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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 21:41

 

Date de sortie 14 septembre 2016

 

Clash


Réalisé par Mohamed Diab


Avec Nelly Karim, Hani Adel, Tarek Abdel Aziz,

Ahmed Malek, Husni Sheta, Ahmed Dash, Aly Eltayeb, Amr El Kady


Genre Drame

 

Titre original Eshtebak


Productions Français, Égyptienne

 

 

Synopsis

 

Le Caire, été 2013, deux ans après la révolution égyptienne.

 

Au lendemain de la destitution du président islamiste Morsi, un jour de violentes émeutes, des dizaines de manifestants aux convictions politiques et religieuses divergentes sont embarqués dans un fourgon de police. Sauront-ils surmonter leurs différences pour s'en sortir ?

Quelques dates :

 

2011 - La Révolution égyptienne met fin à 30 ans de présidence.


2012 - Le nouveau président élu est un membre du Parti islamiste, les Frères musulmans.

 

2013 - Des millions d’Egyptiens se révoltent contre le nouveau président lors des plus grandes manifestations de l’histoire de l’Egypte.


Les jours qui suivent sont le théâtre de sanglants affrontements entre les Frères musulmans et les partisans de l’armée dans toute l’Egypte.

 

Ce film se passe un jour, durant ces semaines.

 

Clash

Mohamed Diab est un scénariste et réalisateur égyptien aux multiples récompenses.


Son travail met souvent le doigt sur les problèmes de la société égyptienne. Il est connu pour son premier film Les Femmes du bus 678, sorti en Egypte un mois avant la Révolution et qui raconte le combat de trois femmes au Caire contre le machisme et le harcèlement sexuel.


Mohamed Diab a écrit le scénario du blockbuster égyptien El Gezira , considéré comme le plus gros succès du box-office de tous les temps en Egypte et dans le monde arabe. Le film raconte la tyrannie de caïds de la drogue dans une île de la Haute Egypte. El Gezira a représenté l’Egypte aux Oscars en 2007.


Dans son pays, Mohamed Diab est aussi connu pour son implication et ses activités lors de la Révolution égyptienne de 2011 pour laquelle il a été récompensé d’un "Webby Award". Son rôle dans la Révolution a été chroniquée dans le best-seller Rising From Tahrir.


Après la Révolution, Mohamed Diab a souhaité faire un film à ce sujet. Pendant 4 ans, il a développé Clash (Eshtebak), son deuxième film qui devait initialement être un film sur l’essor de la Révolution mais qui a finalement été un film qui en capte l’échec.

 

Clash a été sélectionné en Ouverture de la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2016.

 

Entretien avec le réalisateur relevé dans le dossier de presse.

Comment est née l'ifée de Clash ?


Les Femmes du bus 678 est sorti en Egypte quelques semaines avant la révolution de 2011. J’ai participé au mouvement et j’ai très vite eu envie de lui consacrer un film. Mais pendant ces cinq dernières années, les choses ont évolué si vite qu’elles rendaient chaque idée obsolète avant même qu’on ait commencé à écrire. C’est après les événements de 2013 que mon frère Khaled et moi avons évoqué l’idée de Clash. Nous nous sommes mis au travail en nous renvoyant la balle, avec la certitude que c’était la meilleure histoire pour parler de l’Egypte de 2013 et de celle d’aujourd’hui. Les forces en présence, et en conflit, étaient les mêmes : les révolutionnaires, les Frères musulmans, et l’armée. Ironiquement, le seul sujet qu’on a pu trouver sur la révolution, c’est son échec.

 

Quel a été votre rôle en 2011 pendant la révoltion ?


J’ai utilisé ma notoriété alors toute récente. Les Femmes du bus 678 venait de sortir, on m’avait vu à la télévision, les gens me reconnaissaient. Aujourd’hui en Egypte, on me connaît plus comme activiste que comme cinéaste ! Je n’ai pas été un des idéologues du mouvement, plutôt un de ses promoteurs. J’ai mis de côté mon métier de cinéaste pour me battre, aux côtés du peuple égyptien, pour la démocratie. J’ai senti que c’était mon devoir. J’ai toujours pensé que je reprendrais le cinéma quand les choses seraient stabilisées, et, comme beaucoup, j’ai cru qu’elles l’étaient au moment de l’élection présidentielle de 2012. Mais, hélas, tout a changé depuis.

 

Où étiez-vous au moment où se déroule le film, quelques semaines après le départ du président Mohamed Morsi ?


Au Caire. Et comme chaque Egyptien, j’ai été embarqué dans ce qui s’est passé. Tous ces événements ont eu lieu dans la rue, on y était tous confrontés, voire mêlés dès qu’on traversait la ville pour aller travailler. À l’époque, j’ai manifesté contre Morsi. Bien sûr, il a été élu démocratiquement, mais on aurait eu besoin d’un Mandela, quelqu’un qui soit au-dessus de la mêlée, qui réconcilie les Egyptiens entre eux. Mais dès la fin du premier tour, on a su que ce ne serait pas le cas : les deux candidats du second tour, étaient un pro-islamiste, Mohamed Morsi, et un ancien du régime Moubarak. On était coincé entre deux maux. Ce soir-là, j’ai littéralement pleuré. Après une année sous la présidence de Morsi, une année où il a divisé le pays, a eu lieu la plus grosse manifestation jamais organisée en Egypte, à laquelle j’ai participé, demandant sa démission et une nouvelle élection. Mais ni lui ni les Frères musulmans n’ont bougé. Peut-être était-ce trop tard… De toute manière, il a finalement été renversé par l’armée.


Clash montre ce qui s’est passé après sa destitution, les manifestations qui ont embrasé Le Caire, et les victimes qu’elles ont faites. Mais il faut être très prudent avec les mots, car l’Egypte est aujourd’hui divisée de façon manichéenne. Par exemple, si vous employez le terme de "coup d’Etat" pour décrire la destitution de Morsi, vous serez immédiatement considéré comme un pro-Frères musulmans. De même, si vous vous y référez en termes de "Révolution", ce mot vous propulsera dans le camp des militaires. Je voudrais que l’on voie mon film sans se demander sans cesse dans quel camp je suis. Ce n’est pas un film sur la politique, c’est un film sur l’humain.

Les scènes d'action sont impressionnantes ...


La première a été faite en deux jours, avec 500 figurants, en studio. C’était l’enfer, notamment parce qu’en Egypte on n’a pas de culture de la cascade. Le coordinateur des effets spéciaux me disait : "ça fait vrai, parce que c’est vrai". Les figurants se battaient vraiment entre eux, certains ont été blessés. La scène du pont a été tournée dans la ville : c’est un grand échangeur, l’une des autoroutes les plus encombrées du Caire.

 

Clash.

Le tournage a créé une immense pagaille, parce que les gens pensaient qu’il s’agissait d’une nouvelle manifestation et rebroussaient chemin. Aujourd’hui, dans les rues, dès que les gens voient un rassemblement, ils pensent que c’est une manif et ils ont peur !

 

 

On a tourné douze heures d’affilée, avec une équipe passionnée. Je suppose qu’on a été infiltré par les deux camps, Frères musulmans et police, chaque camp pensant que l’autre nous soutenait. Faire ce film dans une contrainte de temps extrême m’a permis de développer un talent peu ordinaire qui consistait à donner des ordres au micro, au moment pile où les personnages n’avaient pas de dialogues !


Il y a une forte élotion dans le plan du "sniper" qu'on finit par tuer : le sentiment d'un gâchis humain...


Le film cherche à éviter les réponses faciles. Cette scène débute dans l’émotion des soldats qui perdent l’un de leurs collègues puis continue avec le tueur mort, étendu sur le sol. C’est à vous de décider de ce que vous ressentez face à cela. Dans cette scène, on voit comment quelqu’un peut devenir un tueur, et comment un officier de police peut devenir aussi violent. Je suis bien sûr opposé à toute forme de violence, mais je comprends le cercle vicieux de la violence.


Comment faut-il comprendre la fin ?


ClashLe fourgon est pris dans une manifestation chaotique. Ni les personnages, ni les spectateurs ne peuvent dire dans quel camp se situent les manifestants. L’ironie, c’est que les détenus se battent depuis le début pour sortir du fourgon et que là, face à la folie meurtrière, ils se retrouvent à s’entraider pour rester à l’intérieur.

 

Est-ce qu’ils vont mourir ? Je ne sais pas. Le pronostic n’est certes pas très bon, mais c’est assez proche de notre situation en Egypte.

 

Que voulez-vous dire au peuple égyptien ?


Plusieurs choses, mais la plus claire c’est que si l’on continue comme ça, on ne s’en sortira pas… Mais je continue de rêver au jour où quelqu’un issu de la Révolution, qui ne représenterait ni la loi islamiste, ni la loi martiale, pourra gouverner en Egypte.

