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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 23:00

Un-si-doux-visage---Affiche-2.jpg
Réalisé par Otto Preminger

 
Avec  Robert Mitchum, Jean Simmons, Mona Freeman,

Herbert Marshall, Leon Ames, Barbara O'Neil,

Kenneth Tobey, Raymond Greenleaf, Griff Barnett,

Robert Gist, Morgan Farley, Jim Backus


Titre original Angel Face


Genre Policier, Drame


Production Américaine


Date de sortie décembre 1953

 

Au départ, le script, inspiré d'un fait divers, écrit par Chester Erskine et confié au cinéaste s'intitule Murder story. Otto Preminger n’appréciant guère le script de Murder story demande à de proches collaborateurs, Oscar Millard et Frank S. Nugent, de le retravailler.

 

En 1964, Jean-Luc Godard, alors critique aux Cahiers du cinéma, établit dans la revue sa liste des dix meilleurs films américains parlants. Un si doux visage figure en 8éme position de cette liste, dont le tiercé de tête est composé de Scarface, Le Dictateur et Sueurs froides.


Jacques Lourcelles, ne tarit jamais d’éloges quand il s’agit de parler de son cinéaste fétiche, véritablement inspiré quand il aborde n’importe laquelle de ses oeuvres : "Le style délié, élégant, glacial de Preminger, à la fois très proche et très détaché de son sujet, relève autant de la peinture que de la psychologie des profondeurs. La surface et le fond secret de l’œuvre ne font qu’un, sont appréhendés dans une seule visée qui a quelque chose de diamantaire. Au diamant, les films de Preminger empruntent d’ailleurs plusieurs caractéristiques, le brillant, les multiples facettes, la dureté, le mystère".

 

Belle définition qui convient tout à fait à Un si doux visage.

 

Un-si-doux-visage---Jean-Simmons.jpg

 

Jean Simmons

Synopsis

 

Frank Jessup (Robert Mitchum), est ambulancier,. C'est un individu taciturne, assez frustre et désabusé qui traîne sa grande carcasse avec résignation, son seul rêve étant de pouvoir posséder un jour un garage ou de s’adonner au sport automobile.  Il est fiancé à la jolie Mary (Mona Freeman), il s'agit davantage d'une complicité d’agrément plus que d'amour entre eux. 

 

Un-si-doux-visage---Robert-Mitchum.jpg.Un-si-doux-visage---Mona-Freeman.jpg

 

Robert Mitchum                                       Mona Freeman

 

Il est appelé au chevet de Catherine Tremayne (Barbara O’Neill), victime d’une asphyxie au gaz. Cette dernière, femme d’un écrivain (Herbert Marshall) qui l’a épousée en secondes noces, soupçonne une tentative d’assassinat, mais faute de preuves tangibles, la police retient la thèse de l’accident.

 

À cette occasion, Frank Jessup fait la connaissance de la fascinante Diane (Jean Simmons), belle-fille de Catherine. Attiré par une intrigante mélodie au piano qui vient du salon, il y pénètre par curiosité et il découvre alors une femme au visage d’ange en train de jouer un thème obsédant. Diane est absolument superbe et immédiatement captivante par sa beauté gracile.

 

Diane, frappée par une crise de nerfs en apprenant que sa belle-mère a failli mourir, Frank la gifle. Un-si-doux-visage---Jean-Simmons-copie-2.jpg

 

Mais ce à quoi il ne s’attendait pas, c’est que cette gifle se retourne contre lui : "C’est bien pour les crises de nerfs mais la riposte n’est pas prévue" répliquera-t-il interloqué, amusé mais d’ores et déjà conquis. Dès lors Diane vient de prendre un ascendant sur son partenaire et qu’elle ne le perdra jamais.

 

Il accepte d’être engagé comme chauffeur au sein de cette famille : Diane lui a promis qu’avec l’aide de sa belle mère, qu’elle déteste, elle pourrait l’aider à concrétiser son rêve de monter un garage spécialisé dans les voitures de sport.

 

Un-si-doux-visage---Robert-Mitchum-et-Jean-Simmons.jpg Robert Mitchum et Jean Simmons

 

La rencontre de Franck avec Diane va déclencher chez lui un certain regain d’intérêt au milieu de la grisaille qui a l’air de l’envelopper : l’homme blasé se découvre enfin une véritable passion pour une femme.

 

Ils deviennent amants mais Diane ne cesse de semer le trouble dans l’esprit de Frank jusqu’à l’inciter à croire que Catherine Tremayne, par jalousie de la complicité qui l’unit à son père (Herbert Marshall), a essayé de la tuer. Frank n’est pas dupe et lui laisse entendre qu’il pourrait bien s’agir du contraire.

