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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 00:00

 

La-Chevauchee-des-bannis---Affiche.jpg


Réalisé par André De Toth


Avec Robert Ryan, Burl Ives, Tina Louise,

Alan Marshal, Venetia Stevenson, David Nelson,

Nehemiah Persoff, Jack Lambert, Frank DeKova
Paul Wexler, Lance Fuller, Elisha Cook, Jr. Dabbs Greer


Titre original Day of the Outlaw


Genre Western


Production Américaine - 1960


Day of the Outlaw est le dernier western réalisé par André De Toth ainsi que son dernier film hollywoodien. Écrit par Philip Yordan, d'après un roman de Lee E. Wells, sorti en 1959.


André De Toth était communément nommé "quatrième borgne de Hollywood". Fritz Lang, Raoul Walsh et John Ford étant les trois autres.


Alors que Philip Yordan, est crédité au poste de scénariste, le travail d'écriture aurait été confié aux "nègres" personnels de celui-ci, comme le confie André De Toth lorsqu'il parle de la participation de Philip Yordan : "Il a écrit sur les chèques pour les signer." 

 

En octobre 1958, comme à son habitude, André De Toth partit lui-même chercher le lieu où tourner son film et survola, avec son avion personnel, les parcs nationaux aux alentours de Bend dans l'Oregon. Il choisit le plateau de Dutchman Flat, régulièrement enneigé et difficile d'accès par la route, et décida d'y faire construire le village de Bitters, réalisé par le chef décorateur Jack Poplin. L'équipe, une soixantaine de personnes, dont des habitants de la région, fut logée dans un hôtel historique de Bend, Le Pilot Butte Inn, pendant les deux semaines du tournage en décors réels.

 

La-Chevauchee-des-Bannis.jpg

 

Elle dut affronter des conditions climatiques difficiles. Le froid, des tempêtes de neige, du blizzard, mais ces intempéries contribuèrent à l'authenticité du film. La grande majorité des intérieurs furent tournés ensuite, au mois de décembre 1958, à Los Angeles, aux Kling studios, anciennement studios de Charles Chaplin.

 

Chef-d’œuvre culte mais peu connu, La Chevauchée des bannis raconte la prise en otage d’un petit village reculé par une bande de hors-la-loi de passage.


Day of the Outlaw échappe aux sentiers battus du genre. Ce film d’André De Toth se distingue d’abord par son élégance austère, son dépouillement esthétique. La rigueur de l’écriture, la perfection de l’interprétation, l’étrangeté des situations font bien de cette sombre et insolite Chevauchée des bannis un western très important. Les décors sont minimalistes : un saloon, une épicerie, deux maisons, des intérieurs spartiates et la majesté des montagnes recouvertes de neige.

 

Noir, cruel, sarcastique, hanté par la violence et la mort, porté par des acteurs impeccables, le sombre et minéral Robert Ryan ou encore Burl Yves, au jeu aussi subtil que son physique est corpulent, La Chevauchée des bannis raconte aussi l’histoire très américaine d’un individualiste qui finit par réintégrer sa communauté.


Synopsis

 

Bitters, un village montagneux du Wyoming. Quelques cabanes enfouies sous la neige au pied d’imposantes montagnes !

 

La-Chevauchee-des-bannis---Robert-Ryan.jpg Robert Ryan

 

Blaise Starrett (Robert Ryan) arrive dans ce petit village perdu au fin fond du Wyoming. C’est un éleveur qui a autrefois "nettoyé" le coin de la racaille qui l’infestait; raison de plus pour désormais avoir du mal à supporter que les fermiers récemment installés s’approprient les terres par la mise en place de fils de fer barbelés. Il est d’ailleurs prêt à mettre le feu à la carriole qu’il croise à la toute première seconde du film, et qui en est remplie.

 

Mais apparemment, ce n’est pas la seule raison de sa forte détermination à lutter contre les fermiers; en effet, l’un d’entre eux, Hal Crane (Alan Marshal), n’est autre que l’époux de Helen (Tina Louise), la femme avec qui il eut autrefois une liaison et de qui il est toujours fou amoureux.