 

Clash

 

"Nelly Karim est aujourd’hui la plus grande star en Egypte.
Elle m’a fait confiance. Elle a voulu être dans Clash bien que ce soit
un film choral, parce que, comme les autres acteurs,
elle croyait au message du film. Elle a pris des risques
comme tous ceux qui ont participé à ce film. "


a déclaré le réalisateur Mohamed Diab


Née à Alexandrie d’un père égyptien et d’une mère russe, Nelly Karim a commencé par être danseuse classique, formée à l’Académie des arts du Caire, avant de devenir mannequin et comédienne.

 

Elle a joué dans environ vingt-cinq films et séries télé, notamment Alexandrie... New York, l’avant-dernier film de Youssef Chahine réalisé en 2004. Elle a été sacrée meilleure actrice au Festival International du Caire en 2004 pour le film Mon âme soeur, de Khaled Youssef. Elle est l’une des héroïnes Des Femmes du bus 678, et a reçu, avec les co-interprètes du film, Bushra et Hajed El Sebai, le Grand Prix du Jury des Asian Pacific Screen Awards en 2011

Mon opinion

 

Mohamed Diab, réalisateur du très beau film, Les femmes du bus 678, nous entraîne pendant toute la durée de son nouveau long-métrage à l'intérieur d'un fourgon cellulaire en piteux état.

 

Nous ne serons rien des personnages entassés les uns contre les autres, à l'exception de la méfiance des uns, par aux autres. Les dialogues en diront davantage quand, la nuit tombée, les principaux protagonistes prennent la parole pour faire taire les cris.

 

L'ensemble est courageux, d'une grande violence psychique, physique aussi, et baigne dans la fureur.

 

Les seules ouvertures sur l'extérieur, à peine visibles mais répétitives, au travers des barreaux du fourgon augmentent une sensation de chaos profond. D'asphyxie totale.

 

Les dernières images d'une dureté inouïe, semblent trouver un écho dans une déclaration du réalisateur : "Est-ce qu’ils vont mourir ? Je ne sais pas. Le pronostic n’est certes pas très bon, mais c’est assez proche de notre situation en Egypte."

 

Un film important dans son écriture, parfaitement réussi dans sa réalisation.

 

Merci à Dasola. Son avis m'a encouragé pour aller voir ce film. 

(Cliquez ici pour lire sa critique)

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2016
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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 22:02

 

Date de sortie 21 septembre 2016

 

Juste la fin du monde


Réalisé par Xavier Dolan


Avec Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux,

Vincent Cassel, Marion Cotillard


Genre Drame


Production Canadienne, Française

 

Juste la fin du monde est l'adaptation d'une pièce théâtrale éponyme de Jean-Luc Lagarce.

 

Disparu en 1995 à 38 ans seulement, il est aujourd'hui l'auteur le plus joué. Adapter au cinéma Lagarce, connu pour son travail précis des mots, était un vrai défi pour Xavier Dolan, qui a décidé de respecter l'oeuvre originale au maximum : "Je voulais que les mots de Lagarce soient dits tels qu’il les avait écrits. Sans compromis. C’est dans cette langue que repose son patrimoine, et c’est à travers elle que son œuvre a trouvé sa postérité. L’édulcorer aurait été banaliser Lagarce", explique le réalisateur.

 

Festival de Cannes 2016

 

 

 Festival de Cannes 2016

Juste la fin du monde est récompensé par :

 

- Le Grand Prix

 

- Le Prix du Jury Oecuménique.

 

 

 

 

 

Synopsis

 

Après douze ans d’absence, un écrivain retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine.


Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles, et où l’on dit malgré nous les rancoeurs qui parlent au nom du doute et de la solitude.

 

Juste La Fin Du Monde - Gaspard Ulliel

Copyright Shayne Laverdière, courtesy of Sons of Manual

 

Gaspard Ulliel

Mot du réalisateur relevé dans le dossier de presse.


C’était en 2010 ou 2011, je ne me souviens plus. Mais peu de temps après J’ai tué ma mère, j’étais chez Anne Dorval, assis au comptoir de sa cuisine où nous atterrissons tout le temps pour parler, se retrouver, regarder des photos, ou ne rien dire, souvent. Elle me parlait alors d’une pièce extraordinaire qu’elle avait eu le bonheur d’interpréter aux alentours de l’an 2000.


Jamais, me disait-elle, n’avait-elle dit et joué des choses ainsi écrites et pensées, dans une langue si intensément particulière. Elle était convaincue qu’il me fallait absolument lire ce texte, qu’elle avait d’ailleurs conservé dans son bureau, tel qu’elle l’avait annoté dix ans plus tôt ; notes de jeux, positions de scène et autres détails inscrits dans la marge.


Je ramenai chez moi ce document imposant imprimé sur papier grand format. La lecture s’annonçait exigeante. Comme de fait, je n’eus pas le coup de foudre auquel Anne me destinait. Pour être honnête, je ressentis a l’inverse une sorte de désintérêt, et peut-être même d’aversion pour la langue. J’avais à l’égard de l’histoire et des personnages un blocage intellectuel qui m’empêchait d’aimer la pièce tant vantée par mon amie. J’étais sans doute trop pris par l’impatience d’un projet ou l’élaboration de ma prochaine coiffure pour ressentir la profondeur de cette première lecture diagonale. Je mis Juste la fin du monde de côté, et avec Anne, on n’en parla plus vraiment.


Après Mommy, quatre ans plus tard, je repensai au grand texte à la page couverture bleue rangé dans la bibliothèque du salon, sur la tablette la plus haute. Il était si grand qu’il dépassait largement des autres livres et documents entre lesquels il était fourré, la tête haute, comme s’il savait qu’on ne pouvait indéfiniment l’oublier.


Tôt cet été là, je relus - ou lus, vraiment- Juste la fin du monde. Je sus vers la page 6 qu’il s’agirait de mon prochain film.


Mon premier en tant qu’homme. Je comprenais enfin les mots, les émotions, les silences, les hésitations, la nervosité, les imperfections troublantes des personnages de Jean-Luc Lagarce. À la décharge de la pièce, je ne pense pas avoir, à l’époque, essayé de la lire sérieusement. À ma décharge, je pense que, même en essayant, je n’aurais pas pu la comprendre.


Le temps fait bien les choses. Anne, comme toujours ou presque, avait raison.


Xavier Dolan, 2 avril 2016

 

Juste la fin du monde - Nathalie Bayle & Gaspard Ulliel


Lorsque j’ai commencé à dire que Juste la fin du monde serait mon prochain film, le projet fut accueilli par une sorte de scepticisme bienveillant mêlé d’appréhension. Le doute venait de mes amis, surtout. Anne, notamment, Serge Denoncourt, ou Pierre Bernard, qui avaient tous deux été de la pièce lorsqu’elle avait été montée à Montréal, en 2001.

 

Anne m’avait exhorté à lire ce texte conçu sur mesure, disait-elle, pour moi, mais s’interrogeait sur la faisabilité de cette adaptation…
"Comment préserveras-tu la langue de Lagarce ?" me demandait-elle. "C’est ce qui fait de ce texte quelque chose de pertinent et d’unique. En même temps, cette langue n’est pas cinématographique… Et si tu la perds, où est l’intérêt d’adapter Lagarce ?"


Mais je ne voulais pas la perdre. Au contraire, le défi pour moi était de la conserver, et la plus entière possible. Les thèmes abordés par Lagarce, les émotions des personnages, criées ou muselées, leurs imperfections, leur solitude, leurs tourments, leur complexe d’infériorité… tout de Lagarce m’était familier – et le serait sans doute pour la plupart d’entre nous. Mais la langue, elle… m’était étrangère. Et nouvelle.


Tissée de maladresses, de répétitions, d’hésitations, de fautes de grammaire… Là où un auteur contemporain aurait d’office biffer le superfétatoire et la redite, Lagarce les gardait, les célébrait. Les personnages, nerveux et timorés, nageaient dans une mer de mots si agitée que chaque regard, chaque soupir glissés entre les lignes devenaient – ou deviendraient, plutôt – des moments d’accalmie où les acteurs suspendraient le temps.


Je voulais que les mots de Lagarce soient dits tels qu’il les avait écrits. Sans compromis. C’est
dans cette langue que repose son patrimoine, et c’est à travers elle que son oeuvre a trouvé sa postérité. L’édulcorer aurait été banaliser Lagarce. Que l’on "sente" où non le théâtre dans un film m’importe peu. Que le théâtre nourrisse le cinéma... N’ont-ils pas besoin l’un de l’autre de toute façon
?

Retrouver Gabriel Yared


Derrière tout grand compositeur se cache apparemment une eau de toilette attendant son voleur. Nous l’allons montrer tout à l’heure…


À l’époque où il avait composé la musique de Tom à la ferme, Gabriel Yared travaillait depuis Paris, tandis que de l’autre côté de l’océan, je jouais dans un film et entamais l’écriture de Mommy. L’expérience fut déterminante, mais entièrement virtuelle ; jamais je n’eus l’occasion de le rencontrer en personne durant cette collaboration. L’aventure de Juste la fin du monde, nous le savions, devait être plus… physique.


