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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 19:22

 

Date de sortie 23 novembre 2016

 

Une vie

 

Réalisé par  Stéphane Brizé


Avec Judith Chemla, Jean-Pierre Darroussin, Yolande Moreau,

Swann Arlaud, Nina Meurisse, Clotilde Hesme, Olivier Perrier


Genre Drame


Production Française, Belge

 

Synopsis

 

Normandie, 1819.

 

À peine sortie du couvent où elle a fait ses études, Jeanne Le Perthuis des Vauds, (Judith Chemla) jeune femme trop protégée et encore pleine des rêves de l’enfance, se marie avec Julien de Lamare (Swann Arlaud). Très vite, il se révèle pingre, brutal et volage.

 

Les illusions de Jeanne commencent alors peu à peu à s’envoler.

 

Une vie - Judith Chemla

 

Entretien avec le réalisateur, Stéphane Brizé relevé dans le dossier de presse.


Un an après La loi du marché, vous arrivez avec un nouveau film.

Une vie était écrit avant La loi du marché, il s'est financé pendant l'écriture et la fabrication de ce dernier. Ensuite, ils se sont enchainés mais ce projet est né il y a une vingtaine d'années, lorsque Florence Vignon, la co-scénariste du film, m'a fait découvrir le roman.

 

Avec cette histoire d'une jeune femme au XIXème siècle, nous sommes loin du chômeur de longue durée.


Le contexte est différent mais je vois le fil entre tous mes films. Et entre celui-ci et le précédent aussi. Jeanne et Thierry, le personnage que jouait Vincent Lindon, sont des êtres qui ont une haute idée de la vie. Thierry l'exprime en refusant une situation insupportable, Jeanne l'exprime dans sa confiance extrême en l'Homme. Ensuite, les contextes sont tellement éloignés que les histoires vont naturellement être différentes. Mais je peux relier ces personnages au delà de l'époque et de la situation sociale.

 

Y-a-t-il un lien entre Jeanne et vous ?


Une vie - Judith ChemlaLe regard de Jeanne sur le monde fait écho en moi.

Jeanne entre dans la vie dite "adulte" sans avoir fait le deuil du paradis de l'enfance, ce moment de la vie où tout semble parfait.

Ce moment où les adultes sont ceux qui savent, ceux qui disent qu'il ne faut pas mentir et qui donc, on le pense, ne mentent pas.

Moment de la vie où l'on voit les choses sans arrière-plan.

L'âge avançant, cet idéal se nuance, en allant parfois jusqu’au désenchantement. Pour s'en préserver, il faut acquérir des outils de protection.

Comprendre les mécanismes qui lient les êtres, garder la bonne distance sans basculer dans une profonde désillusion face à la brutalité des rapports humains.

Comment s'est faite la rencontre avec Judith Chemla ?


Par casting, très classiquement. Je ne crois pas du tout à la notion de personnage, je crois en la personne. Et je savais qu'il fallait que je capte un rapport singulier au monde. Judith n'est pas Jeanne mais elle a un rapport extrêmement intense à ce qui l'entoure. Elle voit ce que d'autres ne savent plus voir, elle ressent ce que d'autres n'osent plus ressentir. Elle est dans un souci constant de vérité. C'est une personne exceptionnelle avant d'être une immense actrice. C'est cela que je filme ; son rapport au monde. Ensuite, son talent d'actrice, talent complètement ahurissant, c'est d'être incroyablement disponible. Elle ne craint aucun espace de la psyché, même les plus sombres.

 

Le film commence alors que Jeanne a environ 20 ans et se termine 27 ans plus tard. Vous ne vous étiez jamais confronté à ce type de récit qui s'étale sur autant de temps.


C'est effectivement une nouveauté pour moi. Et la première question, après avoir réglé les problèmes de narration au scénario, concerna le maquillage et la coiffure. Moi qui ne jure que par le réalisme, je me mettais, de fait, face à ce qui peut sembler pour le coup le moins réaliste qui soit : le rajeunissement et le vieillissement d'un visage par le maquillage.
C'est la première chose que nous avons essayée sur Judith et Jean-Pierre Darroussin (je ne parle pas de Nina Meurisse car à ce moment-là, elle n'avait pas encore été choisie). Si cela n'avait pas été convaincant, je n'aurais pas fait le film. Je ne voulais rien de voyant, rien que je ne puisse filmer en gros plan, rien qui ne fasse pas vrai. Le jour où j'ai vu Jeanne et son père d'abord jeunes puis vieux, j'ai été troublé. La coiffeuse et la maquilleuse ont du talent mais rajeunir et vieillir, au cinéma, ce n'est pas que cela. C'est même loin d'être uniquement cela. Il faut que ce soit bien éclairé mais il faut aussi de grands comédiens. Car c'est un état physique et psychologique. Judith et Jean-Pierre ne jouent pas des gens plus jeunes ou plus âgés, ils sont réellement plus jeunes et plus âgés. Je ne sais pas par quels mécanismes ils font cela mais leur corps tout entier se transforme, leur énergie se métamorphose.

Une vie - Yolande Moreau, Jean-Pierre Darroussin et Judith Chemla

 

Vous évoquez Jean-Pierre Darroussin, il faut aussi parler de Yolande Moreau qui joue sa femme.


Bien sûr car il fallait créer un couple crédible et harmonieux. La personnalité de Jeanne est le fruit de celle de ses parents. Le père est un homme de la terre qui prend grand soin de son jardin et la mère se réfugie dans ses souvenirs. Ce sont des personnages un peu en dehors du monde, très doux, très poétiques. Yolande et Jean-Pierre jouent aussi des personnages très en avance sur leur époque car au moment de marier leur fille, ils lui demandent son avis sur ses sentiments. C'était quelque chose de très rare à ce moment-là. Maupassant évoque même dans le roman la philosophie Rousseauiste du père. Et c'est en cela que cette histoire m'a intéressé. Car à partir du moment où Jeanne a le choix de se marier ou pas, je ne fais pas une thèse sur la condition de la femme au XIXème siècle. La seule chose qui va influer sur les choix de Jeanne est son rapport au monde et à ses parents. Et ce qui se joue là – l'influence de la mère, la lâcheté du père, la culpabilité de Jeanne – devient universel et intemporel. L'histoire appartient alors à tout le monde.

 

C'est une adaptation et comme toute adaptation, il y a évidemment des choses différentes avec le livre. Comment l'assumez-vous ?


