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30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 18:25

 

Date de sortie 30 septembre 2015

 

Ni le ciel ni la terre


Réalisé par Clément Cogitore


Avec Jérémie Renier, Kévin Azaïs, Swann Arlaud,

Marc Robert, Finnegan Oldfield, Sâm Mirhosseini, Christophe Tek


Genre Guerre, Drame


Production Française, Belge

 

Après des études au Fresnoy Clément Cogitore, né en 1983, développe une pratique à mi-chemin entre cinéma et art contemporain. Mêlant films, vidéos, installations et photographies son travail questionne les modalités de cohabitations des hommes avec leurs images. Il y est le plus souvent question de rituels, de mémoire collective, de figuration du sacré ainsi que d'une certaine idée de la perméabilité des mondes. Ses films ont été sélectionnés dans de nombreux festivals internationaux (Quinzaine des réalisateurs Cannes, festivals de Locarno, Lisbonne, Montréal...) et ont été récompensés à plusieurs reprises. Son travail a également été projeté et exposé dans de nombreux musées et centre d'arts (Palais de Tokyo, Paris, Centre Georges Pompidou, Paris, Haus der Kultur der Welt, Berlin, Museum of fine arts, Boston...).

 

"J'appartiens à une génération et une "famille" d'artistes dont la principale caractéristique est de ne pas avoir d'atelier. Alternant entre résidences, studios de tournages, salles de montage et laboratoires photographiques, mon travail se développe au gré des lieux qui accueillent son processus de production. Pourtant cet atelier existe, il consiste en une valise de taille cabine et un ordinateur portable Apple dont les 2 cm d'épaisseur contiennent l'ensemble de mes pièces, images, archives et projets, et dont la sauvegarde automatique est hébergée sur un serveur Google du fin fond du Texas.


Atelier - Clément Cogitoire

 

Pour cette première publication monographique, je souhaitais un livre en forme de visite de cet atelier, qui donnerait à voir l'ensemble de mes pièces mais aussi les images qui les ont précédées, provoquées, accompagnées, consciemment ou non. À la manière des murs d'un atelier d'un peintre qui seraient recouverts de photographies, dessins, reproductions, esquisses, cet objet graphique est un assemblage des documents et images qui sous-tendent mon travail et mes préoccupations.

 

Atelier - Clément Cogitore paru en mars 2014 aux Presses du Réel.


Ces documents balaient un champ iconographique assez large : parfois simple outils de travail, croquis, recherches, ou images de repérages, le plus souvent reproductions d'œuvres d'art, captures d'écran de films, photographies d'objets ou amateures, tous sont partie prenante de l'élaboration de mes images.


Ce montage propose une reflexion plastique sur le processus de création, sur ces "images fantômes" qui hantent chaque nouvelle image produite, toutes ces images enfouies derrière d'autres images. Cette articulation presque archéologique est aussi l'occasion d'une réflexion sur le lien étroit que je fais entre l'histoire de l'art, et plus précisément la peinture religieuse byzantine et italienne, et toutes les images en mouvement qui m'intéressent, de Robert Bresson à Batman. "


Clément Cogitore

 


Ni le ciel ni la terre est son premier long métrage.

 

Filmographie :

Parmi Nous - Fiction réalisée en 2011
- Grand Prix Européen Des Premiers Films – Fondation Vevey

- Prix De La Meilleure Photographie / Lucania International Film Festival


Les Bielutine - Documentaire réalisé en 2011
Quinzaine Des Réalisateurs, Cannes 2011

- Prix Du FIDLAB – Festival International Du Film De Marseille


Un archipel réalisé en 2011
Sélection Officielle – Festival International De Locarno


Visités - Fiction réalisée en  2007
Sélection Officielle – Festival International De Locarno

- Prix Du Jury - Festival International Du Film De Vendôme
- Prix De La Meilleure Photographie – Festival International Du Film de Belgrade