 

Il décide de rompre toute relation avec Diane pour renouer avec Mary. Mais l’envoûtante et mystérieuse Diane va réussir à lui faire changer d’avis.  Frank n’est pas un être faible pour autant, il ne sera jamais dupe du jeu et des mensonges de sa maîtresse. Seulement, il se résigne, impuissant à résister aux attraits de cette femme et privé par la même de toute possibilité de choix; quand bien même, il souhaite prendre une décision, le charme de Diane vient l’en détourner.

 

Un si doux visage - Robert Mitchum et Jean Simmons-copie-1C’est une sorte de démission, d’envoûtement plus que de la faiblesse.

 

Diane demande à Frank : 

"M’aimez vous ? "

 

sur quoi il répond  

"Je suppose,

mais avec vous comment être sûr ?"

 

Diane est réellement amoureuse et son amour est possessif mais aussi très pur : elle est prête à tout pour son amant. Ce sont les autres,  en l’occurrence les avocats, qui la poussent à ne pas faire ce qu'elle souhaitait effectuer. C'est une femme maléfique car déséquilibrée : son amour pour son père est aussi très troublant. Devant un personnage aussi fascinant que Diane, il est assez aisé de se mettre dans la peau de Frank et de comprendre comment il se laisse entraîner sans rien faire, dans cette fatale descente aux enfers.

 

   
Le contrat de Jean Simmons avec la RKO doit bientôt arriver à son terme, et Howard Hughes, en conflit avec la comédienne, avec qui il vient d’avoir une violente dispute et dont il veut se débarrasser non sans l’avoir laissée auparavant entre les mains d’un réalisateur réputé pour sa rudesse et sa poigne de fer, son ami Otto Preminger par exemple, qui devient à cette occasion l’homme de la situation, l’instrument idéal de sa vengeance.

 

Il lui offre une liberté totale, la seule contrainte étant la durée de tournage, à peine 18 jours ! L'actrice, rebelle, a coupé ses longs cheveux, sachant que le patron du studio n'aimait pas les actrices aux cheveux courts.  

 

Un-si-doux-visage---Jean-Simmons-copie-1.jpg

 

Jean Simmons

 

Celui-ci est donc particulièrement dur avec l'actrice pendant le tournage. Il insiste notamment pour que, lors d'une scène, Robert Mitchum gifle réellement, et plusieurs fois, Jean Simmons, ce qui déplaît fortement à l'acteur. Au bout de plusieurs prises, celui-ci se tourne vers le cinéaste et le gifle violemment. La prise suivante fut la bonne.

 

Le couple vedette d'Un si doux visage sera réuni en 1954 dans She couldn't say no de Lloyd Bacon, et en 1960 dans Ailleurs l'herbe est plus verte de Stanley Donen.

 
Deux ans après Un si doux visage, Robert Mitchum tournera de nouveau sous la direction d'Otto Preminger dans Rivière sans retour avec Marilyn Monroe.


Le tournage d'Un si doux visage, commencé, la préparation est réduite au strict minimum et les scènes sont la plupart du temps écrites durant la nuit précédant leur réalisation. Quand on connaît la minutie et le pointillisme de Otto Preminger, il n'est pas étonnant qu’il ait jugé ces conditions de tournage exécrables. Et pourtant, phénomène absolument pas nouveau dans le Hollywood de l’époque, toutes ces contraintes, hâtes et contrariétés n’empêchèrent pas d’avoir pour résultat un bien beau film au fini parfait. Un film splendide avec les caractéristiques récurrentes au cinéma du réalisateur à l’époque. Une certaine froideur clinique; froideur en apparence puisque, comme chez tous les grands cinéastes, froideur qui recèle en fait un romantisme profond, le feu qui couve sous la glace en quelque sorte.

 

Un film qui demande donc à ce qu’on l’apprivoise même si on ne le trouve pas immédiatement à son goût.

 

Un-si-doux-visage---Robert-Mitchum-et-Jean-Simmons-copie-2.jpg  

 

Robert Mitchum et Jean Simmons

 

Un film noir sans être un polar puisque les éléments constitutifs de ce dernier genre sont peu présents ici : aucun des personnages principaux n’appartient de près ou de loin à la police. Dès la séquence initiale qui voit une ambulance s’enfoncer à toute allure dans la nuit, le spectateur pénètre en un territoire mouvant et étrange à la limite de l’onirisme, dans une histoire diabolique et fascinante unissant deux êtres que tout sépare. Dès le départ, un sentiment de fatalité pèse de tout son poids sur cette œuvre, la marque des plus grands films noirs. Robert Mitchum, avec sa nonchalance habituelle fait une nouvelle fois merveille dans Un si doux visage.