C'est ma seconde adaptation après celle de Mademoiselle Chambon. J'avais compris à ce moment-là, que pour être fidèle, il fallait trahir. Notion qui peut d'ailleurs paraître ironique au regard de l'histoire de Jeanne. Mais là, le roman est une montagne. Pas en volume mais en pure littérature. Il s'agit alors de se défaire du littéraire pour accéder au cinéma. C'est ce qui est le plus compliqué en fait. Car le roman de Maupassant impose une telle structure, le style prend tellement de place, qu'il est compliqué de s'en débarrasser. Tout en gardant la trame narrative, il faut tordre le cou à la puissance littéraire pour s'approcher d'une narration de cinéma.

 

Puisque vous dites qu'il faut trahir pour être fidèle, quelle est la “trahison” majeure que vous vous êtes autorisée ?


La grande différence entre le livre et le film, c'est le point de vue. Le film est uniquement raconté du point de vue de Jeanne. Pas une scène sans qu'elle ne soit présente. Chacun des personnages n'existe que si elle est là. Cela nous a amené à notamment modifier une chose importante : la mort de Julien. Dans le livre, Monsieur de Fourville pousse la carriole qui abrite les amours clandestines de Julien et de Gilberte depuis le haut de la falaise. Les deux amants meurent en s'écrasant sur les rochers en contrebas. Nous ne parvenions pas à faire comprendre ce meurtre sauf si nous l'avions filmé. Mais la règle du point de vue unique de Jeanne nous l'interdisait, elle ne pouvait pas être le témoin de cet acte. Il fallait donc trouver une solution pour comprendre que Monsieur de Fourville avait tué les amants avant de se donner la mort. Sa mort qui n'est d'ailleurs pas du tout signifiée dans le roman.
 

Une vieL'adaptation est une appropriation.

Il s'agit de transformer une œuvre littéraire en film. Les outils sont incroyablement différents. Sans omettre la contrainte qu'avec ce genre d'ouvrage, beaucoup de gens se souviennent des évènements saillants du récit.

Il faut donc créer très librement un chemin de cinéma qui relie les temps forts de l'histoire qui appartiennent, eux, au roman.

 

 

 

La structure du film est d'ailleurs différente de celle du roman.


Le grand bouleversement, c'est le mélange des époques. Flashforward, flashback, flashback dans le flashback, ces allers retours dans le temps n'existent pas dans le roman, c'est une différence importante. C'est un montage très différent de mes films précédents. Néanmoins, je garde toujours présent à l'esprit que pour m'autoriser certains longs plans, je dois dynamiser le récit. Cela ne change pas. Avec le souci constant de ne jamais perdre le spectateur malgré une structure plus complexe. Mais une structure qui crée aussi cette sensation du temps qui passe bien plus solidement que si le récit se déroulait chronologiquement. Le présent est éclairé par le passé et réciproquement. Tout s'enchevêtre dans l'esprit de Jeanne et l'effet d'empilement, construit sur des ellipses très brutales, traduit le temps qui passe. On passe d'une époque à une autre comme l'esprit passe d'un souvenir à un autre. À chaque instant l'esprit mêle le présent et le passé, l'existence n'est finalement pas une suite si chronologique de faits. C'est un millefeuille qu'il s'agissait de construire pour traduire ce que Maupassant décrit, lui, avec ses outils d'écrivain.

Ce qui a aussi impliqué un tournage sur plusieurs saisons.


Oui, c'était une évidence que les producteurs ont formidablement assumée dès le départ du projet. Montrer organiquement et physiquement le temps qui passe avec les saisons. Revenir sur les mêmes lieux – la plage, la campagne, le parc, le potager – en montrant la métamorphose de la nature. Cela, mêlé au vieillissement des corps, traduit plus puissamment la sensation de la vie qui s'écoule. Avec l'envie aussi que la nature soit l'écho de la psychologie de Jeanne. Car elle est en lien organique et psychique avec les éléments. Ensemble, ils ne font plus qu'un.

 

Deux choses apparaissent dès la première image : le format presque carré 1.33 et la caméra à l'épaule.


Le format 1.33 crée de l'enfermement pour Jeanne, comme une boîte (sa propre histoire) dans laquelle il lui est difficile, voire impossible, de s'extraire. Le cinémascope était bien sûr envisageable. J'ai exploré cette piste mais dès les essais, ce cadre, en plus de ne pas traduire l'emprisonnement de Jeanne, nous emmenait aussi paradoxalement vers trop de classicisme. Je dis paradoxalement car le cinémascope est pourtant un format moderne. Le mélange du format allongé et des costumes raconte une histoire classique dans l'inconscient collectif contre laquelle il fallait lutter pour donner sa modernité à l'histoire.
La caméra à l'épaule traduit pour moi la pulsation de la vie intérieure de Jeanne. Même lorsqu'elle est au fond du gouffre, filmée en plan fixe, la légère vibration du cadre me raconte qu'elle est encore vivante. J'aime que le plan soit en constant déséquilibre, comme le comédien d'ailleurs. J'aime qu'à chaque seconde le chef opérateur soit en questionnement intuitif de son cadre, qu'il l'ajuste continuellement, même imperceptiblement, en lien avec sa respiration et celle de l'acteur en face de l'objectif. Ce mélange d'un format plutôt utilisé dans le passé (même s'il revient aujourd'hui régulièrement après avoir presque complètement disparu) en même temps que la caméra à l'épaule crée un mariage intéressant. Un mariage qui participe à créer l'intemporel de l'histoire. Et finalement sa modernité.

Une vie - Judith Chemla et Jean-Pierre Darroussin

 

Comment travaillez-vous avec votre chef opérateur ?


Ce film est ma troisième collaboration avec Antoine Héberlé. Sa place dans le dispositif est déterminante. Préparation et tournage, il m'accompagne dans toutes mes réflexions et mes intuitions, sans apriori. J'écris la partition mais comme les comédiens, Antoine l'interprète. Tant dans le dispositif technique mis en place que dans les cadres et les mouvements de caméra. Il sait aussi qu'avec moi, rien n'est jamais figé sur le plateau. Je peux décider d'un axe et le changer au dernier moment car la vérité du plateau est plus puissante que la vérité du papier. Je m'adapte sans cesse et Antoine m'accompagne. Sa lumière magnifique ne contraint rien sur le plateau, pas un mouvement, pas un déplacement, elle est en adéquation avec la mobilité dont j'ai besoin.