Quelques semaines avant le tournage, j’envoyai à Gabriel une pièce instrumentale en guise de référence, histoire de donner le ton. Il m’envoya en retour une valse bouleversante qui me toucha droit au coeur. Lorsque je l’entendis, je sus tout de suite qu’elle serait destinée à la crise
finale du film ; toute l’incompréhension, toute l’impuissance des gens sans écoute qui ne voient rien venir et s’effondrent lorsque le sol se dérobe sous leurs pieds… J’entendais déjà les
bégaiements confus de la mère : "Mais on prend tout de même le temps de se dire au revoir ?"
En décembre dernier, j’invitai Gabriel à me rejoindre à Los Angeles, où je terminais le montage du film. J’avais besoin de changer d’air. Onze jours pour livrer le film fini, dont il manquait de grands épisodes - la fin, notamment. Gabriel ne vint que six jours. La production trouva une maison charmante où l’on installa la table de montage dans la cuisine, et Gabriel et son assistant David au fond de la maison, dans la chambre d’enfant, avec leur clavier, leurs moniteurs et tout le bataclan. Je faisais la navette entre les deux pièces, découvrant à tour ce que Gabriel venait de composer, et lui livrant la cuvée quotidienne des nouvelles scènes à habiller. Ce fut un des moments les plus extravagants de toute la vie du film.


Nous passions de longues heures à parler, crier, s’émouvoir, s’exciter, ou stagner, bien sûr. Nous mangions toujours les mêmes pâtes bolognaise d’un petit restaurant près de la Paramount, prenions de grandes marches dans Larchmont, jouions au Scrabble dans le salon. Mais nous avions sans le savoir loué la maison de Robert Schwartzman, le chanteur du band Rooney (I’m Shakin’) - mais d’abord et avant tout, dans mon coeur, Michael du Journal d’une princesse. Robert était lui-même, à notre insu, reclus dans la cabane du jardinier, dans la cour arrière de la maison qu’il nous prêtait. Il avait transformé ce grand débarras en studio de montage et de musique luxuriant, alors que nous avions transformé sa maison en studio de postproduction de fortune.


Six jours plus tard, Gabriel repartit avec sous son bras 45 minutes de musique. Mais l’histoire démontre qu’il ne s’agit pas du véritable point culminant de ce séjour.


En effet, Robert et moi n’avions pu nous empêcher de remarquer l’enivrant parfum de Gabriel, et de lui demander de quoi il s’agissait. Égoïste de Chanel, naturellement. Impatient de s’approprier cette odeur, Robert commanda un flacon de 100ml qui arriva incontinent par la poste, dans une boîte blanche impeccablement enrubannée de soie rouge. Il piqua à Gabriel son odeur. Et moi, un soir, tard, saoul avec mon ami, je piquai à Robert Égoïste.


Évidemment, Gabriel ne sait rien de cette histoire.

 

Juste la fin du monde - Nathalie Baye

Mon opinion

 

Incommunicabilité à tous les niveaux.

 

Ce film peut déranger au plus haut point ou séduire au plus profond. Pour ma part, et pour quantités de raisons, je salue cette réalisation impeccable. Implacable aussi, qui d'un gros plan à un autre, nous entraîne là, où, souvent, nous préférons fermer les yeux. Ignorer le plus profond. Tourner le dos à tout ce qui dérange.

 

Le scénario est magnifiquement écrit. Une nouvelle fois chez Xavier Dolan, pas de figure paternelle, mais des femmes et deux frères.

 

Fuir pour exister. Un besoin extrême d'être aimé sans trouver la juste voie, ou plus simplement le courage.

 

La fureur des dialogues, et les silences étourdissants, poussent toujours plus loin dans cette impossibilité de communiquer, d'être soi, d'exister, vraiment.

 

La musique de Gabriel Yared, "physique", selon les termes du réalisateur est parfaite. Elle augmente cette sensation d'isolement et de malaise profond.

 

Le casting, est, tout simplement éblouissant !

 

Juste la fin du onde - Gaspard Ulliel

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2016
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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 20:09

Lea

 

Date de sortie 13 juillet 2016

 

Lea


Réalisé par Marco Tullio Giordana


Avec Vanessa Scalera, Linda Caridi, Alessio Praticò,


Genre Policier


Production Italienne

 

Synopsis

 

Lea (Vanessa Scalera) a grandi dans une famille criminelle en Calabre.

Le père de sa fille Denise (Linda Caridi) est aussi membre de la mafia. Cependant elle aspire à une vie différente pour sa fille, sans violence, peur ni mensonge. Elle décide de coopérer avec la justice et s'enfuit sous le régime de protection des témoins...

 

Lea

Marco Tullio Giordana signe en 1979 son premier long métrage, Maudits, je vous aimerai !, Léopard d’Or au Festival de Locarno.

Avec Appuntamento a Liverpool réalisé en 1988, il revient sur la tragédie du stade du Heysel. Sa volonté de faire un cinéma politique, engagé et inspiré de faits réels, se poursuit en 1995 avec Pasolini, mort d'un poète, une enquête sur la mort de l’écrivain et réalisateur italien.

En 2000, Les cents pas, film qui dénonce le pouvoir mafieux, gagne le Prix du meilleur scénario au Festival de Cannes.

En 2003, Nos meilleures années, fresque familiale qui parcourt quarante ans de l'histoire de l’Italie et tournée pour la télévision italienne, connait un grand succès dans les salles de cinéma du monde entier. Marco Tullio Giordana revient en compétition au Festival de Cannes en 2005 avec Une fois que tu es né, sur le thème de l'immigration clandestine en Italie.

Toujours dans la ligne de cinéma vérité, il réalise en 2012 Piazza Fontana, sur l’attentat de Milan en 1969, histoire controversée des années de plomb en Italie.

 

Avec Lea, produit et réalisé pour la RAI, il aborde une nouvelle page de l’histoire contemporaine italienne, à travers un triste épisode de la criminalité organisée.

Le film s’inspire d’une histoire vraie, celle d’une femme, Lea Garofalo, victime du système mafieux calabrais (la ‘ndrangheta) dont les liens familiaux, sanguins, condamnent son émancipation. Pourquoi avoir choisi cette histoire ?


C’est une histoire qui avait marqué l’opinion publique en Italie en 2009, à la fois pour l’horreur des événements, mais aussi pour le courage de la très jeune Denise qui s’était constituée partie civile et avait accusé son père et ses complices de l’assassinat de sa mère Lea Garofalo.
Le procès avait été très suivi. Des caméras de surveillance avaient capté les images de la dernière promenade de Lea avec sa fille et même le moment où son compagnon l’avait fait monter dans sa voiture.
La scénariste Monica Zappelli, avec qui j’avais écrit mon film Les Cent pas I cento passi, m’a proposé d’écrire un film sur ce sujet. Le producteur Angelo Barbagallo, et la Rai m’avaient assuré le respect absolu de la vérité. La force et l’importance de raconter cette histoire, ainsi que cette confiance m’ont décidé à me lancer dans le projet.

 

Le film met en lumière le combat d’une femme qui pourrait être vu comme une lutte féministe dans une société et un système italien très machiste. Est ce que le personnage principal aurait pu être un homme ?


Dans les milieux de la criminalité organisée, la femme appartient au patron du clan. C’est elle qui élève les enfants et transmets les "valeurs" sur lesquels repose la mentalité mafieuse. Quand les femmes se soumettent à ce rôle, la société mafieuse est à l’abri. Mais quand une femme commence à réfléchir à l’avenir de ses enfants, qu’elle refuse qu’ils deviennent des petits soldats du boss, ou qu’elle essaie de s’émanciper, la crise du système est irréversible.
Je ne pense pas qu’un homme aurait pu vivre la même situation, la paternité est liée à un sentiment plus culturel que charnel ; pour une femme, l’instinct maternel est très fort, comme un instinct de survie qui la rend encore plus forte et plus courageuse.

 

En France, l’histoire de Lea Garofalo n’est pas connue, alors qu’en Italie cela a fait couler beaucoup d’encre. Pensez vous que cette histoire peut être universelle ?


Je pense que oui. Malheureusement les sociétés modernes sont le berceau de formes d’associations criminelles toujours plus sophistiquées et encombrantes, aucun pays ne peut y échapper. Accepter d’en faire partie ou en fuir est un problème qui va toucher de plus en plus de monde, et il suffit de regarder les périphéries suburbaines européennes pour s’en rendre compte.
Il y aura certainement d’autres exemples de femmes comme Lea qui refusent une vie soumise à une organisation criminelle : pour ça, il sera nécessaire de trouver une façon de les encourager et les protéger
.

