membres du voisinage, de la famille de l'une, ou encore le frère et le père de l'autre sont d'une belle justesse. Avec, entre autres, un moment fort quand le frère, des larmes plein les yeux, passe outre l'interdiction du père et donne à sa sœur le passeport tant attendu.

 

Les deux principales actrices sont tout simplement  remarquables. Deux femmes incarnées par Ghazal Shakeri et Shayesteh Irani qui auront l'intelligence de s'accepter mutuellement. Telles qu'elles sont. En dépit de tout, avec ces grands points commun, la richesse et l'intelligence du cœur.

 

Une femme iranienne - Ghazal Shakeri

commentaires

R
un film fort !
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E
Je suis partante, je trouve le sujet courageux et insolite, et j'aime - pour ce que j'en ai vu - le cinéma iranien...
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G
salut je découvre ta page via google. super film que j'ai vu il y a déjà quelques jours ton blog est vraiment sympa. merci.
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J
Pour moi aussi, cher Alain, ce film est un grand coup au coeur. Ces deux femmes sont exceptionnelles et sans être trop didactique le film est riche d'enseignements. Bises.
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M
Salut Alain. Nous l'avons vu à Bayonne. Superbe film. Tous les acteurs sont sensationnels et l'histoire nous a beaucoup touchée. Ciao @ +
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