 

Parlez-nous aussi de la musique.


L'instrument utilisé est le piano forte, l'ancêtre du piano actuel. Comme la caméra à l'épaule crée une hésitation dans le cadre, il y a dans ce son quelque chose de moins précis qu'avec le piano moderne. L'instrument crée lui-même sa propre mélancolie au delà même de la mélodie. J'ai travaillé avec Olivier Baumont, grand claveciniste, qui m'a fait découvrir la musique baroque il y maintenant pas mal d'années. Il m’a d'abord fait écouter de très nombreux morceaux, nous en avons enregistré quelques-uns et un passage de La Pothouin de Jacques Duphly a naturellement pris sa place. Morceau que je lui ai aussi fait interpréter d'une manière plus déstructurée pour traduire certains moments d'errance de l'esprit de Jeanne. Olivier a aussi composé un thème qui se trouve dans le film. C'est sa première expérience de cinéma.

 

Qu'est-ce que l'on ressent

en s'attaquant à un projet auquel on rêve depuis tant d'années ?


C'est troublant. On se demande même parfois si on a le droit de rendre réel un fantasme. Je pense notamment aux moments où le tournage était difficile, c'est arrivé. J'avais alors l'impression que le roman se vengeait, qu'il m'avait laissé faire quelques temps mais qu'il me montrait qui était le patron. Mélange de bras de fer avec l'œuvre en même temps qu'il fallait se laisser pénétrer non par les mots mais par ce qu'il y a au delà des mots. Les mots du roman sont au coeur d'un paradoxe terrible d'ailleurs ; ils ont fait que cette histoire m'a touché et ils ont été mon pire ennemi. Car il ne faut pas suivre le romancier quand on adapte son livre, il faut lutter contre ce qu'il écrit. Il faut écouter ce qu'il suggère. C'est une étrange bataille.
J'ai aujourd'hui un seul regret après tout ce temps passé avec Jeanne ; c'est que je ne relierai sans doute jamais le livre de Maupassant.

Une vie

 

Mon opinion

 

La réalisation sans fioriture du nouveau film de Stéphane Brizé est surprenante. Tant par le choix de l'image, qui emprisonne le spectateur au cœur du récit, que par l'histoire qui s'étale sur plusieurs années.

 

Concernant son adaptation le réalisateur a déclaré : "Le roman de Maupassant impose une telle structure, le style prend tellement de place, qu'il est compliqué de s'en débarrasser. Tout en gardant la trame narrative, il faut tordre le cou à la puissance littéraire pour s'approcher d'une narration de cinéma."

 

Il rajoute pour définir son héroïne comme une femme qui "entre dans la vie dite "adulte" sans avoir fait le deuil du paradis de l'enfance, ce moment de la vie où tout semble parfait.".

 

Un casting remarquable à la tête duquel Judith Chemla est bouleversante et magnifique.

 

Un grand coup de cœur pour ce film et la magistrale interprétation.

 

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2016
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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 19:19

 

Date de sortie 7 décembre 2016

 

Baccalauréat


Réalisé par Cristian Mungiu


Avec Adrian Titieni, Maria Drăguș,

Lia Bugnar, Mălina Manovici, Vlad Ivanov, Rareș Andrici, Gelu Colceag


Genre Drame


Production Roumaine, Française, Belge

 

Synopsis

 

Romeo, (Adrian Titieni) médecin dans une petite ville de Transylvanie, a tout mis en œuvre pour que sa fille, Eliza (Maria Drăguș), soit acceptée dans une université anglaise.

Il ne reste plus à la jeune fille, très bonne élève, qu’une formalité qui ne devrait pas poser de problème : obtenir son baccalauréat.

Mais Eliza se fait agresser et le précieux Sésame semble brutalement hors de portée.

Avec lui, c’est toute la vie de Romeo qui est remise en question quand il oublie alors tous les principes qu’il a inculqués à sa fille, entre compromis et compromissions…

Baccaluréat

 

Cristian Mungi a obtenu le Prix de la mise en scène grâce à Baccalauréat au festival de Cannes 2016.

Le réalisateur roumain est un grand habitué du célèbre festival puisqu'il y avait remporté la Palme d’or en 2007 pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours.

L'Occident, son premier long métrage, a été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs en 2002.

En 2009, Cristian Mungi est retourné à Cannes en tant que coproducteur-réalisateur-scénariste de la web série Contes de l'âge d'or. En 2012 en tant que scénariste-réalisateur avec Au-delà des collines, récompensé par le prix du meilleur scénario et de la meilleure actrice.

Cristian Mungi a fait partie du Jury du Festival en 2013.

Baccalauréat

 

Note d'intention.

 

Il serait peu probable que Romeo Aldea puisse approcher de la cinquantaine sans avoir jamais fait de compromis. C’était ainsi, peut-être que c’était ce que vos parents vous avaient appris ou c’était ce que tout le monde faisait autour de vous, peut-être que c’était ce que vous aviez compris d’après ce que vous avaient dit vos professeurs, c’était tout ce dont votre esprit, votre âme, votre cœur étaient capables. Il avait dû se passer quelque chose. Et une fois que vous avez fait le premier compromis, le second puis le troisième ont été plus faciles – vous vous êtes doucement réconcilié avec l’idée que les compromis font partie de la vie et qu’après tout, il y a différentes sortes de mensonges, différentes sortes de compromis et toutes sortes de situations. En fait, si le monde était droit et juste, vous auriez aussi été droit et juste – si tout le monde autour de vous avait respecté la vérité et la loi, vous en auriez fait de même.
Mais malheureusement la vie n’est pas ainsi et vous ne voulez pas être un pigeon, un imbécile, un raté etc. Dans la vie, il faut être adaptable pour surmonter les situations troubles, pour décider au coup par coup ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, jusqu’où vous pouvez pousser le compromis, quelles actions sont acceptables pour vous et quelles sont les limites. Et une fois que vous avez réalisé votre premier gros compromis, il n’y a pas de retour en arrière possible, vous ne pouvez pas rembobiner et tout recommencer – c’est fait, vous devez continuer sur la même route, bonne ou mauvaise.