  
La musique du film est signée Dimitri Tiomkin, un des plus célèbres compositeurs du cinéma hollywoodien. C’est la musique qui va révéler l’héroïne aux yeux de Frank et du public, le thème étrange et profondément romantique de Dimitri Tiomkin.

 
Le noir et blanc d'Un si doux visage est l'oeuvre d'Harry Stradling, chef-opérateur qui a débuté au temps du muet. Dans son autobiographie, Otto Preminger raconte que le chef-opérateur Harry Stradling, fatigué, a hésité avant d'accepter de collaborer à ce film. Il a finalement donné son accord, à condition qu'Howard Hughes, alors patron de la RKO mais aussi de la compagnie aérienne TWA, lui offre deux billets d'avions à destination de l'Europe, pour qu'il puisse partir en voyage avec son épouse. Howard Hughes a répondu favorablement à cette demande, et, sitôt le tournage terminé, Harry Stradling s'envolait vers le Vieux continent.

 

   Un-si-doux-visage---Robert-Mitchum---Jean-Simmons.jpg

 

Robert Mitchum et Jean Simmons

 

Cette histoire d’une passion dévorante et obsessionnelle, cette inexorable plongée vers un abîme sans fond, d’un sombre romantisme, est menée de main de maître par un cinéaste qui sait comme nul autre installer cette ambiance de fatalité typique aux plus grands films noirs, aidé en cela par le remarquable travail de Harry Stradling à la photo. Une œuvre de commande vite expédiée mais qui au final laisse pantois

 

C’est bien Diane, ange luciférien, qui mène le bal, qui soumet tous les autres à sa volonté : c’est elle qui se compare d’emblée à une sorcière dès la scène du bar : "J’ai garé mon balai en face". On pourrait presque parler d’un climat fantastique et hypnotique tellement les apparitions de Diane, surtout en début de film, sont fantomatiques. Ceci est dû en grande partie aux ellipses de Preminger et de ses scénaristes : on la découvre au bar sans qu’on ait su qu’elle allait s’y rendre et n’est même pas dans le champ de la caméra quand elle y pénètre; on entend seulement la porte s’ouvrir et on voit le regard du barman la remarquer.

 

Un-si-doux-visage---Mona-Freeman-et-Jean-Simmons.jpg

 

Mona Freeman et Jean Simmons

 

Scène suivante, elle se trouve attablée avec la fiancée de Franck sans qu’aucun indice nous ait appris auparavant qu’elle était entrée en contact avec Mary. En dehors de ces ellipses, l’exemple le plus flagrant de ce climat d’étrangeté est donné par cette très longue scène muette vers la fin où nous voyons Diane déambuler, perdue dans ses pensées, à travers toute la vaste maison : un vrai fantôme voire même une morte-vivante qui a déjà franchi la barrière de l’au-delà. Jean Simmons incarne donc ici le modèle parfait de l’ingénue perverse et calculatrice, qui arrive à obtenir tout ce qu’elle avait prévu : "Je sais tirer des gens ce qui m’intéresse". Mais il s'agit dans Un si doux visage  d'un problème psychologique et névrotique qui fait de Diane ce qu’elle est.

 

Le spectateur que nous sommes se surprend à se laisser emporter avec une volupté certaine vers l’irrémédiable dénouement. Le style délié et élégant d'Otto Preminger est là pour nous prendre par la main et la beauté mortifère de certaines séquences font que nous ne pouvons pas résister au trouble que procure cette perle noire. La scène au cours de laquelle, à mi-film, Franck souhaite arrêter ses relations avec Diane mais sans y arriver est d’un lyrisme déchirant et la fabuleuse et enivrante partition de Dimitri Tiomkin n’y est pas étrangère : à ce moment là, elle prend des allures de concertos pour piano de Rachmaninov, à savoir, parmi les moments les plus romantiques de la musique classique.

 

 

 


Sources :

http://www.dvdclassik.com - Erick Maurel

http://www.imdb.com

http://www.allocine.fr

commentaires

roijoyeux 10/08/2013 17:26


très beau film d'Otto Preminger et acteurs très charismatiques c'est pourquoi j'adore le cinéma des années 1940 50 !

chris 17/09/2012 19:05


Jamais vu et ta page redouble mes regrets. à voir donc

 

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