Votre film Les Cent pas (I cento passi) avait déjà évoqué l’opposition d’un citoyen contre le système de la Mafia sicilienne. Avec Lea, on se déplace en Calabre, mais l’ancrage culturel est le même. Pourquoi ouvrir cette nouvelle page de l’histoire de la criminalité italienne ?


MafiaIl y a des grosses différences entre les organisations criminelles. Par exemple, la mafia en Sicile, la camorra dans la région de Naples et la ‘ndrangheta calabraise ne fonctionnent pas du tout pareil. D’autres organisations reposent aujourd’hui sur des modèles proches de celui de l’entreprise, avec des associés. En revanche, la ‘ndrangheta a gardé la famille comme noyau, les affiliés ne sont pas des associés, mais des frères, fils, cousins, neveux. S’il faut faire des alliances et des fusions, cela se passe à travers des mariages. C’est pour cela qu’elle reste une des organisations criminelles des plus impénétrables.

 

 

Elle a réussi à contaminer l’Italie du Nord et l’Europe par ses disponibilités d’argent courant provenant du trafic de la drogue. C’est une des raisons pour les lesquelles le sujet du film a une résonnance forte dans l’actualité.

 

Est-ce que Lea est pour vous un symbole de changement aujourd’hui ?


L’association Libera (association qui regroupe plusieurs associations de bénévoles qui luttent contre les activités criminelles) nous a mis à disposition de nombreuses études et statistiques qui montrent comment le courage de certaines personnes (dont Lea Garofalo) a eu un vrai impact sur de nombreuses personnes, hommes et femmes, qui ne supportaient plus de vivre en marge de la loi.

Mais je pense que l’exemple de Lea est intéressant aussi au delà de son contexte mafieux : il est aussi valable pour toutes les femmes qui subissent une culture rétrograde qui alimente la possessivité et la violence.

 

C’est difficile de tourner aujourd’hui un film qui attaque le système mafieux ?


Je ne dirais pas difficile, mais probablement un peu risqué parfois, notamment quand le film se tourne dans les lieux réels et cite de vrais noms. Le risque est d’autant plus important lorsque le film ne peint pas un portrait avantageux de ces criminels, s’il n’en fait pas des héros, en montrant toute la misère et la désolation d’une vie sans amour, sans tendresse et sans valeurs.

 

Lea - Vanessa Scalera

 

Vanessa Scalera

Avez vous rencontré Denise Garofalo, la fille de Lea ? A-t-elle vu le film ?


Après la mort de Lea Garofalo, l’Etat italien a déclenché pour Denise un système de protection conséquent, constitué d’une équipe policière, mais aussi de psychologues et assistants sociaux. Personne ne doit connaître son identité actuelle, ni son visage. On a été donc en contact épistolaire, via son avocat Enza Rando, ainsi que Don Luigi Ciotti, fondateur de Libera, l’association qui a défendu et soutenu Lea et Denise Garofalo depuis le début.
Je sais que Denise a vu le film et en a été troublée, ce qui était prévisible. Pour elle, il ne s’agit pas d’une fiction, mais de sa propre vie et celle de sa mère. Je ne m’attendais pas à avoir son propre ressenti, ni ne souhaitais la solliciter. Mais je sais qu’elle pense que cette histoire devait être racontée et à travers le cinéma, toucher le plus grand nombre. Cela me suffit.
On m’a dit que quand Denise était petite, sa mère lui avait montré Les Cent pas. Quand je l’ai appris, j’ai compris combien il était important pour moi de faire ce film.

 

Lea a été présenté au dernier festival du film policier de Beaune.

De quelle façon vous vous inspirez du cinéma policier et vous inscrivez vos films dans la tradition du cinéma noir italien ?


J’ai toujours aimé le cinéma noir, le polar, même si je pense que c’est un genre qui appartient plus spécifiquement au cinéma américain ou français. Je dirais que le cinéma italien a toujours été plus sensible à la fresque sociale, en héritage de la tradition extraordinaire des chefs d’oeuvre du néoréalisme. Il y a toujours eu dans notre cinéma une volonté de filmer des strates de la société privée de voix ; je pense à des films comme La terre tremble de Luchino Visconti ou Accatone de Pier Paolo Pasolini, ou encore Lamerica de Gianni Amelio ou même Les âmes noires de Francesco Munzi. Ces influences touchent encore le cinéma italien contemporain.

 

Lea - Vanessa Scalera

Mon opinion

 

"C’est une histoire qui avait marqué l’opinion publique en Italie en 2009, à la fois pour l’horreur des évènements, mais aussi pour le courage de la très jeune Denise qui s’était constituée partie civile et avait accusé son père et ses complices de l’assassinat de sa mère Lea Garofalo."

 

Marco Tullio Giordana, s'appuie, une nouvelle fois, sur des faits réels pour ce long-métrage dur, passionnant de bout en bout, courageux aussi. Le réalisateur, récompensé à Cannes pour son magnifique film, "Nos meilleures années", s'était déjà intéressé à la mafia sicilienne au travers de son long-métrage "Les Cent pas".

 

Avec Lea, c'est le système mafieux calabrais, la 'Ndrangheta, dont il est question. Mais plus que tout, de Lea Garofalo, une mère courageuse qui bravera tous les dangers pour assurer la protection de sa fille et la sauver de ce milieu De ville en ville, elle tentera de se cacher et cherchera des appuis pour échapper à la vengeance de ce milieu mafieux,  avec une détermination qui force l'admiration.

 

Des images d'archives, susciteront une émotion supplémentaire, déjà bien réelle tout au long de ce film. Deux actrices magnifiques Vanessa Scalera, dans le rôle de Lea Garofalo et Linda Caridi dans celui de sa fille, Denise.

 

"Il y aura certainement d’autres exemples de femmes comme Lea qui refusent une vie soumise à une organisation criminelle : pour ça, il sera nécessaire de trouver une façon de les encourager et les protéger". a déclaré le réalisateur.

 

Ce film est un vibrant hommage à toutes ces femmes.

À Lea et Denise Garofalo en particulier.

 

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18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 18:52

 

Date de sortie 14 septembre 2016

 

La Taularde


Réalisé par Audrey Estrougo


Avec Sophie Marceau, Marie-Sohna Condé, Marie Denarnaud, Eye Haïdara,

Carole Franck, Anne Coesens, Pauline Burlet,  Julie Gayet,  Aurore Broutin, 

Suzanne Clément, Nailia Harzoune,  Anne Le Ny, 

Naidra Ayadi,  Benjamin Siksou,  Alice Belaïdi


Genre Drame


Production Française

 

Synopsis

 

Pour sauver l’homme qu’elle aime de la prison, Mathilde Leroy (Sophie Marceau) prend sa place en lui permettant de s’évader. Alors que sa survie en milieu carcéral ne dépend que de lui, Mathilde n’en reçoit plus aucune nouvelle.

Isolée, soutenue uniquement par son fils, elle répond désormais au numéro d’écrou 383205-B.

Mathilde deviendra-t-elle une taularde comme une autre ?

 

La Taularde - Sophie Marceau

Audrey Estrougo a grandi entre Paris et sa banlieue.

 

C’est d’ailleurs l’univers des cités qui sera le sujet de son 1er film Regarde moi, sorti en salles en 2008.

Bien que très jeune et sans formation cinématographique, Audrey se voit proposer un défi de taille : la réalisation d’une comédie musicale. Toi, Moi, et les autres, fable sociale acidulée, sort sur les écrans en 2011.

Depuis, Audrey Estrougo se bat pour faire exister un cinéma rare et engagé.

Elle réalise en 2013 et sans aucun financement Une histoire banale, qui traite des lendemains du viol.

 

La Taularde est son quatrième long-métrage.

Entretien avec la réalisatrice.

Propos recueillis par Claire Vassé relevés dans le dossier de presse.

 

Pourquoi cette envie de mettre en scène l'univers carcéral féminin .

 

Le projet de La Taularde est directement lié à l’expérience de mon deuxième long métrage Toi, Moi et les autres, que j’ai été présenter dans des prisons d’hommes et de femmes. J’avais vraiment envie de rentrer en contact avec cet univers, aller à la rencontre de ceux qu’on oublie. En me retrouvant ainsi immergée dans cette réalité, je me suis dit qu’il y avait un film à faire de l’intérieur d’une prison de femmes. D’autant plus que c’est un sujet peu abordé au cinéma. À part si ces détenues sont mineures ou enceintes…

 

La TaulardeOu si ce n’est qu’un moment du film. À la suite de cette première expérience, j’ai monté un atelier d’écriture pendant un an et demi, à Fleury-Mérogis, toujours avec des hommes et des femmes pour bien distinguer les deux univers.

 

En quoi sont-ils si différents ?