Baccalauréat

Parce que maintenant il existe une complicité entre vous et ceux qui ont été témoins de vos actions, ceux qui vous ont assisté. Ils connaissent votre secret, ils connaissent quelque chose que vous cacherez à partir de maintenant, peut-être pour toujours – et cette complicité vous rend prisonnier d’une toile de liens, d’accords, de réciprocité, de culpabilité, de mensonges, une toile que vous devrez continuer à tisser une fois que vous avez commencé. Il est impossible de la dévoiler et il n’y a pas de retour en arrière possible – cela devient une seconde nature, une partie de votre vie. Par moments, vous la remarquez mais vous la dissimulez rapidement derrière vous pour pouvoir continuer à vivre avec vous-même. Vous vous dites qu’après tout ce n’est pas si dramatique, ce n’est pas la fin du monde, ce n’est pas comme si vous aviez tué quelqu’un, c’est simplement la vie. Un jour, vous devenez parent. C’est là que vous commencez à vous poser des questions. Que devriez-vous dire à vos enfants ? À quoi les préparez-vous ? Les guiderez-vous sur le chemin que vous avez pris ou les encouragerez-vous à avoir des principes quoi qu’il arrive, puisque leur cheminement commence seulement et qu’ils ne doivent encore rien à personne ? Naturellement, en tant que parent, vous voulez le meilleur pour eux. Mais qu’est-ce que le meilleur pour eux ? Et quel monde leur préparez-vous? Celui dans lequel vous avez grandi, ou l’autre ? Un monde véritable ou un monde idéal ? Que devriez-vous leur apprendre : à se battre de toute leur force pour leur propre confort ou respecter les autres et se battre aussi pour leurs valeurs ? La fin justifie-t-elle les moyens ? Les façons de penser et d’agir qui se généralisent, deviennent la norme - elles délimitent les frontières éthiques d’une société, y compris les sociétés au sein desquelles chacun se plaint de la corruption. Bien entendu, nous parlons de la corruption des autres, pas de la nôtre. Nous ne nous voyons pas nous-mêmes, nous sommes au-delà du jugement. On se plaint d’en avoir assez de vivre entouré de mensonges, d’états qui trichent. Les abus et les injustices sont insupportables mais on ne les dénonce pas, on ne s’y oppose pas. Que peut bien faire une personne seule contre tout un monde qui est ainsi fait et fonctionne comme ça ? Une personne pourrait-elle le changer à elle seule ? Non. Est-ce que quelqu’un pourrait au moins essayer ? Lorsque la question fait surface, c’est déjà trop difficile, trop tard. Est-ce que nos enfants pourraient peut-être le faire ? Ils pourraient essayer, mais les parents devraient-ils leur souhaiter ce genre de vie ? Ne devrait-on pas vouloir que nos enfants soient heureux, sereins et espérer que quelqu’un d’autre viendra remettre les choses en ordre, avec tous les sacrifices et les efforts que cela implique ? Pourquoi mon enfant devrait-il être sacrifié ?

Baccalaureat

Baccalauréat est une radiographie du moment où vous réalisez que la majeure partie de votre vie est déjà derrière vous. Vous avez pris les décisions importantes de votre vie, et voici où vous en êtes aujourd’hui. Souvent, la vie à cet âge ne ressemble pas exactement à ce que vous aviez imaginé lorsque vous étiez jeune. Mais c’est comme ça, il n’y a pas grand chose que vous puissiez changer maintenant. Pourtant, vous sentez qu’il y a quelque chose que vous pouvez faire. Quelque chose qui donnerait du sens à toutes les épreuves que vous avez rencontrées : sauvez vos enfants, éduquez-les bien, aidez-les à faire de meilleurs choix que ceux que vous avez faits. Cependant, il n’est pas si facile de décider ce qu’il est mieux de dire aux enfants. 

 

Baccalauréat est une histoire sur les compromis et les principes, sur les décisions et les choix, sur l’individualisme et la solidarité mais aussi sur l’éducation, la famille et sur le vieillissement. C’est l’histoire d’un parent qui se demande ce qui est le mieux pour son enfant, si son enfant devrait être préparé à devenir un survivant dans le monde réel ou s’il devrait se battre pour être toujours honnête et changer le monde autant qu’il le peut. Romeo Aldea est à ce stade de la vie où il sent que la terre bouge sous ses pieds. Il n’est plus jeune mais il n’est pas encore vieux. Son mariage bat de l’aile, sa mère est âgée et malade, sa fille est prête à partir vivre sa vie. Il se demande à quoi ressemblera le monde lorsque sa fille aura quitté la maison, à quoi ressembleront les cinq, dix, vingt prochaines années de sa vie ? Que fera-t-il après ? Il n’a pas de réponses – il ressent juste une grande anxiété et la pression pour continuer tous les jours la course permettant à la routine et au mécanisme de survie de s’exercer. Mais vit-il toujours vraiment ?
Et que pourrait-il faire pour mettre en garde son enfant, pour guider sa fille pour qu’elle ne finisse pas dans la même impasse que lui lorsqu’elle aura son âge ? L’histoire de Romeo Aldea est aussi l’histoire d’une société et de ses institutions. Y a-t-il une relation entre le compromis, la corruption, l’éducation et la pauvreté ? Pouvons-nous éduquer nos enfants très différemment de la façon dont nous avons été éduqués ? L’essence d’un récit pour un tel film ne repose pas sur l’explication de tous les thèmes, la signification ou le sens de l’histoire mais dans la capacité à ne pas trop les limiter. Le langage est toujours abstrait, la communication est toujours imprécise, les détails, parfois, transmettent autant de contenu que l’histoire elle-même. Ce qui est particulier au cinéma, ce sont précisément les détails que l’on ne voit qu’en regardant le film : une attitude non traduisible, un sentiment imprécis, un état d’esprit opaque – des choses qu’on ne peut pas mettre en mots.