 

La-chevauchee-des-bannis---.jpg


Quoi qu’il en soit, Starrett et Crane en arrivent à se défier à mort mais, alors qu’ils sont sur le point de se battre en duel, font violemment irruption dans la ville sept bandits poursuivis par l’armée et menés par l’inquiétant Jack Bruhn (Burl Ives). Ce dernier est un ancien officier de cavalerie, un homme chargé d’histoire, comme Blaise Starrett. qui vient avec son gang de dévaliser la paie des soldats.

 

Burl Ives La-Chevauchee-des-bannis---Burl-Ives.jpg

 

Blessé assez gravement, Jack Bruhn espère se faire soigner dans ce coin reculé où il compte passer quelques jours cachés de ceux qui recherchent activement son gang. Une fois que la balle a été extraite avec succès, et bien que très affaibli, il arrive encore à canaliser l’envie de violence de ses hommes envers les habitants du village et notamment les femmes.

"À West Point, on m’a appris à être soldat. Ça laisse peu de place pour être humain." reconnait Jack Bruhn. Sous ses ordres, Gene (David Nelson) se présente comme un jeune homme dépassé, loin d’être fondamentalement mauvais. Les autres membres de la bande composent, quant à eux, une galerie de dégénérés violents et pervers, que la seule l’autorité de Bruhn permet de contrôler plus ou moins.

 

La-Chevauchee-des-Bannis-1.jpg

 

Quand les femmes se sentant en grand danger tentent de fuir, Bruhn fait infliger une sévère correction à Starrett qui a finalement décidé de faire front avec les fermiers et de prendre la tête de la résistance. La tension est à son comble à l’occasion d’une soirée organisée par les bandits, qui tentent alors d’abuser des femmes qu’ils ont obligées à venir; Bruhn intervient quand le bal commence à dégénérer mais Starrett a peur que cela ne se reproduise. Une idée lumineuse lui vient alors à l’esprit : égarer les hors-la-loi en leur faisant miroiter un passage imaginaire dans la montagne par lequel ils pourraient prendre la fuite.

 

La chevauchée des bannis La chevauchée des bannis commence... 

 


Le générique du film débute normalement pour laisser place en son milieu à une conversation à deux entre Starrett et son contremaître qui, en quelques phrases et en un seul plan fixe, nous fait comprendre toute la situation. Si les premiers échanges nous font penser que l’histoire sera d’une banalité confondante pour tous les amateurs de westerns, le thème du conflit entre éleveurs avides de grands espaces et fermiers casaniers étant certainement le plus usité du genre, l’on apprend immédiatement dans la foulée que les barbelés semblent être une mauvaise excuse, le troupeau de Starrett ne passant qu’une fois par an sur ces terres. La rivalité entre les deux clans serait plutôt passionnelle, Starrett voulant impérativement récupérer la femme de l’agriculteur.

 

La-chevauchee-des-bannis---Tina-Louise.jpg

 

Tina Louise

 

Et le générique de repartir d’où il s’était arrêté ! Modernité de la mise en scène, convention de l’intrigue, si cela avait été si simple ! Alors que le sujet, les situations et les personnages étaient bien campés, à la 18ème minute on tourne la page sans que rien ne se soit résolu et une autre histoire commence; l’irruption brutale des hors-la-loi lors d’une scène déjà fortement tendue fait bifurquer le film vers une toute autre direction. "Je voulais explorer la bizarre situation suivante : un groupe de hors-la-loi en fuite qui terrorise une petite communauté de l’Ouest, et puis, par un sort de la nature, devient lui-même prisonnier d’un silence blanc au milieu de nulle part" disait le scénariste Philip Yordan. Sa description de cette "seconde" partie est intrigante, le film le sera désormais tout autant, la tension ne se relâchant à aucun moment.

 

Le film semble dessiné à l’encre de Chine : contrastes du noir et blanc, graphisme des plans larges, sécheresse du trait, économie des mouvements d’appareil. Cette épure sert une histoire d’une grande richesse morale, psychologique, existentielle.

La bande de gangsters, tous plus ou moins psychopathes et obsédés sexuels, casting de seconds rôles tip top, préfigure celle de La Horde sauvage.