Une prison d’hommes correspond en grande partie à l’imagerie véhiculée par le cinéma : un univers très viril, plein de testostérone… J’en suis sortie avec cette certitude que même si je faisais une grosse bêtise dans ma vie, j’avais la chance d’être née du bon côté de la barrière et que je pourrais toujours éviter la prison. En revanche, quand je suis entrée dans une prison de femmes, je me suis dit : "En fait, je pourrais moi aussi me retrouver en prison. Il suffirait juste d’une mauvaise rencontre, d’un moment d’égarement, d’un accident de parcours." Socialement, culturellement, il n’y avait pas d’écart entre ces détenues que j’avais rencontrées et moi. La manière dont les femmes vivent l’enfermement est très intéressante. On est tout de suite dans l’émotion, le psychologique. Alors que les hommes ont un côté plus pragmatique, brutal. Une part d’eux se moque d’être en prison. Ils sont là avec leurs potes de cité, ils fument du chite, jouent sur leur PlayStation avec leurs Nike aux pieds…

 

Comment avez-vous imaginé le personnage de Mathildde Leroy, incarcérée pour avoir aidé son mari à s'évader ?


Ce qui m’a aussi marquée dans l’univers carcéral féminin, c’est l’omniprésence des hommes malgré leur absence physique : les femmes y pensent, elles en parlent, elles sont là à cause d’eux, parce qu’elles les ont suivis, les ont aidés, se sont sacrifiées pour eux - alors que les hommes, eux, ne se sacrifient absolument pas pour les femmes.
Mathilde m’a ainsi été inspirée par une détenue que j’ai rencontrée – mais dans la vraie vie, son mari s’est fait rattraper au bout de 36 heures de cavale, j’ai juste gardé le principe de l’évasion.

 

Ce point de départ pemet de plonger dans la réalité de la prison en gardant toujours un pied dans fiction : Mathilde n'est pas n'importe quelle femme mais une héroïne qui croit en son amour, envers et contre tout.


Dans l’atelier d’écriture que j’ai fait en prison, je laissais les filles se raconter sans intervenir pour ne pas imposer ma vision dans leur récit. La vie de ces détenues est devenue pour moi comme une matière première brute – j’ai aussi beaucoup lu – dont le plus dur a justement été de la fictionner. C’est un exercice très compliqué quand on fait ce genre de cinéma très ancré dans le réel : à quel moment raconte-t-on une histoire et à quel moment ne fait-on que retranscrire la réalité ?

 

La Taularde - Sophie MarceauDans La Taularde, l’unique élément de fiction est donc le personnage de Mathilde, c’est elle dont on suit l’histoire – et encore, de manière très particulière, en marchant sur un fil car je n’en filme pas l’essentiel : ce qui concerne son mari et qui se passe en dehors de la prison.

Vous nous faîtes pénétrer dans le monde spécifique de la prsion mais la violation de l'intimité et la promiscuité insoutenable que vous mettez en scène renvoient à un sentiment universel ...


Ce qui est fascinant dans la prison de manière générale, c’est qu’elle nous raconte entre quatre murs tout ce qui vrille dans la société. La prison, ça s’entend, ça se regarde, ça se vit, c’est très intense. Il se passe toujours des choses, on est toujours en interaction avec quelqu’un ou quelque chose, il n’y a pas de moment de silence ou de répit. À la fin d’une journée là-bas, quand je rentrais chez moi, j’avais l’impression d’y être restée quatre ans. J’ai retenu la phrase d’une détenue : "Que tu passes une journée, dix jours, dix mois ou dix ans en prison, c’est pareil." À partir du moment où l’on te donne un numéro d’écrou, que l’on te retire ton identité et ce qui te caractérise, le processus de destruction lente est enclenché.

 

Comme dans Toi, Moi et les autres, le point de départ est la confrontation de deux mondes qui n'ont rien à voir : Mathilde l'intellectuelle face à des détenues issues d'un milieu plus défavorisé.


La prison est un monde dans le monde, qui recrée le broyage social et la fracture de notre société. Des femmes comme celles jouées par Sophie Marceau, Suzanne Clément ou Anne Le Ny, plutôt matures, sont là parce qu’elles ont aidé leur mari, ou l’ont tué parce qu’il la battait… Et des femmes comme le personnage joué par Alice Belaïdi sont là parce qu’elles ont joué aux petites racailles comme les hommes. Elles parlent comme eux, font les mêmes trafics d’armes, dealent le même chite. À un moment donné, elles défient les hommes et revendiquent le girl power, comme à sa manière une Beyoncé. On retrouve en prison les mutations de la société. Au bout du compte, la raison de la présence de ces femmes en prison est toujours liée à un homme : à cause, pour ou pour faire comme un homme.

 

La Taularde - Sophie Marceau

 

Elles sont donc prisonnières de la prison, mais aussi d'un modèle masculin.


Oui, ce que racontait aussi Refarde moi, mon premier film, où des filles de cité en arrivaient à violer une autre fille.

 

Comment avez-vous appréhendé la mise en scène de cet espace singulier ?


Ces femmes sont enfermées 22h sur 24 dans 9 mètres carrés avec une codétenue, voire deux. Ça limite les déplacements, on est très immobile. Comment traduire cet enfermement cinématographiquement ? Avec une caméra fixe, qui ne bouge pas. Et dès que l’on sort en promenade, c’est aussi infernal, mais de manière inverse, en tournant beaucoup autour des protagonistes. Et puis il y a l’omniprésence du bruit, qui renforce l’impression qu’aucune intimité n’est possible. Le week-end, je revenais dans la prison avec des figurantes et je refaisais vivre la prison uniquement pour tourner des séquences sonores, en fonction de ce que l’on avait filmé la semaine. On a également enregistré des vrais sons dans la prison de femmes de Rennes : des conversations de surveillantes, le bip d’ouverture des portes et des grilles… Je voulais que cette vie sonore très particulière soit authentique, prise sur le moment pour entendre soudain des choses très claires jaillir de cette cacophonie. En post-production, j’ai passé deux fois plus de temps en montage son qu’en montage image !

 

Vous filmez la dureté du monde de la prison mais sans complaisance, dans la noirceur.


Dans la note d’intention que j’avais écrite pour obtenir des subventions, j’avais dit que je voulais mettre du beau dans du laid et de la lumière dans du noir. La prison n’est pas drôle mais sans tomber dans la comédie, je voulais filmer des moments plus légers que j’ai moi-même vécus avec ces détenues. Il se passe de très belles et fortes choses entre elles. C’est une caractéristique universelle de l’être humain : à un moment, on est les mêmes bêtes et on arrive à se trouver, et se donner. La rencontre de Mathilde avec le personnage de Suzanne Clément est hyper importante pour Mathilde. C’est elle qui lui permet de se retrouver, de se relever.

 

La promiscuité suvie devient effectivement délicieuse quand Mathilde partage sa cellule avec cette femme. On oublierait presque qu'eles sont enfermées.


Oui, quand elles ont les fesses dans leurs bassines, on voudrait presque partager ce moment avec elles ! On oublie qu’elles sont dans 9 mètres carrés et qu’elles font un bain de siège parce qu’elles ne peuvent pas se laver tous les jours. Rien n’est entièrement blanc ou noir dans leur quotidien, je ne voulais pas tomber dans une caricature mais infuser au bon moment les contradictions qui font que l’on n’est pas d’une seule couleur.

 

Votre désir de beauté se retrouve dans les plans, souvent très composés ...


Le but d’une prison, c’est que l’on puisse vous voir où que vous soyez – la fameuse panoptique dont parle Foucault. D’où ces prisons en étoile. Visuellement, cet espace est très riche, cela aurait été idiot de le filmer caméra à l’épaule. D’où ces plans souvent fixes, et peu nombreux pour saisir la cinématographie dingue de l’endroit. Tous ces parallélismes, ces perpendiculaires... Les détenues témoignent : "Quand tu fermes les yeux, à un moment, tu finis toujours par voir des barreaux. C’est là où tu sais que tu es enfermée." Eh bien moi, à passer dix heures par jour en prison – et pourtant je rentrais le soir dans mon appartement –, au bout de deux semaines de tournage, j’avais la même obsession. Et puis j’ai tourné en scope, ce qui rend ces lignes un peu obliques. Le scope, c’est le cinéma à l’état pur. Avec Guillaume Schiffman, mon chef opérateur, on voulait trouver le juste équilibre : raconter graphiquement cet endroit sans pour autant le sublimer.

 

Où avez-vous tourné ?


On a tourné dans une prison désaffectée à Rennes, qui avait fermé deux ans plus tôt. Tout était encore très présent, on sentait le poids de ces lieux, chargés d’énergie. Vivre l’enfermement est très différent de s’en faire une représentation, je trouvais important de se confronter à cette réalité. En répétitions, j’ai aussi fait venir des anciennes détenues et des surveillantes que j’avais connues à Fleury-Mérogis. Les comédiennes ont pu leur poser des questions, échanger avec elles. Et quand on est parti tourner, on a passé une après-midi entière dans la plus grande prison de femmes de France. C’est fou de se retrouver face à ces femmes qui pourraient être nous.