Baccalauréat

Baccalauréat fait partie de ce style de cinéma qui accorde de l’importance à la réalité et au réalisme. Bien entendu, ce n’est pas la réalité, on utilise simplement des événements de la vie quotidienne saisis en temps réel, sans montage, pour réorganiser des moments qui auraient pu appartenir à la réalité ; à une réalité plus organisée et structurée que la vie réelle. L’histoire respecte la chronologie des évènements mais elle reste subjective, limitée au point de vue du personnage principal. Néanmoins, l’histoire tente de vous faire comprendre ce que le personnage ressent et à quoi il pense – mais seulement en l’observant à distance. Ce qui importe c’est la vérité du moment. Le point de vue du réalisateur à propos des questions morales que soulève l’histoire, l’interprétation de l’acteur, le style du film – rien ne devrait vous distraire du flot d’évènements pour que vous puissiez tirer vos propres conclusions sur l’histoire, les personnages, les valeurs et croyances mises en question. Si le film réussit à vous faire réfléchir à vos propres choix de vie, vos mensonges ou vos décisions passées, ce serait un merveilleux bonus. Nous faisons des films pour raconter des histoires, pour poser des questions, pour chercher un monde meilleur autour de nous. Mais il y a beaucoup d’histoires à raconter. En tant que réalisateur vous devez vous demander : pourquoi avez-vous choisi cette histoire en particulier ? Espérons que c’est parce qu’à un moment de votre vie, c’était ce qui vous semblait le plus important. Et vous étiez déterminé à la raconter aux autres, parce que vous pensiez que cela leur parlerait de choses qui ont vraiment de l’importance.


Cristian Mungiu

Baccalauréat

 

Mon opinion

 

Avec ce nouveau film Cristian Mungiu, récompensé au dernier Festival de Cannes par le prix de la mise en scène, plonge le spectateur en plein cœur d'une Roumanie d'une incroyable tristesse.

 

Un médecin, tente d'imposer à sa fille ses idées et tout ce qu'il juge nécessaire afin de lui assurer un avenir meilleur, mais surtout, ailleurs. Le scénario survole la propre histoire de Romeo, ce père, et principal protagoniste du film. Sa propre vie n'est ici qu'une succession de faits à peine effleurés. Son mariage qui, visiblement part à la dérive. Il en va de même sur la relation qu'il entretien avec une maîtresse, désireuse d'une autre vie. Cette dernière attend surtout de son amant un rendez-vous avec orthophoniste pour son fils. Des faits divers et variés ne trouvent aucune explication, tels vitres brisées en pare chocs qui vole en éclats. Pire encore, une agression sur la propre fille de Romeo. Pas davantage d'explications quant au petit ami qui, selon le père, pourrait être le coupable. Plus certainement le témoin de la dite agression.

 

Seule véritable constatation l'impuissance de la police. Entre passe droit malversations et tricheries diverses Romeo voit ses idéaux s'effondrer les uns après les autres. Seul conseil d'un policier pour se prémunir de certains de ces délits, installer une caméra de surveillance. Tout semble partir à la dérive.

 

Je me souviens de l'émotion ressentie avec les précédentes réalisations de Cristian Mungiu "Au-delà des collines" ou encore le magnifique "4 mois, 3 semaines, 2 jours". Dans ce dernier film, d'une incroyable noirceur, l'ensemble manque de profondeur.

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2016
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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 19:10

 

Date de sortie 2 novembre 2016

 

Mademoiselle


Réalisé par Park Chan-Wook


Avec Kim Min-Hee, Tae-ri Kim, Ha Jung-Woo

Kim Hae-Sook, Jin-woong Jo, Sori Moon


Genre Drame


Production Sud-coréenne

 

Synopsis

 

Corée. Années 30, pendant la colonisation japonaise.

 

Un dandy malfaiteur, (Ha Jung-Woo) qui se fait passer pour noble et fait engager, SookHee, (Tae-Ri Kim), jeune femme habile en arnaque, comme servante d’une riche japonaise, Hideko, (Kim Min-Hee) vivant recluse dans un immense manoir sous la coupe d’un oncle tyrannique et bibliophile (Jin-woong Jo) qui a obtenu la nationalité japonaise.

 

Mais Sookee a un secret. Convaincre sa maîtresse d'épouser le bel escroc qui l'arracherait, ainsi, des griffes de son oncle.

 

Une fois mariée, Hideko finirait dans un asile de fous pour que l'escroc, enfin riche, fasse les quatre cents coups avec sa fortune.

 

Mais rien ne va se passer comme prévu...

Mademoiselle

Lauréat à Cannes du Grand Prix pour Old Boy en 2004 et du Prix du Jury pour Thirst, ceci est mon sang en 2009, Park Chan-Wook  est l’un des représentants les plus marquants de la renaissance du cinéma sud-coréen. Réputé pour la puissance de sa mise en scène et son dynamisme narratif, il est un cinéaste qui continue de nous surprendre.


Dans les années 1990, Park Chan-Wook, cinéphile, a conjugué son activité de critique de cinéma avec celle de réalisateur jusqu’en 2000, date de son premier succès commercial, Joint Security Area présenté en compétition officielle à la Berlinale.

 

Mais c’est en 2002 avec son film suivant, Sympathy for Mr. Vengeance, salué par la critique, qu’il définit le style qui fera sa renommée.

 

Après le succès et la reconnaissance internationale de Old Boy ses films Lady Vengeance (Compétition officielle, Mostra de Venise 2005)Je suis un cyborg (Compétition officielle, Berlinale 2006) et Thirst, ceci est mon sang (Compétition officielle, Festival de Cannes 2009) ont montré l’étendue de son talent.

 

En 2013, il a réalisé Stoker, son premier film en anglais avec  Mia Wasikowska, Nicole Kidman et Matthew Goode, explorant ainsi d’autres territoires.

 

Sarah Waters - Du bout des doigts

 

 

.

Park Chan-Wook  retrouve la Corée avec Mademoiselle, inspiré du thriller historique de Sarah Waters, Du bout des doigts.

 

Interview du réalisateur relevé dans le dossier de presse.

 

Comment le livre est-il devenu votre nouveau film ?


Il s’est passé la même chose qu’avec Old Boy. Le producteur Syd Lim est tombé sur le livre, me l’a fait lire et m’a demandé ce que j’en pensais. Je suis sûr que tous les autres lecteurs ont ressenti la même chose, la première partie du roman m’a complètement pris par surprise. Non seulement ça, mais je suis aussi tombé amoureux du style précis et vif de l’auteure. J’ai surtout choisi cette histoire parce que les deux femmes au centre du récit semblaient très réelles. L’une a un passé sombre et l’autre a un présent désespéré, cependant il se dégage des deux une grande individualité et beaucoup de charme.

 

Dans le roman, l'histoire se déroule à l'époque victorienne. Pourquoi l'avoir transposée pendant la colonisation japonaise dans les années 1930 plutôt qu'à un autre moment de l'histoire coréenne ?


MademoisellePour des raisons pratiques.

 

En réfléchissant à une société où la noblesse existe encore, ainsi que le métier de servante, où un personnage collectionne des objets rares, etc., cela semblait le bon choix.