Chroniques - Fiction réalisée en 2006
- Grand Prix (Mention Spéciale) – "Entrevues" Festival International Film De Belfort
- Prix SACD De La Fondation Beaumarchais Paris
- Prix Centre Des Ecritures Cinématographiques – Festival "Ecrans Documentaires"

 

Dans le cadre de son partenariat avec la Semaine de la Critique, la Fondation Gan pour le Cinéma a créé en 2014 une Aide à la Diffusion, pour accompagner, au-delà du Festival, un des sept films (1er ou 2nd longs métrages) de la compétition.
Dotée de 20 000€, l’Aide de la Fondation Gan a été remise le 21 mai à Diaphana, le distributeur français de Ni le ciel ni la terre de Clément Cogitore.

 

Ni le ciel ni la terre

 

Synopsis

 

Afghanistan 2014.


A l’approche du retrait des troupes, le capitaine Antarès Bonassieu (Jérémie Renier) et sa section sont affectés à une mission de contrôle et de surveillance dans une vallée reculée du Wakhan, frontalière du Pakistan.


Malgré la détermination d’Antarès et de ses hommes, le contrôle de ce secteur supposé calme va progressivement leur échapper.


Une nuit, des soldats se mettent à disparaître mystérieusement dans la vallée.

 

Jérémie Rénier - Ni le ciel ni la terre

 

Jérémie Renier

Entretien avec le réalisateur relevé dans le dossier de presse.

 

“Ni le ciel ni la terre ne les pleurèrent et ils n’eurent aucun délai”
Le Coran, Ad-Doukhan, verset 29.

 

Ni le ciel ni la terre est au croisement de plusieurs genres. Comment est né le désir premier de ce film ?


L’idée première m’est venue un jour dans une gare, devant une affiche de personnes disparues. Je me suis dit que ces personnes n’avaient pas disparu, qu’elles avaient été assassinées ou qu’elles avaient refait leurs vies très loin, mais que dans ce bas monde personne ne disparaissait jamais vraiment. Ces personnes manquaient simplement à la communauté humaine. Je me suis demandé ce qu’il se passerait si ces personnes avaient vraiment, purement et simplement, disparu de la surface de la terre. Et j’ai eu envie de faire une sorte de polar métaphysique pour parler de la disparition, traiter du deuil par l’irrationnel.

 

Pourquoi le contexte de la guerre ?


Parce que la guerre, c’est des hommes directement confrontés à la mort. Et je voulais raconter l’art de la guerre aujourd’hui, qui utilise les nouvelles technologies pour être dans un contrôle absolu des corps et du paysage qui passe souvent par l’image. Comment le principe de la disparition, de ce manque, peut-il survenir dans un tel dispositif ? Quels enjeux cela soulève-t-il ? La manière dont nous faisons la guerre raconte aussi qui nous sommes.

 

D’autant plus qu’il ne s’agit pas de n’importe quelle guerre…


Oui, en parlant de la guerre d’Afghanistan je voulais qu’il y ait confrontation de croyances. Ni le ciel ni la terre est un film sur la croyance. Au sens très large. Ça commence avec la croyance de ce qui est vu ou n’est pas vu. Ce qu’on croit s’être passé, est-il vraiment ce qui s’est passé ? Puis avec la croyance de l’identité : est-ce qu’on est bien face au bon ennemi, au bon intermédiaire qui va négocier ? Petit à petit, les soldats voient qu’on peut détourner ces sommets de la technologie que sont leurs dispositifs de surveillance, que toujours quelque chose leur échappe. Leur système de croyance est dévié, on bascule dans une autre forme de perception et d’intuition. Ces soldats vont, peu à peu, cesser de réagir à des faits pour réagir à ce qu’ils considèrent comme des signes, glissant ainsi du domaine du protocole à celui de la foi. En résumé, c’est comme si l’on partait d’un film de guerre pour aller vers le genre policier, avec une bascule dans le fantastique…

… pour finir sur un ton métaphysique.