 

La Taularde

Face au personnage de Mathilde, les autres étenues ont beau être des personnages secondaires, elles existent fortement ...


C’est beaucoup lié, je crois, au travail que je mène en amont avec les comédiens. Depuis mon premier film, avant le tournage, je les réunis dans un théâtre pendant deux semaines à un mois selon les besoins et le budget du film. Tout le monde a lu le scénario mais on met de côté celui-ci pour travailler les personnages et se raconter les liens qui les unissent en amont de l’histoire. Pour ces bandes de filles en prison, tout en ayant en tête leur rôle dans l’histoire, on inventait des coups durs, des moments plus drôles, des alliances, des trahisons… D’où cette impression qu’elles sont enfermées ensemble depuis mille ans.

 

La Taularde - Benjamin Siskou et Sophie MarceauLe matin, j’étais donc avec les comédiennes qui jouent les prisonnières et les surveillantes–sauf Sophie Marceau puisque son personnage n’était pas encore arrivé– et l’après-midi, c’était au tour de Sophie et de Benjamin Siksou, qui joue son fils.

 

Là aussi, on imaginait leur historique avant le début du film : Mathilde vit seule avec son fils mais qui est le père de celui-ci et le connaît-il ? Et comment a-t-il réagi quand elle lui a présenté celui qui est devenu son mari ?

Cette méthode permet au comédien de se trouver dans le jeu, de caractériser son personnage, de savoir qui il est. Et de jouer avec les autres, de se trouver des affinités. Ce qui entraîne ensuite un gain de temps terrible sur le plateau car tous savent ce qu’ils ont à interpréter. Et puis ne jamais s’éloigner de l’histoire sans pour autant travailler directement sur le scénario permet de conserver sa fraicheur à celui-ci.

 

Comment dirigez-vous les acteurs ?


Je crois beaucoup à la spontanéité et à l’instinct du jeu au cinéma. Quoi qu’il arrive, la caméra attrape quelque chose de l’humeur du moment, dans une scène que l’on ne refera plus le lendemain. C’est valable aussi pour moi qui filme. On fait avec ce que l’on est à l’instant même. Ce n’est pas comme au théâtre, où l’on peut s’améliorer au fil des répétitions et des représentations. Cet éphémère est à la fois sublime et tragique.
Tous les acteurs ne sont pas réceptifs de la même manière mais je suis toujours à la recherche de leur authenticité. Comment leur faire incarner un personnage sans que ce soit trop fabriqué ? Forcément que le personnage n’est pas eux mais j’aime me mettre à cette frontière où je m’inspire de qui ils sont pour les amener au rôle. Pour cela, j’ai besoin de les connaître par coeur, de comprendre à quoi ils sont sensibles. Notamment grâce à ces semaines de répétitions en amont qui me permettent également de poser un cadre qui me rassure et grâce auquel je peux leur laisser une grande liberté puisque je sais moi-même où je vais.

 

Comment s'est fait le choix de Sophie Marceau ?


Je ne pensais pas à elle en écrivant. Mais un jour que j’étais sur le quai de la gare de Marseille avec une amie, celle-ci me dit : "Regarde, il y a Sophie Marceau." Je n’y croyais pas. Mais effectivement, cette madame tout le monde était bien Sophie. Ce qui m’a tout de suite saisie, c’était son côté très fort, très ancré dans le sol et en même temps très fragile. Je trouvais étonnant que cette contradiction en elle ait si peu été utilisée au cinéma.
Et donc elle a fait son trajet en train, j’ai fait le mien… Et puis j’ai entrepris les démarches pour la rencontrer. Sa première réaction à la lecture du scénario a été : "C’est super, mais je ne vais pas le faire car tu aimes tous les personnages, sauf celui que tu me proposes. C’est très perturbant." Elle avait raison, à cette étape du scénario, le personnage de Mathilde n’était pas encore assez abouti, j’étais encore trop dans le réel, pas assez dans la fiction. Sophie a une lecture très intelligente des scénarios. J’ai alors fait appel à une scénariste car j’écrivais seule cette histoire depuis un an et demi et j’ai retravaillé le texte en m’attachant à inclure le personnage de Mathilde dans cette histoire, à lui donner sens. De temps en temps, je faisais lire à Sophie une nouvelle version, on prenait un café ensemble, elle m’encourageait, me questionnait…

 

Comment s'est passé le tournage avec elle ?

 

Sophie est exposée depuis qu’elle a 13 ans, elle se protège beaucoup, mais quand elle vous laisse passer la barrière – ce qu’elle a fait avec moi –, c’est une personne adorable, très loyale, fiable. J’ai rarement vu une comédienne travailler autant. Et tenir à ce point ses engagements. À partir du moment où elle te dit oui, jamais elle ne se rétracte. Elle sait pourquoi elle a accepté et elle y va. Sur ce film, je crois que je lui ai permis de se sentir libre d’être elle-même. En tout cas, c’était l’enjeu. C’était très courageux de sa part d’accepter d’être ainsi le pilier d’un film où elle est de tous les plans, nue, habillée avec des vêtements d’Emmaüs, pas maquillée.

 

 

La Taularde - Sophie Marceau.

Elle sait très bien qu’on ne verra qu’elle mais elle y est allée, sans jamais chercher à tirer la couverture à elle. Elle s’est nourrie des autres comédiennes, elle s’est fondu dans le groupe.

Et le choix de Suzanne Clément ?


Je l’avais trouvée démente dans Laurence Anyways de Xavier Dolan. Suzanne est un animal. Ce n’est que ça d’ailleurs : de l’instinct. Avec aussi une autre façon de faire ce métier parce qu’elle n’est pas française, ce qui était à la fois déstabilisant et enrichissant. Et puis il y a eu cette évidence avec Sophie dans le jeu, qui rendait les choses faciles entre elles.


Le film raconte aussi le quotidien des surveillantes ...


À un moment, j’ai même pensé faire le film du point de vue d’une surveillante ! Les surveillantes sont emprisonnées au même titre que les détenues. C’est un métier hyper difficile et ingrat qu’il faut assumer : tu es en sous-effectif, tu te fais insulter tout le temps, tu parcours 8 kilomètres de couloirs par jour… Surveillant de prison est un des rares métiers en France que l’on peut exercer sans aucun diplôme. Ça raconte aussi le choix par défaut ultime.


La Taularde - Carole Franck.

Le personnage de surveillante joué par Carole Franck, qui dit bonsoir aux détenues comme à ses propres enfants, apporte beaucoup d’humanité.

 

 


Malgré les difficultés de ce métier, il y a des surveillantes qui aiment leur métier. Ou qui ont appris à l’aimer, et qui sont persuadées qu’elles sont là pour être utiles, apporter de l’amour. Tout en essayant de bien faire leur boulot, sans transgresser les règles, elles papotent avec les détenues, sont arrangeantes avec elles. Souvent d’ailleurs quand elles partent à la retraite, elles reçoivent des lettres de remerciements. Il n’y a pas qu’un rapport de soumission et de force, c’est très beau.

 

Et la surveillante qui a un problème d'identité par rapport à ses origines arabes ...


C’est la petite rebeu de cité qui a trouvé ce boulot parce qu’elle s’est fait jeter d’ailleurs. Et qui se retrouve face à des filles qui pourraient être elle. Et vice-versa. C’est très dur pour elle de se définir. Et comme la prison rend vite fou, elle vrille complètement. Il y a beaucoup de surveillantes comme elle, des filles blacks ou beurs pleines de contradictions qui votent Front National à force de voir ce qu’elles voient.

 

Tout en étant soucieuse de rendre compte de la réalité, vous jouez avec le pouvoir du cinéma et de la fiction.


Comment emprunter les parallèles que propose la fiction ? Comment rester dans le réel mais s’en évader assez pour sublimer son sujet ? C’est ça faire un film, je crois : transcender son sujet. Les deux seuls moments où j’ai dérogé vraiment à la réalité, c’est dans les scènes de parloirs. Aujourd’hui, en général, ils sont individuels. Mais pour les besoins dramatiques de mon film, je préférais que tout se passe à la vue de tout le monde. Et dans la scène au mitard qui est un moment où le cinéma l’emporte clairement sur le réel. Je voulais absolument raconter par le cinéma ce temps qui passe. D’où le choix de ce long travelling – incohérent dans une pièce de 5m carrés.

 

Dans la scène où son fils essaye de donner un portable à Mathilde, vous jouez totalement le suspense ...


Le cinéma en prison est un cinéma de genre et j’avais aussi envie d’exploiter cet aspect-là. Il y a quatre scènes de parloir entre Mathilde et son fils. Comment ne pas faire le même plan tout le temps, se réinventer ? Et aussi dans cette dernière scène, comment amener du suspense ? D’où ce travelling circulaire qui se rapproche petit à petit, jusqu’à la perte du téléphone, et qui raconte aussi le passage de témoin qui est en train de se jouer, au propre comme au figuré :

 

La Taularde - Sophoe Marceau.