C’était une époque où certains aspects traditionnels demeuraient mais où la modernité commençait à prendre le dessus.

 

 

 

Vous attachez toujours beaucoup d'importance aux décors ?


La maison est un espace important. Kim Hae-Sook dit au début, "Même au Japon, on ne trouve pas de maison qui allie les styles occidentaux et japonais. Elle reflète l’admiration de Maître Kouzuki pour le Japon et l’Angleterre." Donc quand des personnages entrent dans les appartements de style japonais, ils doivent retirer leurs chaussures et lorsqu’ils traversent l’aile de style occidental, ils doivent les remettre. La personnalité de la maison est un élément important. La chambre de Hideko se situe dans l’aile occidentale, par conséquent elle dort dans un lit et mène la vie d’une Lady. À l’inverse, la chambre adjacente de la servante est de style japonais - Sookee vit dans un oshiire, une sorte de placard dans lequel on range les futons et les draps.

L’espace le plus important en termes de décors est la bibliothèque. L’extérieur répond au style de l’architecture japonaise traditionnelle, mais à l’intérieur il s’agit d’une bibliothèque occidentale. On y trouve aussi des tatamis qui, durant les lectures, se transforment en jardin japonais avec des galets blancs, des pierres et de l’eau.

 

Mademoiselle.

 

Les jardins japonais sont censés reproduire le monde en miniature (les montagnes et les rivières, les lacs et les forêts), donc le fait que Kouzuki le déménage à l’intérieur est comparable à la création d’un nouveau monde à l’intérieur de son propre royaume.

Les mouvements de la caméra dans l'espace sont étonnants, pouvez-vous nous en parler ?

 

La maison est grande et il y a peu de personnages dans cet immense espace vide. Par ailleurs, dans la première partie, nous voyons de nombreuses scènes du point de vue de Sookee et de celui de Hideko dans la seconde. Tout le long, il y a une sorte de "jeu de regards" dans lequel quelqu’un regarde quelqu’un d’autre, ou ignore quelqu’un, ou se doute que quelqu’un le regarde. Cette dynamique s’exprimait parfois mieux dans des gros plans et à d’autres moments par des mouvements de caméra.
Au début je voulais tourner le film en 3D. Habituellement, on l’utilise pour les films de science-fiction ou d’action, mais j’ai pensé que ce serait intéressant de l’utiliser pour ce genre de drame. La 3D aurait fait ressortir le point de vue de chaque personnage. Finalement, nous n’avons pas pu le faire pour des raisons financières, mais je crois que les mouvements de caméra se substituent aux effets que j’aurais souhaité.

 

Mademoiselle

Pourquoi avez-vous utilisé un objectif anamorphique ? J'ai entendu dire que la décoratrice a dû construire un plateau plus grand pour s'y adapter. 


Avant le tournage, j’ai longuement parlé de l’objectif anamorphique avec le directeur de la photographie. C’était l’un des luxes que nous pouvions nous offrir tout en tournant en numérique. Pour moi, la pellicule est toujours supérieure au numérique et, si j’avais le choix, je tournerais sur pellicule. Mais en tournant en numérique, nous avons pu nous permettre d’utiliser un objectif anamorphique. J’ai une affection particulière pour les films tournés avec ce type d’objectif et mon directeur de la photographie était intéressé par l’idée de combiner un objectif ancien et une caméra numérique. L’image ainsi créée est assez unique et me semblait adaptée au décor d’époque.

Avant le tournage, vous avez donné des CD à écouter aux acteurs et à l'équipe. Quelle était votre intention ?


Ce n’était pas parce que j’avais l’intention d’utiliser la musique dans le film, mais plutôt pour permettre aux acteurs et à l’équipe de ressentir l’atmosphère qui se dégagerait du film une fois terminé pendant qu’ils se préparaient. Il y a également les dessins du story-board, mais puisque la musique permet également de créer une ambiance, je leur ai donné trois CD à écouter.

 

Pendant le tournage, le jeu de Ha Jung-Woo vous a-t-il surpris ?


Pas tout à fait car pour mes films je sais ce que je veux, mes directions sont assez précises. Je ne suis pas le genre de réalisateur qui donne un scénario à un acteur en lui disant, "Débrouille-toi." Par rapport à d’autres réalisateurs, je donne aux acteurs un très petit espace de travail, mais il arrive que des acteurs très talentueux parviennent tout de même à s’y exprimer d’une façon qui me surprend vraiment et, avec Ha Jung-Woo, c’est arrivé à plusieurs reprises.

Mademoiselle

Dans un entretien vous avez déclaré que les éléments humoristiques utilisés sans certains de vos films ont bien marché. Qu'en est-il de Mademoiselle ?


Dans ce film, l’humour provient du fait que les personnages cachent leur véritable identité et jouent la comédie. Dans de nombreuses scènes, ils cachent leurs sentiments et pensent quelque chose de très différent de ce qu’ils disent. Même si les spectateurs n’éclatent pas de rire dans la salle de cinéma, je pense qu’ils apprécieront ce genre d’humour tout au long du film.

 

Pouvez-vous décrire Mademoiselle en quelques mots ?


C’est un thriller, une histoire d’arnaqueurs, un drame ponctué de rebondissements surprenants et plus que tout, une histoire d’amour.

Mademoiselle

 

Mon opinion

 

Un jeu détestable entre manipulatrices et manipulateurs.

 

Trois récits racontent tout au long du film leur propre histoire, chacun apportant des éléments nouveaux. Les dialogues parfois virulents laissent passer de beaux moments d'humour. Un seul bémol. Certaines scènes trop récurrentes ralentissent le rythme sans laisser passer une réelle émotion.

 

Toutefois, la virtuosité du scénario ne s'essouffle à aucun moment. L'intérêt, apporté par le point de vue des trois principaux protagonistes, tient le spectateur en haleine du début à la toute fin du film.

 

L'amour donnera à celles que l'on imaginait faibles le plus beau rôle. Des années de souffrances les ont enfermées dans des univers différents. 

 

La mise en scène est éblouissante. Les décors et les costumes sont à la fois somptueux et raffinés. La photographie discrète et léchée magnifie l'ensemble que ce soit dans les intérieurs ou au beau milieu d'une végétation luxuriante, ordonnée et somptueuse.

 

Le casting est remarquable. Un grand moment de cinéma.