Dans le dernier tiers du film, je voulais emmener le spectateur vers ce qui est vraiment ce que je voulais raconter : comment se construit la croyance, quel sens elle a pour chacun et comment elle fonde une communauté. Ici, les soldats aussi bien que les talibans, qu’ils soient tatoués, barbus ou surarmés sont chacun à leur manière des enfants perdus. C’est-à-dire des gens comme vous et moi : des êtres qui ont besoin d’amour et peur de la mort.
Leur chemin consiste à mettre des mots sur quelque chose qui ne s’explique pas et les met en danger, de construire un système de croyance et de fiction – au sens nécessaire et beau du terme – pour parvenir à combler ce manque d’amour et combattre cette peur de la mort. Les communautés, que ce soit une famille, un peuple ou une civilisation, se constituent autour de mythes ou de récits partagés qui permettent de cohabiter avec ce qui nous dépasse.

 

Ni le ciel ni la terre

 

Votre film bouscule le rapport à la perception.


J’ai envie qu’on en sorte sans pouvoir se dire si c’est un film de guerre, un film fantastique, un film d’auteur, un film métaphysique, plastique… J’avais envie de traverser les genres, notamment dans le jeu avec le spectateur. J’avais envie de lui faire ressentir tant de la peur, qu’une émotion spirituelle.

 

Votre expérience de plasticien vous a-t-elle guidé ?


Oui, elle m’a nourri. Dans ce film, il y a tout mon univers de plasticien. Mais ce qui était important pour moi, c’était de ne pas faire un film d’artiste, expérimental ou ultra contemplatif. Je viens d’une cinéphilie assez radicale et plutôt visuelle – Tarkovski, Bresson, Godard… – puis j’ai redécouvert le cinéma avec la série et ses arches narratives extrêmement fortes, ses drames shakespeariens étalés sur plusieurs saisons… Tout d’un coup, je retrouvais le plaisir qu’on me raconte une histoire et j’ai voulu confronter mon univers très visuel à un récit haletant et des personnages très ancrés. J’avais envie de me confronter à des rebondissements, trouver un équilibre entre un univers halluciné et une dramaturgie forte.

Comment avez-vous écrit le scénario ?


J’ai rencontré Thomas Bidegain assez tôt, sur un traitement, qui a donné lieu à un échange extrêmement nourrissant. Ensuite, j’ai écrit la première version seul. Et à partir du moment où le scénario était assez solide, Thomas est intervenu régulièrement. La forme du film s’est trouvée assez vite mais j’ai mis deux ans à faire aboutir les questions de rythme, d’efficacité, de pure dramaturgie, d’évolution des personnages. Je me suis aussi documenté sur ce qu’est la guerre en Afghanistan, le travail avec les populations locales, l’utilisation des armes, les technologies numériques. J’ai fait des entretiens avec des militaires, regardé des vidéos de soldats qui préparent leurs opérations, les débriefent. Cette guerre est aussi la rencontre de deux civilisations, deux types de pensée : une armée occidentale et un village oriental reculé. Comment instaurer le dialogue entre ces deux parties, l’une dans le pouvoir et l’occupation, l’autre dans la survie et la continuation de son mode de vie ? Comment se parle-t-on, négocie, interagit-on ? Et quand est-ce qu’on arrive dans une impasse ? Ces questions qui relèvent plutôt de ma pratique documentaire m’intéressent beaucoup.

 

Ni le ciel ni la terre - .Ni le ciel ni la terre

 

Le film s’ouvre sur la disparition d’un animal, pas d’un homme…


Cette fausse piste permet d’ouvrir le sens du film. Ce qui agit dans cette vallée ne s’attaque pas aux hommes mais agit sur le vivant dans son ensemble. C’est un phénomène physique, qui se produit à cet endroit, dans ces conditions là. Contrairement aux malédictions ou miracles, ce phénomène n’a pas de morale. Il ne vient pas pour punir ou récompenser. Dans Ni le ciel ni la terre il n’est pas question de religion mais de sentiment du sacré, c’est-à-dire de rapport au divin ou à l’invisible hors de toute utilisation politique de ce sentiment. Il s’agit ici de mystique. Dans l’islam elle a pour nom soufisme. Dans le dernier tiers du film, Antarès assiste à une cérémonie soufie, et d’autres références discrètes ou subliminales au soufisme parsèment le film. Par ce qu’elle prône un islam tolérant, spirituel, basé sur une relation directe de l’individu au divin, cette branche très libre de l’islam est depuis la montée de l’islam radical une des premières victimes de son fanatisme.