 

Nous assistons d'emblée à une sorte de combat psychologique entre deux comédiens formidables : Robert Ryan, qui a grandement participé à l’écriture du scénario et Burl Ives, qui interprètent avec une grande sobriété deux personnages difficiles à cerner, d’une richesse et d’une ambiguïté sacrément captivantes. La-chevauchee-des-bannis-copie-1.jpgLe premier, de prime abord antipathique, individualiste forcené capable de toutes les bassesses pour remettre la main sur la femme de son ennemi, va petit à petit se rendre compte de l’importance de la communauté. Le second, après avoir commis les pires ignominies (le massacre d’un groupe de Mormons), empêchera jusqu’au bout ses hommes de se livrer au pillage et au massacre du village dans une sorte de volonté finale de rédemption ; mais on n’en dira pas plus de peur d’avoir déjà pas mal dévoilé l’intrigue. Des personnages forts mais une interprétation constamment en demi-teinte, tout comme celle de Tina Louise, "la femme par qui le scandale arrive"; rarement inoubliable, celle-ci nous offre peut-être ici son rôle le plus mémorable (même s’il n’a rien à voir avec les photos publicitaires lancées à l’époque pour la sortie du film, qui la montraient avec un décolleté plongeant sur une poitrine généreuse. Il faut dire que Russell Harlan la photographie divinement, tirant le maximum de son beau et délicat visage; elle est tellement bien mise en valeur que l’on comprend pourquoi Robert Ryan tient absolument à la récupérer. Pour la fameuse séquence du bal, André De Toth disait ne pas avoir prévenu l’actrice de ce qui allait lui arriver, ne lui avoir donné aucune indication afin qu’elle soit aussi surprise que le personnage; et en effet, l’effroi qui se lit sur son visage ne semble pas être feint, ce qui était bien le cas.

 

Day of the Outlaw échappe aux sentiers battus du genre. Ce film d’André De Toth se distingue d’abord par son élégance austère, son dépouillement esthétique. Les décors sont minimalistes : un saloon, une épicerie, deux maisons, des intérieurs spartiates et la majesté des montagnes recouvertes de neige.

 

"Habituellement les héros de western étaient tellement bons qu’ils pouvaient marcher avec une auréole au-dessus de la tête, ou tellement mauvais que Lucifer aurait pu venir prendre des leçons. J’aimais les gens et j’essayais de montrer de véritables êtres humains. Les personnages de Day of the Outlaw m’étaient très proches, car j’avais commencé à gagner ma vie comme cow-boy. Cette histoire est vraie et j’ai essayé de la rendre aussi réelle que possible" racontait André De Toth à Bertrand Tavernier lors d’un entretien en 1993 à Lyon et repris dans le livre Amis Américains.    

 

Day-of-the-Outlaw-2.jpgPour atteindre à ce vérisme, que ce soit pour les personnages ou les décors, les situations ou les objets, tous ces derniers sont très éloignés des canons hollywoodiens traditionnels; même s’il est tout aussi vrai que beaucoup de westerns des années 50 avant lui s’en étaient déjà pas mal éloignés. On peut donc avec raison taxer ce film de moderniste, mais n’exagérons rien et n’en faisons pas comme certains un OVNI car il eut quand même de nombreux prédécesseurs, dans des styles certes tous très différents.

 

Pour en revenir à La Chevauchée des bannis, ses protagonistes principaux sont avant tout humains, ni tout blanc ni tout noir; paradoxalement même, son héros interprété par Robert Ryan n’apparaît pas spécialement sympathique dans l’immédiat alors qu’au contraire une certaine humanité semble poindre à de nombreuses reprises chez Burl Ives. La volonté d’authenticité peut également très vite se vérifier en regardant attentivement les décors qui sont d’une grande austérité : rarement nous n’avions vu jusqu’ici dans les westerns une épicerie ou un saloon aussi pauvres, aussi vides d’objets. La chevauchée des bannis-copie-2Il faut dire que dans des régions aussi reculées, ces échoppes n’étaient quasiment pas achalandés en hiver, ce qui fait que les étagères et les comptoirs ne débordaient pas vraiment, ni de victuailles ni de boissons. Cet ascétisme visuel se retrouve dans les paysages extérieurs recouverts de neige, et au milieu desquels s’élèvent trois ou quatre malheureuses cabanes disséminées ici et là. Pas grand chose pour attirer le regard, aucun exotisme de l’Ouest, un aspect pittoresque totalement absent; tout est fait pour se concentrer sur les personnages, sur leurs failles et leur psychologie, d’où l’appellation par Bertrand Tavernier de "western dreyerien".