Mademoiselle

 

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2016
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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 19:01

 

Date de sortie 16 novembre 2016

 

Iris

 


Réalisé par Jalil Lespert


Avec Romain Duris, Charlotte Le Bon, Jalil Lespert,

Camille Cottin, Adel Bencherif, Sophie Verbeeck


Genres Thriller

 

Production Française

 

Synopsis

 

Iris (Charlotte Le Bon), la femme d’Antoine Doriot (Jalil Lespert), un riche banquier, disparaît en plein Paris.

Max Lopez (Romain Duris), un jeune mécanicien endetté, pourrait bien être lié à son enlèvement.

Mais les enquêteurs, Nathalie Vasseur (Camille Cottin) et Malek Ziani (Adel Bencherif) sont encore loin d’imaginer la vérité sur l’affaire qui se déroule sous leurs yeux.

 

Iris - Jalil Lespert & Romain Duris

 

Jalil Lespert et Romain Duris

 

Entretien avec Jalil Lespert relevé dans le dossier de presse.

Du trio de personnages principaux, Max, incarné par Romain Duris, est celui dont le parcours est le plus imprévisible.


Max s’exprime peu et de façon plutôt âpre ; il est brut de décoffrage... On comprend ce qui ne fonctionne pas dans sa vie, ce qu’il a perdu avec sa famille, mais on ne sait pas quel virage il va prendre.

C’est un personnage qui est dans l’action et le temps présent !

 

Romain Duris est justement de ces comédiens qui cultivent l’humanité derrière l’ambiguïté ou la noirceur…


J’étais flatté que Romain accepte et j’ai pris un plaisir fou à travailler avec lui. On ne l’avait pas tellement vu jouer ce type de rôle. Max traîne un passif chargé. Il est à la fois rustre et animal, fortement ancré dans sa masculinité. J’ai toujours été motivé par l’approche physique d’un personnage et c’est l’angle d’attaque de Romain. C’est une qualité, un engagement puissant que j’apprécie particulièrement.


Romain Duris - IrisRomain a ce plaisir ludique de s’investir pour un rôle, de le construire. Il est de ces acteurs qui savent utiliser leur corps pour trouver le tempo du personnage.

 

Pour jouer Max, il a tenu à faire de la boxe, ce qui lui a donné peut-être une façon d’embrasser l’espace.

 

 

De dessiner un homme ramassé et à l’affût. Comme un vieux boxeur usé, sur ses gardes, mais prêt à répliquer.

À quoi ressemble un plateau de tournage comme celui d’Iris ?


Depuis quelques films, j’ai dû tourner rapidement en utilisant plusieurs caméras. Sans trop me couvrir. C’est intéressant parce que ça crée du défi. Ça nous oblige tous à être très réactifs sur le plateau !

Aussi, j’aime créer un plateau où l’espace de jeu est le moins figé possible et où je peux tout changer à tout moment. Je m’explique, j’adore les acteurs et je pense être assez précis. Dès que je vois qu’ils ont du mal ou qu’ils sont un peu tendus, je casse tout pour qu’ils se sentent plus à l’aise et puissent renouer avec la fluidité.


Si les acteurs n’y arrivent pas, c’est généralement qu’il y a un problème soit avec les dialogues qui sont mal écrits, soit avec des déplacements dans les décors qui sont inappropriés. Les acteurs sont pour moi le diapason. Je me cale sur leur instinct pour essayer de gommer ce qui ne va pas. C’est pourquoi je mets tout en place pour que la technique se cale sur eux, jamais l’inverse. Quitte à devoir tout changer !

 

Est-ce que Iris a été l’occasion de goûter au plaisir de l’exercice de style à la Hitchcock ou De Palma ?


Bien sûr ! Étant nourri de thrillers, l’occasion de se frotter à ce genre était très tentante ! Et bien entendu, des films comme Vertigo ou Body double ont été des références pour moi. Ce que j’adore avec les thrillers c’est qu’il y a la distance de la convention. Il s’agit vraiment de fiction, c’est comme un tour de train fantôme, il ne faut pas prendre trop au sérieux les choses. Et il faut avoir envie d’y croire pour que ça marche, ce n’est en aucun cas une prise d’otage.

Iris est un thriller de manipulation qui joue avec les codes du film noir sensuel. Un film où il est autant question de désir que de trahison et dans lequel j’espère que le spectateur pourra se laisser happer sans s’en rendre compte....

À l’inverse de thrillers en vogue des années 90 comme Jade ou Body l’aspect sulfureux – le bondage – est abordé frontalement et non pas comme un objet de décoration…


J’ai tenté d’être le plus honnête possible sur le sujet. L’esthétique liée au bondage est extrêmement raffinée. Au Japon par exemple c’est un art. Je me suis intéressé au sens et à l’esprit de cette pratique pour la filmer dignement. J’ai aussi travaillé sur la figure du martyr dans l’art chrétien : du strict point de vue de la direction artistique, les correspondances sont surprenantes. Sur le plateau, les lumières étaient très travaillées. J’avais en tête l’appartement de Rainer Fassbinder, seventies avec une moquette épaisse et des murs sombres, des miroirs à hauteur des sexes. Les reflets étaient à la fois chauds et bleus, enveloppants et flamboyants.

 

Au-delà du bondage, il y a une forme d’amour qui irrigue le tandem que vous incarnez avec Charlotte Le Bon.


Cet amour nous échappe, mais il existe : c’est lui qui les fait déraper dangereusement. Au-delà de l’intrigue, rendre leur amour palpable était crucial : je voulais donner du corps à ces personnages, quelque part les sauver. Je voulais qu’on les aime malgré tout ! J’ai essayé de trouver le juste équilibre entre l’efficacité d’un film de genre et l’émotion que peut susciter un film d’amour.

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à jouer pour la première fois dans l’un de vos films ?

 

Longtemps, j’ai pensé que jouer dans mes films serait trop difficile. Je ne m’en sentais pas capable et, à vrai dire, je n’en avais pas envie. Il y avait une pudeur mal placée, de l’orgueil aussi, la peur d’être confronté à ses propres limites…
Romain Duris a eu une influence déterminante : c’est lui qui m’a suggéré de jouer Antoine. On avait failli jouer ensemble il y a quelques années, mais le film ne s’était pas fait. Iris, c’était l’occasion de le faire.