 

Au regard de l’actualité, pensez-vous qu’il est d’autant plus nécessaire de parler de la croyance aujourd’hui ?


Quand j’ai commencé à écrire ce film, en 2010, je ne pensais pas qu’il allait être autant en résonance avec l’actualité. À l’école laïque et républicaine, j’ai appris il y a bien longtemps que ce qui m’était enseigné est une réalité objective, une vérité. Et que ce qui sortait de ce cadre relevait de la croyance. J’ai mis du temps à réaliser l’ampleur de ce mensonge. Le monde occidental est une construction de croyances au même titre que les communautés considérées comme archaïques ou nourries de religieux. Notre démocratie est une croyance, les droits de l’homme sont une croyance. Le capitalisme aussi est une croyance, qui a elle aussi ses obscurantistes. Il cause des dommages aussi violents pour l’espèce que le fanatisme religieux. La question n’est donc pas tant : est-ce qu’on vit dans la croyance ou pas ? Mais : dans quelle croyance vit-on et est-ce que celle-ci fait du monde un endroit plus habitable ?

 

Où avez-vous tourné ?


Au Maroc, dans les montagnes de l’Atlas, qui ressemblent beaucoup à l’Afghanistan. Ça n’avait aucun sens pour moi de partir vraiment en Afghanistan, de mettre en danger une équipe pour un film qui pouvait se tourner ailleurs.

 

Ni le ciel ni la terre

Dans vos images, on sent quelque chose de très pensé et en même temps de très intuitif, sensuel…


J’ai tendance à essayer de tout contrôler mais si on cherche à tout contrôler, on tue ce qui est vivant. Donc il faut se mettre en danger. D’autant plus qu’on pouvait se reposer sur le scénario et donc le risquer un peu, le mettre à l’épreuve de la réalité du tournage. On est parti sans possibilité d’un jour de tournage en plus, même si on était malade, même s’il y avait une tempête de sable, des scorpions, des coulées de boue, des caisses de matériel ou des voitures perdues… Tous les obstacles, j’ai essayé de les intégrer dans le film, de m’en servir pour le nourrir d’une réalité quasiment documentaire. Non pas faire le film quand même mais faire le film encore mieux. Et puis on a filmé beaucoup en lumières naturelles. Par choix esthétique – être au bon endroit au bon moment – mais aussi financier. À l’image, il y avait deux ou trois personnes maximum, toute la lumière du film tenait dans un sac à dos. La caméra était très légère, tout était filmé à l’épaule. Je voulais être à hauteur des soldats, dans une énergie de proximité, chaotique. Physiquement, c’était extrêmement éprouvant mais je crois que ça produit un souffle plus fort.

 

Et le travail sur les différents statuts d’images, notamment celles des militaires qui surveillent l’ennemi ?


Il rejoint mon travail de plasticien. On a tourné avec du matériel utilisé par l’armée, une vraie caméra thermique et de vrais viseurs infrarouges. D’où cette image qui donne un fort sentiment de réalité. Je travaille avec le chef opérateur Sylvain Verdet depuis dix ans. On fonctionne presque en duo : il est très proche de la mise en scène, je suis très proche de la lumière… J’essaye de faire en sorte que l’image et la mise en scène soient une seule et même chose.

 

Jérémie Rénier Pourquoi Jérémie Renier pour incarner Antarès ?