 

En tout cas ce western d’André De Toth, même s’il a subi un échec financier sévère à l’époque, a depuis largement été vengé par toute une frange de la critique française, dont certaines personnalités en font l’un des plus grands chefs-d’œuvre du genre et le sommet de l’œuvre du cinéaste. Le grand écart est néanmoins un peu excessif car il est exécuté au détriment des autres westerns de sa filmographie qui, pour certains, peuvent prétendre à d’aussi belles dithyrambes; on pense notamment à certains films nés de son association avec Randolph Scott qui méritent bien mieux que le dédain dans lequel ils sont tenus, y compris dans le livre de Philippe Garnier aussi passionnant soit-il.  

 

La Chevauchée des bannis ne devrait donc pas nous faire oublier les excellents, Man in the Saddle, Riding Shotgun et surtout cette petite merveille qu’est The Bounty Hunter. Il est également permis de lui préférer l’un des plus grands films noirs des années 50, à savoir Crime Wave, sans oublier le splendide The Indian Fighter ainsi que son étonnant dernier rejeton, Play Dirty. Tout cela pour dire qu’il serait dommage que cet arbre majestueux cache une forêt qui n’en est pas avare de beaucoup d’autres

 

 

Dans  La Chevauchée des bannis, la scène de bal s’avère être le climax du film, insoutenable par sa longueur et son extrême tension, par le tournis que nous donne la caméra échevelée avec ses panoramiques à plus de 180°, par l’entêtement de sa ritournelle qu’on voudrait bien voir s’arrêter, par les regards concupiscents des hommes de Bruhn, par la violence qui sourd de La-Chevauchee-des-bannis-1.jpgces tourbillons sauvages, d’autres séquences d’une intensité dramatique remarquable peuvent ainsi être taxées d’anthologiques comme cette bagarre à mains nues d’une étonnante dureté, filmée de loin au milieu de la neige avec cet époustouflant gros plan de coupe du coup de poing qui fait s’éjecter de la glace du visage de l’adversaire, ou encore, malgré quelques inserts de transparences qui vont à l’encontre de la recherche à tout prix de l’authenticité, ces vingt dernières minutes au milieu de la nature hostile et meurtrière où les chevaux arrivent péniblement à avancer : rarement nous n’avions ressenti le froid à ce point ! "Je voulais raconter une histoire pleine de tension et de peur au milieu de la neige… Je voulais la dureté contrastée du noir et blanc, pas la joliesse de la pellicule couleur." Bon choix d’André de Toth qui, grâce à la superbe photographie assez dure de Russell Harlan, renforce ce côté âpre et oppressant souligné aussi par ce thème musical martial, lancinant et menaçant d’Alexander Courage, compositeur surtout connu de nos jours pour avoir écrit le thème principal de la première série Star Trek.

 

La dureté provient aussi des bandits eux-mêmes ! Car si les personnages principaux ont eu comme consignes de jouer en demi-teinte, les seconds rôles fortement et volontairement typés s’en sont donnés à cœur joie, André de Toth, comme d’ailleurs beaucoup de cinéastes de série B ayant choisi des trognes patibulaires franchement inquiétantes, celles de Jack Lambert, Paul Wexler, Frank Dekova et Lance Fuller. Vous l’aurez deviné, l’humour est quasiment absent de ce hiératique Day of the Outlaw, plus proche du film noir dans ses thématiques, son ton et son ambiance que du western. Peu de coups de feu mais une menace pesante et permanente, aucun exutoire pour le spectateur qui voudrait bien une bouffée d’air suite au générique de fin, après avoir ressenti une certaine claustrophobie au milieu de cet environnement impitoyable.

 

Notons cependant qu’un film de dix ans son aîné lui ressemble étrangement sur de nombreux points, un chef-d’œuvre encore plus puissant et à l’épilogue aussi inattendu dans le mauvais sens du terme pour beaucoup : le rude et sublime Yellow Sky de William Wellman.

 


Sources :

http://www.dvdclassik.com - Erick Maurel

http://www.lesinrocks.com

http://www.imdb.com

http://www.allocine.fr

Published by Ciné Alain - dans Mon univers
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commentaires

bruce92 10/11/2012 21:39


j'ai vu qu'il ressortait dans quelques salles des "Parvis" très envie de le découvrir

Michel Zorba 02/11/2012 17:15


Je ne sais pas où tu vas chercher tous ces films, mais force est de reconnaître que tu tapes juste pour donner envie de les découvrir

 

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