Mathilde fait faire à son fils ce qu’elle-même a fait pour son mari – elle avait introduit une arme en prison, son fils introduit un portable.

 

 

 

Sans être dans un ciméma ouvertement de dénonciation, La Taularde montre la contreproductivité d'enderfer les gens dans de telles conditions ...


Je reste persuadée qu’enfermer les gens comme on le fait en France ne sert strictement à rien, juste à les broyer, les démembrer. À la fin, Mathilde se retrouve dans la même cellule, avec la même codétenue et on peut se dire qu’elle va revivre le même cauchemar mais non, c’est ce que je disais à Sophie : "Tu n’es plus la même, tu ne vas plus subir". Son rapport aux autres et à elle-même a changé. Elle a tout appris, tout compris de ce lieu. S’il devait y avoir une suite, elle serait le parrain de la prison !

 

Les filles dans la cité (Regarde moi), les sans papiers (Toi, Moi et les autres), le viol (Une histoire banale) aujour'hui la prison ... Chacun de vos films s'empare de sujets sociaux forts.


Après quatre films, c’est évident que c’est comme ça que je définis ma position de réalisatrice. Au-delà du fait que je suis cinéphile et que j’aime voir des films, je fais du cinéma en tant que citoyenne pour souligner ce qui ne va pas. Sans me comparer à lui, bien sûr, j’ai une démarche assez similaire à Ken Loach, dont le cinéma détruit les schémas, pointe du doigt les systèmes.

 

À la fin du film, que l'amour entre Mathllde et son mari ne soit pas une illusion fait jaillir une lumière qui, paradoxalement, permet de complètement assimiler la noirceur du film : la dureté endurée par Mathilde valait le coup.


Si son mari l’avait trahie, le film racontait : une de plus qui s’est fait avoir. Et basta. Une fin logique et attendue, mais décevante sur l’humanité en général. Alors que là, d’un coup, quelque chose de l’ordre du vrai et de l’amour demeure. Et qui est d’autant plus lumineux que ça fait une heure et demie que l’on est témoin de la face obscure de notre monde.

 

La Taaularde - Sophie Marceau

Mon opinion

 

Un film qui n'est pas sans en rappeler d'autres.

 

Le travail de recherches et d'écoute d'Audrey Estrougo, jeune réalisatrice et scénariste, lui permet de livrer ce film, dur, incisif, féroce et sans concession sur l'univers carcéral féminin. Elle a déclaré : "La prison est un monde dans le monde, qui recrée le broyage social et la fracture de notre société."

 

La mise en scène utilise cet enfermement avec une grande subtilité. La déprime, la colère, la manipulation, touchent avec la même violence surveillantes et détenues.

 

La direction d'acteurs est d'une parfaite maîtrise et l'ensemble du casting particulièrement brillant. Avec, entre autres, la toujours convaincante Suzanne Clément, mais aussi Anne Le Ny, dans un rôle détestable, Carole Franck en matonne au grand cœur, ou Marie-Sohna Condé en "chef" implacable Alice Belaïdi en révoltée magnifique, ou encore Nailia Harzoune et toutes les autres comédiennes qui accentuent ce sentiment d'étouffement, de colère et d'écœurement.

 

Sophie Marceau est remarquable. Dans un dénuement total, cette longue descente aux enfers et face à la caméra impitoyable, elle convainc et rayonne.

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17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 20:37

 

Date de sortie 14 septembre 2016

 

Free State of Jones


Réalisé par Gary Ross


Avec Matthew McConaughey,

Gugu Mbatha-Raw, Keri Russell, Mahershala Ali, Sean Bridgers,

Jacob Lofland, Brad Carter, Christopher David McKnight


Genres Biopic, Drame


Production Américaine

 

Synopsis

 

En pleine guerre de Sécession, Newton Knight (Matthew McConaughey), courageux fermier du Mississippi, prend la tête d’un groupe de modestes paysans blancs et d'esclaves en fuite pour se battre contre les États confédérés.

 

Formant un régiment de rebelles indomptables, Knight et ses hommes ont l'avantage stratégique de connaître le terrain, même si leurs ennemis sont bien plus nombreux et beaucoup mieux armés…

 

Résolument engagé contre l'injustice et l'exploitation humaine, l'intrépide fermier fonde le premier État d'hommes libres où Noirs et Blancs sont à égalité.

 

Free State of Jones - Matthew McConaughey

 

Matthew McConaughey

Gary Ross mûrit ce projet depuis la sortie de Seabiscuit en 2003 où il a découvert l'histoire de Newt Knight, fermier du Mississipi qui s'était battu pour de pauvres paysans blancs et pour des Noirs (une première pour l'époque).

 

Le metteur en scène se souvient :

 

Newton Knight"Quand j'ai entendu parler du parcours de Newt Knight pour la première fois, j'ai été frappé par le fait que ce héros, unique en son genre, soit en quelque sorte tombé dans les oubliettes de l'histoire. Il est connu dans certaines régions du Sud, et sans aucun doute dans le Mississippi, mais il n'a pas la notoriété qu'il mérite. Surtout quand on sait qu'il a été l'instigateur d'une rébellion contre la Confédération et qu'à bien des égards, il était en avance d'un siècle sur son temps."

 

Gary Ross a alors cherché à en savoir plus sur cet homme, convaincu que sa trajectoire était plus riche que ce que l'histoire officielle le laissait entendre. Comme le cinéaste allait bientôt l'apprendre, les événements les plus méconnus de sa vie étaient aussi les plus fascinants.

 

"Ce n'est pas un hasard si la guerre de Sécession, plus que toute autre période de l'histoire américain, a donné lieu à une telle littérature. Et ce n'est pas un hasard non plus si – à l'exception du Christ – Abraham Lincoln est le personnage qui a le plus inspiré les biographes. Il existe une plaie profonde dans l'inconscient collectif américain – une blessure dans notre histoire presque impossible à cicatriser. Cette guerre a fait 600 000 victimes. Il a fallu plusieurs générations, pour ne pas dire un siècle tout entier, pour surmonter cet épisode et en comprendre les motivations profondes. Newt Knight a su percer à jour ce qui est au fondement de la guerre de Sécession, à savoir qu'il s'agit essentiellement d'un combat moral".

 

La volonté de raconter l'histoire de Newt Knight a suscité un engouement chez Gary Ross qui a duré une dizaine d'années et l'a poussé à entamer des recherches approfondies. Le réalisateur était intrigué par ce personnage haut en couleurs qui s'était aussi bien battu pour de pauvres fermiers blancs que pour des Noirs – attitude totalement indéfendable à l'époque.

 

"Newt Knight était un être extrêmement progressiste. À son époque, il n'y en avait pas deux comme lui ! Dès lors qu'il apprenait la vérité sur un phénomène, il ne pouvait plus faire comme s'il ne l'avait pas entendue. Pour lui, il y avait une injustice fondamentale dans ce qu'il voyait c'est comme une guerre contre l'esclavage menée au profit des esclavagistes. Il avait pris la tête d'une rébellion au nom des démunis, des pauvres et des indigents et, chemin faisant, il avait été chassé de sa propre communauté et avait adopté les codes d'une culture qui n'était pas la sienne. C'était un combattant pour la liberté à bien des égards et c'était un vrai dur à cuire si bien que j'ai immédiatement été séduit par le personnage". indique le réalisateur.

 

Free State Of Jones -  Matthew McConaughey & Mahershala Ali

 

Matthew McConaughey et Mahershala Ali

"Quand on est réalisateur, on rêve de tomber sur un personnage comme lui. J'ai eu la chance de croiser sa route et de pouvoir raconter son histoire à travers une formidable fresque". poursuit Gary Ross.

Au cours de ses recherches, Ross a rencontré des spécialistes de la guerre de Sécession, comme Jim Kelly, professeur d'histoire américaine au Jones County Junior College. Il s'est également rendu sur les véritables champs de batailles et dans les campements évoqués dans le film. Au cours de ses visites, Ross a rencontré plusieurs descendants de Knight qui lui ont prêté leurs archives et fait part d'histoires familiales personnelles. À l'époque, Jim Kelly rédigeait sa thèse sur Newt Knight en collaboration avec le grand spécialiste de la guerre de Sécession John Stauffer, professeur de civilisation anglaise et américaine et de civilisation afro-américaine à Harvard. Ayant grandi dans le Jones County, Jim Kelly s'intéressait à Knight, mais il n'avait entendu que des propos désobligeants à son égard : on racontait qu'il s'agissait d'un guérillero, d'un hors-la-loi, d'un assassin et – pire encore aux yeux de beaucoup de Sudistes – d'un homme qui avait franchi un tabou absolu en épousant une femme noire.

 

Free State Of Jones - Matthew McConaughey et Gugu Mbatha-Raw

 

Matthew McConaughey et Gugu Mbatha-Raw

 

"Newt Knight échappait aux représentations populaires d'un Sud blanc et monolithique, totalement favorable à la Sécession et hostile à l'intégration des Noirs. Et c'est ce qui en fait un personnage à part". Précise Jim Kelly.