Parce que c’est un très bon comédien, capable de se réinventer à chaque rôle. Il n’a pas vraiment d’image figée, il joue à la fois dans des films grand public et des films d’auteurs radicaux. J’avais envie d’un jeu très physique et Jérémie a fait beaucoup de musculation, s’est durci les traits. J’adore le cinéma d’Herzog et l’un de mes modèles était Kinski. Antarès est un jeune croisé du rationalisme, perdu au bout du monde qui essaye de faire son boulot, de mener à bien sa mission dans cette vallée bizarre.

 

Il est assez colonialiste et parfois méprisant envers les populations locales, mais il respecte les règles.

 

Dans cette vallée au fonctionnement perturbé il va franchir certaines lignes rouges, devenir brutal et manipulateur pour tenter de parvenir à ses fins.


Quand il creuse la grotte, sa croyance est proche de la folie…


C’est fou mais le cheminement pour y arriver est très logique. Le personnage d’Antarès était moins attachant sur le papier, Jérémie lui a apporté beaucoup d’épaisseur et de souffle. Pareil avec les autres acteurs. Kévin Azaïs, je l’ai vu en casting et je suis tombé dingue de lui. Il a une énergie folle. Swann Arlaud aussi est un comédien exceptionnel. Quant aux villageois afghans, ce sont pour la plupart des non professionnels qui amènent des présences différentes, singulières, une autre fragilité parce qu’ils n’ont pas l’habitude de la caméra.

 

Et celui qui joue l’interprète ?


Sâm Mirhosseini est un ancien légionnaire. Il dégage une présence et une énergie très forte. Parfois j’avais juste à allumer la caméra et à capter ce qu’il dégage. Quant à Hamid Reza qui interprète le chef taliban, il a un regard très intense et son dialogue avec Antarès vire parfois à l’absurde. On ne sait plus si on doit rire ou pleurer de ces talibans perdus en guenilles, de ces soldats surarmés et désemparés. C’est aussi ce choc-là que j’avais envie de raconter.

 

Kevin Azaïs - ni le ciel ni la terre

 

Kévin Azaïs

 

Et qu’en est-il de l’utilisation de la musique sacrée ?


C’est une musique ancienne, presque médiévale à laquelle je suis très attaché. Notamment Le Chant des sibylles, qui a un sens très important pour moi. Dans la civilisation grecque, c’était le chant des oracles interprété par les femmes lors des séances de divination. Il est encore chanté aujourd’hui en Andalousie, avec d’autres paroles pour les liturgies de Noël. Ce chant méditatif a traversé des croyances différentes, il vient du fond des âges, d’un monde où les hommes parlaient avec les esprits. Mais avant d’être rattachée à un sens ou à un savoir, cette musique me bouleverse de façon immédiate. C’est là sa force absolue : nommer un mystère universel qui n’a pas besoin d’outil esthétique ou culturel pour être perçu.

 

Pourquoi l’avoir confrontée à de la musique électronique ?


C’est une autre attraction musicale forte pour moi. Dans des films précédents (courts métrages ou documentaires), j’ai pas mal filmé des raves, la transe qui se développe, une foule de gens tournés dans le même sens, face à quelqu’un sur scène, inaccessible, hors du monde… Je vois dans ces dispositifs-là la résurgence de rites très anciens, une forme de dispositif liturgique contemporain, débarrassé du religieux.

A la fin du film, Antarès écrit à la femme du soldat disparu : "Je ne disparais pas, je m’absente"…


Cette femme permet de libérer la parole d’Antarès. Avec elle, pour elle, il se met à nommer les choses. Ce qui n’existe pas n’a pas de mot ? C’est justement l’histoire du langage : arriver à nommer l’invisible. Il n’y a pas de cadavre et pourtant, ces soldats ne sont plus là. Comment faire le deuil de quelque chose qui n’est pas vraiment mort ? Pour moi, la phrase d’Antarès est une manière de créer son propre récit pour nommer cette réalité. Son discours est teinté de christianisme mais pas entièrement. Il y est question d’un autre monde qui accompagne le monde. D’où le titre du film : Ni le ciel ni la terre.