 

Jalil Lespert - IrisSurtout, j’adore ce personnage. Antoine véhicule une charge émotionnelle incroyable ; il est ambigu, pervers et en même temps rongé par toutes ses fêlures.
J’ai demandé à Jean-Édouard Bodziak, un ami comédien et coach – notamment de Charlotte Le Bon sur Yves Saint Laurent - d’être présent sur le plateau pour avoir un deuxième regard lorsque je jouais mes scènes.

 


Avec un peu de méthode, j’ai trouvé la bonne distance pour juger mon travail, comme si c’était celui de quelqu’un d’autre. Avec Charlotte et Romain, on a aussi un rapport amical qui a facilité les choses.

Être comédien ou réalisateur relève-t-il de la même nécessité, du même niveau d’intensité ?

 

Oui, mais c’est juste la fonction qui est différente. Fabriquer et finaliser un film, c’est revendiquer son bébé. M’impliquer dans l’univers d’un autre en revanche me nourrit : je viens de tourner dans Orpheline d’Arnaud des Pallières qui travaille d’une manière très différente et dont j’admire les partis pris, les audaces. Quand tu tournes avec des réalisateurs comme Laurent Cantet, Xavier Beauvois, Alain Resnais... tu retrouves la même foi, la même énergie, la même candeur aussi. Et c’est une nourriture formidable pour moi !
Je n’aurai pas supporté d’être uniquement acteur. Ou alors, il aurait fallu que je fasse en parallèle du théâtre, ce qui plus jeune ne m’attirait pas. Passer par la mise en scène dès 2000 avec mon premier court-métrage a été une soupape, un moyen d’échapper à l’obsession de faire carrière, à l’angoisse de ne plus être désiré. Je profite des bons côtés de ces deux métiers sans trop souffrir des mauvais : c’est l’équation parfaite !


Charlotte le Bon a explosé grâce à Yves Saint Laurent. Dans Iris, elle est la figure de la femme fatale, sublimée et effrayante.


Elle est encore montée d’un cran ! C’est une actrice qui travaille beaucoup et qui est très exigeante envers elle-même. Iris, c’est une femme pour laquelle Max et Antoine vont se damner : peu d’actrices ont ce pouvoir de fascination. Charlotte a cela. Elle possède aussi une profondeur, un mystère assez déstabilisant.


Dans Iris, elle m’a une nouvelle fois bluffé : elle a réussi à être aussi énigmatique que magnétique. Et puis Charlotte a su parfaitement jouer ce personnage multiple : maîtresse femme, oiseau de nuit, amoureuse… Elle est impressionnante !

 

Charlotte Le Bon - Iris

 

À l’image du personnage de Charlotte le Bon, Paris est transfiguré en un univers parfois méconnaissable, glacial et oppressant…


C’est le fruit d’un travail en collaboration étroite avec Pierre-Yves Bastard, le chef opérateur, et Michel Barthélémy, le chef décorateur. Je voulais des clairs-obscurs, du mystère et du secret ; on a aussi beaucoup évoqué Gone girl pour les nuances de vert et les tonalités froides. Leïla Smara, la directrice artistique, a joué un rôle fondamental dans le choix des costumes et accessoires. Notamment en ce qui concerne le milieu de la nuit. L’esthétique du cinéma de genre coréen, de Memories of Murder à The Chaser revenait souvent dans les discussions. Pierre-Yves est également très nourri de BD : il m’a fait découvrir des planches sublimes jouant sur le chaud et le froid, la saturation de couleurs affranchies de tout naturalisme. Il prend des risques et trouve souvent à l’instinct : on s’est accordé sur la volonté de ne pas installer Iris dans une lumière trop linéaire, mais au contraire de multiplier les ruptures.

Que pensez-vous avoir gagné ou perdu depuis vos débuts dans la mise en scène ?


J’ai préservé l’envie, l’énergie qui me rend heureux sur un plateau. J’ai le sentiment d’y être vraiment à ma place. Je m‘y suis retrouvé à 18 ans en tant qu’acteur ; j’ai appris le rôle et l’importance de chacun ; aujourd’hui encore, je me régale. Être réalisateur, c’est accepter aussi la solitude du leader.
L’envie de réaliser est venue de la nécessité de trouver un vecteur d’expression. La grammaire cinématographique était à portée et je m’en suis emparée pour m’exprimer. Réalisateur, c’est convaincre jusqu’à 400 personnes de figurer au générique sur la base d’une idée : c’est magique et vital pour moi.
Au fil des tournages, je me suis libéré d’une grande partie de mon stress, d’une euphorie à double tranchant. Tu peux être à la fois porté et assommé par la puissance d’un doute ! J’essaye d’être plus serein. J’ai apprivoisé la technique de ce métier et retenu quelques leçons. Comme celle d’accepter qu’on apprend aussi de ses échecs, de ses erreurs.

 

S’il y a un fil conducteur entre tous vos films, ce pourrait être le portrait d’hommes se battant pour leur intégrité, qu’elle soit familiale (Des vents contraires), artistique (Yves Saint Laurent.) ou morale (24 mesures)…


Peut-être. Ça m’échappe encore un peu. Je me suis souvent posé cette question des thèmes qui me tiennent à coeur, de mes obsessions. S’il y avait une récurrence, un sens à tout ça. Je n’ai pas de réponse précise. Alors, ça me plaît de croire que l’instinct me guide et qu’il suffit de lui faire confiance.

Pour lire la suite, cliquez ici.

Iris - Romain Duris et Charlotte Le Bon

 

Mon opinion

À la fois coscénariste, adaptateur et dialoguiste, Jalil Lespert signe également une mise en scène soignée.

 

Ses références vont de Vertigo à Body double en passant par Gone Girl ou le cinéma coréen et Memories of Murder.

 

Les éclairages de Pierre-Yves Bastard accentuent le côté très sombre du scénario. Un thriller démoniaque dans lequel la manipulation tient la première place, avec aussi une cascade de rebondissements astucieux, même si quelque peu prévisibles.

 

Le scénario ne s'attarde pas sur le caractère des principaux protagonistes et l'ensemble aurait mérité un rythme plus soutenu pour faire de ce polar une parfaite réussite. Un bémol qui n'entrave en rien un réel intérêt.

 

Le réalisateur définit son film dans lequel "il est autant question de désir que de trahison et dans lequel j’espère que le spectateur pourra se laisser happer sans s’en rendre compte...."

Pari réussi.

 

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2016
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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 22:42

 

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