 

"Jim a épluché les archives et lu le moindre courrier, la moindre publication et l'intégralité des archives officielles, découvrant des pépites qui sont non seulement éclairantes pour Newt mais aussi pour tout étudiant spécialisé dans la période de la guerre de Sécession", souligne Gary Ross.

Jim Kelly reprend : "L'histoire de Newt est tellement tombée dans l'oubli et a été tellement manipulée et déformée que très peu de gens connaissent la vérité le concernant et savent qui il était vraiment. Portés par les propres recherches de Ross et par sa passion pour le projet, dès lors qu'on a commencé à creuser, on a découvert un homme plus complexe et intègre qu'on ne le pensait jusque-là. Il avait des convictions morales, il s'est battu pour les droits de tous et – comme on le sait aujourd'hui – il avait fait les bons choix".

 

Dans l'encadré d'un des documents consultés, Kelly a appris que son propre arrière-arrière-grand-père était le cousin de Newt Knight et qu'il était donc un descendant de celui-ci. "C'est aussi un périple personnel", dit-il. "Et lorsque j'ai découvert qui il était, j'ai ressenti admiration et respect pour lui".

Au cours de ses recherches dans le Jones County, le réalisateur a lui-même rencontré John Stauffer avec qui il a travaillé. Ross est alors devenu officiellement chercheur associé en civilisation américaine de Harvard sous la tutelle de Stauffer, ce qui lui a permis d'avoir accès aux bibliothèques encyclopédiques de l'université et à ses fonds documentaires. "Il a été un vrai mentor pour moi", note le réalisateur. "Il m'a guidé et conseillé et m'a fourni une bibliographie très riche. On s'est plongés ensemble dans la littérature existante". Stauffer, auteur de nombreux articles sur les antiesclavagistes et les abolitionnistes à l'époque de la guerre de Sécession, se rappelle : "Avec Gary, on s'est retrouvés grâce à notre intérêt commun pour cette époque, et surtout pour des personnalités comme Newt Knight et John Brown, et d'autres soi-disant radicaux qui ont contribué à changer la perception que l'on avait de l'esclavage".

Cette collaboration entre "élève" et "professeur" a donné lieu à la participation conjointe des deux hommes à plusieurs manifestations historiques : ils ont ainsi donné une conférence, dans le cadre des Principals of Private Schools, sur la manière dont le Sud a finalement gagné la guerre de Sécession – thème que l'on retrouve dans Free State of Jones.

L'argument selon lequel il s'agissait d'une "guerre des riches, mais d'un combat des pauvres" renvoie à l'idée que les plus démunis étaient victimes de la cupidité des propriétaires terriens fortunés, et non pas de leurs convictions. C'est ce qui a poussé Knight à passer à l'action et, comme le suggère Gary Ross, qui a nourri le mythe autour de ses exploits "à la Robin des Bois".

"De la fin de la guerre en 1865 à 1876, le Sud s'est efforcé de conserver une agriculture fondée sur l'esclavage", ajoute le réalisateur. "La plupart des questions qui avaient déclenché la guerre divisaient encore la population, et notamment celle de savoir si le Sud avait le besoin vital d'une main d'œuvre bon marché pour préserver son modèle d'économie agraire".

"Quant à Knight, lorsque la situation a tourné au désavantage des esclaves affranchis après-guerre, il est passé de défenseur des petits fermiers blancs à fervent porte-parole des Noirs américains, qui venaient d'être reconnus citoyens à part entière, en se battant – au sens propre comme au sens figuré – pour défendre leurs 9 droits", ajoute Gary Ross.

 

Free State Of Jones -  Gugu Mbatha-Raw.

.

"Il a même fini par épouser une femme noire et à vivre au sein de cette communauté : favorable aux unions mixtes, il a été le père d'enfants métisses dont il était extrêmement fier.

 

Et il ne s'en cachait pas !"

"Ce qu'on oublie souvent, c'est que la Reconstruction était une sorte de deuxième guerre de Sécession qui s'est déclenchée après l'émancipation des Noirs en 1865", indique-t-il. Il explique que la Reconstruction s'est déroulée en trois actes, ce que l'on voit dans le film. "Au cours du premier acte, le président rend leurs terres aux Confédérés : ils sont de nouveau investis d'un pouvoir et mettent en place une nouvelle forme d'esclavage à travers le métayage. Deuxième acte : le Congrès envoie des gouverneurs militaires dans le Sud pour garantir le droit de vote aux Noirs affranchis. Ces derniers devaient avoir un sacré cran pour voter pendant la Reconstruction. Le troisième et dernier acte s'est accompagné d'une résurgence de groupes paramilitaires comme le Ku Klux Klan, les Knights of the White Camilia, les Red Shirts et les clubs de tirs – autant de milices qui œuvraient pour chasser les soldats nordistes de la région et reconquérir le pouvoir politique".

Après avoir mené ses recherches, Gary Ross a rédigé une première mouture du scénario dont l'essentiel s'inspirait de ses découvertes initiales. "On savait que Newt vivait au sein d'une communauté mixte après la guerre et qu'il était un farouche défenseur des droits des affranchis et des citoyens afro-américains", dit-il. "Mais on ignorait à peu près tout sur la composition de son groupe pendant la guerre : était-il mixte ? Se battait-il pour les droits des esclaves ? Ou se battait-il seulement pour les droits des pauvres fermiers blancs ? C'était un débat essentiel. Jim Kelly a déniché les documents qui prouvent que si Newt se battait pour les droits des affranchis, la Knight Company luttait aussi pour les droits des Noirs pendant la guerre".

Alors que Gary Ross écrivait son scénario, il a présenté John Stauffer à Sally Jenkins, éminente journaliste du Washington Post : inspirés par le travail du réalisateur, l'universitaire et la journaliste ont coécrit The State of Jones en 2009 qui documente les prises de position de Knight favorables à l'Union, son regard sur les questions raciales et la manière dont ce point de vue a nourri son engagement après-guerre.

 

Gary Ross a interrompu ses recherches en 2011 et 2012 pour adapter et réaliser Hunger Games, autre projet aux évidentes connotations politiques qui allait bientôt s'imposer comme une saga au succès planétaire. Le réalisateur  a obtenu un rendez-vous avec la toute nouvelle société de production STX Entertainment afin de porter l'histoire de Newt Knight à l'écran.

 

Sources cameo-nancy.fr

Free State of Jones a majoritairement été tourné dans les champs, les paysages vallonnés et les marécages de Louisiane. Pour s'inspirer, le directeur de la photographie Benoît Delhomme a étudié les célèbres clichés de la guerre de Sécession signés Matthew Brady.

 

Free State Of Jones - Matthew McConaughey

 

Au moment du tournage, il a opté pour une approche documentaire contemporaine en limitant au maximum les éclairages artificiels et autres procédés complexes.

 

Il note : "Je tenais à éviter les plans à la grue. Je préfère travailler avec une palette de couleurs restreinte et limiter les effets chromatiques. Je me suis toujours méfié de la manière dont l'herbe, les feuilles et la végétation en général rendent en numérique. J'ai d'abord cherché à éviter de filmer le vert, mais bien évidemment, c'est rapidement devenu un combat perdu d'avance et, étonnamment, je me suis mis à aimer le vert. J'ai le sentiment que pour des personnages comme Newt et ses hommes, qui vivent en pleine nature, cette couleur revêt beaucoup d'importance."

Mon opinion

 

Le film repose essentiellement sur l'incroyable force que l'excellent Matthew McConaughey donne à son personnage. Certains penseront qu'il en fait trop. D'autres, dont je suis, trouveront dans son interprétation toute la fureur, la folie et le courage qui permettent tous les excès. Ils représentent parfaitement les traits de caractère de cet homme d'exception.

 

"Newton Knight échappait aux représentations populaires d'un Sud blanc et monolithique, totalement favorable à la Sécession et hostile à l'intégration des Noirs. Et c'est ce qui en fait un personnage à part" a déclaré Jim Kelly, spécialistes de la guerre de Sécession.

 

Les images sont d'une extrême dureté, avec, entre autres, certains passages sur cette guerre, ou d'une grande beauté quand il s'agit du lieu même dans lequel s'est déroulée cette page de l'histoire américaine.

 

Presque deux films en un. Le réalisateur inclut un autre bref récit, celui d'un lointain descendant du principal protagoniste qui se retrouvera condamné en 1940 rapport à la loi interdisant les mariages interraciaux dans cet état du sud. Deux sujets traités avec une grande conviction mais qui imposent une certaine attention pour bien assimiler le juste combat de cet homme remarquable et méconnu.

 

Le film, qui souffre de quelques longueurs, lui rend un très bel et courageux hommage.

 

Free State of Jones

Published by Ciné Alain - dans Des films en 2016
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