Au fond, je ne sais pas si son acte envers cette femme est beau ou monstrueux. Il est je crois comme toute croyance : une fiction consolatrice – peut-être un mensonge - et en même temps il donne un sens au monde.

 

Ni le ciel ni la terre

Ce lyrisme final est brusquement interrompu par l’arrivée de l‘hélicoptère…

 

J’aurais pu m’arrêter sur ce moment lyrique, cette émotion que j’espère à la fois belle et simple. Mais le monde que je raconte n’est pas beau et simple, il est comme le nôtre : beau et terrible.

 

J’ai fait le choix de terminer sur autre chose : cet hélicoptère, la poussière et une musique plus dure.

 

Je ne voulais pas faire un film sur la croyance qui nous aide à nous endormir le soir mais qui au contraire nous réveille et nous hante la nuit.

Mon opinion

 

Après de nombreux courts-métrages, récompensés dans le monde entier, le jeune réalisateur, Clément Cogitoire réalise son premier long métrage avec Ni le ciel ni la terre.

 

Ce film est d'une intelligence rare, à la fois habile, inhabituel, ingénieux et audacieux. D'une force qui assomme, questionne, séduit et dérange dans le même temps, le scénario, coécrit avec Thomas Bidegain est solide et parfaitement documenté.

 

La guerre n'est pas l'enjeu principal. Les montagnes de l'Atlas, en lieu et place de celles de l'Afghanistan, sont superbement photographiées par Sylvain Verdet. La musique est envoûtante.

 

Si les caractères des personnages secondaires auraient mérités d'être plus fouillés, l'intérêt principal du film repose sur un questionnement permanent, qui ne décroît à aucun moment. La croyance dans le sens large du terme. Le deuil, aussi. Avec les convictions profondes de chacun qui se heurtent à l'irrationnel. Au fantastique.

 

Le réalisateur s'interroge et nous interpelle : "Le capitalisme aussi est une croyance, qui a elle aussi ses obscurantistes. Il cause des dommages aussi violents pour l’espèce que le fanatisme religieux. La question n’est donc pas tant : est-ce qu’on vit dans la croyance ou pas ? Mais : dans quelle croyance vit-on et est-ce que celle-ci fait du monde un endroit plus habitable ?" Autant de questions qui ne trouvent pas de réponses rationnelles.

 

"Je ne voulais pas faire un film sur la croyance qui nous aide à nous endormir le soir mais qui au contraire nous réveille et nous hante la nuit." rajoute le réalisateur. C'est réussi.

 

Jérémie Renier domine un casting essentiellement masculin. Il prouve dans cette nouvelle prestation sa capacité à pouvoir tout jouer.

 

Un film dont on ne sort pas indemne, qui pourrait rebuter certains mais, qui pour ma part, restera longtemps en mémoire.

 

Un grand coup de maître, pour ce premier long-métrage de Clément Cogitoire.

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2015
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commentaires

Chris 02/10/2015 12:43

Salut Alain. Je suis à Paris pour la quelques jours. Vu également. Je suis sort KO. Ce réalisateur a réellement du génie, pour dire les choses et nous laisser en plein questionnement. @ +

Josh 01/10/2015 11:55

Slt Alain. J'ai lu de bon papiers sur ce film, mais les critiques de la presse je n'y attache plus d'importance. Ton article est convaincant. Ciao @+

Bruce 01/10/2015 08:26

Bonjour je découvre souvent vos critiques via allociné et je dois reconnaitre que celles-ci correspondent souvent à ce que je pense quand j'ai la chance de pouvoir découvrir les films dont vous parlez. Les articles qui les accompagnent sont toujours très intéressants. Celui-ci m'a passionné. J'espère avoir la possibilité d'y aller. Merci

Jacqueline Magne 30/09/2015 20:52

Merci pour l'info mon cher Alain. Je n'avais pas entendu parler de ce film et du réalisateur encore moins. Je n'ai pas l'impression qu'il soir programmé par ici. En tout cas ta page est très instructive Je vais surveiller les sorties dans le coin. Bises à toi

 

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